| Depuis plusieurs semaines, une
gigantesque opération de révision historique
est à l'œuvre autour des 20 ans
de la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre
1989. En 2006, les 50 ans de la
révolution hongroise des conseils ouvriers
avaient donné lieu à une tentative du même
genre, mais le « profil » anti-stalinien des
révolutionnaires de 1956 se prêtait mal à une
telle opération de propagande. A Berlin,
l'engagement ouvert de larges secteurs de la
bureaucratie stalinienne en 1989, dans la
restauration du capitalisme, rend une tout
autre tournure à la « commémoration » de
2009. La crise qui a éclaté à l'été 2007 n'y
est pas pour rien, le stalinisme étant érigé
en épouvantail face à ceux qui seraient
aujourd'hui tentés par le socialisme.
Ceci, d'autant plus que les travailleurs
et la jeunesse des pays d'Europe « de l'Est
», et à plus forte raison ceux de l'ex-RDA
(République démocratique allemande,
l’Allemagne « de l’Est »),
tirent, plus ou moins consciemment, un bilan
de la restauration du capitalisme qui cadre
mal avec la version officielle. C’est
pourquoi, l'offensive en cours voudrait
dépeindre les Allemands de l'Est, les
habitants des « nouveaux länder » de
l'Allemagne réunifiée, comme des «
nostalgiques » de la RDA, entendez pas là,
des nostalgiques du parti stalinien et de sa
sinistre police politique, la Stasi.
On espère ainsi démontrer ipso facto que
la radicalisation, depuis une dizaine
d'années, de la classe ouvrière et de la
jeunesse d'Allemagne est motivée par de «
mauvaises raisons » sociales, politiques et,
bien entendu, morales. D'où le discrédit qui
devait s'imposer à l'encontre de toute
tentative de s'organiser syndicalement et
politiquement en dehors du système
institutionnel, en contestation du
capitalisme et, surtout, en faveur du
socialisme. Voilà la tonalité de la plupart
des contributions à cette « commémoration
».
La lutte des classes
s'aiguise
La réunification de l'Allemagne a signifié
la réunification d'une classe ouvrière, d'un
prolétariat puissant que le nazisme a voulu
atomiser, asservir, que le stalinisme a voulu
juguler, et que les « démocrates » en tout
genre veulent domestiquer. Mais en l'absence
d'un parti révolutionnaire, la chute du Mur
et la restauration capitaliste en URSS et en
Europe « de l'Est » ont ouvert une période de
désorientation des travailleurs en Allemagne,
en Europe et dans le monde entier.
Dans les années 90, les travailleurs de
l'ex-RDA, ceux des pays baltes, de Pologne,
de Hongrie, etc. ont vu disparaître nombre
d'acquis sociaux qui n'étaient pas des «
bienfaits » du stalinisme, mais des
concessions du stalinisme pour endiguer la
montée révolutionnaire de l'après-guerre. Les
soins gratuits, l'éducation gratuite, un
logement, un emploi, une retraite, ces acquis
auxquels très peu avaient accès avant 1945 ou
1939, ont tous été balayés par la
restauration capitaliste. Une restauration
qui, en revanche, a fini par transformer en
bourgeoisie les secteurs les plus privilégiés
de la bureaucratie stalinienne.
Les travailleurs « de l'Est » ne sont pas
des « nostalgiques » : combien de retraités
ne peuvent plus vivre de leur pension en
Ukraine, en Pologne ? Combien coûtent les
soins dentaires pour un Hongrois ? Quand il
ne faut pas aussi payer pour l'école...
L'ouvrier états-unien est confronté aux mêmes
difficultés…, et ne parlons pas des
ouvriers des pays coloniaux et semi coloniaux
du monde entier. Entre-temps, pour cent vingt
neuf milliardaires en dollars en Chine :
combien de centaines de millions de miséreux
? Voilà la réalité de 2009, vingt ans
après la chute du Mur.
Cependant, depuis une décennie environ,
les mobilisations se multiplient et les
affrontements se tendent, la lutte des
classes va partout en s'aiguisant.
L'Allemagne n'est pas en dehors de cette
radicalisation. C'est ce que démontre, de
façon déformée, le résultat des dernières
élections au parlement fédéral ; c’est
ce que démontrent, surtout, les mobilisations
contre la remise en cause des retraites et de
l'indemnisation du chômage.
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A l'été 2007, la crise du
système capitaliste est entrée dans une
nouvelle phase avec l'éclatement de la «
bulle » liée aux prêts dits « subprime » aux
USA. Les capitalistes tentent depuis de faire
payer leur crise aux travailleurs et à la
jeunesse, comme ils l'ont fait à chaque crise
et a fortiori depuis que, au tournant des
19ème et 20ème siècles, le monde capitaliste
est entré, dans l'époque des guerres et des
révolutions, dans l'impérialisme.
La crise actuelle n'épargne personne.
Aussi, les travailleurs « de l'Est » veulent
tout simplement récupérer leurs conquêtes
sociales, comme ceux « de l'Ouest » veulent
les défendre, les étendre… Les
travailleurs du monde entier exigent des
conditions de vie dignes : une alimentation,
un logement, un emploi, un système de santé,
une éducation, une retraite décents. La crise
frappe par ailleurs, et très durement, des
secteurs de la petite bourgeoisie menacés de
déclassement social, de prolétarisation.
C'est celle-là aussi, en France et dans
ses dernières colonies, la signification très
exacte des mobilisations ouvrières et jeunes
qui se multiplient depuis des mois, cherchant
la voie de la convergence malgré les
obstacles dressés par les bureaucraties
syndicales et les partis « de gauche ». Ces
partis dont les projets politiques
réformistes représentent un des moyens pour
empêcher la remise en cause effective du
système capitaliste, pour empêcher d'ouvrir
une perspective socialiste.
Berlin, Paris,
Ramallah
Cependant, la chute du Mur de Berlin,
l'effondrement du stalinisme, a fait
disparaître un frein décisif à la
mobilisation révolutionnaire des masses
exploitées, a unifié la classe ouvrière
allemande et tend même à unifier le combat de
la classe ouvrière européenne. Parallèlement,
l'approfondissement de la crise structurelle
du système capitaliste pose, comme une
nécessité objective, le renversement
d’un mode de production dépassé,
parasitaire, pourrissant.
Dans le cadre du capitalisme il ne peut
pas y avoir, même de façon limitée, de
solution aux maux, à aucun des maux engendrés
par cette société. Ce que viennent nous
rappeler, chaque jour, les revendications,
les mesures de sauvegarde exigées par ceux
qui sont les premières victimes de la
crise.
L'Etat bourgeois est au service des
capitalistes. Il sauve les banquiers et les
spéculateurs. Il continue à privatiser, à
démanteler les services publics. Il envoie
ses forces de répression contre les
travailleurs et les jeunes. Il érige des murs
pour tenir à l'écart les opprimés : des murs
de barbelés à Ceuta et Melilla, enclaves
espagnoles au Maroc ; des « camps de
rétention administrative » en France, en
Italie ou en Grèce ; un mur qui enferme les
Palestiniens dans des bantoustans privés de
tout. Il occupe l'Irak, bombarde
l'Afghanistan et menace l'Iran.
Il n'y a pas de « nostalgie » pour le
stalinisme. Il y a l'espoir renaissant pour
un combat d'avenir, le combat pour la seule
alternative crédible au capitalisme
pourrissant : le socialisme, la propriété
collective des moyens de production et
d'échange à l'échelle du monde. La moindre
exigence des travailleurs, des jeunes, des
peuples opprimés pose plus que jamais ce
combat comme une nécessité.
A Berlin, à Paris, à Ramallah, mener ce
combat, vingt ans après le 9 novembre 1989,
impose de s'organiser en vue de la prise du
pouvoir, s'organiser dans une internationale
révolutionnaire avec des sections dans chaque
pays, une internationale dont le programme
est pour nous, GSI et LIT-QI, celui de la
IVème Internationale.
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