« […] En accord sur
la dérive autoritaire du Conseil
d’Administration de notre collège comme
sur la volonté de quitter cette instance, un
collègue (enseignant de Lettres, syndiqué au
SNES) et moi avons récemment remis à notre
chef d’établissement une lettre lui
signifiant notre démission du C.A. (le 20
mai). Les raisons de cette décision peuvent
être résumées par la première phrase de cette
lettre, dont je pense d’ailleurs que
nombreux seront ceux parmi vous qui s’y
reconnaîtront :
« Nous ne croyons pas que le
fonctionnement du collège, tel qu’il
nous est apparu cette année, laisse une place
suffisante à l’esprit de dialogue et de
travail concerté pour que les élus de la
liste à laquelle nous appartenons puissent
faire entendre sereinement la voix des
personnels qu’ils représentent ».
En effet, nous avons tous pu voir, à
divers moments cette année, un manque de
démocratie patent sur des questions
d’importance. Suite aux derniers C.A.,
s’est imposé à nous ce constat que
notre représentativité était bafouée
[…]
Lors du C.A.
sur la DHG(1)
qui s’est déroulé le 11 mars dernier,
la Principale de notre collège a traité
par-dessus la jambe nos propositions. Vous
savez aussi à quelles manœuvres
consistant à diviser pour mieux régner elle
s’est livrée à ce moment-là. Nous avons
soumis au vote une autre répartition
accompagnée d’une motion en expliquant
clairement les buts : diminuer les
HSA(2),
d’abord pour de ne pas faire porter une
surcharge de travail aux enseignants déjà
fortement impliqués non seulement dans leurs
missions mais même dans des projets divers ;
ensuite pour permettre la création de deux
postes d’enseignants (EPS et anglais).
Cette proposition a trouvé bien sûr
l’approbation des représentants des
parents d’élèves, car nous savons tous
combien nous avons besoin d’adultes à
plein temps dans notre établissement. Elle a
donc été votée avec une large majorité
favorable : avec 3 voix, seule la direction a
voté contre, qui avait pourtant le pouvoir
d’agir autrement et de soutenir ses
personnels ! Au lieu de cela, on nous a bien
fait comprendre, avec un mépris à peine
dissimulé, que nos propositions
n’étaient que vœux pieux et que
de toutes façons la DHG serait entérinée
telle que décidée par la Principale.
Au même C.A. est apparue la question de
l’heure d’information syndicale :
alors que nous demandions si l’on
pouvait prévoir une organisation permettant à
tous les personnels, y compris ceux de la Vie
Scolaire, de participer à l’heure
d’information syndicale, la réponse de
la Direction fut assez brutale, à savoir :
elle refuserait désormais toute heure
d’information qui ne se tiendrait pas
dans les horaires 8h-9h ou 16h-17h et, de
plus, elle ne participerait en aucune façon à
l’organisation de la surveillance car
cela n’était « pas son problème ».
En outre, lors du dernier C.A. en date du
27 avril, nous nous sommes vus obligés de
voter le Projet d’Etablissement, bien
que nous ayons formellement demandé un report
du vote et malgré nos nombreuses objections,
portant en particulier sur le manque de débat
(à peine un quart d’heure) et le
caractère inachevé (par conséquent douteux
quant à son contenu réel) du document. Je
rappelle que ce CA a été organisé le jour
même du retour des vacances de printemps, et
que la commission permanente préparatoire a
eu lieu peu avant, sans présenter des
documents complets : ces manœuvres, de
plus en plus courantes dans tous les
établissements scolaires, visent à empêcher
les représentants élus de consulter dans de
bonnes conditions leurs collègues. Avec un
fort taux d’abstention, le projet
d’établissement est néanmoins passé, et
donc l’UPI qui en fait partie. Sur ce
sujet, là encore, aucune consultation des
personnels, aucune garantie, et toujours
aucune réponse à notre pétition. Notre chef
d’établissement a en revanche eu le
temps de réitérer sa position sur
l’heure d’information syndicale.
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Il est évident que le C.A.
est tout sauf démocratique aujourd’hui
; personnellement, j’ai vu cette année
non seulement beaucoup plus de concertation
mais aussi beaucoup plus d’efficacité
dans nos réunions (et pas seulement celles,
officielles, permises par l’heure
syndicale) que dans les heures passées dans
les CA ou à les préparer. Nos mobilisations
ont fait obtenir une infirmière, un
demi-poste d’assistant
d’éducation, entre autres. Cela m'a
engagée plus fortement encore à penser que
l'on ne peut agir que par le biais
d’une organisation collective forte.
Nous sommes tout à fait capables de
construire cette réaction collective, comme
le montrent les évènements du début de la
semaine qui nous ont amené à réfléchir et
décider ensemble des modalités
d’action.
Tous deux
démissionnaires, mon collègue et moi, nous
nous sommes pourtant engagés, en début
d’année, avec beaucoup de volonté dans
le CA, je suis sûre que vous n’en
doutez pas. Pour ma part, cette démission
fait suite à une réflexion de plusieurs
semaines : au final, le constat de
l’impossibilité de représenter les
personnels du collège l’a emporté. Mais
la démission de deux membres du CA ne
correspond pas, à mes yeux, à un constat
d’échec face à la direction, elle
n’est pas un signe de division. Car
ceux qui restent ne sont pas dupes : « je
finis mon mandat, je ne me fais aucune
illusion sur la démocratie du CA, mais il
faut quelqu’un pour tenir tête », a
déclaré un professeur d’EPS lors de la
dernière heure syndicale. Les deux positions
ne sont donc pas opposées mais bien plutôt
complémentaires. Il n’y a ni échec ni
division, car nous continuons, et même plus
encore qu’avant, d’agir par
rapport aux problèmes qui se posent à nous
avec les mêmes objectifs : les discussions
sur l’UPI(3) et sur le Règlement
Intérieur -que nous menons tous actuellement-
me paraissent très encourageantes quant à
notre capacité de construire sans la
Direction et de lui opposer, face à son
attitude dirigiste mais souvent
irresponsable, nos exigences
d’enseignants et d’éducateurs
[…] »
(1) Dotation Horaire Globale : nombre
total d’heures établi par le Rectorat
académique, et attribué pour l’année à
chaque établissement. Le rôle du CA est de
répartir ces heures par matière pour le bon
fonctionnement des enseignements.
(2) Heures Supplémentaires
Annualisées.
(3) Unité Pédagogique
d’Intégration, pour les élèves
handicapés (voir
l’Internationaliste n°87)
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