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Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Edito. L'Internationaliste n°75
De la crise des « subprimes », à celle du système capitaliste.
Partie d'un événement qui, rapidement, n'a eu plus rien de conjoncturel, « la crise à 2 000 milliards de dollars » (1), pour reprendre l'expression d'un chroniqueur de la radio France Info, en est désormais à dépasser le cadre d'une crise structurelle du système capitaliste pour devenir, purement et simplement, une « crise systémique », en ce sens qu'elle pourrait menacer le capitalisme dans ses fondements mêmes. Au-delà des centaines de milliards de dollars déversés par les banques centrales dans des opérations de sauvetage à courte vue, au-delà même des conséquences sur l'économie réelle, les débats sur les « questions d'éthique », outre-atlantique, montrent que les capitalistes se préparent à faire face à l’étape suivante : défendre bec et ongles la légitimité d’un mode de production condamné de longue date par l'histoire.

Ce n'est qu'un début...

La liste est longue des banques touchées par la crise des subprimes et ses conséquences. L'été dernier, on a vu la Northern Rock et ses files d'attente de déposants. Mi-mars 2008, on voit couler la Bear Strearns, cinquième banque d'investissement US ; ses clients, de gros spéculateurs, n'ont pas eu, eux, à faire la queue dans la rue. Dans un premier temps, cette banque a été rachetée en catastrophe par JP Morgan Chase, pour 236 millions de dollars, à peine le tiers de la valeur estimée de son siège social. Dans le jargon bancaire, c'est une vente « à la casse », même si le montant de la vente a été revu à la hausse par la suite... Entre-temps, un des 60 fonds de placement de Carlyle Group (en partie gestionnaire de la fortune des Bush et des Ben Laden) est en passe de terminer sa courte vie de sept mois, laissant une ardoise de près de 17 milliards de dollars.

Citons encore un exemple : celui de la Société Générale. Cette banque qui, fin 2007, avouait 200 millions d'euros de pertes dues aux « subprimes », en a subrepticement admis 2 milliards, lors de la conférence de presse qui a lancé « l'affaire Kerviel » ; laquelle affaire a été estimée à quelque 5 milliards...

Pourtant, cette crise est loin d'être terminée et, tout comme le nuage de Tchernobyl, elle ne contournera point le pays merveilleux des Nicolas, Carla et Marie-Ségolène…, n'en déplaise à Christine Lagarde, ministre de l'économie et des finances.

En effet, aux USA, les défaillances d'emprunteurs non solvables se poursuivent. Pour faire simple, ces derniers doivent choisir maintenant entre le remboursement de leur maison et celui de leur(s) carte(s) de crédit ; des cartes garanties par la valeur dépréciée de la maison. Dit autrement, les faillites personnelles et leurs effets sur l'immobilier s'étendent désormais au crédit à la consommation. Sur les banques de ce secteur, l'impact sera immédiat et égal à celui de l'immobilier, à savoir : des faillites et des milliers de licenciements. Si la consommation recule, la production des biens de consommation reculera aussi, y compris dans les « pays émergents ». Et puis, les échanges ralentiront à l'échelle du monde, l'investissement s'arrêtera et reculera : ce sera alors la Grande Dépression de 1929, mais en plus rapide.

Ce qui affole particulièrement les responsables des banques centrales qui, eux, veillent à la pérennité du système capitaliste, c'est la conjonction de trois facteurs : la déflation (recul des prix) dans l'immobilier, l'inflation due à la spéculation sur les matières premières (pétrole en tête), accueillant les capitaux fictifs en mal de rentabilité et le ralentissement de « la croissance », voire son recul à l'échelle du monde, la récession. Après 30 ans de déréglementation, une vieille controverse refait surface : les banques centrales doivent-elles intervenir ? Et si oui, pour quoi faire ?

« Too big to fail... »

Le débat fait rage aux USA à propos de « l'aléa moral », un concept du domaine des compagnies d'assurance. Simplement, quand quelqu'un est assuré, il a tendance à prendre plus de risques (c'est l'aléa moral) et, dans ce cas, il faut le menacer, voir le « punir » pour empêcher que le risque ne se réalise et devienne un sinistre. C'est pourquoi les capitalistes veulent que les emprunteurs remboursent quoi qu'il leur en coûte ; ils s'opposent donc par principe à toute solution, publique ou non, qui viendrait « aider » les ménages en difficulté à étaler leurs remboursements, sur la base d'intérêts plus bas. Sinon, disent ces messieurs de la finance, les emprunteurs, les ménages ouvriers, seraient incités à prendre des risques inconsidérés à l'avenir...

Pour eux-mêmes, bien entendu, les capitalistes ont tendance à inverser les termes du raisonnement qu'ils appliquent aux ménages, aux travailleurs. Mais, que voulez-vous, il y va de la légitimité du système capitaliste, et certains banquiers estiment que le principe doit s'appliquer à tous, ou presque. Les mêmes estiment que ce fût une erreur en 1998 (faillite de LTCM), comme en 2000 (éclatement de la bulle internet) d’avoir sauvé les « players » (spéculateurs à haut risque) en ouvrant les vannes du crédit. Les « players » auraient alors compris le message suivant : nous pouvons recommencer, la « Fed », la Banque centrale européenne, la Banque d'Angleterre, du Japon et d'autres continueront à payer..., avec l'argent des « contribuables », c'est-à-dire des travailleurs.

Appliquer le principe à tous ou presque... Car si les banquiers sont prêts à « faire la part du feu » en acceptant la faillite de petits ou moyens établissements, ils changent d'avis quand il s'agit de grosses banques assises sur une pyramide de papier formée de centaines de milliards de dollars. Ainsi, à travers le sauvetage de Bear Strearns, la « Fed » s'est engagée à... garantir ses engagements ! « Too big to fail » (trop gros pour faire faillite), dit-on à Wall-Street. Quant aux ouvriers et employés qui se retrouvent à la rue, seraient-ils « too small not to fail » (trop petits pour ne pas faire faillite) ? Il y a là une double contradiction, politique et sociale, explosive qui se développe au coeur même de la citadelle impérialiste. D'où la multiplication des déclarations dans le sens d'une moralisation du capitalisme...

Moraliser le capitalisme ?

Aujourd'hui conseiller de Sarkozy, Henri Guaino s'était essayé à l'exercice, début 2007, dans les Echos : le capitalisme est basé sur la confiance, et la morale est nécessaire à la confiance ! Vont dans le même sens Sarkozy et bien d'autres, dont les altermondialistes (pour ne pas parler du PS ou même du PCF) qui, eux aussi, se situent souvent sur ce terrain moralisateur. Mais derrière le discours de moralisation, la réalité du capitalisme n'abdique pas ; et Hermès, dieu des voyageurs, des commerçants et des voleurs, vient donc de parler par la bouche de son Oracle, A. Greenspan, responsable de la « Fed » de 1987 à 2006, lequel est sorti de sa « réserve » le 17 mars dernier (puisque c'est toute sa politique sur dix-neuf ans, qui est malmenée aujourd'hui).

Car en effet, la crise des crédits « subprimes » trouve sa source dans les mesures prises par la « Fed », en 2000, pour tenter d’amortir les effets de l'explosion de la « bulle internet » par une politique de crédit facile. Celui qui appréciait se voir sollicité comme un gourou, Greenspan, se trouve maintenant sur la défensive, mais pour autant, il ne perd pas le nord et ce qu’il dit est édifiant : « L'actuelle crise financière aux Etats-Unis va être vraisemblablement jugée comme la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette crise laissera de nombreuses victimes. Le système d'évaluation des risques actuellement en place sera particulièrement touché (...). Mais j'espère que l'une des victimes ne sera pas le système de surveillance mutuelle et plus généralement l'autorégulation financière comme mécanisme fondamental d'équilibre du secteur financier mondial » (C'est nous qui soulignons, NDLR). Il poursuit : « Il est important, voire essentiel, que toute réforme et ajustements dans la structure des marchés et leur régulation ne remettent pas en question nos garde-fous les plus fiables et efficaces contre les défaillances économiques, à savoir la flexibilité des marchés et la libre concurrence » (Idem) (Les Echos du 17 mars 2008, reprise du Financial Times [Crise financière : Greenspan évoque "la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale"]).

Comme si le « système de surveillance mutuelle », « l'autorégulation » pouvaient être des « garde-fous fiables et efficaces », alors que tous les dispositifs, à commencer par les trop fameuses « agences de notation », n'ont fait qu'accréditer la solidité là où il n'y avait que du vent. En réalité, ces garde-fous sont d'authentiques pousse-au-crime ! Aussi, au-delà d'un réel cynisme, A. Greenspan reste très clair : pour lui, il ne faut rien toucher à l'édifice ultra-libéral construit ces trente dernières années, car ce sont bien les travailleurs qui doivent payer.

En effet, cet édifice permet au système capitaliste d'espérer reporter les échéances de l'Histoire en faisant peser le coût exorbitant de ces échéances sur les travailleurs et les peuples opprimés. C’est-à-dire, continuer à détruire des forces productives à commencer par l'homme lui-même, briser la résistance des travailleurs et des paysans, les jeter dans la course à la misère, repartir dans une nouvelle phase de concentration du capital. C'est le remède de Greenspan ; c’est le remède des capitalistes. Pour cela, ils exigent d'avoir les mains totalement libres et un crédit illimité. Privatiser les profits, socialiser les pertes, à l'exemple de la Bear Strearns : voilà, leur solution.

Il existe pourtant une alternative : rassembler largement les exploités et renverser ce mode de production dépassé, caractérisé par la propriété privée des moyens de production et d'échange, l'exploitation du travail salarié, la concurrence entre les plus humbles. Il y a une nécessité historique : mettre en place un nouveau mode de production, basé sur la propriété collective des moyens de production et d'échange à l'échelle du monde : le socialisme. Le passé de l'humanité est dans la concurrence, et son avenir, dans la coopération entre les hommes, dans la libération des forces productives et leur développement.


(1) Au sujet de la crise actuelle, voir l'Internationaliste : n°66 de mars 2007 (La course folle du capitalisme vers la barbarie), n°70 de septembre 2007 (La bulle immobilière aux USA a éclaté) et n°73 de janvier-février 2008 (Un système parasitaire condamné).

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