| Le 19 mars, comme on pouvait
s'y attendre, avec 219 cortèges et trois
millions de manifestants, la mobilisation a
dépassé celle du 29 janvier. Dès le lendemain
les dirigeants des huit organisations
syndicales se sont réunis pendant des heures
pour décider de... reporter toute décision
quant à la suite du mouvement, au 30 mars.
Ils appellent désormais à un premier mai
unitaire...
Certes, ce serait une grande première dans
ce pays que d'assister à une mobilisation à
l'appel de l'ensemble des organisations
syndicales ce jour-là, pourtant, encore une
fois, les directions syndicales laissent à
nouveau l'initiative au gouvernement, pendant
six semaines pour qu'il tente de désamorcer
les tensions qui s'accumulent pourtant chaque
jour de toutes parts.
Cependant la marge de manoeuvre des
appareils bureaucratiques qui dirigent les
syndicats est de plus en plus restreinte.
Ainsi, ils ont isolé la grève
générale en Guadeloupe et en
Martinique, se contentant de
déclarations charitables pour tout acte de
solidarité, ce qui n'a pas empêché que la
signature d'un accord, le 5 mars, entérinant
une augmentation de salaire. Cet accord est
une victoire politique ressentie comme telle
par tous les travailleurs des « DOM » et de « métropole ».
Les mêmes dirigeants syndicaux ont
travaillé à empêcher le déferlement de la
grève de toute l'éducation nationale. Il ont
combattu pour démobiliser les lycéens et
empêcher la jonction des étudiants et des
enseignement dans un comité national de grève
de toute l'éducation nationale. Pourtant, V. Pécresse comme X. Darcos ont été contraint de
temporiser, de reporter certains aspects de
leurs contre-réformes, c'est là aussi, une
victoire, très limitée, mais une
victoire à mettre au compte de la
détermination de la jeunesse et des
enseignants et ce, malgré les freins
mis par les bureaucrates du SNESup et de
l'UNEF, organisation à la direction
desquelles PS, PCF et NPA se sont partagé le
travail. Dans toute l'éducation nationale, un
pas vient d'être franchi, qui ouvre la voie
vers d'autres mobilisations, en relation avec
des mouvements qui se sont développés dans
toues l'Europe au cours de ces derniers
mois.
Prenant la mesure des mobilisations qui se
multiplient, quand, le 24 mars, à
Saint-Quentin, Sarkozy tient meeting devant
un auditoire de militants UMP triés sur le
volet, il se met en scène comme un bonaparte
au milieu du peuple, au dessus des partis. Il
prétend s'adresser à cette « majorité
silencieuse qui n'a pas les moyens de se
mettre en grève (ou) de
manifester ». Comme si la grève et la
manifestation était une sorte de promenade de
santé réservée aux... nantis ? Sarkozy
cherche, comme à son habitude, à opposer les
travailleurs du secteur privé aux
fonctionnaires, les syndiqués aux
non-syndiqués, les grévistes aux
non-grévistes.
Pourtant, cette « majorité silencieuse »,
ne seraient-ce pas ces travailleurs qui ont
l'on cru, lui, N. Sarkozy, quand il leur a
annoncé à Gandrange, en février 2008, au
milieu de leurs ateliers, la main sur le
coeur, que leurs emplois seraient préservés ?
Ne seraient-ce pas les travailleurs de
Continental qui ont accepté de travailler 40
heures, payés 35, pour sauver leur usine et
leur emploi ? Aujourd'hui Arcellor-Mittal
ferme Gandrange et Continental ferme l'usine
de Clairoix, en France et celle de Korbach,
en Allemagne.
Aussi, la « majorité silencieuse » de ceux
qui ont cherché à s'adapter, sous la menace
du licenciement et sous le chantage à la
délocalisation, ceux qui ont été trompés
sciemment, ceux-là commencent à manifester et
à faire grève. Ils jettent des oeufs et des
tomates à leur patron devant les caméras de
toutes les chaînes de télévision, ils le
pendent en effigie ou démembrent un mannequin
qui est sensé le représenter. Voilà, en fait,
ce qui inquiète Sarkozy et son gouvernement,
voilà ce qui inquiète le MEDEF, voilà ce qui
inquiète les capitalistes.
La bourgeoisie de ce pays a fait le choix
d'imposer les contre-réformes capitalistes,
en pleine crise, au pas de charge, pour
sortir de la crise ne position de force face
à ses concurrentes, allemande, britannique,
étasunienne, etc. Certains secteurs
commencent même à reprocher à Sarkozy de ne
pas aller assez vite, de faire des
concessions aux travailleurs et ils
s'inquiètent d'une modification du rapport de
forces entre les classes, en faveur des
travailleurs.
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D'autant que la semaine
qui s'annonce est lourde d'enjeux pour la
bourgeoisie avec la tenue du G-20, à
Londres, le 2 avril. Puis ce sera le 60ème
anniversaire de l'OTAN à Strasbourg, le 3 et
le 4, sur fond de retour de l'impérialisme
français dans le commandement intégré de
cette institution parmi les plus
réactionnaires. Le dimanche 5, le sommet
Union Européenne - Etats-unis d'Amérique se
réunira à Prague où le Président en exercice
de l'UE, le Premier ministre Tchèque Mirek
Topolánek, est démissionnaire ! Cette
semaine pourrait bien déboucher sur une crise
encore plus grande, financière, économique
et, en outre, politique, si les principales
puissances capitalistes ne parviennent pas à
surmonter, temporairement au moins, leurs
divergences qui ne peuvent que s'accentuer et
s'aiguiser.
C'est bien pourquoi les gouvernements
capitalistes, dont celui de Sarkozy-Fillon,
déploient toute cette opération de diversion
autour des bonus, stock-options, parachutes
et retraites dorés de certains grand patrons.
Bien entendu, les sommes annoncées sont
scandaleuses, tout autant que les conditions
du versement de ces sommes. Mais posons-nous
la question : la solution à la crise du
système capitaliste est elle dans sa « moralisation » ou dans sa « refondation » ?
Certainement pas ! Pendant des décennies les
actionnaires, les capitalistes, ont encaissé
des profits. Aujourd'hui, ils ne veulent
renoncer à rien de ce qu'ils ont encaissé ;
ils prétendent qu'il l'on perdu dans la
crise, ou bien ils inventent tous les tours
de passe-passe pour justifier une « solution » qui leur permettrait de continuer comme avant : « pile, moi, capitaliste, je gagne ;
face, toi, travailleur, tu perds »...
« Faites des efforts, vous serez
récompensés demain », disent en
substance N. Sarkozy et L. Parisot alors que
90 000 travailleurs supplémentaires viennent
de se retrouver au chômage en février. Les
travailleurs de Continental sont la preuve
vivante de ce que ce langage est celui du
mensonge et de l'escroquerie. D'ailleurs, le
25 mars, reçus à l'Elysée par le « conseiller
social » de Sarkozy, les représentants des
travailleurs de l'usine de Clairoix n'ont
obtenu que de la très chrétienne
compassion... et la promesse de la nomination
d'un « commissaire à la ré-industrialisation
» du département de l'Oise ! La réponse d'un
gouvernement au service des capitaliste,
c'est en réalité le mépris pour les
travailleurs ! Le mépris doublé d'une haine
qui est la preuve de ce qu'après le 5 mars,
après la grève générale en Guadeloupe, la
peur a changé de camp.
C'est bien pourquoi avec Continental,
comme avec bien d'autres avant, la
démonstration est faite que la solution n'est
pas dans chaque pays. La solution n'est pas
dans le « patriotisme économique » ni dans
les réactions xénophobes ou racistes. Alors
que les mobilisations se multiplient dans
toute l'Europe, alors que la crise à déjà
fait tomber les gouvernements d'Islande, de
Lituanie et de République tchèque, les EADS,
Continental et compagnie mettent les ouvriers
en concurrence et les jettent dans une course
à la misère pendant que leurs actionnaires se
remplissent les poches. En réponse, tous
les travailleurs de Continental
doivent s'unir, en France, en Allemagne, en
Roumanie, au Portugal et en République
tchèque contre leur patron commun ! C'est ce
que préconisent les travailleurs de General
Motors au Brésil quand ils se prononcent pour
une journée internationale de grève de tout
le secteur de l'automobile : même patron,
même combat ! C'est ce que doivent faire les
ouvriers de Renault, en Slovénie, en
Roumanie, en France, dans tout le groupe
Renault-Nissan !
La riposte des travailleurs à
l'échelle de l'Europe pourrait ainsi faire
émerger les éléments d'une réponse au manque
de perspective politique dans
laquelle ils se trouvent, en constituant des
organes de lutte centralisés, des comités de
grève qui ouvriraient la voie à un
gouvernement des travailleurs pour les
travailleurs, pour tout le continent et dans
chaque pays.
Cependant, la grève générale en Guadeloupe
l'a, encore une fois, démontré, la
prise du pouvoir par la classe de
ceux qui produisent tout et qui ne possèdent
rien, ceux qu'on appelle les prolétaires,
cette conquête du pouvoir nécessite
de construire préalablement un outil qui
permette d'aider les travailleurs à prendre
les bonnes décisions aux moments
cruciaux. c'est cet outil que la
LIT-QI et sa section française, le GSI,
cherchent à reconstruire : la Quatrième
internationale.
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