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Edito. l'Internationaliste n°89
L'unité nationale contre les travailleurs ?
Depuis plusieurs mois, Sarkozy le répète : « nous sommes au milieu de la crise ». Depuis plusieurs mois aussi, son premier ministre, F. Fillon appelle à l'unité nationale pour faire face à la crise. Lui qui n'a de mots assez durs pour condamner le « collectivisme » ne cesse d'appeler à « l'unité nationale », une sorte de solidarité bien hors de propos pour ceux qui souffrent vraiment de la crise. Des appels reçus, pourtant, par les dirigeants des organisations syndicales qui acceptent de participer à une multitude de réunions au cours desquels le gouvernement des capitalistes et le MEDEF cherchent à les associer à leur solution : faire payer la crise par les travailleurs.

Combien va coûter la crise ? Combien coûte-t-elle au stade actuel seulement ? Selon le FMI, à l'échelle du monde, les banques, assurances, fonds « de placement » spéculatifs, ce que les capitalistes appellent les établissements financiers, perdront en tout 1 000 milliards de dollars. Certains économistes tablent, eux sur le double. On le voit, la « science économique » est loin d'être une science exacte.

Une science si peu exacte que ces mêmes économistes en oublient de se pencher sur une contradiction : si le coût est si « faible », 1 000 à 2 000 milliards de dollars tout de même, alors comment expliquer que dès avril 2008 – il y a seize mois, la presse parlait déjà de la « crise à 2 000 milliards de dollars » ?... Plus tard, fin septembre 2008, malgré la difficulté à recouper les chiffres, on était déjà à 3 ou 4 000 milliards. Ceci, juste après l'adoption du premier « plan Paulson » par le gouvernement Bush, pour 700 milliards, et avant d'intégrer les 2 300 milliards au titre de l'intervention des pays de l'Union Européenne, dont les 260 milliards d'euros que N. Sarkozy a mis à disposition des banques du pays...

Alors, à quoi correspond donc ce chiffre de 2 000 milliards fin juin 2009 ? Ne correspondrait-il pas à la réalité des pertes du capital financier après l'intervention des états et des banques centrales, c'est à dire après que le coût de la crise ait été en grande partie « nationalisé », transférés aux états, aux impôts des travailleurs ? Ces 2 000 milliards ne serait-ils pas le solde de ce que les états sont sommés de payer ?

Le Président de la République, comme ses « collègues » chefs d'état, a entendu l'appel des capitalistes. Depuis des mois il prétend accompagner les effets de la crise et poursuivre les contre-réformes que les capitalistes réclament depuis des décennies. Il annonce une nouvelle attaque d'envergure contre les retraites, contre la sécurité sociale. Dans l'enseignement public comme dans la santé, l'offensive s'accentue.

A peine annoncé un remaniement ministériel, sans ministre de la Fonction publique pour la première fois depuis 60 ans, N. Sarkozy s'est envolé pour une excursion exotique aux Antilles où il est allé réaffirmer son soutien indéfectible à la bourgeoisie coloniale et sa haine tenace à l'encontre des représentants authentiques du peuple guadeloupéen, les représentants du LKP.

Toutefois, soyons rassurés, « l'opposition » veille. Interrogé sur d'éventuelles proposition quant aux contre-réformes du gouvernement, M. Valls, dirigeant du PS, se prononce à mot couvert pour la retraite par points du MEDEF au nom de la « lucidité ». L'affaire est entendue, comme à propos des privatisations des derniers services publics, le PS et le PCF vont accompagner le gouvernement Sarkozy-Fillon, au nom de l'opposition constructive. De ce côté, l'unité nationale contre les travailleurs est en marche.

Concernant « l'explosion des déficits » publics, maintenant, on se souvient de ce « cri du coeur » poussé devant les journalistes par Sarkozy : « les caisses sont vides ! ». Le 20 juin, devant les parlementaires réunis en Congrès, à Versailles, pour recevoir la bonne parole, N. Sarkozy annonce donc un emprunt d'Etat.

Dix jours plus tard, le 1er juillet, la TVA sur la restauration passe de 19,6 à 5,5%. Coût de la mesure pour les finances publiques : 2,5 milliards d'euros, le patronat du secteur est « incité » à baisser les prix et à embaucher. Devant tant de politesse présidentielle, gageons que les restaurateurs seront tentés de « faire face à la crise » en continuant à licencier et en encaissant la baisse de la TVA pour gonfler leurs profits, ce qui leur permettra d'acheter des titres de l'emprunt Sarkozy.

Encore le 1er juillet, le RSA entre en vigueur dans l'ensemble de pays. Comme on le sait, le revenu de solidarité active est une machine à contraindre les chômeurs à accepter n'importe quel travail pour n'importe quel salaire. Dès le premier jour, ce moyen a déjà été utilisé par des capitalistes pour se séparer d'employés payés au SMIC et les remplacer par d'autres fraîchement tirés du chômage grâce au RSA... Les patrons n'auront ainsi qu'à payer la différence entre un RSA et un SMIC. Avec la différence, gageons qu'ils achèteront des titres de l'emprunt Sarkozy.

A quoi va servir l'emprunt d'Etat ? Mystère... A tel point que « la gauche » se perd en conjecture et en propositions constructives. De son côté, le 26 juin, M. Alliot-Marie, qui est passée de l'intérieur à la justice, a une idée : rénover les prisons et en construire de nouvelles. Le 28, un sondage du JDD annonce que 82% des personnes interrogées ne souscriraient pas à l'emprunt. Commentaire d'H. Guaino, conseiller à l'Elysée : ce sondage est « idiot »...

Certains, parmi les 82%, ont-ils le souvenir de « l'emprunt Giscard », du nom d'un prédécesseur de Sarkozy. Un emprunt, indexé sur l'or, de 6,5 milliards de francs qui en avait rapporté 100 à ses souscripteurs, cela ne s'oublie pas. Ce sondage ne serait-il pas plutôt révélateur de la défiance des travailleurs et des couches populaires vis-à-vis du gouvernement ?

Car enfin, qui minent les compte publics, grâce généreuses subventions versées au entreprises ? Les actionnaires des dites entreprises, les capitalistes. Qui procède à des restructurations et à des licenciements massifs grâce aux prêts de l'Etat qui se substitue aux banques ? Les capitalistes. Qui profitent des baisses d'impôts et de cotisations sociales. ? Les capitalistes. Qui va utiliser cette manne financière pour... prêter à l'Etat ? Les capitalistes. Qui va encaisser des intérêts ? Les capitalistes.

Avec quel argent vont-ils se livrer à ce hold-up ? Celui de nos impôts, celui de de nos salaires. Avec quels complices ? L'opposition constructive, on l'a vu, mais aussi les dirigeants des confédérations syndicales que Sarkozy a reçu... le 1er juillet toujours, eux qui ont tout fait pour empêcher l'explosion sociale, la grève générale, pendant le premier semestre de cette année.

A l'occasion de la rencontre, le MEDEF et la CFE-CGC ont réclamé des grand travaux et un investissement dans la recherche et les pôles de compétitivité, conformément à la « stratégie de Lisbonne ». Mailly de FO s'est prononcé pour que l'emprunt ait une « dimension sociale », Chérèque de la CFDT lui a répondu « ce serait faire de la cavalerie et nos enfants payeraient deux fois l'addition »... Parce que, là, les travailleurs et leurs enfants ne vont pas payer deux fois la crise des capitalistes ?

Mais tous, CGT comprise, se sont mis d'accord avec le gouvernement pour ouvrir deux nouveaux « chantiers » de destruction des acquis sociaux sur la base d'une discussion tripartite (Etat, patronat, syndicats) : les allégements de « charges » sociales, revendication centrale du MEDEF, et le « tutorat » des jeunes en apprentissage comme « une façon d'encourager le maintien des seniors dans l'entreprise. ». C'est M. Valls qui va être content !

L'unité des directions syndicales a été opposée ce printemps à l'exigence de l'unité des travailleurs et de leurs organisations pour faire céder le gouvernement et les capitalistes. La mobilisation du 19 mars, comme le résultat des élections européennes - avec une abstention qui marque, non de l'indifférence, mais un rejet - le refus de participer le 13 juin à la mascarade de la énième journée d'actions contre la grève générale, tout ces faits sont autant d'indicateurs que les travailleurs ne désarment pas.

Les travailleurs cherchent la voie pour submerger les bureaucrates qui s'opposent à la mobilisation. Les travailleurs savent qu'ils vont devoir briser cet obstacle, l'expulsion des sans-papiers de la bourse du travail de Paris par un commando de la CGT est la confirmation qu'il n'est possible de transiger avec des directions syndicales ralliées à la politique de « l'immigration choisie », ralliées à une politique d'unité nationale contre les travailleurs.

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