| Il n'est pas un commentateur
dans la dernière période qui ne cherche une
explication aux provocations du Président de
la République dans la proximité des élections
municipales et cantonales. Certains, comme le
directeur adjoint du quotidien espagnol
El Pais, s'est même récemment penché
sur « l'incurable hypertrophie de
l’ego » de Sarkozy. Ce serait
cependant une erreur de se cantonner à la
psychologie du personnage, même si elle a son
importance. De même que limiter
l’explication à une tentative
désespérée de reprendre la main après des
sondages calamiteux, dans un but purement
électoral, est une explication courte qui
risque de participer à la mise en scène et
aux diversions orchestrées par l'Elysée.
L'infléchissement du régime dans le sens
d'un renforcement de son caractère
bonapartiste est en marche. Voilà ce que
signifient les multiples déclarations
fracassantes qui viennent de la mouvance
gouvernementale, quitte parfois à créer le
trouble jusque dans les rangs de l'UMP.
Trouble suscité, souvent, par la proximité
d’élections qui pourraient bien amener
un retour de bâton sur ce « terrain déformé
de la lutte des classes ». Car la « droite
décomplexée » n'hésite pas à brouiller les
repères afin de réhabiliter de vieilles
thèses parmi les plus réactionnaires.
Brouillage des
repères
Au dîner annuel du CRIF, pour complaire au
garde-frontière franco-israélien A.
Klarsfeld, Sarkozy fait une proposition qui «
glace le sang » de S. Veil, rescapée
d'Auschwitz et de Bergen-Belsen, figure de la
résistance : faire porter à chaque élève de
CM2 la mémoire d'un enfant juif mort en
déportation. Les repères - et quels repères !
- continuent ainsi à être brouillés, comme
pendant la campagne présidentielle.
Peu après, le Conseil constitutionnel
s'oppose à une disposition de la énième loi
sur la récidive, prévoyant une application
rétroactive. Un journaliste téméraire ose
évoquer une dérive totalitaire devant R.
Dati, Garde des sceaux, Ministre de la
justice. La réponse est édifiante : « la
dérive totalitaire, ça serait laisser des
criminels dangereux s’attaquer à nos
enfants » (Journal de 20 heures,
France-2, le 21 février 2008).
Bien entendu, Sarkozy cherche à contourner
la censure du Conseil constitutionnel, la «
gauche » s'émeut mollement, la réponse est
cinglante : « Je laisse le soin aux
Français de juger le Parti Socialiste qui se
met clairement du côté des assassins et
oublie toutes les victimes. C'est
irresponsable de jouer avec la sécurité des
Français », « poser la question de
la rétroactivité de la loi pour les violeurs
d'enfants et les assassins déjà condamnés,
c'est d'abord vouloir assurer la sécurité des
Français ». « Il s'agit d'appliquer
le principe de précaution ». C'est de N.
Morano, porte-parole de l'UMP (NouvelObs.com,
le 24 février 2008). Ayez peur des criminels,
ayez confiance dans l'Etat, n'est-ce pas une
conception totalitaire ?
Derrière l'internement administratif à vie
(la « rétention de sûreté ») pour certains
criminels, se profile le rétablissement de la
peine de mort. On enferme les criminels pour
ce qu'ils sont et non pour ce qu'ils ont fait
: c'est la réhabilitation de la notion de «
criminel né » et de « classe dangereuse ».
C'est la confirmation de ce que Sarkozy est
un partisan des théories eugénistes. Ce que
seul F. Bayrou avait relevé lors de la
présidentielle, un comble.
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En
réalité, Sarkozy vise l'après élections. Peu
lui importe que « l'opposition » contrôle de
nouvelles municipalités, de nouveaux
départements, et déjà la plupart des régions.
D'autant que cette « opposition » s'est
déclarée « constructive » dès le lendemain
des élections législatives de 2007. Sarkozy
est au coeur du pouvoir présidentiel. Il
travaille sans relâche à son renforcement. Il
a le gouvernement, l'Assemblée nationale, le
Sénat et le Conseil économique et social dans
sa main. Le Conseil constitutionnel lui fait
(un peu) d'ombre, il demande au Premier
président de la Cour de Cassation de voler à
son aide(1).
Tous les jours il met en application cette
maxime de C.-M. de Talleyrand : « on peut
violer les lois sans qu'elles crient ».
La « gauche », elle, pousse des cris
d'orfraie, avance des arguties juridiques,
mais elle laisse faire : s'opposer c'est
risquer de provoquer l'explosion. Tant ce
pays sent la poudre sur le plan social.
Ce pays sent la
poudre
La multiplication des grèves, dans le
secteur privé essentiellement, dans la
dernière période, sur les salaires et
l'emploi, montre qu'un cap a été franchi. Les
promesses sur le pouvoir d'achat on fait long
feu. Les travailleurs exigent des
augmentations de salaires.
Le phénomène de la grève par procuration
(les travailleurs du privé approuvant les
fonctionnaires, mais restant l'arme au pied
sous la menace de fermetures d'usine),
phénomène que l'on connaissait depuis 1995,
est terminé. Le gel des salaires,
l'allongement du temps de travail, n'ont pas
empêché les licenciements et les
délocalisations. Tous les travailleurs sont
touchés, y compris les cadres. Les suicides
au « technocentre » de Renault comme chez
PSA, à la Centrale EdF de Chinon, comme
récemment à la Poste, sont le révélateur de
ce que la limite du supportable est atteinte
: désormais toute la classe ouvrière dans
toutes ses composantes se prépare à faire
face, malgré l'engagement des bureaucrates
syndicaux aux côtés du gouvernement.
« C'est une course de vitesse qui est
engagée. » écrivions-nous dans
l'éditorial du n° 73 de l'Internationaliste.
Sarkozy cherche à imposer dans tous les
domaines, y compris bien sûr dans celui des
institutions, des changements irréversibles.
Ce n'est pas la défense de la République qui
est à l'ordre du jour, encore moins celle des
institutions de la Vème République. Non,
l'heure est à la mobilisation unitaire de
l'ensemble des travailleurs qui, seule, peut
donner une issue positive à travers la grève,
à travers les comités de grève, à travers la
centralisation des comités de grèves.
(1) Dernière minute, celui-ci vient
de rejeter la demande !
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