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Article paru dans l'Internationaliste n°88

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La bureaucratie, un obstacle à la lutte syndicale
L'assurance chômage prévoit la suppression de plus de 640 000 emplois cette année. Malgré leurs luttes exemplaires, les salariés de Continental et de Caterpillar vont voir leurs postes fermés. Non seulement l'intersyndicale ne donne aucune réponse pour gagner collectivement la lutte contre les licenciements, mais elle se place aujourd'hui clairement comme alliée du gouvernement, contre les travailleurs et les jeunes en lutte. Les bureaucrates qui dirigent nos syndicats sont les premiers obstacles à franchir pour aller vers une riposte franche et unitaire de la classe ouvrière dans son ensemble.

Bernard Thibault se cache derrière l'intersyndicale pour ne rien faire

Le 1er avril, B. Thibault a été contraint de répondre aux nombreuses fédérations de la CGT qui demandaient à leur 1er secrétaire des suites concrètes au 29 janvier et au 19 mars. La colère gronde dans les boîtes, et les militants syndicaux ont à juste titre interpellé leurs dirigeants pour qu'on leur offre des perspectives. Prenant le contre-pied des actions des ouvriers de Caterpillar, B. Thibault donne une leçon de syndicalisme jaune des plus honteuses : « Il revient en permanence aux responsables syndicaux de dire vis-à-vis des salariés qui sont exaspérés mais qui sont aussi déterminés : "si vous décidez telle ou telle forme d’action, il faut que vous sachiez quels sont les possibilités ou les risques inhérents aux formes d’actions arrêtées". Il faut surtout alerter sur tout ce qui pourrait être contre- productif par rapport aux revendications défendues. »

Pour la direction de la CGT, la lutte de classe est révolue. Toute action des travailleurs pour engager un rapport de force -pour imposer des revendications à la place de négocier des pertes- est jugée « contre-productif » par B. Thibault. C'est pourquoi les militants CGT de Caterpillar ne sont toujours pas soutenus par leur direction confédérale. Le 11 mai, les salariés de Caterpillar apprennent que 733 postes (sur les 2 551 du site) vont être supprimés. FO, la CFDT, et la CFTC proposent alors à la direction un accord qui remet sur le tapis l'aménagement du temps de travail -pourtant refusé en bloc par les salariés lors d'un vote organisé par la direction au début du mois-, afin de négocier la suppression de 600 postes au lieu de 733 ! En refusant de signer cet accord, la CGT du site ne respecte pas le cadre défini par B. Thibault : « Nous ne prendrons pas le risque de donner un prétexte à ce que la CGT apparaisse comme cherchant à se distinguer de ce qu’a décidé l’intersyndicale. ». La ligne est donnée, le syndicat doit se contenter de suivre les promenades dispersées et épuisantes du calendrier de l'intersyndicale.

Des travailleurs à la recherche de l'unité contre une direction qui isole et dévie les luttes

Des assemblées ayant réuni travailleurs de Caterpillar et étudiants ont donné lieu à des manifestations communes à Grenoble. Cette volonté d'unité est notamment portée par les travailleurs de Continental qui n'ont pas hésité à monter à Hanovre pour manifester avec leurs collègues Allemands. Le 6 mai, ils se rendent à Sarreguemines pour débrayer un autre site de Continental. Ils sont accueillis par le délégué CFDT local qui, se sentant certainement débordé, leur lance : « Il n'y a pas eu de concertation. Vous êtes arrivés sans prévenir, nous devons réfléchir ». C'est conformément à la position des ouvriers de Continental -et non pas à la position officielle de la CGT- que Xavier Mathieu, militant CGT et dirigeant du combat de Clairoix, lui a rétorqué : « Vous êtes les prochains qui seront licenciés, rejoignez-nous dans la lutte !». Aussi, le 17 mai, les salariés de Continental manifestaient avec des travailleurs de PSA et de Logistics et, aujourd'hui, c'est en direction des travailleurs de Goodyear d'Amiens qu’ils s'orientent.

Néanmoins, alors que les travailleurs se battent contre la fermeture du site, les délégués syndicaux se sont engagés le 14 mai à ce qu'il n'y ait plus de violences et que le travail soit repris début juin afin de négocier... les indemnités de licenciements ! C'est ainsi que le rôle de l'intersyndicale nationale se joue sur le terrain des boîtes. La consigne est aussi bien d'empêcher les convergences qui pourraient dégénérer en grève générale, que de faire accepter aux travailleurs les plans du patronat. L'intersyndicale n'a rien mis en œuvre pour faire sortir les travailleurs d'EDF-GDF de l’isolement qui les a mené à 70 arrestations ! La FSU a travaillé main dans la main avec le gouvernement pour tenter de démoraliser les enseignants de la maternelle à l'université et, finalement, elle a signé les décrets sur le statut des enseignants-chercheurs et sur la mastérisation du concours d'enseignant. Le Comité d'Entreprise de Molex s’est appuyé sur une décision de justice pour annuler le plan de licenciement prévu par les patrons… Mais cette décision -qui dévie la lutte déterminée des salariés- ne résout pas le problème essentiel : le patronat y gagne au contraire du temps en forçant les négociations du « plan de sauvegarde des emplois », alors que les dirigeants de Molex veulent en réalité délocaliser l'usine,.

Pour une centrale unique des travailleurs débarrassée des bureaucrates

Depuis le mois de janvier les bureaucraties syndicales jouent du pipeau ! Alors qu'avec la crise et les contre-réformes du gouvernement une montée des luttes s'impose partout en France, les permanents de nos organisations syndicales installés dans leurs bureaux travaillent, main dans la main, avec l'Etat et les capitalistes pour essouffler les mouvements de luttes, et pour empêcher la grève générale dont nous avons besoin pour gagner sur nos revendications.

Les travailleurs doivent se réapproprier leurs syndicats ! Nous devons virer ces dirigeants qui sont objectivement du côté de la répression et des patrons. Nous devons nous organiser en tendances lutte de classe dans nos différents syndicats, pour y faire respecter l’indépendance vis à vis de l'Etat et du patronat et y regagner la démocratie ouvrière. La CES (Confédération Européenne des Syndicats) oblige les confédérations à fusionner afin de n'arriver qu'à un ou deux pôles syndicaux par pays, des organismes totalement soumis aux directives de l'UE et à l'Etat. Nous, nous devons nous battre contre cette digestion du syndicalisme par le capitalisme, c'est pourquoi le GSI avance en France comme partout en Europe le projet d’une « centrale unique des travailleurs » construite autour des revendications essentielles des travailleurs et des jeunes, une organisation des travailleurs indépendante de l'Etat et des patrons et dirigée démocratiquement par les travailleurs !

Christopher et Greg

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