| Après six semaines de grève
générale autour du LKP (Liyannaj Kont
Pwofitasyon - Collectif contre l'exploitation
outrancière) regroupant près de 50
organisations dans une unité sans faille, les
travailleurs de Guadeloupe ont remporté
une victoire politique, limitée
certes, mais une victoire.
Désormais, en Guadeloupe, dans les Antilles,
dans les « DOM », dans les dernières colonies
de l'impérialisme français, en « métropole »
même, il y aura un « avant » et un « après »
5 mars 2009.
Une victoire
politique
La grève générale en Guadeloupe a
fait fléchir le gouvernement et le MEDEF,
hostiles à toute augmentation de salaire,
même limitée. C'est déjà en soi une
victoire politique indéniable, une victoire
qui pèse au-delà des Antilles.
La grève a fait apparaître des
divisions entre secteurs du
patronat.Ceux des petits patrons qui
cherchent à développer une activité locale,
en contradiction avec les puissants monopoles
des familles békés et des transnationales,
ont été les premiers à signer l'accord,
malgré l'opposition du MEDEF, de la CGPME et
de la FNSEA.
La grève en Guadeloupe a mis le
MEDEF et la FNSEA devant une
contradiction : la validité des
accords minoritaires. Les accords
minoritaires seraient-ils uniquement valables
quand ils s'imposent aux salariés, mais ne le
seraient-ils plus dès lors qu'ils doivent
s'appliquer aux patrons ? Voilà ce qui est,
maintenant, entre les mains du ministre du
travail, B. Hortefeux...
La grève a fait apparaître des
lignes de clivage au sein même de l'appareil
d'Etat. Si le ministre des colonies,
Y. Jégo, a été formellement désavoué par le
Premier ministre, F. Fillon, qui l'a rappelé
à un moment crucial, il a pourtant été
contraint d'admettre que « l'économie de
comptoir » ne pouvait pas durer. C'est un
coup porté à un secteur de la bourgeoisie
coloniale.
Au total, la grève générale en
Guadeloupe a fait la démonstration, si besoin
était, que déterminés, unis et solidaires les
travailleurs peuvent mettre en échec la
politique du gouvernement et de la
bourgeoisie.
Cependant, cette grève a également mis en
lumière des limites importantes, en ce sens
que la grève générale, « la mobilisation
au grand jour des opprimés contre les
oppresseurs », selon l'expression de
Trotsky, pose toujours la question du
pouvoir. Or, dans ce cadre colonial,
la question du pouvoir c'est aussi celle de
l'autodétermination.
Trois journées
décisives
Après quatre semaines de grève, du 16 au
18 février, le contrôle de la situation
commence à échapper à l'appareil d'Etat.
Jouant la carte de la répression, l'Etat, le
Préfet, reçoivent une réponse immédiate : les
barrages sur les routes principales et aux
carrefours, la paralysie de l'aéroport
international de Pointe-à-Pitre, le siège des
mairies. Pendant ces trois jours, ne
circulent dans l'île que ceux que les
grévistes laissent passer. Celles des
stations services qui disposent encore de
réserves ne servent du carburant que sur «
autorisation » du LKP. Pendant ces trois
jours, les forces de répressions se heurtent
aux barrages lors de chaque tentative de
déplacement et d'intervention.
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Pendant toute la durée de la
grève, des comités de quartier ont
mis en place un système rudimentaire mais
efficace d'entraide, distribuant les
produits de première nécessité, les fruits et
légumes cultivés dans les potagers, ce qui
dénote un développement important de
l'auto-organisation. Pourtant, les
occupations d'entreprises ont été
limitées, les travailleurs en grève
les ont abandonnées, les hôtels se sont vidés
de leurs touristes, les magasins ont été
fermement amenés à baisser leurs rideaux.
Cependant, il faut souligner que, hormis
les secteurs du bâtiment, du bois, du textile
et l'agro-alimentaire, l'activité
industrielle est peu développée en
Guadeloupe, l'essentiel de l'économie étant
centrée sur le tourisme, les services et la
production agricole. La question,
essentielle, du contrôle des moyens de
production par les travailleurs est restée
marginale. De même que dans ces
trois journées décisives, le LKP ne
s'est pas posé la question du pouvoir alors
qu'il l'exerçait de fait, en partie.
Le Préfet repasse à l'offensive dès le 18,
après la mort de J. Bino, le jour du « sommet
social » convoqué à l'Elysée par Sarkozy avec
les dirigeants des confédérations syndicales
et les patrons.
Les limites de la
grève
Le 19 février, Sarkozy reçoit, cette fois,
les élus des « DOM », élus fortement
discrédités en Guadeloupe. Sarkozy cherche
une sortie institutionnelle à la grève, en
prenant appui sur les élus locaux PS et UMP
pour l'essentiel. Le soir même, à l'annonce
de la tenue d'« Etats généraux de l'Outre-mer
» et, en mai, d'un « Conseil interministériel
de l'outre-mer », les élus se précipitent à
la télévision, à laquelle ils ont libre
accès, pour reprendre le contrôle de la
situation. Le 22 février, jour des obsèques
de J. Bino, une sorte de trêve implicite
aboutit au démantèlement des barrages, sous
l'oeil vigilant des grévistes. Il faudra
encore plus de deux semaines pour que les
négociations aboutissent à un accord (1) que le MEDEF
et la FNSEA, donc, refusent d'appliquer.
Pourquoi le LKP ne s'est-il pas
posé la question de la prise du pouvoir
? Le LKP n'a pas été un comité
central de grève appuyé sur des délégués des
entreprises en grèves. Il n'a pas été non
plus un organe de double pouvoir appuyé sur
des comité d'actions regroupant des délégués
des grévistes, des quartiers et des villes.
Le LKP est un organe de front unique
regroupant les organisations de la classe
ouvrière et des secteurs opprimés dans le
cadre colonial. C'est un élément de
première importance pour apprécier la grève
et ses limites. C'est la raison pour laquelle
il ne s'est pas posé la question de la prise
du pouvoir.
En fin de compte, la grève
générale de Guadeloupe montre à la
fois une avancée et une limite dans la
conscience des travailleurs guadeloupéens.
L'organisation de la grève autour du LKP est
tout simplement conforme à ce qu'est cette
conscience et elle montre les limites
de l'action -qu’elle soit spontanée ou
organisée- en l'absence d'un parti marxiste
révolutionnaire.
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