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Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Edito. L'Internationaliste n°78
Non, Niet, No !

Après le « non » irlandais

Sarkozy après le non irlandais

Le 12 juin, les travailleurs irlandais ont rejeté par référendum le Traité de Lisbonne, dit « traité simplifié ». Par un « non » à 53,4% les travailleurs d'Irlande se sont prononcés dans le même sens que ceux des Pays-Bas et de France, il y a trois ans. Le « non » a été massif dans les quartiers ouvriers de Dublin, dépassant même les 60%. La participation au vote, qui peut sembler faible avec 53%, est pourtant vingt points supérieure à ce qu'elle fut lors du rejet du traité de Nice, en 2001. Les travailleurs irlandais n'ont pas été dupes de la manœuvre : ce « mini-traité » est une simple copie du Traité constitutionnel européen (TCE). Ils ont donc voté non.

Ce nouveau « non » aggrave la crise institutionnelle de l'UE (Union Européenne) et va naturellement renforcer les tendances centrifuges en son sein. Certains gouvernements qui n'ont pas encore ratifié le Traité de Lisbonne avancent maintenant « sur des œufs ». Le « non » irlandais est un nouveau revers pour les tenants d'une Europe enfermée dans le carcan de « la concurrence libre et non faussée ». C'est aussi un revers personnel pour N. Sarkozy, à l'origine du recyclage du TCE en « traité simplifié ». Un revers hautement symbolique, alors que l'impérialisme français s'apprête à prendre la présidence de l'UE, pour six mois, à partir du premier juillet. C'est surtout un rejet de l'Europe de Maastricht, que le traité de Lisbonne est sensé réaffirmer, renforcer.

Le plombier polonais

Le traité de Maastricht a été adopté en 1992 sur la base d'un chantage, plus précisément d'une menace et d'une double promesse. Accepter Maastricht, c'était assurer la paix en Europe, nous disait-on. Accepter Maastricht, c'était aller vers le progrès social et le renforcement de la démocratie au sein des institutions européennes, ajoutaient les thuriféraires de l'Europe capitaliste. Le bilan est édifiant, que l'on en juge.

La Paix ? Les capitalistes ont dépecé la Yougoslavie par la guerre. L'Albanie, le Kosovo et la Macédoine ont été occupés militairement par les impérialistes qui ont plongé ces pays dans le chaos. La Serbie a été contrainte d'accepter un « plan de paix » qui parlait surtout de « marché libre » et de tribut à verser à l'OTAN. Tout en détournant pudiquement les yeux de la Tchétchénie de Putine et de Medvedev, les « puissances européennes » portent la guerre en Afrique, au Proche-Orient ou en Asie centrale, tantôt sous l'égide d'une OTAN agressive, tantôt derrière le paravent bien pratique des résolutions de l'ONU. Voilà pour la paix de Maastricht.

Le progrès social ? Les services publics sont privatisés ou démantelés, l'un après l'autre, pour faire place à des entreprises capitalistes qui visent la rentabilité maximale. La santé et l'éducation sont en passe de suivre la même voie, définies par l'OMC et l'OCDE comme « marchés du XXIème siècle ». Les droits sociaux, la protection sociale et les garanties collectives sont attaqués les uns après les autres.

Ainsi, la directive approuvée par le Conseil des ministres européen, la veille du vote irlandais, porte la durée de travail à 65 heures par semaine, sous prétexte de « faire de l'UE la région du monde la plus compétitive ». De même, la «directive retour », anti-immigrés, votée par le Parlement européen le 18 juin, prévoit de porter les délais de « rétention » à... dix-huit mois !

Le plombier polonais est contraint d'abandonner sa famille pour devenir un quasi-esclave dans la banlieue de Londres. Le travailleur roumain trime sur les chantiers du bâtiment en Italie ou en France, où il subit quotidiennement les vexations d'institutions racistes ou la violence des mafieux. La prostituée bulgare pourvoit aux plaisirs de hauts fonctionnaires européens à Bruxelles ou à Strasbourg. Peut-être est-ce là un idéal, pour F. Bolkestein, défenseur de la déréglementation du secteur des services ? Voilà pour le progrès social de Maastricht.

La démocratie ? On le voit, les mesures contre les travailleurs pleuvent sans que la crise institutionnelle de l'Union Européenne ne freine l'ardeur de la Commission ou du Conseil des ministres. La bourgeoisie viole sa propre légalité et piétine ses « principes » avec la même ardeur qu'elle met à les réaffirmer, fièrement, la main sur le cœur et près du portefeuille. Ainsi, des directives non transcrites dans le droit national des états membres, s'y appliquent-elles tout de même. Ainsi, en février 2008, des parlementaires entérinent à 75%, une politique rejeté à 55% trois ans auparavant, par référendum.

Précisons que les Irlandais ont été consultés deux fois sur le traité de Nice : la première fois, ils ont répondu « non », la seconde fois, « oui ». Les Danois, eux, se sont prononcés deux fois par « non » sur le Traité de Maastricht. Ne serait-ce la crise institutionnelle de l'UE, gageons qu'ils auraient à nouveau été appelés à adopter l'Euro et les critères « démocratiques » qui vont avec...

De nombreux partisans du « oui » étalent désormais ouvertement leurs conceptions aristocratiques à propos « du peuple qui ne comprend rien », précisant qu'il vaudrait mieux ne pas le consulter sur des sujets aussi graves... L'amalgame à la mode stalinienne coule à torrents de la plume des « libéraux » et des « démocrates », qui dénigrent les tenants du « non » les qualifiant d’« alliés objectifs » des « néocons » étasuniens ou de forces politiques xénophobes, voire racistes.

L'Europe est en marche vers l'avenir radieux du capitalisme, sous la houlette du Grand timonier J. M. Barroso ! Voilà pour la démocratie de Maastricht.

Il faut donc s'attendre à ce que nos « démocrates » ne s'arrêtent pas en si bon chemin, les sociaux-démocrates patentés volant déjà au secours de l'UE malade. L. Joffrin, du quotidien Libération, y est allé d'une proposition de « référendum européen » basé sur une déclaration de principe : « voulez vous continuer ou non ? ». Bien entendu, tout dépend de la question posée, précise-t-il au micro de France Infos (Duel du jour : le Non irlandais, le 16 juin 2008).

Un plébiscite européen doublé d'un chèque en blanc à la Commission et au conseil des ministres européens, voilà un des lapins qui pourrait sortir, demain, du chapeau de l'illusionniste de l'Elysée. Cependant, au-delà des querelles sur la responsabilité de tel commissaire européen ou de tel chef de gouvernement, N. Sarkozy doit voir dans le « non » irlandais un échec personnel, comparable au camouflet reçu de la part de son ami Kadhafi, à propos de l'union pour la Méditerranée.

Le métallo roumain

A un an des élections pour le Parlement européen, quel que soit le scénario conçu par les politiciens pro-capitalistes de l'UE, le « non » irlandais complique singulièrement la donne, car ce référendum s'est déroulé dans un contexte de montée du mécontentement ressenti par des larges couches de la population en Europe. En effet, après les licenciements massifs et les délocalisations, ouvriers, employés, pêcheurs, paysans, etc. prennent très mal les hausses de prix consécutives à la frénésie spéculative sur les produits alimentaires et sur l'énergie.

Bien éloignés des débats entre secteurs de la bourgeoisie sur « l'Europe puissance ou l'Europe impuissance », ce mécontentement et ces mobilisations de travailleurs, ouvriers et employés, mais aussi maintenant de couches sociales se rattachant à la petite bourgeoisie, traduisent une tension exacerbée entre les classes, un aiguisement de la lutte des classes à l'échelle du continent, dont la grève des travailleurs de Dacia est emblématique. La grève déterminée des travailleurs de la filiale roumaine de Renault et le recul de la transnationale de l'automobile, ont-ils montré la voie à toute l'Europe et, significativement, à toute l'Europe centrale, dans des pays où la classe ouvrière, après avoir subi le joug du stalinisme, a payé au prix fort la restauration capitaliste.

Les attaques incessantes contre les travailleurs tendent à provoquer, dans toute l'Europe, une riposte unifiée de la part des travailleurs. En effet, après la grève des mineurs de Budryk en Pologne, l'hiver dernier, la grève de Dacia démontre qu’un tel mouvement est en train d'unifier la classe ouvrière des deux parties de l’Europe, ce continent divisé par Yalta de 1945 à 1989.

Un « non » à Maastricht

Les travailleurs irlandais ont en quelque sorte saisi, plus ou moins consciemment, que la prospérité de l'Irlande basée sur les subventions européennes, combinées au dumping social et fiscal, ne signifie pas la prospérité de chaque ouvrier irlandais. De même que la prospérité de l'Europe masque une réalité bien plus sombre : la dégradation des conditions de vie et même l'appauvrissement de larges couches de la population ; ainsi, par exemple, l'exploitation de travailleurs sans papiers à la merci des capitalistes.

Il y a un fil conducteur, qui va du double « non » de 2005 au « non » de 2008, qui passe par Dacia, par Arcelor-Mital et par Airbus. Un fil qui pose comme une exigence l'abrogation du traité de Maastricht et de toutes les directives contre les travailleurs, les jeunes, les femmes, les immigrés, directives prises au nom de l'unité de l'Europe contre les travailleurs d'Europe et au profit de l'Europe des capitalistes. La directive portant la durée du travail à 65 heures hebdomadaires et la directive dite du « retour » contre les travailleurs immigrés doivent être immédiatement et définitivement retirées.

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