| J.-P. Bailly, président de la
Poste, avait expliqué dans le journal
capitaliste Les Échos du 19
septembre 2008 que l’introduction en
bourse de l’exploitant autonome de
droit public avait ses faveurs. Il y parlait
même d’un « actionnariat salarié et
populaire »… Les personnels, eux, sont
massivement opposés à la privatisation, de
même que les usagers du service public.
Chaque fois qu’ils ont pu
s’exprimer, c’est ce qu’ils
ont dit. Le 24 novembre, 30 % d’entre
eux l’ont répété en faisant grève à
l’appel de cinq organisations
syndicales ; près de 100 000 grévistes, dont
certains ont cherché à reconduire leur
mouvement à partir du lendemain. Jusque-là,
ils se sont heurtés aux directions syndicales
qui s’opposent à l’ouverture
d’une perspective claire en termes de
mobilisation pour gagner.
En effet, le 25, lors d’une
assemblée régionale de grévistes de
l’Ile-de-France réunissant environ 150
agents, essentiellement des militants
syndicaux, sous la présidence de «
l’intersyndicale régionale » CGT, FO,
CFTC et SUD, il fut difficile d’obtenir
un engagement de ladite intersyndicale. Une
nouvelle réunion de cette instance est restée
fixée au 2 décembre et l’assemblée de
grévistes a eu toutes les difficultés à
avancer vers la seule initiative acceptable
dans cette situation : une manifestation
nationale avant le vote au Parlement, prévu
mi-décembre…
Ainsi, on a pu assister à une succession
surréaliste d’interventions de
militants de SUD des Hauts-de-Seine, le
département du « facteur de Neuilly »,
porte-parole du NPA, y compris en opposition
avec les autres intervenants de SUD. SUD-92,
sous prétexte de ne pas se soumettre au
calendrier parlementaire, proposait
d’organiser une manifestation
nationale… début février 2010, en
liaison peut-être avec le calendrier
électoral ?
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La réunion de cette assemblée
générale de grévistes s’en est donc
remise à l’intersyndicale régionale
pour faire des propositions aux fédérations
nationales et aux « comités contre la
privatisation », propositions parmi
lesquelles figurera, peut-être,
l’organisation d’une
manifestation nationale à l’Assemblée
nationale pendant le débat. Gageons que le
calendrier sera alors un obstacle majeur : le
2 décembre, il resterait environ deux
semaines pour prendre les décisions et les
mettre en œuvre…
Ceci est conforme à ce que font les
directions syndicales depuis dix-sept mois.
Elles « jouent la montre » et font tout pour
empêcher une centralisation de la lutte à la
Poste, comme elles le font dans les autres
secteurs. Pendant ce temps, elles négocient
toutes l’accompagnement du projet de
SA, de même que la « gauche » multiplie les
amendements dans le cadre du Parlement, sur
la base des positions de la CFDT. CFDT dont
les dirigeants s’inscrivent totalement
et ouvertement dans la logique de la «
libéralisation » prévue pour 2011, sauf
qu’ils se prétendent bien
entendu… « contre la privatisation
».
C’est cette « unité » des appareils
bureaucratiques contre les travailleurs à
l’œuvre depuis janvier qui permet
au gouvernement d’avancer dans de
nombreux domaines. C’est ce qui a
permis pour la Poste que le projet soit
adopté au Sénat le 9 novembre. C’est ce
qui pèse sur les postiers qui mesurent
l’ampleur de l’obstacle
qu’ils ont à surmonter pour imposer le
retrait pur et simple du projet de SA,
l’obstacle à la grève jusqu’au
retrait du projet.
J.-
Louis
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