Le conseil
interministériel n’est pas une issue
pour les travailleurs des colonies
Le 6 novembre, Nicolas Sarkozy a prononcé
un discours à l’Élysée à
l’occasion du conseil interministériel
de l’outre-mer. Ce conseil
interministériel est la conclusion des états
généraux du mois d’avril, eux-mêmes la
réponse institutionnelle à la grève générale
du mois de février. Face à l’ampleur de
la crise économique et à la montée de la
lutte des classes à échelle internationale,
l’impérialisme, qu’il soit
américain ou français, redéfinit sa politique
à l’égard des pays colonisés ou
semi-colonisés.
En effet, pendant la grève générale menée
par le LKP (Comité contre
l’exploitation excessive), le
gouvernement a tenté l’isolement, la
démoralisation, le pourrissement de la
situation. En vain ! Heureusement.
L’État français et le Medef ont pu
cependant compter sur leurs meilleurs alliés
: les bureaucrates syndicaux qui ont étranglé
la montée révolutionnaire des masses
guadeloupéennes et ont couru s’asseoir
avec la bourgeoisie et négocier de nouveaux
accords en contradiction avec les mots
d’ordre avancés pendant la grève
générale. À cet égard, les conclusions du
conseil ministériel de l’outre-mer et
le discours prononcé par N. Sarkozy sont
significatives de ce repositionnement.
Au total, plus de 70 mesures sont retenues
pour l’ensemble des Dom-Tom. Certaines
mesures sont anecdotiques, comme par exemple
de faire de 2011 « l’année des
outre-mer français » ou encore d’aider
les ménages modestes à accéder à Internet. À
l’opposé, aucune réponse n’est
donnée concernant la baisse des prix, la
hausse des salaires, la construction de
logements et l’amélioration des
conditions de travail, si ce n’est de
vagues engagements à « mieux contrôler les
concentrations d’entreprises dans la
grande distribution », à « organiser des
opérations ciblées de contrôle des prix » ou
encore à « accorder une priorité à la
résorption de l’habitat insalubre et
indigne ».
N. Sarkozy propose la mise en place
d’un GIR (groupe d’intervention
régionale) pour surveiller les prix ; il
décide de fédérer les services de la
répression des fraudes, la douane, et
peut-être même l’inspection du travail
pour contrôler les prix. Le gouvernement ne
propose pas de mesures économiques !
La bourgeoisie coloniale propose aux
travailleurs de « moraliser » le
capitalisme, de le contrôler, de le
réguler, de lui donner un visage plus humain.
La réalité économique reste la même, en
vérité elle s’aggrave ! Force est de
constater que les projets du gouvernement
sont clairs : renforcer son pouvoir colonial,
accélérer la mise en place de marchés
régionaux, assurer l’application de la
casse de l’éducation publique et
intégrer davantage les « partenaires sociaux
».
Les conclusions du conseil ministériel
sont une mascarade, un mensonge et une
insulte aux travailleurs exploités par
l’État français dans toutes ses
colonies. Qu’en est-il du prix
de l’essence ? Qu’en est-il de la
résorption du chômage dans la jeunesse ?
Qu’en est-il du plan d’urgence
pour la formation et pour l’emploi chez
les jeunes ? Qu’en est-il de
l’exploitation agricole locale ? Et
surtout, qu’en est-il des salaires
? Qu’en est-il des promesses
des organisations patronales pour une
augmentation à hauteur de 200 euros net ?
Une nouvelle assise pour
l’État colonial
Alors que les travailleurs et la jeunesse
ont été au cœur du mouvement de grève
générale, le gouvernement propose le
renforcement des pouvoirs du préfet qui va «
gérer de façon mutualisée les crédits
d’intervention de l’État sans
faire remonter la demande aux administrations
centrales » et qui désormais va pouvoir se
substituer aux collectivités en place en cas
de carence pour « toute décision liée à un
engagement international ou communautaire, à
une politique de santé ou
d’environnement, ou enfin à la gestion
d’un établissement subventionné à plus
de 50 % par l’État ».
Parallèlement, on intègre encore davantage
les « partenaires sociaux » et les partis
institutionnels au sein d’une assemblée
unique (département et région) pour prévenir
les futurs conflits. Aux
revendications d’amélioration de
l’éducation, le gouvernement répond
privatisation et sélection :
création de pôles d’excellence
universitaires s’appuyant sur les
spécificités locales (architecture tropicale,
ressources halieutiques, recherche
agroalimentaire…), mise en place de la
méritocratie pour les jeunes issus de milieu
modeste avec la création d’une
fondation constituée par de grands groupes
privés pour financer des études
d’excellence, développement de la
mobilité et des masters internationaux,
implantation d’HEC, internats
d’excellence et développement de
l’excellence sportive.
La réaffirmation de la place du marché
permet au gouvernement de faire d’une
pierre deux coups. Alors que la bourgeoisie
s’assure ses monopoles et ses
bénéfices, les PME vont bénéficier d’un
fonds d’investissement ; l’accent
est mis sur les productions locales à forte
valeur ajoutée comme l’aquaculture ou
la biodiversité et le droit des affaires dans
les Antilles va être harmonisé « à
l’échelle de l’ensemble du bassin
caribéen ». Mais le gouvernement va plus loin
en avançant la création d’un « marché
commun du plateau des Guyanes », la relance
de la coopération régionale dans les
Caraïbes.
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L’enjeu est de taille :
ces territoires sont la porte d’entrée
française dans le continent Sud-Américain,
que Sarkozy soigne particulièrement, comme
l’ont démontré les récents contrats
annoncés avec le Brésil. Le discours de
Sarkozy est clair : « sans l’outre-mer
la France ne serait pas la deuxième puissance
maritime au monde, onze millions de
kilomètres carrés (presque à égalité avec les
États-Unis) », « sans l’outre-mer la
France ne serait pas une puissance spatiale,
voire nucléaire », « sans l’outre-mer
la France ne serait pas une puissance
maritime présente sur les quatre océans et
notamment en Amérique latine », et la
conclusion qu’il en tire est explicite
: « la France sans les Dom-Tom ne
serait pas la France. ».
Seule la lutte pour
l’indépendance et pour le socialisme
fera aboutir les revendications
Nous le disions lors d’un premier
bilan, le LKP n’a pas été un comité
central de grève appuyé sur des délégués
d’entreprise en grève. Il n’a pas
non plus été un organe de double pouvoir : il
a fédéré et unifié des luttes sans les
centraliser autour d’une alternative
socialiste. Parce qu’il n’est pas
un parti révolutionnaire, parce que le
socialisme n’est pas son programme, le
LKP n’est pas allé jusqu’au bout
pour porter les masses à une plus grande
victoire et renverser la propriété privée,
socialiser les moyens de production en
relation avec les autres peuples de la
Caraïbe. En n’ouvrant pas cette
alternative, le LKP a permis au gouvernement,
au Medef et aux bureaucrates reprendre
l’initiative et d’apporter leur «
réponse » aux revendications.
Pendant ce temps, l’impérialisme
s’est redisposé en donnant une réponse
institutionnelle : les états généraux
d’abord, le conseil ministériel
ensuite, puis le référendum à venir. La
réalité est la suivante : étant donné
l’approfondissement et
l’accélération de la crise, pour les
bourgeoisies et leurs représentants
institutionnels, l’heure est à
l’offensive sur tous les fronts pour
préserver les taux de rentabilité mais, dans
le même temps, la montée de la lutte des
classes révèle l’extrême faiblesse des
gouvernements au pouvoir.
Le LKP a gagné, mais encore faut-il faire
appliquer les victoires ! Comme l’a
démontré la grève générale en Guadeloupe qui
a duré 44 jours, l’unification des
travailleurs et de la jeunesse au sein du LKP
a permis de faire plier le gouvernement. Mais
les mesures n’ont pas été appliquées,
les accords n’ont pas été respectés,
les budgets n’ont pas été débloqués.
La solution du gouvernement : la
démocratie participative en janvier
2010.
En effet, le conseil ministériel a décidé
que les Martiniquais et les Guyanais devront
se prononcer pour ou contre le statut de «
collectivité d’outre-mer au sein de la
République ». Cela signifie que peu importe
les luttes des travailleurs dans les
colonies, peu importe le droit des peuples à
disposer d’eux-mêmes, la France ne
donnera pas l’indépendance à ses
Dom-Tom. Et N. Sarkozy de répéter : « la
question qui sera posée aux électeurs est
bien celle du juste degré d’autonomie
de la Martinique et de la Guyane dans la
République et non celle de
l’indépendance. […] À mes yeux
ces territoires sont des terres de France et
ils le resteront. ».
Ne pas se poser la question de
l’indépendance résulte
aujourd’hui d’une illusion pour
l’ensemble de la classe ouvrière dans
les colonies. Même au plus fort de la
mobilisation des travailleurs et de la
jeunesse, comme le fut la mobilisation
exemplaire du LKP, sans le combat pour le
contrôle ouvrier des usines, des
transports…, la bourgeoisie reprendra
les miettes qu’elle nous avait laissées !
Vive la
mobilisation des travailleurs et de la
jeunesse de Guadeloupe !
Satisfaction immédiate
de toutes les revendications du LKP
par le gouvernement
français et les patrons !
Pour la défense du
droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes !
À bas les
dernières colonies françaises !
Griselda
et Emeric
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