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Article paru dans l'Internationaliste n°93

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L'indépendance et la démocratie...

A l'approche du 49ème congrès confédéral de
la CGT

Le 49ème congrès confédéral de la CGT se tiendra à Nantes du 7 au 11 décembre 2009 dans un contexte économique, social et politique dominé par l'approfondissement de la crise du mode de production capitaliste. Alors que la lutte des classes s'aiguise dans le monde entier, l'orientation confédérale suivie depuis de 1995, l'offensive patronale et gouvernementale contre l'indépendance syndicale, font que le congrès confédéral de la CGT ne s'est pas préparé dans un tel climat de confrontation depuis la scission de 1947. Un candidat au poste de secrétaire général s'est même déclaré, en opposition avec B. Thibault. Les questions de l'indépendance, par rapport à l'Etat et au patronat, ainsi que l'exercice de la démocratie ouvrière au sein de la CGT sont au cœur des débats préparatoires à ce 49ème congrès.

L'indépendance par rapport à l'Etat

Il est important de rappeler que, depuis ses débuts, le mouvement ouvrier est soumis à une lutte permanente pour assurer son existence et son indépendance de classe. La bourgeoisie cherche à diviser les rangs de travailleurs, à briser les syndicats, et à corrompre une aristocratie ouvrière qui constitue la colonne vertébrale d'une bureaucratie syndicale. Cette bureaucratie s'est érigée, à la fois en « représentante » des travailleurs et en instrument de défense du capitalisme comme mode de production « indépassable » qu'il faudrait seulement civiliser, domestiquer.

Depuis l'avènement de l'impérialisme au tournant des 19ème et 20ème siècles, la bourgeoisie a cherché à transformer les syndicats en rouages de ses institutions, en les intégrant à son appareil d'Etat, en défense de ses multinationales, de ses colonies, de ses marchés. Toutefois, à chaque poussée en avant de l'Histoire, à chaque période révolutionnaire, à chaque grève de masse, à chaque grève générale, les travailleurs ont cherché – et chercheront – à se saisir des syndicats pour en faire leurs instruments de lutte.

En 1995, confronté à un mouvement ouvrier qui commençait à peine à surmonter la désorientation provoquée par la chute du Mur de Berlin, les dirigeants de la CGT ont accéléré l'institutionnalisation de celle-ci. En 1995, le 45ème congrès modifie le préambule des statuts abandonnant la référence à « la lutte pour l'abolition du salariat par la collectivisation des moyens de production et d'échange ». La CGT se désaffilie de la FSM (la Fédération syndicale mondiale, créée au sortir de la seconde Guerre mondiale), provoquant sont éclatement. Enfin, elle porte à sa tête celui qui est le mieux à même d'incarner cette nouvelle orientation : B. Thibault. Le « déluge opportuniste » l'emporte, alors, sur toutes les tentatives pour s'opposer à ces choix.

Le 46ème congrès entérinera l'adhésion de la CGT à la CES (Confédération européenne des syndicats) puis la CGT participera de la constitution de la CSI (Confédération syndicale internationale) en novembre 2006, CES et CSI qui sont, respectivement, un rouage institutionnel de l'UE et une « ONG syndicale » en relation avec l'ONU et l'OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique)...

Depuis, la démarche du « syndicalisme rassemblé » est à l'œuvre, la CGT en est le centre. Il s'agit d'un rassemblement des bureaucraties syndicales qui, comme à l'hiver et au printemps derniers, opposent leur « unité » de sommet à l'exigence de la part des travailleurs d'une unité d'action, de la base au sommet, pour gagner. Les dirigeants de la CGT sont entrés dans un cycle de démolition des acquis ouvriers sur la base de l'agenda des gouvernements Jospin, Raffarin, Villepin et, aujourd'hui Sarkozy-Fillon. Depuis, tous les pans de la législation sociale et des acquis sociaux font l'objet d'une remise en cause systématique : Code du travail, statuts particuliers, conventions collectives, services publics, retraite, assurance chômage, sécurité sociale, accidents du travail, formation professionnelle, représentativité syndicale, juridiction prudhommale...

Dans le langage de Thibault et consort cela s'appelle « statut du travailleur salarié » et « sécurité sociale professionnelle ». La discussion « constructive » se mène dans les salons du Conseil économique et social. Elle débouche sur un « diagnostic partagé » par le patronat, l'Etat et les directions syndicales, diagnostique qui « motive » une loi. Dans le langage de militants et d'organismes de la CGT de plus en plus nombreux, cela s'appelle la collaboration de classes, cela s'appelle l'intégration de la CGT à l'Etat.

Ulcérés, ces militants se manifestent dans les luttes, dans la rue, dans les réunions préparatoires à ce 49ème congrès. Ainsi, la candidature de J.­P. Delannoy est venue servir d'étendard de ralliement à toutes ces oppositions qui se sont plus ou moins structurées depuis le 48ème congrès. La défense de l'indépendance de la CGT par rapport à l'Etat et au patronat impose un combat pour la démocratie ouvrière au sein de la CGT. Indépendance et démocratie vont de pair.

La démocratie ouvrière au sein de la CGT

En toute logique, la direction confédérale sortante, dans sa grande majorité, s'est muée en défenseur de « la démocratie », la CGT est présentée comme une citadelle assiégée. Aussi la candidature de Delannoy ne serait pas conforme aux statuts et résulterait d'une démarche personnelle dans l'air du temps... Le rapport présenté au CCN (comité confédéral national) des 3 et 4 novembre(1) et certaines interventions sont caricaturaux, Delannoy y est présenté comme une sorte de candidat Bonaparte « rétif à (...) toute forme d'élaboration collective » ; B. Thibault, lui, est dépeint comme un démocrate chargé « d'impulser et de coordonner le travail collectif (...) ».

Or, la pratique atteste du contraire. Sous la direction de Thibault, le resserrement de l'appareil confédéral est patent. La mise en place d'un nouveau mode de répartition des cotisations, centralisé et piloté d'en haut, la remise en cause du fédéralisme en relation avec l'abandon des statuts particuliers, le démontrent. Les règlements de compte et mises au pas se multiplient.

Une nouvelle bataille pour la syndicalisation doit s'ouvrir, sur l'exigence du respect de la démocratie interne et la défense des intérêts des travailleurs, sur l'exigence de l'indépendance financière de la CGT. C'est une bataille politique au sens le plus noble du terme : un syndicat sans syndiqués, c'est un appareil qui vit de subventions, qui offre des « services » et accompagne les plans patronaux et gouvernementaux. Place aux travailleuses et aux travailleurs ! Pour un syndicat au service des intérêts de travailleurs, pour les travailleurs, par les travailleurs.

Pour une tendance intersyndicale de lutte des classes

Lors d'une rencontre officielle, NPA (Nouveau parti anticapitaliste) et CGT ont conclu à la nécessaire indépendance réciproque des partis et des syndicats, mais il est significatif que la déclaration commune(2) n'aborde pas celle des syndicats par rapport à l'Etat et au patronat. De son côté, sous le prétexte gauchiste que les statuts particuliers divisent les travailleurs, les dirigeants de LO semblent s'être ralliés à la démarche du « syndicalisme rassemblé ».

Alors les discutions vont bon train, à la FSU (Fédération syndicale unitaire) et à Solidaires, sur les possibilités de rapprochements à deux ou à trois, les motions de congrès se multiplient, non exemptes d'arrières pensées sur la possibilité de dépecer « la vieille CGT » dans l'espoir d'atteindre les 10% de votes exigés par la nouvelle définition de la représentativité : ce sont des considérations d'appareils bureaucratiques en mal de subventions publiques... et d'intégration aux institutions de l'Etat !

A l'inverse, les militants du GSI adhérents de la CGT, ou de la FSU, proposent, pour leur part, de combattre pour constituer, avec d'autres militants de ces organisations, des courants de lutte des classes, pour l'indépendance des syndicats par rapport à l'Etat et pour la démocratie dans les syndicats. Cette question est désormais dans la tête de nombreux militants de ces deux syndicats et d'autres. Le débat est déjà ouvert, chaque travailleur, chaque militant doivent y prendre part.

Alors, il sera possible d'avancer vers la constitution de l'organisation syndicale dont les travailleurs ont besoin, en rupture avec la CES et la CSI, en rupture avec les institutions de l'Etat, une organisation indépendante et démocratique dont le besoin cuisant se fait sentir à l'échelle de l'Europe et dans chaque pays. C'est cette perspective que nous appelons la Centrale Unique des travailleurs, la CUT.


(1) Le Peuple n°1692 du 11 novembre 2009

(2) http://www.cgt.fr/spip.php?article36458

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