Site de la LIT 4ème Inter.
Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant et Archives Léon Trotsky
Edito. L'Internationaliste n°87
Des « journée d'actions »...
jusqu'aux vacances ?
Pour la première fois depuis 1945, l'ensemble des organisations syndicales ont appelé à manifester unitairement le 1er mai. Un million trois cents mille travailleurs se sont retrouvés dans 280 cortèges environ. C'est cinq fois plus qu'en 2008, mais c'est aussi la moitié de ce qu'avaient rassemblé les 230 manifestations organisées par les huit confédérations syndicales le 19 mars. Alors que le ministre du travail, B. Hortefeux, estimant qu’elles « dénotent une inquiétude compréhensible » cherchait à minimiser l'ampleur de ces manifestations, les directions des mêmes confédérations se sont encore une fois longuement réunies, le 4 mai, pour décider de la suite.

Depuis l'automne 2008, si on prend en compte les signes avant-coureurs de la grève générale de Guadeloupe et de Martinique, le pays est parcouru par une vague de manifestations et de grèves qui se renforcent en ampleur, en profondeur et en détermination. Les grèves, souvent avec occupation, se sont multipliées, surtout dans le secteur privé, dans l'industrie, pour s’opposer aux tentatives capitalistes de faire payer la crise à ceux qui n'en sont pas responsables, à ceux qui ne vivent que de leur travail. Se situant à la base de la pyramide du premier secteur économique touché par la crise, avec le bâtiment, les sous-traitants de l'automobile sont en première ligne des faillites et des restructurations.

Le cas de Continental est emblématique du mépris affiché par les capitalistes. La direction du groupe qui avait contraint les travailleurs à travailler 40 heures au lieu de 35, nuit et week-end compris, pour « sauver » son établissement de Clairoix jusqu'en 2012, a ensuite décidé de fermer, dès 2010, et Clairoix et Stöcken (dans le nord de l'Allemagne). L'explosion de colère des travailleurs des entreprises sacrifiées sur l'autel du maintien des profits capitalistes est donc pleinement justifiée.

Les « séquestrations » de patrons ou de cadres, le saccage de la sous-préfecture de Compiègne également, sont les conséquences logiques et légitimes de la violence capitaliste qui, tous les mois, voue des milliers et des milliers de travailleurs supplémentaires au chômage, avec la complicité du gouvernement. Combien de familles brisées ? Combien de dépressions ? Combien de suicides, même, à chaque annonce de « licenciements économiques » ? Et tout cela, pour sauver les profits des multinationales ! Les politiciens bourgeois n'ont qu'un mot à la bouche : le respect de « l'état de droit ». Ils appellent à des dépôts de plaintes, à des poursuites contre ceux qu'ils qualifient de... preneurs d'otages !

Où était-il, « l’état de droit», lors de la brutale fermeture de Metaleurop en 2003, à Noyelles-Godault ? Où est-il quand il faut contraindre une multinationale, française ou non, de respecter ses engagements ? Dans ces cas, l'état de droit est aux abonnés absents, car les capitalistes décident de ce qui est permis ou non, et les partis qui représentent les intérêts capitalistes, les partis bourgeois, font des lois en conséquence pour les protéger. Aussi, après leur « évacuation » par les CRS, les grévistes de Caterpillar sont-ils poursuivis pour « atteinte à la liberté du travail », pour avoir mis un piquet de grève à l'entrée d'une usine où plusieurs centaines de licenciements sont prévus.

De leur côté, les dirigeants syndicaux disent « comprendre » les grévistes qui retiennent leur patron ou les cadres d’une boîte, dont la fermeture a parfois été annoncé par... la presse ! Les dirigeants syndicaux « s'expliquent » la radicalité des conflits en cours… Mais les soutiennent-ils ? Du bout des lèvres seulement, et uniquement pour ne pas se voir nier toute légitimité par les travailleurs. Cependant, pour ce qui est d’organiser une campagne nationale et unitaire contre toute poursuite, contre toute condamnation, contre toute sanction visant les travailleurs en lutte, il y a une marge que les bureaucrates se refusent à franchir, eux, les « partenaires sociaux », responsables et respectueux de « l'état de droit ».

A deux reprises, le 29 janvier et le 19 mars, à l’occasion de deux journées nationales et interprofessionnelles qu'il serait hâtif et erroné de qualifier de grèves générales, des millions de travailleurs sont descendus dans la rue. Ils y sont descendus pour signifier leur rejet du gouvernement Sarkozy-Fillon et de sa politique. Dès janvier, les travailleurs de Guadeloupe puis de la Martinique se sont, eux, engagés dans une grève générale qui a duré six semaines et infligé une défaite, limitée certes, mais une défaite, au gouvernement et au MEDEF.

Ceux qui se sont mobilisés massivement depuis le début de l'année exigent autre chose que des journées d'actions à répétition : le premier mai, ils ont été moins présents, signifiant ainsi leur refus de ce que l'unité syndicale « au sommet », entre les huit confédérations, soit opposée à l'unité des travailleurs et de leurs organisations, de la base au sommet, pour la grève générale.

Le 1er mai, par contre, un autre secteur des ouvriers et des employés s'est mobilisé, moins déterminé et qui ne s'était pas encore engagé dans la grève ni dans les manifestations antérieures. Le premier mai est ainsi venu réduire, un peu plus encore, la marge de manœuvre des bureaucraties syndicales et du gouvernement. Gouvernement qui tend maintenant une perche aux bureaucrates pour tenir, jusqu'aux vacances scolaires d'été, sans que se produise l'explosion tant redoutée par les capitalistes : Sarkozy promet en effet une réunion à l'Elysée, « d'ici la fin du mois de juin » !

Rien d'étonnant, alors, que les discussions entre directions syndicales aient été si laborieuses entre, d'un côté, FO et Solidaire mettant en avant une grève générale de 24 heures, rejoints dans cette demande par la FSU ; et, d'un autre côté, les autres confédérations, aux centre desquelles la CGT, ces dernières se prononçant, avec quelques nuances, pour de nouvelles journées d'actions. La « négociation » intersyndicale aboutit ainsi à une « journée de mobilisations décentralisée », le mardi 26 mai, et à une « journée de manifestations dans toute la France », le samedi 13 juin !

Cette réunion intersyndicale reflète bien, d'une façon certes très déformée et atténuée, la volonté qui monte de la base et des secteurs intermédiaires des organisations syndicales, en vue du déclenchement de la grève générale. Face à cette exigence, les appareils syndicaux, surtout ceux de la CGT et de la CFDT, agitent leur « fragile » unité comme un barrage, pour imposer à l'ensemble de la classe ouvrière de renoncer à l'affrontement avec les capitalistes, et avec le gouvernement Sarkozy-Fillon au service des capitalistes.

Cette réunion intersyndicale reflète également ce que sont les positionnements des appareils politiques de « gauche » ou « d'extrême-gauche » qui dirigent les organisations syndicales. Depuis des mois, les représentants du NPA font du blabla sur la grève générale mais, sur le terrain, ils sont souvent des auxiliaires précieux des dirigeants PCF et PS, contre le déferlement des mouvements lycéen et universitaire, travaillant ainsi à la décomposition. Le 2 mai, tirant le bilan du 1er, le NPA a donc souhaité « que le front unitaire se maintienne et qu'il durcisse le ton, en appelant à généraliser les luttes, les grèves, en donnant de nouveaux rendez-vous qui favorisent la mobilisation, construisent le rapport de forces ».

Ayant refusé ces dernières années d'organiser la convergence de luttes qui, selon elle, n'existaient pas, LO « exprime » pour sa part, dans son communiqué du 30 avril appelant à participer au 1er mai, « sa volonté d’imposer une augmentation des salaires et le maintien des emplois. »... LO comme le NPA et bien d'autres sont désormais très occupés à préparer les... élections européennes.

Quant à la dernière organisation « trotskyste », le POI (ex-PT), il a lancé une initiative, juste en soi, en vue d'une manifestation nationale pour l'interdiction de tous les licenciements, mais en se gardant bien de s'adresser préalablement aux autres partis et organisations, ouvrant ainsi au NPA la possibilité de monter un contre-feu. De son côté, O. Besancenot appelle maintenant à une marche nationale des salariés licenciés...

A ce stade, la pression de la classe ouvrière en faveur de l'unité, pour la grève générale, a contraint les directions syndicales à s'unir... face à la grève générale. Précisément, c'est derrière ce dernier rempart que s'abrite le gouvernement, qui depuis des mois fourbit ses armes contre les travailleurs, pour imposer la solution des capitalistes à la crise des capitalistes. Depuis de mois également, par la voix de F. Fillon, le gouvernement multiplie ses appels à l'union nationale en direction de « l'opposition constructive ».

Pourtant, en participant aux manifestations du 1er mai, ou en n'y participant pas après une présence massive les 29 janvier et 19 mars, les travailleurs et la jeunesse adressent ensemble ce message : Assez des journées d'actions à répétition ! Grève générale maintenant ! Unité des travailleurs, de la jeunesse et des leurs organisations, de la base au sommet, pour la grève générale !

Haut Début