Site de la LIT 4ème Inter.
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Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant et Archives Léon Trotsky
Edito. L'Internationaliste n°86
Crise capitaliste : la riposte est en marche !
Le 19 mars, comme on pouvait s'y attendre, avec 219 cortèges et trois millions de manifestants, la mobilisation a dépassé celle du 29 janvier. Dès le lendemain les dirigeants des huit organisations syndicales se sont réunis pendant des heures pour décider de... reporter toute décision quant à la suite du mouvement, au 30 mars. Ils appellent désormais à un premier mai unitaire...

Certes, ce serait une grande première dans ce pays que d'assister à une mobilisation à l'appel de l'ensemble des organisations syndicales ce jour-là, pourtant, encore une fois, les directions syndicales laissent à nouveau l'initiative au gouvernement, pendant six semaines pour qu'il tente de désamorcer les tensions qui s'accumulent pourtant chaque jour de toutes parts.

Cependant la marge de manoeuvre des appareils bureaucratiques qui dirigent les syndicats est de plus en plus restreinte. Ainsi, ils ont isolé la grève générale en Guadeloupe et en Martinique, se contentant de déclarations charitables pour tout acte de solidarité, ce qui n'a pas empêché que la signature d'un accord, le 5 mars, entérinant une augmentation de salaire. Cet accord est une victoire politique ressentie comme telle par tous les travailleurs des « DOM » et de « métropole ».

Les mêmes dirigeants syndicaux ont travaillé à empêcher le déferlement de la grève de toute l'éducation nationale. Il ont combattu pour démobiliser les lycéens et empêcher la jonction des étudiants et des enseignement dans un comité national de grève de toute l'éducation nationale. Pourtant, V. Pécresse comme X. Darcos ont été contraint de temporiser, de reporter certains aspects de leurs contre-réformes, c'est là aussi, une victoire, très limitée, mais une victoire à mettre au compte de la détermination de la jeunesse et des enseignants et ce, malgré les freins mis par les bureaucrates du SNESup et de l'UNEF, organisation à la direction desquelles PS, PCF et NPA se sont partagé le travail. Dans toute l'éducation nationale, un pas vient d'être franchi, qui ouvre la voie vers d'autres mobilisations, en relation avec des mouvements qui se sont développés dans toues l'Europe au cours de ces derniers mois.

Prenant la mesure des mobilisations qui se multiplient, quand, le 24 mars, à Saint-Quentin, Sarkozy tient meeting devant un auditoire de militants UMP triés sur le volet, il se met en scène comme un bonaparte au milieu du peuple, au dessus des partis. Il prétend s'adresser à cette « majorité silencieuse qui n'a pas les moyens de se mettre en grève (ou) de manifester ». Comme si la grève et la manifestation était une sorte de promenade de santé réservée aux... nantis ? Sarkozy cherche, comme à son habitude, à opposer les travailleurs du secteur privé aux fonctionnaires, les syndiqués aux non-syndiqués, les grévistes aux non-grévistes.

Pourtant, cette « majorité silencieuse », ne seraient-ce pas ces travailleurs qui ont l'on cru, lui, N. Sarkozy, quand il leur a annoncé à Gandrange, en février 2008, au milieu de leurs ateliers, la main sur le coeur, que leurs emplois seraient préservés ? Ne seraient-ce pas les travailleurs de Continental qui ont accepté de travailler 40 heures, payés 35, pour sauver leur usine et leur emploi ? Aujourd'hui Arcellor-Mittal ferme Gandrange et Continental ferme l'usine de Clairoix, en France et celle de Korbach, en Allemagne.

Aussi, la « majorité silencieuse » de ceux qui ont cherché à s'adapter, sous la menace du licenciement et sous le chantage à la délocalisation, ceux qui ont été trompés sciemment, ceux-là commencent à manifester et à faire grève. Ils jettent des oeufs et des tomates à leur patron devant les caméras de toutes les chaînes de télévision, ils le pendent en effigie ou démembrent un mannequin qui est sensé le représenter. Voilà, en fait, ce qui inquiète Sarkozy et son gouvernement, voilà ce qui inquiète le MEDEF, voilà ce qui inquiète les capitalistes.

La bourgeoisie de ce pays a fait le choix d'imposer les contre-réformes capitalistes, en pleine crise, au pas de charge, pour sortir de la crise ne position de force face à ses concurrentes, allemande, britannique, étasunienne, etc. Certains secteurs commencent même à reprocher à Sarkozy de ne pas aller assez vite, de faire des concessions aux travailleurs et ils s'inquiètent d'une modification du rapport de forces entre les classes, en faveur des travailleurs.

D'autant que la semaine qui s'annonce est lourde d'enjeux pour la bourgeoisie avec la tenue du G-20, à Londres, le 2 avril. Puis ce sera le 60ème anniversaire de l'OTAN à Strasbourg, le 3 et le 4, sur fond de retour de l'impérialisme français dans le commandement intégré de cette institution parmi les plus réactionnaires. Le dimanche 5, le sommet Union Européenne - Etats-unis d'Amérique se réunira à Prague où le Président en exercice de l'UE, le Premier ministre Tchèque Mirek Topolánek, est démissionnaire ! Cette semaine pourrait bien déboucher sur une crise encore plus grande, financière, économique et, en outre, politique, si les principales puissances capitalistes ne parviennent pas à surmonter, temporairement au moins, leurs divergences qui ne peuvent que s'accentuer et s'aiguiser.

C'est bien pourquoi les gouvernements capitalistes, dont celui de Sarkozy-Fillon, déploient toute cette opération de diversion autour des bonus, stock-options, parachutes et retraites dorés de certains grand patrons. Bien entendu, les sommes annoncées sont scandaleuses, tout autant que les conditions du versement de ces sommes. Mais posons-nous la question : la solution à la crise du système capitaliste est elle dans sa « moralisation » ou dans sa « refondation » ? Certainement pas ! Pendant des décennies les actionnaires, les capitalistes, ont encaissé des profits. Aujourd'hui, ils ne veulent renoncer à rien de ce qu'ils ont encaissé ; ils prétendent qu'il l'on perdu dans la crise, ou bien ils inventent tous les tours de passe-passe pour justifier une « solution » qui leur permettrait de continuer comme avant : « pile, moi, capitaliste, je gagne ; face, toi, travailleur, tu perds »...

« Faites des efforts, vous serez récompensés demain », disent en substance N. Sarkozy et L. Parisot alors que 90 000 travailleurs supplémentaires viennent de se retrouver au chômage en février. Les travailleurs de Continental sont la preuve vivante de ce que ce langage est celui du mensonge et de l'escroquerie. D'ailleurs, le 25 mars, reçus à l'Elysée par le « conseiller social » de Sarkozy, les représentants des travailleurs de l'usine de Clairoix n'ont obtenu que de la très chrétienne compassion... et la promesse de la nomination d'un « commissaire à la ré-industrialisation » du département de l'Oise ! La réponse d'un gouvernement au service des capitaliste, c'est en réalité le mépris pour les travailleurs ! Le mépris doublé d'une haine qui est la preuve de ce qu'après le 5 mars, après la grève générale en Guadeloupe, la peur a changé de camp.

C'est bien pourquoi avec Continental, comme avec bien d'autres avant, la démonstration est faite que la solution n'est pas dans chaque pays. La solution n'est pas dans le « patriotisme économique » ni dans les réactions xénophobes ou racistes. Alors que les mobilisations se multiplient dans toute l'Europe, alors que la crise à déjà fait tomber les gouvernements d'Islande, de Lituanie et de République tchèque, les EADS, Continental et compagnie mettent les ouvriers en concurrence et les jettent dans une course à la misère pendant que leurs actionnaires se remplissent les poches. En réponse, tous les travailleurs de Continental doivent s'unir, en France, en Allemagne, en Roumanie, au Portugal et en République tchèque contre leur patron commun ! C'est ce que préconisent les travailleurs de General Motors au Brésil quand ils se prononcent pour une journée internationale de grève de tout le secteur de l'automobile : même patron, même combat ! C'est ce que doivent faire les ouvriers de Renault, en Slovénie, en Roumanie, en France, dans tout le groupe Renault-Nissan !

La riposte des travailleurs à l'échelle de l'Europe pourrait ainsi faire émerger les éléments d'une réponse au manque de perspective politique dans laquelle ils se trouvent, en constituant des organes de lutte centralisés, des comités de grève qui ouvriraient la voie à un gouvernement des travailleurs pour les travailleurs, pour tout le continent et dans chaque pays.

Cependant, la grève générale en Guadeloupe l'a, encore une fois, démontré, la prise du pouvoir par la classe de ceux qui produisent tout et qui ne possèdent rien, ceux qu'on appelle les prolétaires, cette conquête du pouvoir nécessite de construire préalablement un outil qui permette d'aider les travailleurs à prendre les bonnes décisions aux moments cruciaux. c'est cet outil que la LIT-QI et sa section française, le GSI, cherchent à reconstruire : la Quatrième internationale.

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