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Edito. L'Internationaliste n°84
Après le 29 janvier...

Gouvernement et bureaucrates
se retrouvent le dos au mur.

Deux millions et demi de manifestants, 195 cortèges dans tous le pays. Travailleurs du secteur privé comme du public, chômeurs, retraités, étudiants, lycéens et parfois même paysans, toutes les générations confondues, avec des cortèges unitaires d'entreprises, d'hôpitaux ou d'établissements scolaires en grève ; une mobilisation qui dépasse celles de fin 2007 sur la défense des régimes spéciaux de retraites. Une mobilisation qui, d'emblée, s'apparente à celles de 2006 contre le CPE et le CNE. Voilà ce qui s'est passé le 29 janvier dernier. Bureaucraties syndicales et gouvernement se trouvent désormais le dos au mur, face à une mobilisation qui pourrait maintenant prendre de l'ampleur.

En décembre 2008, poussés par une base de plus en plus mécontente et qui refuse de plus en plus consciemment de payer la crise des capitalistes, les dirigeants de l'ensemble des confédérations syndicales s'étaient décidés à appeler, ensemble, à une journée d'action nationale et interprofessionnelle, sur les salaires et l'emploi.

L'appel a été entendu bien au-delà de ce que les bureaucrates souhaitaient. Dans la période qui a précédé le 29, des appels convergents et largement unitaires se sont multipliés dans de nombreuses branches professionnelles dont, y compris - c'est un détail mais c'est un signe des temps, les employés de la société de bourse NYSE-Euronext...

Paris, manifestation du 29 janvier 2009 - CGT PSA

Dès le 20 janvier, à l'appel d'un « collectif contre l'exploitation excessive », réunissant plus de 50 associations, partis et syndicats, les travailleurs de Guadeloupe sont entrés dans la grève générale défilant à 5 000 dans les rue de Pointe-à-Pitre (voir page 19). Dès le lundi 26, dans certaines universités, des enseignants-chercheurs décidaient la grève illimitée contre la privatisation de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Le 29 janvier était effectivement une journée de mobilisation pour les salaires, pour les pensions de retraite, pour l'emploi, pour l'indemnisation des chômeurs, mais aussi pour le droit au logement, pour la régularisation des sans papiers, contre la privatisation de l'éducation nationale, de la Poste, des chemins de fers, etc., contre le sabotage de l'hôpital public et la privatisation de la santé, contre le démantèlement des organismes publics, tels que l'INSEE (statistique) ou la DGCCRF (concurrence et répression des fraudes), contre la criminalisation des malades en psychiatrie.

Le 29 janvier était une journée de mobilisation contre la criminalisation de l'action syndicale et politique, contre la mainmise du pouvoir sur la presse écrite et audiovisuelle, contre la main de fer qui mute les préfets, les fonctionnaires de police et les magistrats insuffisamment prévenants avec le Président de la République et ses amis personnels, contre l'alliance de l'arbitraire gouvernemental et les pirouettes de bateleurs de champ de foire, alliance symbolisée par le trio Sarkozy-Dati-Lefebvre. Une journée de mobilisation contre un gouvernement aux ordres des patrons du CAC40 et de la haute finance, contre les mœurs d'une cour où le meilleur moyen de se grandir c'est de se courber.

En une phrase, le 29 janvier s'est opérée une mobilisation, encore limitée, contre la politique du gouvernement, mobilisation qui ouvre la voie à la grève générale et restreint brutalement la marge de manœuvre et des dirigeants syndicaux et - bien entendu - du gouvernement. Certains commentateurs téméraires se sont même hasardés à parler du 29 comme d'une journée de grève générale.

Au demeurant, les dirigeants syndicaux ont tenu a préciser implicitement qu'il ne s'agissait pas, à leurs yeux tout au moins, d'une grève politique : « Que les partis de gauche et d'autres partis soutiennent les manifestants c'est une très bonne chose, mais la manifestation d'aujourd'hui est syndicale et son débouché est syndical, c'est-à-dire que nous voulons des réponses immédiates de ce gouvernement, des organisations patronales et des employeurs aux revendications que nous posons dans la déclaration commune » (Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT, vidéo CGT de la manifestation parisienne).

Certes, la présence du PS, de la LCR, de LO, du PCF ou du PdG sentait la campagne électorale en vue des européennes (voir p. 9), mais l'ampleur de la mobilisation bouscule tous les calculs électoralistes : c'est sur le terrain de la lutte des classes que va se jouer l'acte suivant. B. Thibault, secrétaire général de la CGT, ne s'y trompe pas et lance comme un avertissement pressant au gouvernement : « Il faut que le gouvernement prenne le temps d'analyser ce qui se passe aujourd'hui et évite de réagir à chaud, sur une première impression. (...) La situation n'est plus la même cette semaine qu'elle ne l'était il y a huit jours » (Idem).

En effet, la situation n'est plus la même. « Désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit ». C'était N. Sarkozy le 5 juillet 2008 au CN de l'UMP. Le 29 janvier 2009, pour la première fois depuis longtemps N. Sarkozy a disparu des écrans de télévision. Le jeudi 5 février, il doit y revenir pour dire comment il entend répondre à la mobilisation du 29. Les directions syndicales, réunies le 2 février ont donc décidé d'attendre et de se revoir le 9 février.

Cependant, au moment où nous écrivons ces lignes (mardi 4 février), le Premier ministre a déjà présenté à Lyon, le 2, le détail du plan de « relance par l'investissement » de son gouvernement. Le cap des contre-réformes est maintenu, conformément aux attentes des capitalistes. Peut-il en être autrement ? Non.

En effet, le calcul de l'impérialisme français est le suivant. Des raisons indépendantes de la volonté de la bourgeoisie - l'effet de deux décennies de luttes ouvrières et donc le « retard » dans l'application des contreréformes- ont fait que ce pays est entré dans la crise avec des dégâts moins importants que ceux des pays ayant déjà appliqué le calendrier ultralibéral (Islande, Irlande, Royaume-Uni...).

La bourgeoisie, le gouvernement à son service, veulent profiter de cet « avantage concurrentiel » pour imposer à la classe ouvrière la mise en oeuvre de l'ensemble de l'agenda de contre-réformes à marche forcée, en prenant appui sur l’onde de choc actuelle. Tout cela de façon, pensent-ils, à sortir de la crise en position de force vis-à-vis des autres puissances impérialistes, avec des coûts salariaux très réduits, avec des exportations en hausse et des importations en baisse.

Cependant, c'est miser très gros. Tout d'abord parce que, suite à la récession, la spirale de dépression menace de s'amorcer (voir p. 10), ce qui remettrait en cause tous les beaux projets de Sarkozy et de ses commanditaires. Ensuite, parce que le 29 janvier marque un nouvel aiguisement de la lutte des classes, un nouveau départ qui s'exprime dans deux éléments politiques de premier ordre.

Tout d'abord, en Guadeloupe, après 15 jours de grève générale le mouvement s'est renforcé, mettant 65 000 personnes dans la rue, le 30 janvier (15% de la population), tenant le gouvernement en échec malgré les tentatives du ministre Jégo pour diviser les Guadeloupéens et les isoler. Ensuite, à Paris, le 2 février l'assemblée générale des enseignants-chercheurs à la faculté de la Sorbonne à Paris a lancé un appel à la grève illimitée et à constituer dans les faits un comité de grève (voir p. 5).

Enfin, la possibilité existe d'une convergence entre la classe ouvrière et la jeunesse, comme en 2006, mais à un niveau bien supérieur : la grève générale.

Les travailleurs de Guadeloupe et les enseignants chercheurs montrent la voie de la grève générale pour faire plier le gouvernement.

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