Site de la LIT 4ème Inter.
Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Article paru dans l'Internationaliste n°92
Défendre ses intérêts de femmes travailleuses

De nouvelles attaques contre le droit des femmes à disposer de leur corps

Depuis bientôt trois ans, toutes les bourgeoisies nationales s’organisent pour surmonter la crise et relancer l’économie. Mais la classe ouvrière ne possède plus d’illusion sur les politiciens bourgeois qui leur font payer la crise en les exploitant de manière encore plus barbare. Dans ce contexte, les femmes sont le plus durement touchées. L’an passé, les coupes budgétaires ont menacé l’existence des plannings familiaux. Cette association permet de fournir gratuitement des moyens de contraceptions, ainsi que la possibilité de se faire avorter. Il s’agit d’un acquis ouvrier obtenu par la lutte, par les femmes travailleuses, pour la libre disposition de leur corps. Parallèlement, dans un contexte d’accélération de privatisation des services publics, et notamment de la santé, le capitalisme aspire à récupérer ces parts de marché.

En effet, en vidant les caisses des hôpitaux publics, le gouvernement livre les femmes aux cliniques privées. En privatisant la sécurité sociale, il oblige les femmes travailleuses à financer elles-mêmes leur contraception : alors que le non-remboursement de la pilule est aujourd’hui exceptionnel, il va se généraliser. De la même manière, toutes les femmes ont légalement la possibilité de se faire avorter gratuitement, que se soit, par un financement de la sécurité sociale ou par une prise en charge d’une assistante sociale, dépendant des plannings familiaux. La privatisation de la santé et l’augmentation des frais hospitaliers rendront l’intervention volontaire de grossesse tellement onéreuse que pour les femmes les plus pauvres, l’avortement deviendra de fait inaccessible. Les nouvelles mesures de Roselyne Bachelot, sont un scandale !

Le ministère de la santé vient en effet de déposer un projet de loi qui prévoit la fermeture de 182 blocs opératoires pratiquant moins de 1500 interventions par an. Les maternités qui réalisent moins de 100 actes chirurgicaux par an, seront les premières touchées. Les attaques ont déjà commencé avec la mise en place de la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Financement) qui laisse aux régions et aux responsables de service des hôpitaux publics, la responsabilité de gérer la pénurie budgétaire. Une loi qui a déjà provoqué la fermeture de certaines maternités dans le milieu rural. La volonté du gouvernement est claire : obliger les futures mères qui en ont les moyens, à accoucher dans les cliniques privées. Les autres devront mettre au monde leurs enfants sans suivi médical. A quand le retour des accouchements sur la table de la cuisine ? A quand le retour des avortements pratiqués avec des cintres ou des aiguilles à tricot ?

De nouvelles attaques sur les salaires des femmes travailleuses

Au printemps, une loi sur l’allongement du congé de maternité a été votée (voir Internationaliste n°87). Les femmes travailleuses disposeront maintenant de 20 semaines au lieu de 16, pour « se remettre plus facilement de l'accouchement » et « établir une relation solide avec l'enfant ». Sous un air progressiste cette nouvelle réforme est une mascarade. Seules 6 semaines seront rémunérées à 100 %, les 14 restantes le seront à hauteur de 85 %. Il n’existe aucune garantie que les jeunes mères reprennent le poste qu’elles occupaient avant l’accouchement. La loi oblige les patrons à donner un poste équivalent en salaire, mais pas équivalent en intérêt, et surtout pas en possibilité d’évolution de carrière. La crise donnera les arguments nécessaires pour les licenciements, les temps partiels, les baisses de salaires de celles qui ne seront pas à la pointe de la flexibilité. Cette mesure est une mascarade quand il n’existe aucune certitude sur une reprise-même du travail. Quel choix s’offre aux jeunes mères entre des crèches publiques fermées, des crèches privées hors de prix, des nourrices non-qualifiées. A cause des conditions de travail plus difficiles et de la baisse généralisée des salaires, les travailleuses voient dans le congé maternité et dans le temps partiel une échappatoire. Sans l’ouverture de crèches à hauteur des besoins, sans une amélioration des conditions de travail, sans une rémunération à 100 % du salaire pendant ce congé, ce congé ne sera qu’un pis-aller.

Pour la femme bourgeoise, il n’est pas de dilemme. Le cadre du mariage bourgeois dans la société capitaliste lui permet de s’offrir les services d’une nourrice ou d’une crèche privée. La répartition du capital entre elle et son mari, lui permet d’interrompre sa carrière si elle en une, sans de dommages financiers sur le budget de son ménage. Son rôle n’est pas de subvenir aux besoins de sa famille. Son rôle est d’avoir des enfants à qui transmettre le capital familial. Les capitalistes ont besoin de remettre en cause le congé de maternité. La preuve en est : une nouvelle réforme a eu lieu le 10 septembre 2009 dans les caisses de retraites pour la majoration de durée d’assurance pour les enfants. Comme le dit la CNAV (Caisse Nationale d’assurance Vieillesse), cette réforme fait suite à une jurisprudence de la Cour de cassation (1), accordant désormais aux hommes les mêmes droits qu’aux femmes en matière de majoration de durée d’assurance pour enfant. Jusqu’à aujourd’hui le congé de maternité donnait aux femmes, des trimestres supplémentaires, 8 par enfants, pour pouvoir partir à la retraite à taux plein. La réforme permettra à un couple qui a un enfant de répartir ces 8 trimestres entre le père et la mère.

En effet, 4 trimestres seront obligatoirement attribués à la mère « répondant au double objectif de compenser les effets négatifs de cette période sur la carrière professionnelle de la mère et de valoriser la natalité dans le cadre du système de retraite par répartition. »(2). En ce qui concerne les quatre autres trimestres, ils « relèvent du libre choix des parents. Ce choix doit être formellement exprimé dans les 4 ans maximum à compter de la naissance de l'enfant. A défaut de choix du couple les 4 trimestres sont attribués à la mère. En cas de désaccord, le Conseil d'administration souhaite que les intérêts de la mère soient préservés selon des modalités à établir. » (2) Sous couvert de parité, on diminue encore plus les retraites de femmes travailleuses, leurs salaires étant de fait plus bas que ceux de leurs époux. Mais cette réforme ouvre une brèche pour assouplir dans un premier temps, la comptabilisation des trimestres, et finalement supprimer cette majoration par enfant.

Pour le gouvernement l’objectif central de la réforme des retraites a toujours été très explicite : « elle prévoit simplement d’allonger la durée d’assurance nécessaire pour bénéficier d’une pension calculée au taux plein » (3) Cela signifie que pour les mères qui voudront partir avec une retraite à taux plein, il suffira juste de compenser en cotisant plus longtemps, pour gagner une retraite équivalente.

Quelle alternative pour les travailleuses dans le système capitaliste ?

Ces attaques correspondent à deux objectifs complémentaires de la bourgeoisie. D’une part, les femmes constituent un des éléments les plus malléables et les plus exploitables de la classe ouvrière. Même en France, pays impérialiste le plus avancé au niveau des acquis ouvriers et démocratiques, le salaire des femmes est inférieur, à hauteur de 27% en moyenne, à celui des hommes et ce pour une même qualification. Comme l’affirme Trotsky, dans le Programme de Transition « l’époque du déclin capitaliste porte les coups les plus durs à la femme, tant comme salariée que comme ménagère ». En période de crise économique, les femmes sont les premières touchées par les licenciements et les restructurations. Le poids des lobbys religieux de plus en plus pressants dans le contexte actuel de décomposition politique, remet au premier plan la vieille idéologie bourgeoise et son schéma familial dégénéré où la femme doit retourner à la maison pour s’occuper de ses enfants et de son mari.

Il est clair qu’aujourd’hui plus que jamais, les organisations historiquement liées au mouvement ouvrier sont complices de tous les projets politiques et économiques qui détruisent le Code du Travail, et les conventions collectives. Il est clair qu’aujourd’hui plus que jamais, toutes ces contre-réformes permettent encore plus d’exploiter la femme travailleuse et de la marginaliser du système de production en la renvoyant dans les ménages. Le parti socialiste est clairement devenu un parti bourgeois en mai 2007 lorsque Ségolène Royal et son programme anti-ouvrier ont été élus par sa base lors des dernières élections présidentielles. Historiquement la social-démocratie a toujours donné l’illusion d’une émancipation féministe en opposant les intérêts des ouvriers à ceux des ouvrières, mais en rapprochant ceux de la bourgeoise et ceux de l’ouvrière.

En effet la social-démocratie a toujours donné la priorité à l’appartenance sexuelle plutôt qu’à l’appartenance de classe. Il y a quelques années, sous le gouvernement Jospin, le travail de nuit pour les femmes a été réintroduit, et ce sous prétexte de parité alors que la suppression du travail de nuit pour l’ensemble de la classe ouvrière était une revendication des syndicats. Les bureaucrates staliniens se cachent, eux aussi, derrière la lutte féministe pour faire reculer les luttes sociales. Ils sont depuis longtemps inféodées au PS et ont adopté sa ligne féministe bourgeoise.

Dans les organisations syndicales et dans leurs programmes politiques, les autres organisations dites d’ « extrême-gauche », LO et le NPA préfèrent le terrain des libertés démocratiques individuelles qu’ils opposent aux acquis que peut obtenir la classe ouvrière dans les mobilisations. Ces trois organisations ont toutes juré allégeance aux capitalistes. Leurs programmes sont gangrenés par les mots d’ordre « sociétaux » qui depuis longtemps ont remplacé les revendications économiques pour l’abolition du salariat et la mise en place du Socialisme. Ces organisations dites « d’extrême-gauche », se sont alignées sur cette orientation politique de la « parité jusqu’au bout » y compris sur le terrain de la représentativité. C’est une imposture ! C’est une trahison sans nom envers toutes les femmes exploitées et opprimées par les capitalistes !

Dissocier la lutte pour l’émancipation de la femme travailleuse de la lutte pour l’émancipation de la classe ouvrière toute entière est un mensonge ! Hors de la lutte pour le Socialisme, c’est-à-dire hors de la lutte du prolétariat pour mettre fin au système capitaliste fondé sur l’exploitation, il n’est point d’issue pour toutes les femmes exploitées et pauvres dans le monde entier. « Ce que le Communisme donnera à la femme, en aucun cas le mouvement féminin bourgeois ne saurait le lui donner. Aussi longtemps qu’existera la domination du capital et de la propriété privée, l’affranchissement de la femme n’est pas possible. » (4) Il faut nous approprier ces mots d’ordres défendus par les militantes bolchéviks en 1921.

La crise économique donnera les arguments nécessaires pour transformer une partie des travailleuses en chômeuses chroniques, en miséreuses vivant des miettes d’une société en décomposition. Le droit au travail est le seul droit sérieux qu’ait la classe ouvrière dans une société fondée sur l’exploitation. C’est pour cette raison que le premier combat de la femme travailleuse est bien celui d’avoir un emploi et non pas de rester à la maison pour s’occuper des enfants. Elle doit s’organiser dans un syndicat pour obtenir des augmentations de salaire et défendre ses conditions de travail. Elle doit aussi s’organiser dans un parti ouvrier révolutionnaire et se battre pour défendre les intérêts de la classe ouvrière toute entière. C’est ce programme que doit défendre un parti révolutionnaire. En brandissant aujourd’hui le drapeau de la IVe Internationale, nos brandissant le drapeau de tous les opprimés. En brandissant aujourd’hui le drapeau de la IVe Internationale, nous appelons toutes les femmes exploitées à se battre pour avoir un travail et un salaire décents, pour mettre à bas le système capitaliste et construire le Socialisme.

A travail égal salaire égal !

Non à la fermeture des plannings familiaux !

Création des crèches à hauteur des besoins !

Conservation des 8 trimestres pour les mères dans le calcul de leur retraite !


(1) Un père ayant élevé seul ses six enfants se voit refuser l’octroi de la majoration d’assurance pour enfant. Il saisit la justice et obtient gain de cause le 19 février 2009.

(2) Extrait du compte rendu du Conseil d’Administration tenu exceptionnellement le 10 septembre axes dégagés par le Conseil d’administration du 10 septembre 2009.

(3) Archives du site http://www.retraites.gouv.fr/ (23 mai 2003)

(4) Extrait des thèses sur la Propagande parmi les femmes, IIIe Congrès de l’Internationale Communiste, Juin 1921

Manon et Griselda

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