| Votre avis sur la
nature de la répression récemment menée
contre le mouvement syndical ?
Disons qu’ici c'est l'Etat qui
exerce cette répression policière puisque
l'intervention des forces de l'ordre c'est du
ressort de l'Etat... Donc cette forte
répression policière par rapport à des
grévistes qui sont là uniquement pour
manifester le respect des droits et des
libertés syndicales, notamment l'exercice du
droit de grève, c'est quand même inacceptable
et scandaleux.
Quelles sont les sources du
conflit ?
Une jeune kanake a eu plusieurs contrats
de travail renouvelés, et elle était sur le
point d'obtenir un poste à durée
indéterminée. Mais son contrat n'a pas été
renouvelé sous prétexte de faute grave. En
effet, elle a renseigné une parente sur la
présence d'un passager dans l'avion. La
compagnie a accusé la jeune employée d'avoir
créé un conflit conjugal. En réaction, le
passager a porté plainte et formulé un
courrier sur la non-conservation du secret
professionnel.
Il faut pourtant savoir qu’Air
Calédonie est une compagnie domestique, qui
dessert les îles. Par conséquent, il s'agit
d'une pratique courante et non contestable.
Seulement dans ce cas précis, le passager est
sans doute un proche des « haut placés », du
grand chef de là-bas qui, lui, est président
du conseil d'administration. En plus du non
renouvellement de son contrat, il est devenu
presque impossible pour la jeune fille de
postuler pour un autre poste. C'est pour la
défendre que l'USTKE s'est mobilisé.
Quelles sont vos
revendications ?
Les revendications étaient que cette jeune
fille occupe le poste qui lui était destiné,
ou qu'elle retrouve au moins un contrat de
travail dans la compagnie. Lorsque nous avons
démarré la Grève le 17 mars, M. Uregei
(membre fondateur de l'ustke) et M. Jodar
(président de l'ustke) ont proposé à M.
Naisseline (membre de la direction d'Air
Calédonie) un protocole d'accord. Après cette
rencontre, M. Naisseline a accepté ce
protocole d'accord qui devait être signé dans
les deux jours. Or M. Naisseline ne s'est
jamais présenté pour signer cet accord. Les
trois jours suivants, aucune rencontre n'a eu
lieu avec la direction ! La grève s'est
poursuivie pendant plus de deux mois.
De là, le 28 juin, l'USTKE a décidé qu'il
fallait construire une mobilisation devant
Air Calédonie. Or, systématiquement, quand
l'USTKE se mobilise il y a répression
policière. Nous avons déjà vu la grève des
fonctionnaires bloquer des services entiers,
mais aucun d'eux n'est réprimé comme l'USTKE.
Il n'y a jamais eu les forces de l'ordre dans
les autres mouvements.
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Sur le site de l'aérodrome de
Magenta, nous étions plusieurs centaines de
personnes, les forces de l'ordre sont
intervenues, alors que M. Jodar leur
affirmait qu'ils étaient là pour ouvrir les
discussions, pour qu'il y ait dialogue... Le
but était donc d'amener au dialogue, mais
qu'est-ce qu’il s'est passé ? La
répression violente de la police ! Par
conséquent, les syndicalistes présents dont
Gérard Jodar ont dû, pour fuir les grenades
lacrymogènes, les bombes assourdissantes et
autres flash balls, passer la clôture et ils
se sont retrouvés sur le tarmac, ce qui
explique le mouvement de foule qui a suivi.
En raison de ce mouvement de foule, ils n'ont
pas eu d'autre issue que celle de se réfugier
dans un avion. Voilà tout ce qui s'est passé.
Mais comme c'est l'USTKE qui était là, il y a
eu criminalisation de la mobilisation
syndicale, amenant Gérard Jodar et 26 autres
camarades en garde à vue. De là, 7 se sont
retrouvés en garde à vue prolongée -soit 5
jours au Camp Est- ; quant aux autres, ils
sont passés au tribunal et ont été relaxés,
alors qu'il s'agissait de la même infraction
pour les 27.
Le 27 juin, 27 grévistes sont passés en
jugement pour avoir entravé un aéronef. A ce
moment-là nos avons compris que les
syndicalistes étaient de plus en plus. En
plus des arrestations, certains avaient des
amendes, et ce, un mois après l'intervention
à l'aérodrome de Magenta. Un mois après il y
a eu le rendu du jugement, exactement le 29
juillet, et donc emprisonnement plus un
mandat de dépôt envers le président du
syndicat et 7 autres camarades. Cela est
inadmissible !!!
Depuis cet événement, la répression s'est
amplifiée et a été plus fréquente. Les
déclarations du Haut-Commissaire sont
elles-mêmes une provocation. Il appelle les
citoyens de Nouvelle-Calédonie à être
courageux et à ne pas se laisser intimider
par les méthodes de l'USTKE. On félicite même
l'Etat pour sa fermeté.
La preuve en est la venue de Mme Penchard,
ministre de l'Outre-mer. Cette dernière n'a
pas rencontré les travailleurs en lutte, mais
elle a tout de même répondu aux luttes par
ces mots : « l'Etat restera ferme ! ».
Dans la même
veine, M. Frogier, député RPCR (Rassemblement
Pour une Calédonie Républicaine) (1), compare même le
mouvement à « un abcès qui gangrène le
dialogue social et le pays économique et
qu'il faut le percer au bistouri », tout cela
en saluant le Haut-Commissaire,
M.Dassonville, qui réussit cette tâche
chirurgicale, en crevant ledit abcès par la
répression... N'y a t-il pas là une volonté
délibérée de nuire à la mobilisation
syndicale ? Ils manipulent l'opinion.
Interview réalisée le 7 août 2009 par
Gaëlle,
sympathisante du GSI
(1) Parti de droite, représentant de
l'UMP
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