| Depuis plusieurs semaines, les
politiciens bourgeois et la presse
capitaliste scrutent avec délectation le
moindre frémissement à la hausse des indices
boursiers, et accompagnent de propos
rassurants -sur une « sortie de la crise »-
le moindre ralentissement de la hausse des
chiffres officiels du chômage. Des propos
destinés à anesthésier les travailleurs et la
jeunesse. Aussitôt, les mêmes annoncent que
les efforts vont continuer, que le chômage va
croître en 2009, voire en 2010, 2011...
Pendant ce temps, il ne se passe pas une
semaine sans que le gouvernement
Sarkozy-Fillon ne lance une médiatique
attaque moralisatrice vis-à-vis des banques :
l'affaire des bonus a abouti à une
déclaration solennelle du directeur général
de BNP-Paribas à la sortie de l'Elysée. Or,
la main sur le coeur, B. Prot s'est engagé en
réalité à... continuer comme avant. De son
côté, le « médiateur du crédit » s'est ému de
ce que les banques ne « jouent pas la jeu » :
admonestation présidentielle, puis les
affaires reprennent leur cours. Aujourd'hui,
en France comme aux USA, la diversion
s'organise autour des questions d'évasion
fiscale en direction de la Suisse.
En réalité, les
banques se sont refait une santé en prêtant,
contre intérêts, des sommes mises
gratuitement à disposition par les états.
Nombre de petites entreprises se retrouvent
au bord de la faillite, simplement parce que
les banques leur refusent toute avance de
trésorerie. Les banquiers ont mieux à faire :
ils favorisent la concentration capitaliste
finançant des opérations de LBO(1) avec l'argent public,
avec les impôts des travailleurs
licenciés.
Bien que souvent dénoncées comme le
détonateur de plusieurs crises, les « LBO »
sont à nouveau à l'honneur, et le parasitisme
s'étend, financé par les aides publiques
massives. Pour financer cette fuite en avant,
les états empruntent aux spéculateurs à taux
fort, pour ensuite prêter aux mêmes
spéculateurs à taux zéro. Une nouvelle bulle
spéculative se constitue ainsi, autour des
titres de la dette publique.
Comme on pouvait s'y attendre, les sommes
mises à disposition des banques par les états
sont allées directement alimenter une
nouvelle spirale spéculative. Ces montants
gigantesques, des milliers de milliards de
dollars à l'échelle du monde, permettent de
réaliser des opérations extrêmement rentables
et tout aussi destructrices pour l'économie
réelle, pour l'emploi, pour les travailleurs.
Le monde est loin de sortir de la crise.
Aux USA, la polémique fait rage autour
d'un très modeste projet de B. Obama, une
promesse de campagne qu'il a trouvé le moyen
de concrétiser au moindre coût. La protection
sociale des travailleurs des USA assurée par
l'assurance individuelle ou par des contrats
collectifs financés par des employeurs. Or
les licenciements massifs ont pour
conséquence immédiate que des millions
d'Etats-uniens supplémentaires se retrouvent
sans couverture maladie, alors que les
capitalistes se saisissent de la crise pour
remettre en cause les contrats collectifs.
Aussi, voyant
venir une crise sociale et politique de
grande ampleur, B. Obama a décidé de mettre
en place une sorte de CMU(2) à l'américaine.
Cependant, il se heurte à l'intransigeance de
ceux-là mêmes qui ont encaissé les
subventions et les baisses d'impôts accordées
par… Obama, ces derniers l'accusant
maintenant de mener une politique «
socialiste »... Alors qu’il ne
satisfait pas les plus réactionnaires, Obama
a cessé aussi de faire rêver les secteurs
ouvriers et populaires de son électorat.
Ainsi, élu sur l'engagement d'un retrait
des troupes US d'Irak, Obama a mis en oeuvre
une politique qui vise à redéployer ces
troupes en Afghanistan. Enlisé dans le
bourbier irakien, l'impérialisme US va
s'enfoncer dans le bourbier afghan. Il y
entraîne également ses alliés. Si 57% des
Etats-uniens (chiffre qui baisse en continu)
approuvent l'engagement militaire en
Afghanistan, l'opinion française y est
défavorable à 64%. L'armée britannique, qui
fournit le deuxième contingent du corps
expéditionnaire impérialiste de l'ISAF, a
perdu 35 soldats du 1er juillet au 16 août,
et deux tiers de l'opinion anglaise
considèrent que les soldats n'ont rien à
faire là-bas.
La farce électorale qui vient de se
dérouler à Kaboul est venue confirmer dans
les faits cette phrase du général McChrystal,
chef des forces US en Afghanistan : « Les
talibans ont pris le dessus ». Malgré son «
appel » au retour de R. Dostum, le chef de
guerre Ouzbek, à deux jours du scrutin, H.
Karzaï risque de se retrouver dans une
situation « à l'iranienne » face à son
ex-ministre, A. Abdulah. L'impérialisme
réfléchit à une sortie de crise en
Afghanistan, y compris en intégrant des
secteurs talibans « modérés ». Mais dans tous
les cas, le coût politique de l'engagement en
Irak et en Afghanistan, deux guerres qu'il
est en train de perdre, sera très important
pour l'impérialisme. Dans ce domaine
également, la sortie de crise est encore bien
loin.
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Entre-temps, la lutte des
classes vient d'ouvrir un nouveau front pour
l'impérialisme, cette fois en Amérique
latine. Fin juin, un secteur de la
bourgeoisie du Honduras a organisé un coup
d'Etat renversant M. Zelaya et portant au
pouvoir R. Michelleti. Face à la mobilisation
populaire contre les putschistes,
l'impérialisme tente une « médiation » via O.
Arias, du Costa-Rica. Cette médiation
aboutirait à légitimer le coup d'Etat tout en
« ramenant » Zalaya au pouvoir. Cependant,
depuis huit semaines, cette solution se
heurte à la détermination du peuple hondurien
à défaire putschistes.
Dans ce contexte, l’accord signé
entre le gouvernement colombien du très
réactionnaire A. Uribe et l'administration
Obama, pour l'installation de bases US en
Colombie, vient de tendre les relations entre
l'impérialisme et certaines bourgeoisies
semi-coloniales du continent. Une tension qui
s’est avérée à l’occasion du
sommet de l'UNASUR en Argentine.
Aujourd'hui, on voit donc la crise
économique non seulement s'approfondir, mais
aussi ses effets sur le plan politique et
social s'accroître de jour en jour. Dans le
monde entier, les mobilisations ouvrières se
multiplient sur des revendications
défensives, pour le moment, contre les
licenciements ou les délocalisations, contre
les privatisations, que ce soit en Chine, en
Corée, en Espagne ou en France ; des
mobilisations de plus en plus radicales dans
leurs méthodes.
Ainsi, dans ce pays, les mobilisations se
sont poursuivies pendant tout l'été autour de
Good-Year, de Continental ou de Molex, de 3M,
de New Fabris, et bien d'autres encore.
Obtenir des primes de départ, empêcher le
déménagement des machines, faire échouer une
fermeture ou des licenciements massifs,
maintenir l'emploi, tout l'emploi : des
revendications légitimes que toute
organisation syndicale a le devoir d'appuyer.
Pourtant, la division règne.
C'est la division orchestrée par les
bureaucrates qui font bloc pour maintenir la
paix sociale. Les travailleurs, dans chaque
usine et chaque entreprise, sont laissés à
leur sort, à se battre à leur niveau
cherchant à surmonter la division. Ainsi, fin
juillet, avec des travailleurs de New Fabris,
3 000 militants syndicaux sont venus
manifester leur opposition à la « stratégie »
des bureaucrates. Stratégie qui pourrait
aboutir à une défaite à froid, ouvrant un
boulevard à la politique réactionnaire de la
bourgeoisie et du gouvernement à son service
actuellement, celui de Sarkozy-Fillon.
L'« incident » entre le délégué syndical
CGT de Continental, Xavier Mathieu,
qualifiant le secrétaire général de la CGT,
B. Thibault, de « racaille » qui « fraye avec
le gouvernement » est illustratrice de la
tension accumulée dans les rangs de la classe
ouvrière face à la collaboration de classe.
D'autant que le gouvernement multiplie les
attaques, comme celle qui vise à banaliser le
travail le dimanche, et que l'appareil d'Etat
renforce la répression, n'hésitant pas à
prononcer des peines de prison ferme à
l'encontre de syndicalistes de premier plan,
comme en Nouvelle Calédonie.
La pandémie de grippe A/H1-N1 est mise à
contribution pour mettre la pression sur les
travailleurs. Des textes ont été publiés sur
une éventuelle suspension du Code du travail
pour faire face à ce que le gouvernement
annonce comme le danger principal de la
pandémie : la désorganisation de l'économie !
Bien entendu, le gouvernement envisage
également d'interdire les rassemblements :
spectacles, réunions sportives,
manifestations et meetings.
C'est bien pourquoi, dorénavant, les deux
questions au centre des mobilisations sont
l'indépendance syndicale face au patronat et
à l'Etat et la nécessité de faire converger
les luttes en cours, de submerger le barrage
que les bureaucrates syndicaux tentent de
dresser face aux mobilisations.
(1) LBO ou Leverage by-out. C'est un
rachat de société à crédit, via la mise en
place d'une société holding. Le coût de
l'achat étant mis à la charge de la société
achetée qui doit alors dégager des profits
gigantesques. L'acheteur revend ensuite la
société, souvent par morceaux, et réalise
alors de confortables profits.
(2) La CMU, couverture maladie
universelle, mise en place par le
gouvernement Jospin a permis de faire entrer
le principe de concurrence dans la couverture
maladie de base, mais elle a aussi comme
effet de désigner ses « bénéficiaires » comme
de mauvais patients, pas assez rentables pour
une médecine désormais à trois vitesse.
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