| Depuis plusieurs mois, Sarkozy
le répète : « nous sommes au milieu de la
crise ». Depuis plusieurs mois aussi,
son premier ministre, F. Fillon appelle à
l'unité nationale pour faire face à la crise.
Lui qui n'a de mots assez durs pour condamner
le « collectivisme » ne cesse d'appeler à «
l'unité nationale », une sorte de solidarité
bien hors de propos pour ceux qui souffrent
vraiment de la crise. Des appels reçus,
pourtant, par les dirigeants des
organisations syndicales qui acceptent de
participer à une multitude de réunions au
cours desquels le gouvernement des
capitalistes et le MEDEF cherchent à les
associer à leur solution : faire payer la
crise par les travailleurs.
Combien va coûter la crise ? Combien
coûte-t-elle au stade actuel seulement ?
Selon le FMI, à l'échelle du monde, les
banques, assurances, fonds « de placement »
spéculatifs, ce que les capitalistes
appellent les établissements financiers,
perdront en tout 1 000 milliards de dollars.
Certains économistes tablent, eux sur le
double. On le voit, la « science économique »
est loin d'être une science exacte.
Une science si peu exacte que ces mêmes
économistes en oublient de se pencher sur une
contradiction : si le coût est si « faible »,
1 000 à 2 000 milliards de dollars tout de
même, alors comment expliquer que dès avril
2008 – il y a seize mois, la presse
parlait déjà de la « crise à 2 000 milliards
de dollars » ?... Plus tard, fin septembre
2008, malgré la difficulté à recouper les
chiffres, on était déjà à 3 ou 4 000
milliards. Ceci, juste après l'adoption du
premier « plan Paulson » par le gouvernement
Bush, pour 700 milliards, et avant d'intégrer
les 2 300 milliards au titre de
l'intervention des pays de l'Union
Européenne, dont les 260 milliards d'euros
que N. Sarkozy a mis à disposition des
banques du pays...
Alors, à quoi correspond donc ce chiffre
de 2 000 milliards fin juin 2009 ? Ne
correspondrait-il pas à la réalité des pertes
du capital financier après l'intervention des
états et des banques centrales, c'est à dire
après que le coût de la crise ait été en
grande partie « nationalisé », transférés aux
états, aux impôts des travailleurs ? Ces 2
000 milliards ne serait-ils pas le solde de
ce que les états sont sommés de payer ?
Le Président de la République, comme ses «
collègues » chefs d'état, a entendu l'appel
des capitalistes. Depuis des mois il prétend
accompagner les effets de la crise et
poursuivre les contre-réformes que les
capitalistes réclament depuis des décennies.
Il annonce une nouvelle attaque d'envergure
contre les retraites, contre la sécurité
sociale. Dans l'enseignement public comme
dans la santé, l'offensive s'accentue.
A peine annoncé un remaniement
ministériel, sans ministre de la Fonction
publique pour la première fois depuis 60 ans,
N. Sarkozy s'est envolé pour une excursion
exotique aux Antilles où il est allé
réaffirmer son soutien indéfectible à la
bourgeoisie coloniale et sa haine tenace à
l'encontre des représentants authentiques du
peuple guadeloupéen, les représentants du
LKP.
Toutefois, soyons rassurés, « l'opposition
» veille. Interrogé sur d'éventuelles
proposition quant aux contre-réformes du
gouvernement, M. Valls, dirigeant du PS, se
prononce à mot couvert pour la retraite par
points du MEDEF au nom de la « lucidité ».
L'affaire est entendue, comme à propos des
privatisations des derniers services publics,
le PS et le PCF vont accompagner le
gouvernement Sarkozy-Fillon, au nom de
l'opposition constructive. De ce côté,
l'unité nationale contre les travailleurs est
en marche.
Concernant « l'explosion des déficits »
publics, maintenant, on se souvient de ce «
cri du coeur » poussé devant les journalistes
par Sarkozy : « les caisses sont vides ! ».
Le 20 juin, devant les parlementaires réunis
en Congrès, à Versailles, pour recevoir la
bonne parole, N. Sarkozy annonce donc un
emprunt d'Etat.
Dix jours plus tard, le 1er juillet, la
TVA sur la restauration passe de 19,6 à 5,5%.
Coût de la mesure pour les finances publiques
: 2,5 milliards d'euros, le patronat du
secteur est « incité » à baisser les prix et
à embaucher. Devant tant de politesse
présidentielle, gageons que les restaurateurs
seront tentés de « faire face à la crise » en
continuant à licencier et en encaissant la
baisse de la TVA pour gonfler leurs profits,
ce qui leur permettra d'acheter des titres de
l'emprunt Sarkozy.
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Encore le 1er juillet, le RSA
entre en vigueur dans l'ensemble de pays.
Comme on le sait, le revenu de solidarité
active est une machine à contraindre les
chômeurs à accepter n'importe quel travail
pour n'importe quel salaire. Dès le premier
jour, ce moyen a déjà été utilisé par des
capitalistes pour se séparer d'employés payés
au SMIC et les remplacer par d'autres
fraîchement tirés du chômage grâce au RSA...
Les patrons n'auront ainsi qu'à payer la
différence entre un RSA et un SMIC. Avec la
différence, gageons qu'ils achèteront des
titres de l'emprunt Sarkozy.
A quoi va servir l'emprunt d'Etat ?
Mystère... A tel point que « la gauche » se
perd en conjecture et en propositions
constructives. De son côté, le 26 juin, M.
Alliot-Marie, qui est passée de l'intérieur à
la justice, a une idée : rénover les prisons
et en construire de nouvelles. Le 28, un
sondage du JDD annonce que 82% des personnes
interrogées ne souscriraient pas à l'emprunt.
Commentaire d'H. Guaino, conseiller à
l'Elysée : ce sondage est « idiot »...
Certains, parmi les 82%, ont-ils le
souvenir de « l'emprunt Giscard », du nom
d'un prédécesseur de Sarkozy. Un emprunt,
indexé sur l'or, de 6,5 milliards de francs
qui en avait rapporté 100 à ses
souscripteurs, cela ne s'oublie pas. Ce
sondage ne serait-il pas plutôt révélateur de
la défiance des travailleurs et des couches
populaires vis-à-vis du gouvernement ?
Car enfin, qui minent les compte publics,
grâce généreuses subventions versées au
entreprises ? Les actionnaires des dites
entreprises, les capitalistes. Qui procède à
des restructurations et à des licenciements
massifs grâce aux prêts de l'Etat qui se
substitue aux banques ? Les capitalistes. Qui
profitent des baisses d'impôts et de
cotisations sociales. ? Les capitalistes. Qui
va utiliser cette manne financière pour...
prêter à l'Etat ? Les capitalistes. Qui va
encaisser des intérêts ? Les capitalistes.
Avec quel argent vont-ils se livrer à ce
hold-up ? Celui de nos impôts, celui de de
nos salaires. Avec quels complices ?
L'opposition constructive, on l'a vu, mais
aussi les dirigeants des confédérations
syndicales que Sarkozy a reçu... le 1er
juillet toujours, eux qui ont tout fait pour
empêcher l'explosion sociale, la grève
générale, pendant le premier semestre de
cette année.
A l'occasion de la rencontre, le MEDEF et
la CFE-CGC ont réclamé des grand travaux et
un investissement dans la recherche et les
pôles de compétitivité, conformément à la «
stratégie de Lisbonne ». Mailly de FO s'est
prononcé pour que l'emprunt ait une «
dimension sociale », Chérèque de la
CFDT lui a répondu « ce serait faire de
la cavalerie et nos enfants payeraient deux
fois l'addition »... Parce que, là, les
travailleurs et leurs enfants ne vont pas
payer deux fois la crise des capitalistes
?
Mais tous, CGT comprise, se sont mis
d'accord avec le gouvernement pour ouvrir
deux nouveaux « chantiers » de destruction
des acquis sociaux sur la base d'une
discussion tripartite (Etat, patronat,
syndicats) : les allégements de « charges »
sociales, revendication centrale du MEDEF, et
le « tutorat » des jeunes en apprentissage
comme « une façon d'encourager le maintien
des seniors dans l'entreprise. ». C'est M.
Valls qui va être content !
L'unité des directions syndicales a été
opposée ce printemps à l'exigence de l'unité
des travailleurs et de leurs organisations
pour faire céder le gouvernement et les
capitalistes. La mobilisation du 19 mars,
comme le résultat des élections européennes -
avec une abstention qui marque, non de
l'indifférence, mais un rejet - le refus de
participer le 13 juin à la mascarade de la
énième journée d'actions contre la grève
générale, tout ces faits sont autant
d'indicateurs que les travailleurs ne
désarment pas.
Les travailleurs cherchent la voie pour
submerger les bureaucrates qui s'opposent à
la mobilisation. Les travailleurs savent
qu'ils vont devoir briser cet obstacle,
l'expulsion des sans-papiers de la bourse du
travail de Paris par un commando de la CGT
est la confirmation qu'il n'est possible de
transiger avec des directions syndicales
ralliées à la politique de « l'immigration
choisie », ralliées à une politique d'unité
nationale contre les travailleurs.
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