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Edito. L'Internationaliste n°93
Vers la crise politique ?
Alors que les représentants de la bourgeoisie, ses politiciens et ses idéologues, multipliaient les déclarations sur la sortie de crise selon eux en vue, l'annonce de la défaillance de Dubaï est venue les ramener à une réalité plus prosaïque. Comme le disait D. Strauss-Kahn, Président du FMI un peu avant : « Il reste d'importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. La proportion est plus forte en Europe qu'aux États-Unis. » (Interview au Figaro le 24 novembre 2009).

Et pour cause, nombre de banques sont exposées aux conséquences de la crise à Dubaï, à commencer par les banques anglaises pour 51 milliards de dollars, leurs homologues français étant touchés à hauteur de 11 milliards. A quelques jours de l'ouverture du 3ème forum français de la finance islamique, il s'avère que les valeurs considérées comme « Shariah compliant(1) » par l'organisation des marchés financiers de Paris, Paris Europlace, sont touchées, elles, à hauteur de 3,5 milliards « seulement ». Pour ceux qui y croyaient, le rêve d'une moralisation du capitalisme et de sa stabilisation pourrait s'envoler...

Cela n'a pas empêché les fusions-acquisitions entre multinationales ces derniers mois. Au contraire, les vannes du crédit grandes ouvertes pour les spéculateurs, ceux-ci se sont rués sur les opportunités. Depuis plus d'un an, l'endettement public explose avec une seule justification car, pour Strauss-Kahn : « Nous étions face à un incendie. Le FMI a été le premier à sonner le tocsin. On a sorti les grosses lances à incendie la coopération monétaire, bancaire et budgétaire. On a ainsi évité une crise comme celle de 1929 et on a éteint le feu. Mais, maintenant, il y a de l'eau partout. Il faudra du temps pour l'éponger et revenir à des niveaux raisonnables. Mais il faudra le faire. » (Ibidem). En attendant, « laissons faire, laissons passer », selon la maxime du père du libéralisme, A. Smith.

Rien qu'en France, 52 400 travailleurs sont allés rejoindre les rangs des chômeurs en octobre. Le chômage touche officiellement plus de 3,8 millions de personnes. Le discours des ministres Wauquier et Lagarde se fait plus modeste. N. Sarkozy, lui, voyant la crise politique approcher, se décerne des satisfecit et bombe le torse comme jamais, multipliant les règlements de comptes et semblant perdre le sens des réalités, lancé dans une véritable fuite en avant pour tenter d'affermir le régime dans un sens encore plus personnel, bonapartiste.

Les restaurateurs ont encaissé un chèque de plus de 2,5 milliards, sans embauches, sans créations d'emplois, malgré leurs « engagements ». « La faute à la crise », pleurent-ils. Sarkozy approuve. Le budget 2010 de l'Etat table sur 115 milliards de déficit, la moitié des fonctionnaires ne sera pas remplacée, dont 12 000 enseignants : 500 millions d'économies. De leur côté, les communes devraient verser 500 millions supplémentaires a l'enseignement privé, à 98% confessionnel... La laïcité selon Sarkozy progresse, le port de la burqa en marque la limite.

Les chauffeurs routiers, dont les salaires sont bloqués, menacent d'une grève. Cent mille postiers ont fait grève le 24 novembre aux côtés des enseignants et des employés de banque. Les agriculteurs sont toujours pris à la gorge et leurs « concurrents » espagnols sont dans la même situation. Encore faut-il discerner entre les patrons agriculteurs et leurs ouvriers, les saisonniers surtout, mais, quoi qu’il en soit, la grande distribution et l'industrie agroalimentaire font la pluie et le beau temps des deux côtés des Pyrénées. Jusqu'aux policiers, maintenant, qui défilent dans les rues contestant « la religion du chiffre et du résultat » alors que les gardes-à-vue ont augmenté de 35% en cinq ans, soit 578 000 en 2008… près de 1% de la population !

La suppression de la taxe professionnelle, dès 2010, est le moyen d'imposer au pas de charge la « réforme des collectivités locales ». Elle a provoqué une véritable « bronca » parmi les élus locaux et une confrontation avec le Premier ministre. Elle pourrait mettre les collectivités locales dans l'obligation de fusionner comme de vulgaires entreprises, de liquider les budgets sociaux et culturels, de supprimer des emplois en nombre et d'augmenter les impôts des ménages : une poll tax à la française se profile, pour le plus grand profit des capitalistes. Ces derniers se frottent les mains devant la vague de privatisations qui se prépare après celle de la Poste : chemins de fer, santé, sécurité sociale, éducation, retraite, dépendance.

Cependant, Sarkozy, l'écologiste, va aller à Copenhague où les capitalistes discuteront de la défense de leur part du gâteau et de leurs prétentions à piller la planète, ses ressources, ses peuples, tout cela sous le prétexte d'un « sommet sur le réchauffement climatique ». B. Obama va aussi passer par Copenhague avant d'aller à Oslo chercher son prix de Nobel de la paix : maintenant qu'il vient d'annoncer l'envoi de plus de 30 mille soldats états-uniens en Afghanistan, il peut bien s'incliner devant le roi de Norvège... Cette décision coûtera près de 30 milliards de dollars supplémentaires chaque année au familles modestes des USA.

De plus, l'impérialisme français a réintégré le commandement de l'OTAN au début de 2009. Sa présence en Afghanistan s'élève à 3 550 soldats ; Obama en réclame 2 500 de plus. A Copenhague, Sarkozy ira-t-il en fait à Canossa, comme jadis l'empereur germanique s'était rendu dans la ville d'Italie pour signifier sa soumission au pape des chrétiens ? Tout est possible. Tout dépendra du marchandage inter-impérialiste en cours sur l'uranium, le pétrole, le gaz, l'eau et d'autres matières premières. Tout dépendra des marchandages ouverts au G20 sur les débouchés pour les multinationales de chaque puissance impérialiste. Le capitalisme n'est pas soluble dans l'écologisme, n'en déplaise à Green Peace, et aux Verts de N. Mamère et D. Cohn-Bendit, c'est plutôt le contraire.

Cependant, les travailleurs et la jeunesse cherchent la voie de la mobilisation unie pour arrêter les contre-réformes, les privatisations. A chaque pas, ils se heurtent à l'obstacle des directions syndicales. Le mouvement contre la privatisation des universités publiques et contre la hausse des droits d'inscription, partie d'Italie de Grèce et de France en 2008-2009 s'étend maintenant à la quasi totalité des pays d'Europe et atteint même les USA. Ceci alors que l'UNEF, l'UNL, la FIDL et Sud-Etudiants, toutes tendances confondues, bloquent toute possibilité d'une nouvelle mobilisation étudiante et lycéenne contre la LRU (loi sur « l’autonomie » des universités).

Les directions syndicales liées au PS, au PCF et au NPA, tentent d'enfermer les travailleurs et la jeunesse dans le débat institutionnel et ne leur donnent comme perspective politique que les élections régionales. Aussi, la « mobilisation » contre la privatisation de la Poste est la caricature de ce qu'il ne faut pas faire quand on recherche la voie de l'efficacité contre les capitalistes. Mais les directions syndicales contrôlées par ces mêmes partis font face à une contestation sans précédent depuis 1968, comme l'attestent les discussions qui précèdent le 49ème congrès de la CGT.

Organisé par le gouvernement et « l'opposition constructive », un autre « débat » se mène, honteux, lui, scandaleux, nauséabond, sur « l'identité nationale ». Il est en vérité le prétexte à la définition d'un nouveau consensus réactionnaire, d'un socle commun à l'UMP, au PS, au MODEM et à leurs satellites respectifs. Le centre de ce « débat » est « l'immigration choisie », le seul désaccord sérieux entre eux portant sur la fixation de quotas et la liste des secteurs concernés, en relation avec les directions syndicales.

Tant sur le plan syndical que politique, des travailleurs et des jeunes de plus en plus nombreux se dégagent de l’emprise des appareils, cherchent la voie de la mobilisation, mais aussi celle de l'organisation, rejetant tous les projets réformistes ou néo-réformistes. De fait, le NPA occupe le terrain laissé vaquant par le PCF et se dresse comme un obstacle supplémentaire. Nous nous adressons aux travailleurs et aux jeunes dont certains ont pu un temps avoir des illusions dans cette formation politique ou dans LO : rejoignez le GSI, rejoignez la LIT-QI ! Ensemble, construisons les outils nécessaires à la mobilisation unie de tous les travailleurs, nationaux et immigrés, à l’échelle du monde, travaillons à la reconstruction de la IVème Internationale, l'instrument de la victoire.


(1) Conforme aux principes de la Charia, le droit islamique

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