Logo Quatrième Internationale
Groupe Socialiste Internationaliste
Pour la reconstruction de la Quatrième Internationale
Marxists Internet Archives
Article paru dans l'Internationaliste n°88

Pseudo puce Retour au dossier syndicalisme

Il faut démissionner des Conseils d’administration des lycées et collèges !
Nous publions ci-dessous des extraits de la lettre de démission d’une enseignante d’un collège d’Ivry sur Seine, dans la banlieue de Paris. Cette lettre, qui est en même temps le compte rendu de mandat d’une élue, démontre si besoin était, que les Conseils d’administration sont un piège pour les enseignants qui y siègent et pour les syndicats qui acceptent ce fonctionnement institutionnel : les CA sont une machine de guerre contre l’indépendance syndicale dans l’enseignement public. Les CA sont une instance de co-gestion de la pénurie. Tout syndicaliste honnête et convaincu de la nécessité de se battre contre les mesures du gouvernement et des capitalistes ne peut que démissionner de ce genre d’instance.

« […] En accord sur la dérive autoritaire du Conseil d’Administration de notre collège comme sur la volonté de quitter cette instance, un collègue (enseignant de Lettres, syndiqué au SNES) et moi avons récemment remis à notre chef d’établissement une lettre lui signifiant notre démission du C.A. (le 20 mai). Les raisons de cette décision peuvent être résumées par la première phrase de cette lettre, dont je pense d’ailleurs que nombreux seront ceux parmi vous qui s’y reconnaîtront :

« Nous ne croyons pas que le fonctionnement du collège, tel qu’il nous est apparu cette année, laisse une place suffisante à l’esprit de dialogue et de travail concerté pour que les élus de la liste à laquelle nous appartenons puissent faire entendre sereinement la voix des personnels qu’ils représentent ».

En effet, nous avons tous pu voir, à divers moments cette année, un manque de démocratie patent sur des questions d’importance. Suite aux derniers C.A., s’est imposé à nous ce constat que notre représentativité était bafouée […]

Lors du C.A. sur la DHG(1) qui s’est déroulé le 11 mars dernier, la Principale de notre collège a traité par-dessus la jambe nos propositions. Vous savez aussi à quelles manœuvres consistant à diviser pour mieux régner elle s’est livrée à ce moment-là. Nous avons soumis au vote une autre répartition accompagnée d’une motion en expliquant clairement les buts : diminuer les HSA(2), d’abord pour de ne pas faire porter une surcharge de travail aux enseignants déjà fortement impliqués non seulement dans leurs missions mais même dans des projets divers ; ensuite pour permettre la création de deux postes d’enseignants (EPS et anglais). Cette proposition a trouvé bien sûr l’approbation des représentants des parents d’élèves, car nous savons tous combien nous avons besoin d’adultes à plein temps dans notre établissement. Elle a donc été votée avec une large majorité favorable : avec 3 voix, seule la direction a voté contre, qui avait pourtant le pouvoir d’agir autrement et de soutenir ses personnels ! Au lieu de cela, on nous a bien fait comprendre, avec un mépris à peine dissimulé, que nos propositions n’étaient que vœux pieux et que de toutes façons la DHG serait entérinée telle que décidée par la Principale.

Au même C.A. est apparue la question de l’heure d’information syndicale : alors que nous demandions si l’on pouvait prévoir une organisation permettant à tous les personnels, y compris ceux de la Vie Scolaire, de participer à l’heure d’information syndicale, la réponse de la Direction fut assez brutale, à savoir : elle refuserait désormais toute heure d’information qui ne se tiendrait pas dans les horaires 8h-9h ou 16h-17h et, de plus, elle ne participerait en aucune façon à l’organisation de la surveillance car cela n’était « pas son problème ».

En outre, lors du dernier C.A. en date du 27 avril, nous nous sommes vus obligés de voter le Projet d’Etablissement, bien que nous ayons formellement demandé un report du vote et malgré nos nombreuses objections, portant en particulier sur le manque de débat (à peine un quart d’heure) et le caractère inachevé (par conséquent douteux quant à son contenu réel) du document. Je rappelle que ce CA a été organisé le jour même du retour des vacances de printemps, et que la commission permanente préparatoire a eu lieu peu avant, sans présenter des documents complets : ces manœuvres, de plus en plus courantes dans tous les établissements scolaires, visent à empêcher les représentants élus de consulter dans de bonnes conditions leurs collègues. Avec un fort taux d’abstention, le projet d’établissement est néanmoins passé, et donc l’UPI qui en fait partie. Sur ce sujet, là encore, aucune consultation des personnels, aucune garantie, et toujours aucune réponse à notre pétition. Notre chef d’établissement a en revanche eu le temps de réitérer sa position sur l’heure d’information syndicale.

Il est évident que le C.A. est tout sauf démocratique aujourd’hui ; personnellement, j’ai vu cette année non seulement beaucoup plus de concertation mais aussi beaucoup plus d’efficacité dans nos réunions (et pas seulement celles, officielles, permises par l’heure syndicale) que dans les heures passées dans les CA ou à les préparer. Nos mobilisations ont fait obtenir une infirmière, un demi-poste d’assistant d’éducation, entre autres. Cela m'a engagée plus fortement encore à penser que l'on ne peut agir que par le biais d’une organisation collective forte. Nous sommes tout à fait capables de construire cette réaction collective, comme le montrent les évènements du début de la semaine qui nous ont amené à réfléchir et décider ensemble des modalités d’action.

Tous deux démissionnaires, mon collègue et moi, nous nous sommes pourtant engagés, en début d’année, avec beaucoup de volonté dans le CA, je suis sûre que vous n’en doutez pas. Pour ma part, cette démission fait suite à une réflexion de plusieurs semaines : au final, le constat de l’impossibilité de représenter les personnels du collège l’a emporté. Mais la démission de deux membres du CA ne correspond pas, à mes yeux, à un constat d’échec face à la direction, elle n’est pas un signe de division. Car ceux qui restent ne sont pas dupes : « je finis mon mandat, je ne me fais aucune illusion sur la démocratie du CA, mais il faut quelqu’un pour tenir tête », a déclaré un professeur d’EPS lors de la dernière heure syndicale. Les deux positions ne sont donc pas opposées mais bien plutôt complémentaires. Il n’y a ni échec ni division, car nous continuons, et même plus encore qu’avant, d’agir par rapport aux problèmes qui se posent à nous avec les mêmes objectifs : les discussions sur l’UPI(3) et sur le Règlement Intérieur -que nous menons tous actuellement- me paraissent très encourageantes quant à notre capacité de construire sans la Direction et de lui opposer, face à son attitude dirigiste mais souvent irresponsable, nos exigences d’enseignants et d’éducateurs […] »


(1) Dotation Horaire Globale : nombre total d’heures établi par le Rectorat académique, et attribué pour l’année à chaque établissement. Le rôle du CA est de répartir ces heures par matière pour le bon fonctionnement des enseignements.

(2) Heures Supplémentaires Annualisées.

(3) Unité Pédagogique d’Intégration, pour les élèves handicapés (voir l’Internationaliste n°87)

Haut Début