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Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Document publié dans l'Internationaliste n°89
Lettre ouverte à Mir-Hussein Mousavi

Présentation

L'auteur de cette lettre est Maziar Razi, un responsable de l'IRMT (Iranian Revolutionary Marxists' Tendency), seule organisation trotskyste iranienne, formée de militants rescapés de la répression par le régime de Khomeiny, militants ayant critiqué le soutien du Secrétariat Unifié (dont la LCR était la section française) à Khomeiny.

L'IRMT se définit aujourd'hui comme "la seule organisation iranienne qui lutte sous la bannière du socialisme révolutionnaire pour le renversement du capitalisme islamique. Nous croyons que la révolution socialiste et la contruction de la dictature révolutionnaire du prolétariat en Iran est la seule voie pour commencer à résoudre tous les problèmes de la société. L'hégémonie du prolétariat, exercé au travers des conseils des travailleurs et autres organes de pouvoir de la classe ouvrière, sur les conseils d'un parti révolutionnaire des travailleurs d'avant-garde, peut débuter la transition du capitalisme au socialisme et aider le prolétariat des autres pays à parvenir au pouvoir.".

Autour de l'année 2000, l'IRMT, à l'époque IRSL, avait, avec la LIT-QI, participé du KORKOM, fondé autour de la déclaration de Moscou.

Monsieur Mir-Hussein Mousavi

Une part importante de la jeunesse d'Iran a participé à la dixième élection présidentielle de la “République islamique” et a voté pour vous en tant que candidat préféré. Mais c'était un choix forcé. C'est parce que les quatre candidats de l'élection, y compris vous, ont en fait été choisis par le Conseil des Gardiens. Il n'y a aucun doute que si l'élection avait été libre depuis le début, et que les candidats de différentes tendances de la société, y compris les représentants des ouvriers (comme Mansour Osanloo qui est aujourd'hui derrière les barreaux parce qu'il a défendu la liberté et le droit de former un syndicat indépendant) avait pu participer ; les voix de la majorité des travailleurs et de la jeunesse auraient voté pour lui et pas pour vous.

La première question que la jeunesse, qui est aujourd'hui intimidée et menacée par le gouvernement d'Ahmadinejad, vous pose est celle-ci : Pourquoi ne vous-êtes vous pas plaint de la nature antidémocratique de l'élection avant ? Ne saviez-vous pas qu'une élection, dont seulement 4 personnes sur 400 sont sélectionnées par le Conseil des Gardiens et des milliers d'opposants au gouvernement capitaliste sont tous supprimés, intimidés ou en prison, et qui sont donc exclus de devenir candidat, est une élection anti-démocratique ? SI vous aviez été élu à la place d'Ahmadinejad, auriez-vous été silencieux sur cette question centrale ? Il est évident que la seule raison pour laquelle vous demandez maintenant une élection démocratique n'est-elle pas parce que vous avez été vous-même sujet à l'hostilité ? Le principe de la démocratie pour tous ne signifie rien pour vous ?

Dans votre déclaration au peuple vous écrivez : “Les actions dont nous avons été témoins ces derniers jours n'ont pas de précédents en République islamique”.

Est-ce que vous croyez réellement que c'est la première fois que nous sommes témoins de telles actions en République islamique ? Mr Mousavi, l'histoire trentenaire de la République islamique est pleine de telles actions. Laissez nous remontez pas très loin dans le temps. Le mois dernier (1er mai), près de 2000 honorables travailleurs se sont retrouvé à Laleh Park pour célébrer pacifiquement le premier mai. Avant que cette cérémonie ne débute, vos anciens amis, les officiers en civil, les ont attaqué et ont arrêté près de 150 personnes sans motif légal. Certains d'entre eux sont toujours en prison. Plus tôt, la plupart des dirigeants du syndicat Vahed ont été arrêtés et maltraités, parce qu'ils voulaient former un syndicat libre. Vous souvenez-vous des attaques l'an passé contre les étudiants et les femmes ? Vous souvenez-vous de la flagellation des militants ouvriers du Kurdistan ? Vous rendiez-vous même compte des événements récents dans les mouvements sociaux ? Si vous vous rendiez compte (et comme un candidat présidentiel vous deviez vous en être rendu compte) pourquoi êtes-vous resté silencieux au sujet de ces actions antidémocratiques ? Et pourquoi qualifiez-vous l'hostilité contre vous de “sans précédente” ? La raison de votre oubli total est claire, car vous avez aussi eu pour votre part une responsabilité dans ces décisions antidémocratiques, ou au mieux, aucune objection contre elles.

Dans votre déclaration, vous écrivez : “Nous, le peuple qui respecte le système de la République islamique et la Constitution, voyons le principe de velayat-e faghih1 comme l'un des piliers de notre système et conduit [notre] activité politique dans ce cadre”.

Mr Mousavi, la question que la jeunesse vous pose est celle-ci : Que ce passe t-il si la cause principale et l'architecte de la fraude électorale et de la répression qui suit est le velayat-e faghih lui-même ? Comment pouvez-vous résoudre cette contradiction entre vos mots et vos positions légales ? Avec la position de Khamenei dans le soutien à Ahmadinejad, et ses positions prématurées et illégales en confirmant la présidence d'Ahmadinejad, aujourd'hui ce n'est un secret pour personne, y compris pour vous, que le vali-e faghih est lui-même la personne qui est la cause de ces évènements. Comment pouvez-vous écrire une lettre de plaintes à la personne qui a commis le crime et attendre de lui d'enquêter sur ces évènements ? Dans l'opinion de la jeunesse qui a voté pour vous , cette action venant de vous n'est rien d'autre qu'une plaisanterie. Comment pouvez-vous, d'une main, critiquer le velayat-e faghih et, de l'autre, demander la démocratie en Iran ? Ces deux sont clairement contradictoire. Détruire l'un permettrait d'achever l'autre.

Mr Mousavi, vous avez demandé une permission légale pour manifester le 15 juin 2009. Cette permission ne vous a pas été donnée et votre équipe de campagne a immédiatement repoussé ce rassemblement, vous avez alors également participé à calmer les manifestants. La question que vous pose la jeunesse est la suivante : Pourquoi ne pas vous être déclaré vous même président élu par la majorité de la population ? Ne pensez-vous pas que vous avez la majorité des votes ? Et pourquoi n'appelez-vous pas la population à poursuivre les manifestations jusqu'à cette affaire soit éclaircie ? Mr Mousavi, vous ne pouvez restez assis au milieu de la barrière pour toujours. Vous devez choisir entre l'un ou l'autre des côtés : avec la population qui a voté pour vous ou avec le vali-e faghih (et l'appareil répressif de l'état). Etre au service de la population devrait signifier que vous devez couper les liens avec l'ensemble de l'appareil d'état. C'est pourquoi ce gouvernement a perdu sa légitimité auprès de la jeunesse d'Iran.

Vous dites : “Moi, votre serviteur, emphatiquement et une fois de plus, je vous conseille de continuer votre opposition civile et légale de manière pacifique et en observant le principe d'abstention devant les désaccords”. Mr Mousavi, êtes-vous au courant que dans la manifestation d'hier, sept de vos supporters ont été tué et un nombre important d'autres ont été blessé par les balles des motards hezbollahi ? Voulez-vous poursuivre les motards criminels au travers d'une procédure légale ? Est-ce le gouvernement d'Ahmadinejad ou le procureur de Téhéran qui est supposé juger et condamner ces personnes ? Si vous faites de telles réclamations, alors la plupart de vos jeunes défenseurs marchaient dans les rues hier riront fort de vous fort ! Vous, quelqu'un qui a été une partie du corps juridique pendant 30 années et a été premier ministre, ne pouvez même pas défendre vos propres droits aujourd'hui. Que pouvez-vous faire pour vos supporters qui, sur les ordres du ministère de l'Intelligence et avec toujours l'approbation de votre vali-e faghih, ont été tué dans les rues hier ?

Mr Mousavi, il est certain que les masses des personnes, qu'elles vous soutiennent ou qu'elles s'opposent à vous, participent aux rassemblements. Vous pouvez être sûr qu'aucun n'est venu dans les manifestations avec l'intention de détruire, perturber et le mettre en oeuvre sur une parcelle de terrain (ne croyez pas la propagande du gouvernement d'Ahmadinejad). La question est la suivante : Quand les mercenaires du régime ont attaqué les personnes et les frappaient avec des matraques et des câbles, en les tuant avec des couteaux et des pistolets ; qu'étaient supposées faire ces innocentes personnes ? Vous leur donnez toujours la permission de se défendre eux-mêmes ? Notre jeunesse n'a-t-elle pas toujours eu le droit de se défendre elle-même contre les agressions et pour avoir le droit de ne pas être battue ?

Mr Mousavi, vous connaissez vous-même tous ces points, mais dans le but de danser la musique du vali-e faghih et conformément aux souhaits directs de Khamenei dans votre récent meeting avec lui, vous voulez lui montrer que vous êtes contre toute forme de comportement extrême de vos supporters. Même si la résistance de la jeunesse a pour objectif de vous défendre !

Mr Moussavi, vous êtes à un croisement : d'une main, vous pouvez confirmer ce système despotique et tout cet appareil de répression, et d'une autre, vous pouvez défendre la demande démocratique de millions de personnes en Iran. Durant ces quelques jours, vous avez clairement montré qu'en perdant la position du président, vous avez choisi le premier chemin. Vous n'avez pas appelé les personnes à lutter contre l'injustice. Vous n'avez pas défendu le droit des personnes à se défendre elle-même contre les mercenaires du gouvernement d'Ahmadinejad. Vous avez préféré que les populations restent calmes et finalement retournent dans leurs maisons. Vous avez appelé à la manifestation lundi et vous avez seulement participé à celle-ci pour calmer la colère des masses. En d'autres mots, vous vous êtes soumis vous-même au gouvernement d'Ahmadinejad.

Mr Mousavi, la jeunesse d'Iran continuera sa résistance sans votre leadership, tout comme ils sont allé à la manifestation d'hier sans vous. Si vous êtes une nouvelle fois défait, soyez sûr que la nouvelle génération des masses des personnes se tourneront vers des alternatives véritablement révolutionnaires par la rupture avec n'importe quel type de réformisme. La jeunesse d'Iran trouvera une réponse à ces mercenaires. Ils trouveront leur propre dirigeant, et ils se confronteront à ce gouvernement, ou à n'importe quel autre gouvernement répressif capitaliste, et dans le futur sera finalement construit un gouvernement qui donne à tous la démocratie politique et économique.

Vous pouvez être sûr de cela !

Maziar Razi, le 16 juin 2009


(1) C'est un principe théologique développé par l'ayatollah Rouhollah Khomeini et Mohammad Sadeq al-Sadr qui confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique.

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