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Article paru dans l'Internationaliste n°88

Pseudo puce Retour au dossier les dernières colonies de l"impérialisme français

Dernières colonies françaises :
« Des Etats-Généraux sans le tiers-état » ?
En février dernier, soucieux de chercher une issue institutionnelle à la situation explosive en Guadeloupe et inquiet du risque d'extension de la grève générale à la « métropole », le gouvernement Sarkozy-Fillon avait annoncé la tenue d'« Etats généraux de l'outre-mer ». Selon Sarkozy, ces « Etats généraux » devaient déboucher sur la mise en place d'un « comité interministériel » chargé de l'outre-mer. Le Président de la République envisageait même de faire le voyage aux Antilles début avril... Voyage repoussé, et pour cause.

La Guadeloupe et la Martinique ont été cet hiver à la pointe de la mobilisation ouvrière avec une grève générale qui a durée 6 semaines. Cette mobilisation a débouché sur les « accords Jacques Bino », du nom du militant de la CGTG assassiné dans la nuit du 17 au 18 février. Répondant à la demande du MEDEF et de la FNSEA, non signataires et opposés à l'extension de l'accord, le ministre du travail B. Hortefeu a décidé d'agréer l'accord, à l'exception de son article V. Cet article prévoit que, au terme des aides apportées par l'Etat et les collectivités locales, l'augmentation de salaire de 200 euros soit assumée en totalité par les entreprises.

Alors que la revendication d'une augmentation de 200 euros était la revendication centrale de la grève générale, on comprend aisément que gouvernement et MEDEF cherchent à prendre une revanche politique suite à la défaite qu'a signifiée pour eux la signature de cet accord. Dans les faits, l'aspect essentiel de l'accord serait caduc dans 12 à 36 mois, selon les aides.

Le LKP de Guadeloupe, comme le Collectif du 5 février de Martinique et le COSPAR de la Réunion ont donc décidé de boycotter les « Etats généraux » tout comme nombre de syndicats, à l'exemple de l'UGTG (Union générale des travailleurs de Guadeloupe), dont le secrétaire général est E. Domota, figure emblématique de la grève générale.

Depuis quelques années, les « états-généraux » et les « Grenelle »(1) se multiplient. Dès qu'un débat devient incontournable et risque de déboucher sur une mobilisation ou que le conflit est déjà amorcé, les gouvernements cherchent à impliquer tous les « acteurs de la société civile » dans la mise en place de la politique au service des capitalistes. Les « Etats-généraux de l'outre-mer » (EGOM), dont les réunions en « métropole » se tiennent sur invitation, dans l'enceinte de l'Ecole militaire de Paris -tout un symbole !-, ne font pas exception.

Les « EGOM » sont « déclinés » dans les différents territoires, départements ou collectivités, dans des réunions « publiques » cadrées par neuf thèmes. Chacun doit s'y exprimer. Chacun fait « avancer ses dossiers ». Chacun va obtenir tel ou tel avantage particulier, subvention, poste de responsabilité. Aussi, comme d'habitude, dès que la « grande messe » sera terminée, « le peuple », les travailleurs en lutte, seront fermement invités à cesser de manifester et de faire grève sous peine d'encourir les foudres de l'« Etat de droit ».

C'est bien pourquoi les militants syndicaux, plus particulièrement ceux du LKP et de l'UGTG, sont l'objet d'une multiplication de poursuites sur le plan judiciaires, tout comme les avocats qui les représentent (voir l'appel de l'UGTG, reproduit dans ce numéro de l'Internationaliste). Les militants sont « invités » par l'Etat colonial à se plier à cet exercice d'apparence démocratique que sont les « Etats généraux ». Et s'ils refusent, ce sera... la trique ? Au moment où ces lignes sont écrites, en Nouvelle Calédonie c'est déjà la trique, avec l'arrestation de plusieurs dirigeants de l'USTKE.

Quand, à propos de « l'Outre-mer », P. Lozès, président du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France), fait référence à des « Etats-généraux sans le tiers-état », il met le doigt, sans le vouloir, sur le problème de la souveraineté qui est inscrit en filigrane de la mobilisation dans les dernières colonies.

Qui décide et qui doit décider là-bas ? Le MEDEF ? Les Békés ? La « métropole » ? Non, ce sont les Guadeloupéens et les autres peuples des dernières colonies de l'impérialisme français qui doivent pouvoir décider de leur avenir, souverainement. Or, ces « états-généraux » nommés ainsi abusivement par référence à ceux qui, convoqués en 1789, se sont proclamés Assemblée nationale, dressant face à la « souveraineté » du roi celle du « peuple » (à l'époque, celle de la bourgeoisie), ces « EGOM » ne sont qu'un tour de passe-passe.

En effet, ils ne sont qu'une manœuvre pour vider de leur substance les accords signés, remettre en selle des élus locaux discrédités, marginaliser les revendications ouvrières, paysannes et jeunes, assurer la pérennité de la domination coloniale et, aussi, les mettre en conformité avec les traités de l’UE à propos des « régions ultra périphériques ». Ils sont une tentative de mettre au pas les « DOM-TOM » après la réforme constitutionnelle de 2008. Au total, les « EGOM » sont une insulte aux peuples des dernières colonies et un déni du droit des nations à disposer d'elles-mêmes.

J.-Louis


(1) Le terme de « Grenelle » fait référence aux négociations et aux accords qui avaient été conclus au Ministère du travail, rue de Grenelle à Paris, lors de la grève générale de mai-juin 1968

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