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Edito. L'Internationaliste n°74
Ne pas s'arrêter aux élections !
Il n'est pas un commentateur dans la dernière période qui ne cherche une explication aux provocations du Président de la République dans la proximité des élections municipales et cantonales. Certains, comme le directeur adjoint du quotidien espagnol El Pais, s'est même récemment penché sur « l'incurable hypertrophie de l’ego » de Sarkozy. Ce serait cependant une erreur de se cantonner à la psychologie du personnage, même si elle a son importance. De même que limiter l’explication à une tentative désespérée de reprendre la main après des sondages calamiteux, dans un but purement électoral, est une explication courte qui risque de participer à la mise en scène et aux diversions orchestrées par l'Elysée.

L'infléchissement du régime dans le sens d'un renforcement de son caractère bonapartiste est en marche. Voilà ce que signifient les multiples déclarations fracassantes qui viennent de la mouvance gouvernementale, quitte parfois à créer le trouble jusque dans les rangs de l'UMP. Trouble suscité, souvent, par la proximité d’élections qui pourraient bien amener un retour de bâton sur ce « terrain déformé de la lutte des classes ». Car la « droite décomplexée » n'hésite pas à brouiller les repères afin de réhabiliter de vieilles thèses parmi les plus réactionnaires.

Brouillage des repères

Au dîner annuel du CRIF, pour complaire au garde-frontière franco-israélien A. Klarsfeld, Sarkozy fait une proposition qui « glace le sang » de S. Veil, rescapée d'Auschwitz et de Bergen-Belsen, figure de la résistance : faire porter à chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant juif mort en déportation. Les repères - et quels repères ! - continuent ainsi à être brouillés, comme pendant la campagne présidentielle.

Peu après, le Conseil constitutionnel s'oppose à une disposition de la énième loi sur la récidive, prévoyant une application rétroactive. Un journaliste téméraire ose évoquer une dérive totalitaire devant R. Dati, Garde des sceaux, Ministre de la justice. La réponse est édifiante : « la dérive totalitaire, ça serait laisser des criminels dangereux s’attaquer à nos enfants » (Journal de 20 heures, France-2, le 21 février 2008).

Bien entendu, Sarkozy cherche à contourner la censure du Conseil constitutionnel, la « gauche » s'émeut mollement, la réponse est cinglante : « Je laisse le soin aux Français de juger le Parti Socialiste qui se met clairement du côté des assassins et oublie toutes les victimes. C'est irresponsable de jouer avec la sécurité des Français », « poser la question de la rétroactivité de la loi pour les violeurs d'enfants et les assassins déjà condamnés, c'est d'abord vouloir assurer la sécurité des Français ». « Il s'agit d'appliquer le principe de précaution ». C'est de N. Morano, porte-parole de l'UMP (NouvelObs.com, le 24 février 2008). Ayez peur des criminels, ayez confiance dans l'Etat, n'est-ce pas une conception totalitaire ?

Derrière l'internement administratif à vie (la « rétention de sûreté ») pour certains criminels, se profile le rétablissement de la peine de mort. On enferme les criminels pour ce qu'ils sont et non pour ce qu'ils ont fait : c'est la réhabilitation de la notion de « criminel né » et de « classe dangereuse ». C'est la confirmation de ce que Sarkozy est un partisan des théories eugénistes. Ce que seul F. Bayrou avait relevé lors de la présidentielle, un comble.

En réalité, Sarkozy vise l'après élections. Peu lui importe que « l'opposition » contrôle de nouvelles municipalités, de nouveaux départements, et déjà la plupart des régions. D'autant que cette « opposition » s'est déclarée « constructive » dès le lendemain des élections législatives de 2007. Sarkozy est au coeur du pouvoir présidentiel. Il travaille sans relâche à son renforcement. Il a le gouvernement, l'Assemblée nationale, le Sénat et le Conseil économique et social dans sa main. Le Conseil constitutionnel lui fait (un peu) d'ombre, il demande au Premier président de la Cour de Cassation de voler à son aide(1). Tous les jours il met en application cette maxime de C.-M. de Talleyrand : « on peut violer les lois sans qu'elles crient ». La « gauche », elle, pousse des cris d'orfraie, avance des arguties juridiques, mais elle laisse faire : s'opposer c'est risquer de provoquer l'explosion. Tant ce pays sent la poudre sur le plan social.

Ce pays sent la poudre

La multiplication des grèves, dans le secteur privé essentiellement, dans la dernière période, sur les salaires et l'emploi, montre qu'un cap a été franchi. Les promesses sur le pouvoir d'achat on fait long feu. Les travailleurs exigent des augmentations de salaires.

Le phénomène de la grève par procuration (les travailleurs du privé approuvant les fonctionnaires, mais restant l'arme au pied sous la menace de fermetures d'usine), phénomène que l'on connaissait depuis 1995, est terminé. Le gel des salaires, l'allongement du temps de travail, n'ont pas empêché les licenciements et les délocalisations. Tous les travailleurs sont touchés, y compris les cadres. Les suicides au « technocentre » de Renault comme chez PSA, à la Centrale EdF de Chinon, comme récemment à la Poste, sont le révélateur de ce que la limite du supportable est atteinte : désormais toute la classe ouvrière dans toutes ses composantes se prépare à faire face, malgré l'engagement des bureaucrates syndicaux aux côtés du gouvernement.

« C'est une course de vitesse qui est engagée. » écrivions-nous dans l'éditorial du n° 73 de l'Internationaliste. Sarkozy cherche à imposer dans tous les domaines, y compris bien sûr dans celui des institutions, des changements irréversibles. Ce n'est pas la défense de la République qui est à l'ordre du jour, encore moins celle des institutions de la Vème République. Non, l'heure est à la mobilisation unitaire de l'ensemble des travailleurs qui, seule, peut donner une issue positive à travers la grève, à travers les comités de grève, à travers la centralisation des comités de grèves.


(1) Dernière minute, celui-ci vient de rejeter la demande !

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