De
nouvelles attaques contre le droit des femmes
à disposer de leur corps
Depuis bientôt trois ans, toutes les
bourgeoisies nationales s’organisent
pour surmonter la crise et relancer
l’économie. Mais la classe ouvrière ne
possède plus d’illusion sur les
politiciens bourgeois qui leur font payer la
crise en les exploitant de manière encore
plus barbare. Dans ce contexte, les femmes
sont le plus durement touchées. L’an
passé, les coupes budgétaires ont menacé
l’existence des plannings familiaux.
Cette association permet de fournir
gratuitement des moyens de contraceptions,
ainsi que la possibilité de se faire avorter.
Il s’agit d’un acquis ouvrier
obtenu par la lutte, par les femmes
travailleuses, pour la libre disposition de
leur corps. Parallèlement, dans un contexte
d’accélération de privatisation des
services publics, et notamment de la santé,
le capitalisme aspire à récupérer ces parts
de marché.
En effet, en vidant les caisses des
hôpitaux publics, le gouvernement livre les
femmes aux cliniques privées. En privatisant
la sécurité sociale, il oblige les femmes
travailleuses à financer elles-mêmes leur
contraception : alors que le
non-remboursement de la pilule est
aujourd’hui exceptionnel, il va se
généraliser. De la même manière, toutes les
femmes ont légalement la possibilité de se
faire avorter gratuitement, que se soit, par
un financement de la sécurité sociale ou par
une prise en charge d’une assistante
sociale, dépendant des plannings familiaux.
La privatisation de la santé et
l’augmentation des frais hospitaliers
rendront l’intervention volontaire de
grossesse tellement onéreuse que pour les
femmes les plus pauvres, l’avortement
deviendra de fait inaccessible. Les nouvelles
mesures de Roselyne Bachelot, sont un
scandale !
Le ministère de la santé vient en effet de
déposer un projet de loi qui prévoit la
fermeture de 182 blocs opératoires pratiquant
moins de 1500 interventions par an. Les
maternités qui réalisent moins de 100 actes
chirurgicaux par an, seront les premières
touchées. Les attaques ont déjà commencé avec
la mise en place de la LOLF (Loi Organique
relative aux Lois de Financement) qui laisse
aux régions et aux responsables de service
des hôpitaux publics, la responsabilité de
gérer la pénurie budgétaire. Une loi qui a
déjà provoqué la fermeture de certaines
maternités dans le milieu rural. La volonté
du gouvernement est claire : obliger les
futures mères qui en ont les moyens, à
accoucher dans les cliniques privées. Les
autres devront mettre au monde leurs enfants
sans suivi médical. A quand le retour des
accouchements sur la table de la cuisine ? A
quand le retour des avortements pratiqués
avec des cintres ou des aiguilles à tricot
?
De nouvelles attaques sur
les salaires des femmes
travailleuses
Au printemps, une loi sur
l’allongement du congé de maternité a
été votée (voir Internationaliste n°87). Les
femmes travailleuses disposeront maintenant
de 20 semaines au lieu de 16, pour « se
remettre plus facilement de l'accouchement »
et « établir une relation solide avec
l'enfant ». Sous un air progressiste cette
nouvelle réforme est une mascarade. Seules 6
semaines seront rémunérées à 100 %, les 14
restantes le seront à hauteur de 85 %. Il
n’existe aucune garantie que les jeunes
mères reprennent le poste qu’elles
occupaient avant l’accouchement. La loi
oblige les patrons à donner un poste
équivalent en salaire, mais pas équivalent en
intérêt, et surtout pas en possibilité
d’évolution de carrière. La crise
donnera les arguments nécessaires pour les
licenciements, les temps partiels, les
baisses de salaires de celles qui ne seront
pas à la pointe de la flexibilité. Cette
mesure est une mascarade quand il
n’existe aucune certitude sur une
reprise-même du travail. Quel choix
s’offre aux jeunes mères entre des
crèches publiques fermées, des crèches
privées hors de prix, des nourrices
non-qualifiées. A cause des conditions de
travail plus difficiles et de la baisse
généralisée des salaires, les travailleuses
voient dans le congé maternité et dans le
temps partiel une échappatoire. Sans
l’ouverture de crèches à hauteur des
besoins, sans une amélioration des conditions
de travail, sans une rémunération à 100 % du
salaire pendant ce congé, ce congé ne sera
qu’un pis-aller.
Pour la femme
bourgeoise, il n’est pas de dilemme. Le
cadre du mariage bourgeois dans la société
capitaliste lui permet de s’offrir les
services d’une nourrice ou d’une
crèche privée. La répartition du capital
entre elle et son mari, lui permet
d’interrompre sa carrière si elle en
une, sans de dommages financiers sur le
budget de son ménage. Son rôle n’est
pas de subvenir aux besoins de sa famille.
Son rôle est d’avoir des enfants à qui
transmettre le capital familial. Les
capitalistes ont besoin de remettre en cause
le congé de maternité. La preuve en est : une
nouvelle réforme a eu lieu le 10 septembre
2009 dans les caisses de retraites pour la
majoration de durée d’assurance pour
les enfants. Comme le dit la CNAV (Caisse
Nationale d’assurance Vieillesse),
cette réforme fait suite à une jurisprudence
de la Cour de cassation (1), accordant désormais
aux hommes les mêmes droits qu’aux
femmes en matière de majoration de durée
d’assurance pour enfant. Jusqu’à
aujourd’hui le congé de maternité
donnait aux femmes, des trimestres
supplémentaires, 8 par enfants, pour pouvoir
partir à la retraite à taux plein. La réforme
permettra à un couple qui a un enfant de
répartir ces 8 trimestres entre le père et la
mère.
En effet, 4
trimestres seront obligatoirement attribués à
la mère « répondant au double objectif de
compenser les effets négatifs de cette
période sur la carrière professionnelle de la
mère et de valoriser la natalité dans le
cadre du système de retraite par répartition.
»(2). En ce qui
concerne les quatre autres trimestres, ils «
relèvent du libre choix des parents. Ce choix
doit être formellement exprimé dans les 4 ans
maximum à compter de la naissance de
l'enfant. A défaut de choix du couple les 4
trimestres sont attribués à la mère. En cas
de désaccord, le Conseil d'administration
souhaite que les intérêts de la mère soient
préservés selon des modalités à établir. »
(2) Sous couvert
de parité, on diminue encore plus les
retraites de femmes travailleuses, leurs
salaires étant de fait plus bas que ceux de
leurs époux. Mais cette réforme ouvre une
brèche pour assouplir dans un premier temps,
la comptabilisation des trimestres, et
finalement supprimer cette majoration par
enfant.
Pour le
gouvernement l’objectif central de la
réforme des retraites a toujours été très
explicite : « elle prévoit simplement
d’allonger la durée d’assurance
nécessaire pour bénéficier d’une
pension calculée au taux plein » (3) Cela signifie que
pour les mères qui voudront partir avec une
retraite à taux plein, il suffira juste de
compenser en cotisant plus longtemps, pour
gagner une retraite équivalente.
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Quelle alternative pour
les travailleuses dans le système capitaliste
?
Ces attaques correspondent à deux
objectifs complémentaires de la bourgeoisie.
D’une part, les femmes constituent un
des éléments les plus malléables et les plus
exploitables de la classe ouvrière. Même en
France, pays impérialiste le plus avancé au
niveau des acquis ouvriers et démocratiques,
le salaire des femmes est inférieur, à
hauteur de 27% en moyenne, à celui des hommes
et ce pour une même qualification. Comme
l’affirme Trotsky, dans le
Programme de Transition « l’époque
du déclin capitaliste porte les coups les
plus durs à la femme, tant comme salariée que
comme ménagère ». En période de crise
économique, les femmes sont les premières
touchées par les licenciements et les
restructurations. Le poids des lobbys
religieux de plus en plus pressants dans le
contexte actuel de décomposition politique,
remet au premier plan la vieille idéologie
bourgeoise et son schéma familial dégénéré où
la femme doit retourner à la maison pour
s’occuper de ses enfants et de son
mari.
Il est clair qu’aujourd’hui
plus que jamais, les organisations
historiquement liées au mouvement ouvrier
sont complices de tous les projets politiques
et économiques qui détruisent le Code du
Travail, et les conventions collectives. Il
est clair qu’aujourd’hui plus que
jamais, toutes ces contre-réformes permettent
encore plus d’exploiter la femme
travailleuse et de la marginaliser du système
de production en la renvoyant dans les
ménages. Le parti socialiste est clairement
devenu un parti bourgeois en mai 2007 lorsque
Ségolène Royal et son programme anti-ouvrier
ont été élus par sa base lors des dernières
élections présidentielles. Historiquement la
social-démocratie a toujours donné
l’illusion d’une émancipation
féministe en opposant les intérêts des
ouvriers à ceux des ouvrières, mais en
rapprochant ceux de la bourgeoise et ceux de
l’ouvrière.
En effet la social-démocratie a toujours
donné la priorité à l’appartenance
sexuelle plutôt qu’à
l’appartenance de classe. Il y a
quelques années, sous le gouvernement Jospin,
le travail de nuit pour les femmes a été
réintroduit, et ce sous prétexte de parité
alors que la suppression du travail de nuit
pour l’ensemble de la classe ouvrière
était une revendication des syndicats. Les
bureaucrates staliniens se cachent, eux
aussi, derrière la lutte féministe pour faire
reculer les luttes sociales. Ils sont depuis
longtemps inféodées au PS et ont adopté sa
ligne féministe bourgeoise.
Dans les organisations syndicales et dans
leurs programmes politiques, les autres
organisations dites d’ « extrême-gauche
», LO et le NPA préfèrent le terrain des
libertés démocratiques individuelles
qu’ils opposent aux acquis que peut
obtenir la classe ouvrière dans les
mobilisations. Ces trois organisations ont
toutes juré allégeance aux capitalistes.
Leurs programmes sont gangrenés par les mots
d’ordre « sociétaux » qui depuis
longtemps ont remplacé les revendications
économiques pour l’abolition du
salariat et la mise en place du Socialisme.
Ces organisations dites «
d’extrême-gauche », se sont alignées
sur cette orientation politique de la «
parité jusqu’au bout » y compris sur le
terrain de la représentativité. C’est
une imposture ! C’est une trahison sans
nom envers toutes les femmes exploitées et
opprimées par les capitalistes !
Dissocier la
lutte pour l’émancipation de la femme
travailleuse de la lutte pour
l’émancipation de la classe ouvrière
toute entière est un mensonge ! Hors de la
lutte pour le Socialisme, c’est-à-dire
hors de la lutte du prolétariat pour mettre
fin au système capitaliste fondé sur
l’exploitation, il n’est point
d’issue pour toutes les femmes
exploitées et pauvres dans le monde entier. «
Ce que le Communisme donnera à la femme, en
aucun cas le mouvement féminin bourgeois ne
saurait le lui donner. Aussi longtemps
qu’existera la domination du capital et
de la propriété privée,
l’affranchissement de la femme
n’est pas possible. » (4) Il faut nous
approprier ces mots d’ordres défendus
par les militantes bolchéviks en 1921.
La crise économique donnera les arguments
nécessaires pour transformer une partie des
travailleuses en chômeuses chroniques, en
miséreuses vivant des miettes d’une
société en décomposition. Le droit au travail
est le seul droit sérieux qu’ait la
classe ouvrière dans une société fondée sur
l’exploitation. C’est pour cette
raison que le premier combat de la femme
travailleuse est bien celui d’avoir un
emploi et non pas de rester à la maison pour
s’occuper des enfants. Elle doit
s’organiser dans un syndicat pour
obtenir des augmentations de salaire et
défendre ses conditions de travail. Elle doit
aussi s’organiser dans un parti ouvrier
révolutionnaire et se battre pour défendre
les intérêts de la classe ouvrière toute
entière. C’est ce programme que doit
défendre un parti révolutionnaire. En
brandissant aujourd’hui le drapeau de
la IVe Internationale, nos brandissant le
drapeau de tous les opprimés. En brandissant
aujourd’hui le drapeau de la IVe
Internationale, nous appelons toutes les
femmes exploitées à se battre pour avoir un
travail et un salaire décents, pour mettre à
bas le système capitaliste et construire le
Socialisme.
A travail égal
salaire égal !
Non à la
fermeture des plannings familiaux !
Création des
crèches à hauteur des besoins !
Conservation des
8 trimestres pour les mères dans le calcul de
leur retraite !
(1) Un père ayant élevé seul ses six
enfants se voit refuser l’octroi de la
majoration d’assurance pour enfant. Il
saisit la justice et obtient gain de cause le
19 février 2009.
(2) Extrait du compte rendu du
Conseil d’Administration tenu
exceptionnellement le 10 septembre axes
dégagés par le Conseil d’administration
du 10 septembre 2009.
(3) Archives du site
http://www.retraites.gouv.fr/ (23 mai
2003)
(4) Extrait des thèses sur la
Propagande parmi les femmes, IIIe Congrès de
l’Internationale Communiste, Juin
1921
Manon
et Griselda
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