| Chaque jour apporte son lot de
faits contredisant les déclarations
rassurantes de la veille. Il en va ainsi du
discours de B. Obama devant le Congrès, le 24
février, à propos d'un troisième plan de
sauvetage des capitalistes, pour plus de 700
milliards de dollars cette fois. Ce discours
est à relier à l'explosion du déficit
budgétaire US qui devrait atteindre cette
année 1 700 milliards de dollars, soit 10% du
PIB du pays, alors que la récession y est
déjà de 6,2% en rythme annuel. Pour le
quatrième mois consécutif, plus d'un
demi-million de travailleurs ont été
licenciés aux USA.
C'est alors que, le 26 février, la Royal
Bank of Scotland, dixième banque au monde
selon Forbes, avoue 27 milliards d'euros de
pertes. Le lundi 2 mars, c'est le premier
assureur au monde, AIG, « nationalisé » en
septembre 2008 par l'administration Bush, qui
annonce plus de 60 milliards de dollars de
pertes en un seul trimestre, près de 100
milliards sur l'année 2008. Dans la foulée,
HSBC, première banque au monde, lance une
augmentation de capital de 14 milliards
d'euros pour faire face aux conséquences
d'une crise dont la banque ne cessait de
clamer qu'elle ne l'affectait pas ! Faut-il
également rappeler le brusque ralentissement
de l'économie au Japon, seconde puissance
impérialiste, et en Chine ou en Russie ?
Non seulement la crise n'est pas
terminée mais, au contraire, elle commence à
peine à montrer tous ses effets.
Pourtant, N. Sarkozy date le début de la
crise de la faillite de Lehmann Brothers, le
15 septembre 2008, alors que la Banque des
règlements internationaux (la BRI, « banque
centrale des banques centrales »), le date,
elle, du... 9 août 2007(1) ! Cela
n'empêche pas Sarkozy d'affirmer, lors de son
allocution télévisée au soir du « sommet
social » de l'Elysée, le 18 février : «
Nous sommes au milieu de la crise. La
France résiste plutôt mieux que beaucoup
d'autres ce qui me conduit à penser que la
France à tout pour s'en sortir plus vite,
pour en sortir plus forte à la condition de
ne pas refaire les erreurs du passé.
».
Tout d'abord, contrairement aux
affirmations de Sarkozy, « nous » ne sommes
pas « au milieu » et encore moins au
cœur de la crise. Certes, dans ce pays,
le rythme des licenciements n'est « que » de
la moitié de celui des USA, soit quand même
90 000 chômeurs de plus en janvier (voir p.
X) ; mais ce rythme s'accélère. Cette phrase
donne cependant la mesure des ambitions de la
bourgeoisie française, celle-ci cherchant à
prendre appui sur le choc de la crise pour
imposer toutes les contre-réformes qu'elle a
dû différer face aux mobilisations ouvrières
et jeunes de ces dernières décennies.
L'objectif des capitalistes est clair :
diminuer le coût du travail pour exporter
plus et importer moins, ceci dans le but
avoué d'ouvrir de nouveaux débouchés à leurs
entreprises, tout en reconstituant leurs
profits. Or, il y a deux objections à cette «
vision » de l'économie.
La première objection est que
chaque Etat capitaliste va dans la
même direction. Les efforts de l'un sont
menacés d'être annihilés par les efforts des
autres. Depuis que le capitalisme a
atteint les limites de cette petite planète,
et depuis sont entrée dans l'impérialisme
-époque des guerres et des révolutions- il ne
peut en être autrement. Aussi, sous la
pression de la crise, la zone de libre
échange que constitue l'UE est de plus en
plus le terrain de l'affrontement entre les
Etats qui la composent. A l'échelle du monde,
seules les dépenses parasitaires permettent
de repousser les échéances, et on a vu où a
mené l'effondrement de la gigantesque
pyramide de capitaux fictifs accumulés par
les spéculateurs.
La seule issue pour les capitalistes
devient alors l'affrontement militaire, plus
ou moins généralisé, pour un nouveau partage
du monde, pour l'accès aux ressources et aux
débouchés. La crise capitaliste relancera
inéluctablement l'industrie militaire,
celle-ci constituant un volant d'entraînement
essentiel d'une économie parasitaire, mais au
risque d'une montée des tensions
inter-impérialistes à un niveau jamais
atteint.
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La seconde objection vient de
ce que, pour mettre en oeuvre une
telle « politique », la bourgeoisie doit
l'imposer à la classe ouvrière. Et
là, les capitalistes sont loin d'avoir gagné,
malgré le chantage odieux de la baisse
assurée des salaires contre un maintien
éventuel des emplois. Ce n'est pas un hasard
si, le 18 février, N. Sarkozy n'a en aucun
moment fait allusion à la grève générale en
Guadeloupe et à la Martinique (voir page Y),
cela quelques heures seulement après avoir
rencontré les directions syndicales et les
représentants des patrons. La raison est
simple : les travailleurs de
Guadeloupe ont d'ores et déjà remporté une
victoire essentielle : leur mobilisation dans
l'unité a permis de porter un coup important
à l'intransigeance du gouvernement et du
MEDEF. Les travailleurs de
Guadeloupe ont contraint l'Etat à intervenir
au plus haut niveau, ce à quoi le
gouvernement se refusait prétendant que les
négociations ne concernaient que « les
partenaires sociaux ». Ceci pourrait bien
ouvrir une brèche pour tous.
Aussi, L. Parisot, la présidente du MEDEF,
ne décolère pas qu'une hausse des salaires,
certes modeste, limitée et compensée par des
aides en argent public, aient été acceptées
par d'autres organisations patronales et par
l'Etat. Elle ne décolère pas qu'un accord
puisse s'appliquer sans la signature du
MEDEF, alors que pendant des décennies, des
syndicats ouvriers minoritaires ont rendu
possible des remises en causes s'imposant à
tous les travailleurs !
Certes, le gouvernement ainsi que les
appareils syndicaux et politiques de « gauche
» ont tout fait pour empêcher que la
jonction se fasse dans la grève
générale entre la Guadeloupe, la Martinique,
la Guyane, la Réunion, la « métropole », dans
le cadre du succès de la mobilisation du 29
janvier et dans celui de la mobilisation
grandissante de l'éducation nationale et chez
les étudiants (voir notre dossier).
Le gouvernement a tout fait pour remettre en
selle les élus de Guadeloupe, auxquels la
situation avait échappé ; le gouvernement et
ses thuriféraires, les officines à sa solde,
ont tout fait pour dénigrer les grévistes et
déstabiliser les dirigeants du LKP. Pourtant,
à l'issue de la quatrième semaine de grève,
un sondage BVA montre une opinion soutenant
le mouvement en Guadeloupe à... 78% ! Oui, la
peur est en train de changer de camp.
Depuis des mois le Premier ministre, F.
Fillon, et son gouvernement lancent des
appels à l'union nationale face à la crise ;
le gouvernement et le MEDEF ne cessent
d'expliquer qu'on ne peut pas demander aux «
entreprises » de l'argent qu'elles n'ont pas.
Les travailleurs de Guadeloupe ont
montré la seule réponse possible à ce
chantage et à cette propagande : la lutte des
classes, la grève générale.
Si les entreprises n'ont « plus d'argent
», c'est que cet argent a été distribué sous
forme de dividendes aux actionnaires. Si les
caisses de l'Etat son vides, c'est que les
baisses d'impôts se sont multipliées ; elles
sont destinées à justifier les coupes sombres
dans les dépenses des services publics ;
elles ont rapporté près de 15 milliards
d'euros aux mêmes actionnaires en 2008.
Les actionnaires, les capitalistes, ont
utilisé ces montants gigantesques pour
spéculer, ils en ont perdu une partie, mais
ils restent toujours propriétaires des moyens
de production, ils en détiennent les titres
de propriété. Faire payer la crise du
capitalisme par les capitalistes, c'est leur
retirer cette propriété et non pas les aider
à la conserver. Il n'y a pas de réponse «
keynésienne » à la crise capitaliste. La
réponse, c'est la nationalisation sous
contrôle ouvrier des banques et des grandes
entreprises, sans indemnités ni rachat de
leurs actions. Faire payer la crise
aux capitalistes, c'est réorienter l'économie
à l'échelle du monde pour satisfaire les
besoins sociaux. C'est aller vers le
socialisme.
(1) Voir le rapport de la BRI de juin
2008
- http://www.bis.org/publ/arpdf/ar2008_fr.htm
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