| Alors que les représentants de
la bourgeoisie, ses politiciens et ses
idéologues, multipliaient les déclarations
sur la sortie de crise selon eux en vue,
l'annonce de la défaillance de Dubaï est
venue les ramener à une réalité plus
prosaïque. Comme le disait D. Strauss-Kahn,
Président du FMI un peu avant : « Il
reste d'importantes pertes non dévoilées : 50
% sont peut-être encore cachées dans les
bilans. La proportion est plus forte en
Europe qu'aux États-Unis. » (Interview
au Figaro le 24 novembre 2009).
Et pour cause,
nombre de banques sont exposées aux
conséquences de la crise à Dubaï, à commencer
par les banques anglaises pour 51 milliards
de dollars, leurs homologues français étant
touchés à hauteur de 11 milliards. A quelques
jours de l'ouverture du 3ème forum français
de la finance islamique, il s'avère que les
valeurs considérées comme « Shariah
compliant(1) » par l'organisation
des marchés financiers de Paris, Paris
Europlace, sont touchées, elles, à
hauteur de 3,5 milliards « seulement ». Pour
ceux qui y croyaient, le rêve d'une
moralisation du capitalisme et de sa
stabilisation pourrait s'envoler...
Cela n'a pas empêché les
fusions-acquisitions entre multinationales
ces derniers mois. Au contraire, les vannes
du crédit grandes ouvertes pour les
spéculateurs, ceux-ci se sont rués sur les
opportunités. Depuis plus d'un an,
l'endettement public explose avec une seule
justification car, pour Strauss-Kahn : «
Nous étions face à un incendie. Le FMI a
été le premier à sonner le tocsin. On a sorti
les grosses lances à incendie la coopération
monétaire, bancaire et budgétaire. On a ainsi
évité une crise comme celle de 1929 et on a
éteint le feu. Mais, maintenant, il y a de
l'eau partout. Il faudra du temps pour
l'éponger et revenir à des niveaux
raisonnables. Mais il faudra le faire. »
(Ibidem). En attendant, « laissons faire,
laissons passer », selon la maxime du père du
libéralisme, A. Smith.
Rien qu'en France, 52 400 travailleurs
sont allés rejoindre les rangs des chômeurs
en octobre. Le chômage touche officiellement
plus de 3,8 millions de personnes. Le
discours des ministres Wauquier et Lagarde se
fait plus modeste. N. Sarkozy, lui,
voyant la crise politique approcher, se
décerne des satisfecit et bombe le torse
comme jamais, multipliant les règlements de
comptes et semblant perdre le sens des
réalités, lancé dans une véritable fuite en
avant pour tenter d'affermir le régime dans
un sens encore plus personnel,
bonapartiste.
Les restaurateurs ont encaissé un chèque
de plus de 2,5 milliards, sans embauches,
sans créations d'emplois, malgré leurs
« engagements ». « La faute à la crise »,
pleurent-ils. Sarkozy approuve. Le budget
2010 de l'Etat table sur 115 milliards de
déficit, la moitié des fonctionnaires ne sera
pas remplacée, dont 12 000 enseignants : 500
millions d'économies. De leur côté, les
communes devraient verser 500 millions
supplémentaires a l'enseignement privé, à 98%
confessionnel... La laïcité selon Sarkozy
progresse, le port de la burqa en marque la
limite.
Les chauffeurs routiers, dont les salaires
sont bloqués, menacent d'une grève. Cent
mille postiers ont fait grève le 24 novembre
aux côtés des enseignants et des employés de
banque. Les agriculteurs sont toujours pris à
la gorge et leurs « concurrents » espagnols
sont dans la même situation. Encore faut-il
discerner entre les patrons agriculteurs et
leurs ouvriers, les saisonniers surtout,
mais, quoi qu’il en soit, la grande
distribution et l'industrie agroalimentaire
font la pluie et le beau temps des deux côtés
des Pyrénées. Jusqu'aux policiers,
maintenant, qui défilent dans les rues
contestant « la religion du chiffre et du
résultat » alors que les gardes-à-vue ont
augmenté de 35% en cinq ans, soit 578 000 en
2008… près de 1% de la population !
La suppression de la taxe professionnelle,
dès 2010, est le moyen d'imposer au pas de
charge la « réforme des collectivités locales
». Elle a provoqué une véritable « bronca »
parmi les élus locaux et une confrontation
avec le Premier ministre. Elle pourrait
mettre les collectivités locales dans
l'obligation de fusionner comme de vulgaires
entreprises, de liquider les budgets sociaux
et culturels, de supprimer des emplois en
nombre et d'augmenter les impôts des ménages
: une poll tax à la française se
profile, pour le plus grand profit des
capitalistes. Ces derniers se frottent les
mains devant la vague de privatisations qui
se prépare après celle de la Poste : chemins
de fer, santé, sécurité sociale, éducation,
retraite, dépendance.
|
Cependant, Sarkozy,
l'écologiste, va aller à Copenhague où les
capitalistes discuteront de la défense de
leur part du gâteau et de leurs prétentions à
piller la planète, ses ressources, ses
peuples, tout cela sous le prétexte d'un «
sommet sur le réchauffement climatique ». B.
Obama va aussi passer par Copenhague avant
d'aller à Oslo chercher son prix de Nobel de
la paix : maintenant qu'il vient d'annoncer
l'envoi de plus de 30 mille soldats
états-uniens en Afghanistan, il peut bien
s'incliner devant le roi de Norvège... Cette
décision coûtera près de 30 milliards de
dollars supplémentaires chaque année au
familles modestes des USA.
De plus, l'impérialisme français a
réintégré le commandement de l'OTAN au début
de 2009. Sa présence en Afghanistan s'élève à
3 550 soldats ; Obama en réclame 2 500 de
plus. A Copenhague, Sarkozy ira-t-il en fait
à Canossa, comme jadis l'empereur germanique
s'était rendu dans la ville d'Italie pour
signifier sa soumission au pape des chrétiens
? Tout est possible. Tout dépendra du
marchandage inter-impérialiste en cours sur
l'uranium, le pétrole, le gaz, l'eau et
d'autres matières premières. Tout dépendra
des marchandages ouverts au G20 sur les
débouchés pour les multinationales de chaque
puissance impérialiste. Le capitalisme n'est
pas soluble dans l'écologisme, n'en déplaise
à Green Peace, et aux Verts de N. Mamère et
D. Cohn-Bendit, c'est plutôt le contraire.
Cependant, les travailleurs et la jeunesse
cherchent la voie de la mobilisation unie
pour arrêter les contre-réformes, les
privatisations. A chaque pas, ils se heurtent
à l'obstacle des directions syndicales. Le
mouvement contre la privatisation des
universités publiques et contre la hausse des
droits d'inscription, partie d'Italie de
Grèce et de France en 2008-2009 s'étend
maintenant à la quasi totalité des pays
d'Europe et atteint même les USA. Ceci alors
que l'UNEF, l'UNL, la FIDL et Sud-Etudiants,
toutes tendances confondues, bloquent toute
possibilité d'une nouvelle mobilisation
étudiante et lycéenne contre la LRU (loi sur
« l’autonomie » des universités).
Les directions syndicales liées au PS, au
PCF et au NPA, tentent d'enfermer les
travailleurs et la jeunesse dans le débat
institutionnel et ne leur donnent comme
perspective politique que les élections
régionales. Aussi, la « mobilisation » contre
la privatisation de la Poste est la
caricature de ce qu'il ne faut pas faire
quand on recherche la voie de l'efficacité
contre les capitalistes. Mais les directions
syndicales contrôlées par ces mêmes partis
font face à une contestation sans précédent
depuis 1968, comme l'attestent les
discussions qui précèdent le 49ème congrès de
la CGT.
Organisé par le gouvernement et «
l'opposition constructive », un autre « débat
» se mène, honteux, lui, scandaleux,
nauséabond, sur « l'identité nationale ». Il
est en vérité le prétexte à la
définition d'un nouveau consensus
réactionnaire, d'un socle commun à
l'UMP, au PS, au MODEM et à leurs satellites
respectifs. Le centre de ce « débat » est «
l'immigration choisie », le seul désaccord
sérieux entre eux portant sur la fixation de
quotas et la liste des secteurs concernés, en
relation avec les directions syndicales.
Tant sur le plan syndical que politique,
des travailleurs et des jeunes de plus en
plus nombreux se dégagent de l’emprise
des appareils, cherchent la voie de la
mobilisation, mais aussi celle de
l'organisation, rejetant tous les projets
réformistes ou néo-réformistes. De fait, le
NPA occupe le terrain laissé vaquant par le
PCF et se dresse comme un obstacle
supplémentaire. Nous nous adressons
aux travailleurs et aux jeunes dont certains
ont pu un temps avoir des illusions dans
cette formation politique ou dans LO :
rejoignez le GSI, rejoignez la LIT-QI !
Ensemble, construisons les outils nécessaires
à la mobilisation unie de tous les
travailleurs, nationaux et immigrés, à
l’échelle du monde, travaillons à la
reconstruction de la IVème Internationale,
l'instrument de la victoire.
(1) Conforme aux principes de la
Charia, le droit islamique
|