| Pour la première fois depuis
1945, l'ensemble des organisations syndicales
ont appelé à manifester unitairement le 1er
mai. Un million trois cents mille
travailleurs se sont retrouvés dans 280
cortèges environ. C'est cinq fois plus qu'en
2008, mais c'est aussi la moitié de ce
qu'avaient rassemblé les 230 manifestations
organisées par les huit confédérations
syndicales le 19 mars. Alors que le ministre
du travail, B. Hortefeux, estimant
qu’elles « dénotent une inquiétude
compréhensible » cherchait à minimiser
l'ampleur de ces manifestations, les
directions des mêmes confédérations se sont
encore une fois longuement réunies, le 4 mai,
pour décider de la suite.
Depuis l'automne 2008, si on prend en
compte les signes avant-coureurs de la grève
générale de Guadeloupe et de Martinique, le
pays est parcouru par une vague de
manifestations et de grèves qui se renforcent
en ampleur, en profondeur et en
détermination. Les grèves, souvent avec
occupation, se sont multipliées, surtout dans
le secteur privé, dans l'industrie, pour
s’opposer aux tentatives capitalistes
de faire payer la crise à ceux qui n'en sont
pas responsables, à ceux qui ne vivent que de
leur travail. Se situant à la base de la
pyramide du premier secteur économique touché
par la crise, avec le bâtiment, les
sous-traitants de l'automobile sont en
première ligne des faillites et des
restructurations.
Le cas de Continental est emblématique du
mépris affiché par les capitalistes. La
direction du groupe qui avait contraint les
travailleurs à travailler 40 heures au lieu
de 35, nuit et week-end compris, pour «
sauver » son établissement de Clairoix
jusqu'en 2012, a ensuite décidé de fermer,
dès 2010, et Clairoix et Stöcken (dans le
nord de l'Allemagne). L'explosion de colère
des travailleurs des entreprises sacrifiées
sur l'autel du maintien des profits
capitalistes est donc pleinement
justifiée.
Les « séquestrations » de patrons ou de
cadres, le saccage de la sous-préfecture de
Compiègne également, sont les conséquences
logiques et légitimes de la violence
capitaliste qui, tous les mois, voue des
milliers et des milliers de travailleurs
supplémentaires au chômage, avec la
complicité du gouvernement. Combien de
familles brisées ? Combien de dépressions ?
Combien de suicides, même, à chaque annonce
de « licenciements économiques » ? Et tout
cela, pour sauver les profits des
multinationales ! Les politiciens bourgeois
n'ont qu'un mot à la bouche : le respect de «
l'état de droit ». Ils appellent à des dépôts
de plaintes, à des poursuites contre ceux
qu'ils qualifient de... preneurs d'otages
!
Où était-il, « l’état de droit»,
lors de la brutale fermeture de Metaleurop en
2003, à Noyelles-Godault ? Où est-il quand il
faut contraindre une multinationale,
française ou non, de respecter ses
engagements ? Dans ces cas, l'état de droit
est aux abonnés absents, car les capitalistes
décident de ce qui est permis ou non, et les
partis qui représentent les intérêts
capitalistes, les partis bourgeois, font des
lois en conséquence pour les protéger. Aussi,
après leur « évacuation » par les CRS, les
grévistes de Caterpillar sont-ils poursuivis
pour « atteinte à la liberté du travail »,
pour avoir mis un piquet de grève à l'entrée
d'une usine où plusieurs centaines de
licenciements sont prévus.
De leur côté, les dirigeants syndicaux
disent « comprendre » les grévistes qui
retiennent leur patron ou les cadres
d’une boîte, dont la fermeture a
parfois été annoncé par... la presse ! Les
dirigeants syndicaux « s'expliquent » la
radicalité des conflits en cours… Mais
les soutiennent-ils ? Du bout des lèvres
seulement, et uniquement pour ne pas se voir
nier toute légitimité par les travailleurs.
Cependant, pour ce qui est
d’organiser une campagne
nationale et unitaire contre toute poursuite,
contre toute condamnation, contre toute
sanction visant les travailleurs en
lutte, il y a une marge que les
bureaucrates se refusent à franchir, eux, les
« partenaires sociaux », responsables et
respectueux de « l'état de droit ».
A deux reprises, le 29 janvier et le 19
mars, à l’occasion de deux journées
nationales et interprofessionnelles qu'il
serait hâtif et erroné de qualifier de grèves
générales, des millions de travailleurs sont
descendus dans la rue. Ils y sont descendus
pour signifier leur rejet du gouvernement
Sarkozy-Fillon et de sa politique. Dès
janvier, les travailleurs de Guadeloupe puis
de la Martinique se sont, eux, engagés dans
une grève générale qui a duré six semaines et
infligé une défaite, limitée certes, mais une
défaite, au gouvernement et au MEDEF.
Ceux qui se sont mobilisés
massivement depuis le début de l'année
exigent autre chose que des journées
d'actions à répétition : le premier
mai, ils ont été moins présents, signifiant
ainsi leur refus de ce que l'unité syndicale
« au sommet », entre les huit confédérations,
soit opposée à l'unité des travailleurs et de
leurs organisations, de la base au sommet,
pour la grève générale.
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Le 1er mai, par contre, un
autre secteur des ouvriers et des employés
s'est mobilisé, moins déterminé et qui ne
s'était pas encore engagé dans la grève ni
dans les manifestations antérieures. Le
premier mai est ainsi venu réduire, un peu
plus encore, la marge de manœuvre des
bureaucraties syndicales et du gouvernement.
Gouvernement qui tend maintenant une perche
aux bureaucrates pour tenir, jusqu'aux
vacances scolaires d'été, sans que se
produise l'explosion tant redoutée par les
capitalistes : Sarkozy promet en effet une
réunion à l'Elysée, « d'ici la fin du
mois de juin » !
Rien d'étonnant, alors, que les
discussions entre directions syndicales aient
été si laborieuses entre, d'un côté, FO et
Solidaire mettant en avant une grève générale
de 24 heures, rejoints dans cette demande par
la FSU ; et, d'un autre côté, les autres
confédérations, aux centre desquelles la CGT,
ces dernières se prononçant, avec quelques
nuances, pour de nouvelles journées
d'actions. La « négociation » intersyndicale
aboutit ainsi à une « journée de
mobilisations décentralisée », le mardi 26
mai, et à une « journée de manifestations
dans toute la France », le samedi 13 juin
!
Cette réunion intersyndicale reflète bien,
d'une façon certes très déformée et atténuée,
la volonté qui monte de la base et des
secteurs intermédiaires des organisations
syndicales, en vue du déclenchement de la
grève générale. Face à cette exigence, les
appareils syndicaux, surtout ceux de la CGT
et de la CFDT, agitent leur « fragile » unité
comme un barrage, pour imposer à l'ensemble
de la classe ouvrière de renoncer à
l'affrontement avec les capitalistes, et avec
le gouvernement Sarkozy-Fillon au service des
capitalistes.
Cette réunion intersyndicale reflète
également ce que sont les positionnements des
appareils politiques de « gauche » ou «
d'extrême-gauche » qui dirigent les
organisations syndicales. Depuis des mois,
les représentants du NPA font du blabla sur
la grève générale mais, sur le terrain, ils
sont souvent des auxiliaires précieux des
dirigeants PCF et PS, contre le déferlement
des mouvements lycéen et universitaire,
travaillant ainsi à la décomposition. Le 2
mai, tirant le bilan du 1er, le NPA a donc
souhaité « que le front unitaire se
maintienne et qu'il durcisse le ton, en
appelant à généraliser les luttes, les
grèves, en donnant de nouveaux rendez-vous
qui favorisent la mobilisation, construisent
le rapport de forces ».
Ayant refusé ces dernières années
d'organiser la convergence de luttes qui,
selon elle, n'existaient pas, LO «
exprime » pour sa part, dans son
communiqué du 30 avril appelant à participer
au 1er mai, « sa volonté d’imposer
une augmentation des salaires et le maintien
des emplois. »... LO comme le NPA et
bien d'autres sont désormais très occupés à
préparer les... élections européennes.
Quant à la dernière organisation «
trotskyste », le POI (ex-PT), il a lancé une
initiative, juste en soi, en vue d'une
manifestation nationale pour l'interdiction
de tous les licenciements, mais en se gardant
bien de s'adresser préalablement aux autres
partis et organisations, ouvrant ainsi au NPA
la possibilité de monter un contre-feu. De
son côté, O. Besancenot appelle maintenant à
une marche nationale des salariés
licenciés...
A ce stade, la pression de la classe
ouvrière en faveur de l'unité, pour la grève
générale, a contraint les directions
syndicales à s'unir... face à la grève
générale. Précisément, c'est derrière ce
dernier rempart que s'abrite le gouvernement,
qui depuis des mois fourbit ses armes contre
les travailleurs, pour imposer la solution
des capitalistes à la crise des capitalistes.
Depuis de mois également, par la voix de F.
Fillon, le gouvernement multiplie ses appels
à l'union nationale en direction de «
l'opposition constructive ».
Pourtant, en participant aux
manifestations du 1er mai, ou en n'y
participant pas après une présence massive
les 29 janvier et 19 mars, les travailleurs
et la jeunesse adressent ensemble ce message
: Assez des journées d'actions à répétition !
Grève générale maintenant ! Unité des
travailleurs, de la jeunesse et des leurs
organisations, de la base au sommet, pour la
grève générale !
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