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Edito. L'Internationaliste n°90
Sortie de crise ?
Depuis plusieurs semaines, les politiciens bourgeois et la presse capitaliste scrutent avec délectation le moindre frémissement à la hausse des indices boursiers, et accompagnent de propos rassurants -sur une « sortie de la crise »- le moindre ralentissement de la hausse des chiffres officiels du chômage. Des propos destinés à anesthésier les travailleurs et la jeunesse. Aussitôt, les mêmes annoncent que les efforts vont continuer, que le chômage va croître en 2009, voire en 2010, 2011...

Pendant ce temps, il ne se passe pas une semaine sans que le gouvernement Sarkozy-Fillon ne lance une médiatique attaque moralisatrice vis-à-vis des banques : l'affaire des bonus a abouti à une déclaration solennelle du directeur général de BNP-Paribas à la sortie de l'Elysée. Or, la main sur le coeur, B. Prot s'est engagé en réalité à... continuer comme avant. De son côté, le « médiateur du crédit » s'est ému de ce que les banques ne « jouent pas la jeu » : admonestation présidentielle, puis les affaires reprennent leur cours. Aujourd'hui, en France comme aux USA, la diversion s'organise autour des questions d'évasion fiscale en direction de la Suisse.

En réalité, les banques se sont refait une santé en prêtant, contre intérêts, des sommes mises gratuitement à disposition par les états. Nombre de petites entreprises se retrouvent au bord de la faillite, simplement parce que les banques leur refusent toute avance de trésorerie. Les banquiers ont mieux à faire : ils favorisent la concentration capitaliste finançant des opérations de LBO(1) avec l'argent public, avec les impôts des travailleurs licenciés.

Bien que souvent dénoncées comme le détonateur de plusieurs crises, les « LBO » sont à nouveau à l'honneur, et le parasitisme s'étend, financé par les aides publiques massives. Pour financer cette fuite en avant, les états empruntent aux spéculateurs à taux fort, pour ensuite prêter aux mêmes spéculateurs à taux zéro. Une nouvelle bulle spéculative se constitue ainsi, autour des titres de la dette publique.

Comme on pouvait s'y attendre, les sommes mises à disposition des banques par les états sont allées directement alimenter une nouvelle spirale spéculative. Ces montants gigantesques, des milliers de milliards de dollars à l'échelle du monde, permettent de réaliser des opérations extrêmement rentables et tout aussi destructrices pour l'économie réelle, pour l'emploi, pour les travailleurs. Le monde est loin de sortir de la crise.

Aux USA, la polémique fait rage autour d'un très modeste projet de B. Obama, une promesse de campagne qu'il a trouvé le moyen de concrétiser au moindre coût. La protection sociale des travailleurs des USA assurée par l'assurance individuelle ou par des contrats collectifs financés par des employeurs. Or les licenciements massifs ont pour conséquence immédiate que des millions d'Etats-uniens supplémentaires se retrouvent sans couverture maladie, alors que les capitalistes se saisissent de la crise pour remettre en cause les contrats collectifs.

Aussi, voyant venir une crise sociale et politique de grande ampleur, B. Obama a décidé de mettre en place une sorte de CMU(2) à l'américaine. Cependant, il se heurte à l'intransigeance de ceux-là mêmes qui ont encaissé les subventions et les baisses d'impôts accordées par… Obama, ces derniers l'accusant maintenant de mener une politique « socialiste »... Alors qu’il ne satisfait pas les plus réactionnaires, Obama a cessé aussi de faire rêver les secteurs ouvriers et populaires de son électorat.

Ainsi, élu sur l'engagement d'un retrait des troupes US d'Irak, Obama a mis en oeuvre une politique qui vise à redéployer ces troupes en Afghanistan. Enlisé dans le bourbier irakien, l'impérialisme US va s'enfoncer dans le bourbier afghan. Il y entraîne également ses alliés. Si 57% des Etats-uniens (chiffre qui baisse en continu) approuvent l'engagement militaire en Afghanistan, l'opinion française y est défavorable à 64%. L'armée britannique, qui fournit le deuxième contingent du corps expéditionnaire impérialiste de l'ISAF, a perdu 35 soldats du 1er juillet au 16 août, et deux tiers de l'opinion anglaise considèrent que les soldats n'ont rien à faire là-bas.

La farce électorale qui vient de se dérouler à Kaboul est venue confirmer dans les faits cette phrase du général McChrystal, chef des forces US en Afghanistan : « Les talibans ont pris le dessus ». Malgré son « appel » au retour de R. Dostum, le chef de guerre Ouzbek, à deux jours du scrutin, H. Karzaï risque de se retrouver dans une situation « à l'iranienne » face à son ex-ministre, A. Abdulah. L'impérialisme réfléchit à une sortie de crise en Afghanistan, y compris en intégrant des secteurs talibans « modérés ». Mais dans tous les cas, le coût politique de l'engagement en Irak et en Afghanistan, deux guerres qu'il est en train de perdre, sera très important pour l'impérialisme. Dans ce domaine également, la sortie de crise est encore bien loin.

Entre-temps, la lutte des classes vient d'ouvrir un nouveau front pour l'impérialisme, cette fois en Amérique latine. Fin juin, un secteur de la bourgeoisie du Honduras a organisé un coup d'Etat renversant M. Zelaya et portant au pouvoir R. Michelleti. Face à la mobilisation populaire contre les putschistes, l'impérialisme tente une « médiation » via O. Arias, du Costa-Rica. Cette médiation aboutirait à légitimer le coup d'Etat tout en « ramenant » Zalaya au pouvoir. Cependant, depuis huit semaines, cette solution se heurte à la détermination du peuple hondurien à défaire putschistes.

Dans ce contexte, l’accord signé entre le gouvernement colombien du très réactionnaire A. Uribe et l'administration Obama, pour l'installation de bases US en Colombie, vient de tendre les relations entre l'impérialisme et certaines bourgeoisies semi-coloniales du continent. Une tension qui s’est avérée à l’occasion du sommet de l'UNASUR en Argentine.

Aujourd'hui, on voit donc la crise économique non seulement s'approfondir, mais aussi ses effets sur le plan politique et social s'accroître de jour en jour. Dans le monde entier, les mobilisations ouvrières se multiplient sur des revendications défensives, pour le moment, contre les licenciements ou les délocalisations, contre les privatisations, que ce soit en Chine, en Corée, en Espagne ou en France ; des mobilisations de plus en plus radicales dans leurs méthodes.

Ainsi, dans ce pays, les mobilisations se sont poursuivies pendant tout l'été autour de Good-Year, de Continental ou de Molex, de 3M, de New Fabris, et bien d'autres encore. Obtenir des primes de départ, empêcher le déménagement des machines, faire échouer une fermeture ou des licenciements massifs, maintenir l'emploi, tout l'emploi : des revendications légitimes que toute organisation syndicale a le devoir d'appuyer. Pourtant, la division règne.

C'est la division orchestrée par les bureaucrates qui font bloc pour maintenir la paix sociale. Les travailleurs, dans chaque usine et chaque entreprise, sont laissés à leur sort, à se battre à leur niveau cherchant à surmonter la division. Ainsi, fin juillet, avec des travailleurs de New Fabris, 3 000 militants syndicaux sont venus manifester leur opposition à la « stratégie » des bureaucrates. Stratégie qui pourrait aboutir à une défaite à froid, ouvrant un boulevard à la politique réactionnaire de la bourgeoisie et du gouvernement à son service actuellement, celui de Sarkozy-Fillon.

L'« incident » entre le délégué syndical CGT de Continental, Xavier Mathieu, qualifiant le secrétaire général de la CGT, B. Thibault, de « racaille » qui « fraye avec le gouvernement » est illustratrice de la tension accumulée dans les rangs de la classe ouvrière face à la collaboration de classe. D'autant que le gouvernement multiplie les attaques, comme celle qui vise à banaliser le travail le dimanche, et que l'appareil d'Etat renforce la répression, n'hésitant pas à prononcer des peines de prison ferme à l'encontre de syndicalistes de premier plan, comme en Nouvelle Calédonie.

La pandémie de grippe A/H1-N1 est mise à contribution pour mettre la pression sur les travailleurs. Des textes ont été publiés sur une éventuelle suspension du Code du travail pour faire face à ce que le gouvernement annonce comme le danger principal de la pandémie : la désorganisation de l'économie ! Bien entendu, le gouvernement envisage également d'interdire les rassemblements : spectacles, réunions sportives, manifestations et meetings.

C'est bien pourquoi, dorénavant, les deux questions au centre des mobilisations sont l'indépendance syndicale face au patronat et à l'Etat et la nécessité de faire converger les luttes en cours, de submerger le barrage que les bureaucrates syndicaux tentent de dresser face aux mobilisations.


(1) LBO ou Leverage by-out. C'est un rachat de société à crédit, via la mise en place d'une société holding. Le coût de l'achat étant mis à la charge de la société achetée qui doit alors dégager des profits gigantesques. L'acheteur revend ensuite la société, souvent par morceaux, et réalise alors de confortables profits.

(2) La CMU, couverture maladie universelle, mise en place par le gouvernement Jospin a permis de faire entrer le principe de concurrence dans la couverture maladie de base, mais elle a aussi comme effet de désigner ses « bénéficiaires » comme de mauvais patients, pas assez rentables pour une médecine désormais à trois vitesse.

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