| En février dernier, soucieux de
chercher une issue institutionnelle à la
situation explosive en Guadeloupe et inquiet
du risque d'extension de la grève générale à
la « métropole », le gouvernement
Sarkozy-Fillon avait annoncé la tenue d'«
Etats généraux de l'outre-mer ». Selon
Sarkozy, ces « Etats généraux » devaient
déboucher sur la mise en place d'un « comité
interministériel » chargé de l'outre-mer. Le
Président de la République envisageait même
de faire le voyage aux Antilles début
avril... Voyage repoussé, et pour cause.
La Guadeloupe et la Martinique ont été cet
hiver à la pointe de la mobilisation ouvrière
avec une grève générale qui a durée 6
semaines. Cette mobilisation a débouché sur
les « accords Jacques Bino », du nom du
militant de la CGTG assassiné dans la nuit du
17 au 18 février. Répondant à la demande du
MEDEF et de la FNSEA, non signataires et
opposés à l'extension de l'accord, le
ministre du travail B. Hortefeu a décidé
d'agréer l'accord, à l'exception de son
article V. Cet article prévoit que, au terme
des aides apportées par l'Etat et les
collectivités locales, l'augmentation de
salaire de 200 euros soit assumée en totalité
par les entreprises.
Alors que la revendication d'une
augmentation de 200 euros était la
revendication centrale de la grève générale,
on comprend aisément que gouvernement et
MEDEF cherchent à prendre une revanche
politique suite à la défaite qu'a signifiée
pour eux la signature de cet accord. Dans les
faits, l'aspect essentiel de l'accord serait
caduc dans 12 à 36 mois, selon les aides.
Le LKP de Guadeloupe, comme le Collectif
du 5 février de Martinique et le COSPAR de la
Réunion ont donc décidé de boycotter les «
Etats généraux » tout comme nombre de
syndicats, à l'exemple de l'UGTG (Union
générale des travailleurs de Guadeloupe),
dont le secrétaire général est E. Domota,
figure emblématique de la grève générale.
Depuis quelques
années, les « états-généraux » et les «
Grenelle »(1) se
multiplient. Dès qu'un débat devient
incontournable et risque de déboucher sur une
mobilisation ou que le conflit est déjà
amorcé, les gouvernements cherchent à
impliquer tous les « acteurs de la société
civile » dans la mise en place de la
politique au service des capitalistes. Les «
Etats-généraux de l'outre-mer » (EGOM), dont
les réunions en « métropole » se tiennent sur
invitation, dans l'enceinte de l'Ecole
militaire de Paris -tout un symbole !-, ne
font pas exception.
Les « EGOM » sont « déclinés » dans les
différents territoires, départements ou
collectivités, dans des réunions « publiques
» cadrées par neuf thèmes. Chacun doit s'y
exprimer. Chacun fait « avancer ses dossiers
». Chacun va obtenir tel ou tel avantage
particulier, subvention, poste de
responsabilité. Aussi, comme d'habitude, dès
que la « grande messe » sera terminée, « le
peuple », les travailleurs en lutte, seront
fermement invités à cesser de manifester et
de faire grève sous peine d'encourir les
foudres de l'« Etat de droit ».
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C'est bien pourquoi les
militants syndicaux, plus particulièrement
ceux du LKP et de l'UGTG, sont l'objet d'une
multiplication de poursuites sur le plan
judiciaires, tout comme les avocats qui les
représentent (voir l'appel de l'UGTG,
reproduit dans ce numéro de
l'Internationaliste). Les militants sont «
invités » par l'Etat colonial à se plier à
cet exercice d'apparence démocratique que
sont les « Etats généraux ». Et s'ils
refusent, ce sera... la trique ? Au moment où
ces lignes sont écrites, en Nouvelle
Calédonie c'est déjà la trique, avec
l'arrestation de plusieurs dirigeants de
l'USTKE.
Quand, à propos de « l'Outre-mer », P.
Lozès, président du CRAN (Conseil
représentatif des associations noires de
France), fait référence à des «
Etats-généraux sans le tiers-état », il met
le doigt, sans le vouloir, sur le problème de
la souveraineté qui est inscrit en filigrane
de la mobilisation dans les dernières
colonies.
Qui décide et qui doit décider là-bas ? Le
MEDEF ? Les Békés ? La « métropole » ? Non,
ce sont les Guadeloupéens et les autres
peuples des dernières colonies de
l'impérialisme français qui doivent pouvoir
décider de leur avenir, souverainement. Or,
ces « états-généraux » nommés ainsi
abusivement par référence à ceux qui,
convoqués en 1789, se sont proclamés
Assemblée nationale, dressant face à la «
souveraineté » du roi celle du « peuple » (à
l'époque, celle de la bourgeoisie), ces «
EGOM » ne sont qu'un tour de passe-passe.
En effet, ils ne sont qu'une
manœuvre pour vider de leur substance
les accords signés, remettre en selle des
élus locaux discrédités, marginaliser les
revendications ouvrières, paysannes et
jeunes, assurer la pérennité de la domination
coloniale et, aussi, les mettre en conformité
avec les traités de l’UE à propos des «
régions ultra périphériques ». Ils sont une
tentative de mettre au pas les « DOM-TOM »
après la réforme constitutionnelle de 2008.
Au total, les « EGOM » sont une insulte aux
peuples des dernières colonies et un déni du
droit des nations à disposer
d'elles-mêmes.
J.-Louis
(1) Le terme de « Grenelle » fait
référence aux négociations et aux accords qui
avaient été conclus au Ministère du travail,
rue de Grenelle à Paris, lors de la grève
générale de mai-juin 1968
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