| Le 22 septembre dernier, 40%
des postiers ont participé à une journée de
grève à l'appel de la plupart des
organisations syndicales ; ce jour-là, des
manifestations et rassemblements ont réuni
plusieurs milliers de postiers. Par ailleurs,
le 3 octobre, une « votation citoyenne » a
été organisée par le « comité national contre
la privatisation de la Poste » (CNCPP) qui
regroupe plusieurs dizaines de syndicats,
partis (dont le PS, le PCF et le NPA) et
associations. Quel bilan peut-on tirer de ces
deux initiatives ? Quelles perspectives
ont-elles ouvert aux postiers ?
Une large opposition au
projet du gouvernement
En juillet 2008, J.-P. Bailly, président
de la Poste, annonçait une privatisation de
l'entreprise publique visant son entrée en
bourse. Depuis, le gouvernement
Sarkozy-Fillon-Estrosi a présenté un projet
de loi prévoyant la transformation de la
Poste (exploitant autonome de droit public
depuis 1991) en « société anonyme à capital
100% public... » Evidemment, personne ne
croit un seul mot des ministres et des
parlementaires se disant « opposés à la
privatisation ». La preuve a été apportée par
Air France, France Télécom, EdF, GdF, etc.,
qui toutes devaient rester publiques, alors
qu’aujourd'hui elles sont
majoritairement ou totalement privatisées.
Les directions syndicales avaient décidé,
fin 2008, de participer à la « commission
Ailleret », dispositif destiné à donner un
habillage démocratique à cette attaque contre
le service public et contre les postiers.
Alors qu’elles n'avaient rien engagé de
sérieux contre le projet gouvernemental
depuis le 20 novembre 2008, les postiers se
sont tout de même largement mobilisés« contre
la privatisation » le 22 septembre, à l'appel
de la plupart de leurs organisations
syndicales.
De leur côté, les élus locaux et les
usagers du service public se sont saisis de
la « votation citoyenne » organisée par le
CNCPP. « Pour ou contre la privatisation ? »
Deux millions trois cents mille personnes se
sont prononcées contre la privatisation à
plus de 95%. Problème : le comité mène
campagne, en réalité, pour l'organisation
d'un référendum et non pour le retrait pur et
simple du projet, et si à ce stade il se
prononce bien contre la privatisation, cela
ne mange pas de pain, les ministres Darcos et
Estrosi se prononçant de même.
Le CNCPP compte maintenant s'adresser à N.
Sarkozy, par voie de cartes-pétition, pour «
le respect de la votation du 3 octobre,
le retrait du projet de loi de l’ordre
du jour du Sénat et de l’Assemblée
Nationale, l’ouverture du débat public,
la tenue d’un référendum sur
l’avenir du service public postal.
» (Communiqué de presse du 12 octobre). C'est
clair.
Pendant ce temps, les sénateurs débattent
et doivent se prononcer le 6 novembre. D'ici
là, une multitude d'actions dispersées et de
« temps forts » sont programmés qui doivent
culminer par « Le 2 novembre (...) un
rassemblement devant le Sénat en présence
notamment de représentants des comités locaux
et d’élus. Si la loi est approuvée au
sénat et que le gouvernement persistait, le
collectif national prévoit d’organiser
des manifestations décentralisées le même
jour en novembre et met en débat dans les
collectifs locaux la perspective d’une
montée nationale à Paris en décembre ».
(Idem).
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Ne pas perdre du vue
l'essentiel
Une montée nationale à Paris s'impose
donc, y compris pour le Comité national. Soit
! Mais sur quel mot d'ordre et dans quel but
? Oui, dans quel but, quand la CFDT, par
exemple, qui n'est pas partie prenante du
CNCPP, s'est intégrée à l'intersyndicale et
se dit, aussi, « contre la privatisation »
alors que, dans le fond, elle considère le
projet Estrosi comme la continuité de la loi
Quilès de 1990 ? Cette même loi Quilès que la
CFDT avait co-rédigée avec le « groupe
socialiste d'entreprise ».
Dans un tract de septembre intitulé «
Statut de La Poste La démagogie en action »,
la CFDT présente comme des « Evolutions
incontournables » les échéances qui se
profilent à l'horizon 2011. Elle y reprend à
son compte les arguments du gouvernement
quant aux « besoins » de financement de la
Poste et, s'opposant tant à la « votation
citoyenne » qu'à un référendum, elle conclue
« Notre représentation nationale
(sénateurs et députés) doit en débattre au
Sénat et à l'Assemblée Nationale ! ».
Comme pour la Constitution européenne, en
quelque sorte.
Entre-temps, confronté à une grève des
postiers de Royal Mail, le gouvernement
britannique a vendu la mèche : pour lui, la
privatisation de la vénérable institution
n'est pas envisageable dans un contexte de
crise économique, mais après... En fait, la
transformation du statut de la Poste en SA
vise, justement, à préparer la privatisation
effective de l'opérateur public. Tout
le monde sait cela. Alors, quelles
que soient les positions des directions
syndicales et du CNCPP, tant la mobilisation
des postiers que l'expression des élus locaux
et des usagers posent une seule et
même exigence : le retrait pure et simple du
projet de transformation de la Poste en
société anonyme, tout de suite, sans
attendre.
Dans cette optique, la réponse n'est pas
sur le terrain institutionnel ou électoral,
comme le voudrait faire croire le CNCPP, mais
dans la mobilisation de tous, dans
l'unité par la grève, pour le retrait et
jusqu'au retrait du projet Estrosi
!
Ouvrir la voie à la
mobilisation jusqu'à la victoire
Dans ce contexte de diversion et de
dispersion orchestré par le CNCPP, poussées
par la base militante et par les postiers
inquiets de la tournure que prennent les
événements, les fédérations Sud-PTT et, plus
discrètement, la FAPT-CGT ont décidé de «
mettre en débat » l'éventualité d'une « grève
reconductible » « contre la privatisation
».
La « perspective d'une montée nationale à
Paris » doit-elle attendre que le projet
Estrosi soit soumis au vote final de
l'assemblée ? Non ! D’ores et déjà,
une manifestation nationale doit être
organisée pour le retrait du projet, et comme
point d'appui pour la grève jusqu'au retrait,
jusqu'à la victoire !
J.-Louis
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