Site de la LIT 4ème Inter.
Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Article paru dans l'Internationaliste n°90
Interview de Mme Marie-Pierre GOYETCHE, vice-présidente de l'USTKE
Votre avis sur la nature de la répression récemment menée contre le mouvement syndical ?

Disons qu’ici c'est l'Etat qui exerce cette répression policière puisque l'intervention des forces de l'ordre c'est du ressort de l'Etat... Donc cette forte répression policière par rapport à des grévistes qui sont là uniquement pour manifester le respect des droits et des libertés syndicales, notamment l'exercice du droit de grève, c'est quand même inacceptable et scandaleux.

Quelles sont les sources du conflit ?

Une jeune kanake a eu plusieurs contrats de travail renouvelés, et elle était sur le point d'obtenir un poste à durée indéterminée. Mais son contrat n'a pas été renouvelé sous prétexte de faute grave. En effet, elle a renseigné une parente sur la présence d'un passager dans l'avion. La compagnie a accusé la jeune employée d'avoir créé un conflit conjugal. En réaction, le passager a porté plainte et formulé un courrier sur la non-conservation du secret professionnel.

Il faut pourtant savoir qu’Air Calédonie est une compagnie domestique, qui dessert les îles. Par conséquent, il s'agit d'une pratique courante et non contestable. Seulement dans ce cas précis, le passager est sans doute un proche des « haut placés », du grand chef de là-bas qui, lui, est président du conseil d'administration. En plus du non renouvellement de son contrat, il est devenu presque impossible pour la jeune fille de postuler pour un autre poste. C'est pour la défendre que l'USTKE s'est mobilisé.

Quelles sont vos revendications ?

Les revendications étaient que cette jeune fille occupe le poste qui lui était destiné, ou qu'elle retrouve au moins un contrat de travail dans la compagnie. Lorsque nous avons démarré la Grève le 17 mars, M. Uregei (membre fondateur de l'ustke) et M. Jodar (président de l'ustke) ont proposé à M. Naisseline (membre de la direction d'Air Calédonie) un protocole d'accord. Après cette rencontre, M. Naisseline a accepté ce protocole d'accord qui devait être signé dans les deux jours. Or M. Naisseline ne s'est jamais présenté pour signer cet accord. Les trois jours suivants, aucune rencontre n'a eu lieu avec la direction ! La grève s'est poursuivie pendant plus de deux mois.

De là, le 28 juin, l'USTKE a décidé qu'il fallait construire une mobilisation devant Air Calédonie. Or, systématiquement, quand l'USTKE se mobilise il y a répression policière. Nous avons déjà vu la grève des fonctionnaires bloquer des services entiers, mais aucun d'eux n'est réprimé comme l'USTKE. Il n'y a jamais eu les forces de l'ordre dans les autres mouvements.

Sur le site de l'aérodrome de Magenta, nous étions plusieurs centaines de personnes, les forces de l'ordre sont intervenues, alors que M. Jodar leur affirmait qu'ils étaient là pour ouvrir les discussions, pour qu'il y ait dialogue... Le but était donc d'amener au dialogue, mais qu'est-ce qu’il s'est passé ? La répression violente de la police ! Par conséquent, les syndicalistes présents dont Gérard Jodar ont dû, pour fuir les grenades lacrymogènes, les bombes assourdissantes et autres flash balls, passer la clôture et ils se sont retrouvés sur le tarmac, ce qui explique le mouvement de foule qui a suivi. En raison de ce mouvement de foule, ils n'ont pas eu d'autre issue que celle de se réfugier dans un avion. Voilà tout ce qui s'est passé. Mais comme c'est l'USTKE qui était là, il y a eu criminalisation de la mobilisation syndicale, amenant Gérard Jodar et 26 autres camarades en garde à vue. De là, 7 se sont retrouvés en garde à vue prolongée -soit 5 jours au Camp Est- ; quant aux autres, ils sont passés au tribunal et ont été relaxés, alors qu'il s'agissait de la même infraction pour les 27.

Le 27 juin, 27 grévistes sont passés en jugement pour avoir entravé un aéronef. A ce moment-là nos avons compris que les syndicalistes étaient de plus en plus. En plus des arrestations, certains avaient des amendes, et ce, un mois après l'intervention à l'aérodrome de Magenta. Un mois après il y a eu le rendu du jugement, exactement le 29 juillet, et donc emprisonnement plus un mandat de dépôt envers le président du syndicat et 7 autres camarades. Cela est inadmissible !!!

Depuis cet événement, la répression s'est amplifiée et a été plus fréquente. Les déclarations du Haut-Commissaire sont elles-mêmes une provocation. Il appelle les citoyens de Nouvelle-Calédonie à être courageux et à ne pas se laisser intimider par les méthodes de l'USTKE. On félicite même l'Etat pour sa fermeté.

La preuve en est la venue de Mme Penchard, ministre de l'Outre-mer. Cette dernière n'a pas rencontré les travailleurs en lutte, mais elle a tout de même répondu aux luttes par ces mots : « l'Etat restera ferme ! ».

Dans la même veine, M. Frogier, député RPCR (Rassemblement Pour une Calédonie Républicaine) (1), compare même le mouvement à « un abcès qui gangrène le dialogue social et le pays économique et qu'il faut le percer au bistouri », tout cela en saluant le Haut-Commissaire, M.Dassonville, qui réussit cette tâche chirurgicale, en crevant ledit abcès par la répression... N'y a t-il pas là une volonté délibérée de nuire à la mobilisation syndicale ? Ils manipulent l'opinion.

Interview réalisée le 7 août 2009 par Gaëlle,
sympathisante du GSI


(1) Parti de droite, représentant de l'UMP

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