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Article paru dans l'Internationaliste n°86

Pseudo puce Retour au dossier Grève générale en Guadeloupe et à la Martinique.

Grève générale en Guadeloupe : éléments pour un bilan politique
Après six semaines de grève générale autour du LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon - Collectif contre l'exploitation outrancière) regroupant près de 50 organisations dans une unité sans faille, les travailleurs de Guadeloupe ont remporté une victoire politique, limitée certes, mais une victoire. Désormais, en Guadeloupe, dans les Antilles, dans les « DOM », dans les dernières colonies de l'impérialisme français, en « métropole » même, il y aura un « avant » et un « après » 5 mars 2009.

Une victoire politique

La grève générale en Guadeloupe a fait fléchir le gouvernement et le MEDEF, hostiles à toute augmentation de salaire, même limitée. C'est déjà en soi une victoire politique indéniable, une victoire qui pèse au-delà des Antilles.

La grève a fait apparaître des divisions entre secteurs du patronat.Ceux des petits patrons qui cherchent à développer une activité locale, en contradiction avec les puissants monopoles des familles békés et des transnationales, ont été les premiers à signer l'accord, malgré l'opposition du MEDEF, de la CGPME et de la FNSEA.

La grève en Guadeloupe a mis le MEDEF et la FNSEA devant une contradiction : la validité des accords minoritaires. Les accords minoritaires seraient-ils uniquement valables quand ils s'imposent aux salariés, mais ne le seraient-ils plus dès lors qu'ils doivent s'appliquer aux patrons ? Voilà ce qui est, maintenant, entre les mains du ministre du travail, B. Hortefeux...

La grève a fait apparaître des lignes de clivage au sein même de l'appareil d'Etat. Si le ministre des colonies, Y. Jégo, a été formellement désavoué par le Premier ministre, F. Fillon, qui l'a rappelé à un moment crucial, il a pourtant été contraint d'admettre que « l'économie de comptoir » ne pouvait pas durer. C'est un coup porté à un secteur de la bourgeoisie coloniale.

Au total, la grève générale en Guadeloupe a fait la démonstration, si besoin était, que déterminés, unis et solidaires les travailleurs peuvent mettre en échec la politique du gouvernement et de la bourgeoisie.

Cependant, cette grève a également mis en lumière des limites importantes, en ce sens que la grève générale, « la mobilisation au grand jour des opprimés contre les oppresseurs », selon l'expression de Trotsky, pose toujours la question du pouvoir. Or, dans ce cadre colonial, la question du pouvoir c'est aussi celle de l'autodétermination.

Trois journées décisives

Après quatre semaines de grève, du 16 au 18 février, le contrôle de la situation commence à échapper à l'appareil d'Etat. Jouant la carte de la répression, l'Etat, le Préfet, reçoivent une réponse immédiate : les barrages sur les routes principales et aux carrefours, la paralysie de l'aéroport international de Pointe-à-Pitre, le siège des mairies. Pendant ces trois jours, ne circulent dans l'île que ceux que les grévistes laissent passer. Celles des stations services qui disposent encore de réserves ne servent du carburant que sur « autorisation » du LKP. Pendant ces trois jours, les forces de répressions se heurtent aux barrages lors de chaque tentative de déplacement et d'intervention.

Pendant toute la durée de la grève, des comités de quartier ont mis en place un système rudimentaire mais efficace d'entraide, distribuant les produits de première nécessité, les fruits et légumes cultivés dans les potagers, ce qui dénote un développement important de l'auto-organisation. Pourtant, les occupations d'entreprises ont été limitées, les travailleurs en grève les ont abandonnées, les hôtels se sont vidés de leurs touristes, les magasins ont été fermement amenés à baisser leurs rideaux.

Cependant, il faut souligner que, hormis les secteurs du bâtiment, du bois, du textile et l'agro-alimentaire, l'activité industrielle est peu développée en Guadeloupe, l'essentiel de l'économie étant centrée sur le tourisme, les services et la production agricole. La question, essentielle, du contrôle des moyens de production par les travailleurs est restée marginale. De même que dans ces trois journées décisives, le LKP ne s'est pas posé la question du pouvoir alors qu'il l'exerçait de fait, en partie. Le Préfet repasse à l'offensive dès le 18, après la mort de J. Bino, le jour du « sommet social » convoqué à l'Elysée par Sarkozy avec les dirigeants des confédérations syndicales et les patrons.

Les limites de la grève

Le 19 février, Sarkozy reçoit, cette fois, les élus des « DOM », élus fortement discrédités en Guadeloupe. Sarkozy cherche une sortie institutionnelle à la grève, en prenant appui sur les élus locaux PS et UMP pour l'essentiel. Le soir même, à l'annonce de la tenue d'« Etats généraux de l'Outre-mer » et, en mai, d'un « Conseil interministériel de l'outre-mer », les élus se précipitent à la télévision, à laquelle ils ont libre accès, pour reprendre le contrôle de la situation. Le 22 février, jour des obsèques de J. Bino, une sorte de trêve implicite aboutit au démantèlement des barrages, sous l'oeil vigilant des grévistes. Il faudra encore plus de deux semaines pour que les négociations aboutissent à un accord (1) que le MEDEF et la FNSEA, donc, refusent d'appliquer.

Pourquoi le LKP ne s'est-il pas posé la question de la prise du pouvoir ? Le LKP n'a pas été un comité central de grève appuyé sur des délégués des entreprises en grèves. Il n'a pas été non plus un organe de double pouvoir appuyé sur des comité d'actions regroupant des délégués des grévistes, des quartiers et des villes. Le LKP est un organe de front unique regroupant les organisations de la classe ouvrière et des secteurs opprimés dans le cadre colonial. C'est un élément de première importance pour apprécier la grève et ses limites. C'est la raison pour laquelle il ne s'est pas posé la question de la prise du pouvoir.

En fin de compte, la grève générale de Guadeloupe montre à la fois une avancée et une limite dans la conscience des travailleurs guadeloupéens. L'organisation de la grève autour du LKP est tout simplement conforme à ce qu'est cette conscience et elle montre les limites de l'action -qu’elle soit spontanée ou organisée- en l'absence d'un parti marxiste révolutionnaire.

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