| Qu’est-ce que le JERF
?
JERF signifie « Jeunes Emigrés Réunionnais
de France ». Nous avons préféré le terme «
émigré » à celui d’expatrié ou celui
d’exilé. Nous savons que ce terme ne
plaît pas de manière générale, y compris dans
le milieu militant. Pourtant quand nous
arrivons en France, nous connaissons les
mêmes problèmes que tous les autres immigrés,
voire que les sans-papiers. En vérité, nous
ne nous sentons pas assimilés à quelque
métropole. Quand nous arrivons en France, il
n’y a personne pour nous aider ou nous
accueillir. La composition du JERF est variée
: étudiants, chômeurs, travailleurs…
Parfois même des femmes battues qui fuient
leurs maris en France. Mais le JERF
n’est pas une association, notre but
est bien d’organiser
politiquement les gens.
Il faut savoir, qu’il existe une
très forte propagande menée par le MEDEF
local pour inciter les réunionnais à
s’installer en « métropole ».
Quels ont vos
objectifs ?
Nous luttons pour
l’autodétermination des peuples et la
mise en place d’un état socialiste,
pour que les gens puissent réellement savoir
ce que c’est que le socialisme. Même si
aujourd’hui, les gens croient que
c’est « dégueulasse », nous nous
battons pour que les richesses soient mieux
redistribuées, et que ce ne soit pas
seulement des « gros blancs » qui en
profitent. Finalement les principes du JERF,
ce sont l’auto-organisation,
l’internationalisme,
l’anti-colonialisme et l’unité
des luttes. Il faudrait ouvrir une sorte de
front internationaliste, car la force de
l’Impérialisme, c’est qu’il
n’existe pas d’unité dans
l’ensemble des colonies. Il faudrait
faire cela à partir d’ici. Un des
objectifs du JERF, est également de «
radicaliser » les réunionnais qui vivent ici,
c’est-à-dire de les conscientiser sur
la question anticoloniale.
La précarité et la « mobilité » fait
qu’il nous est difficile de nous
organiser. Par ailleurs aujourd’hui,
beaucoup des étudiants qui sont venus pour
faire des études « ont les moyens ». Tous ces
éléments constituent des problèmes pour les
réunionnais à s’organiser. Du fait de
notre isolement, nous avons déterminé
clairement les mots d’ordre et les
revendications de notre organisation, tout en
restant très flou sur sa nature.
Où en est la lutte des
classes actuellement à la Réunion ?
Ces dernières années, la Réunion suit les
conseils de l’OCDE et envoie de plus en
plus d’étudiants pour former les futurs
cadres et développer la Réunion. Marie-Luce
Penchard a déjà préparé les axes de «
développement » : bâtiments / restauration /
tourisme. Les conditions de travail, et de
vie se sont dégradées. Le taux de chômage
atteint les 37,6 %, on estime entre 100 et
120 000 adultes illettrés et 400 000
personnes bénéficiant de la CMU. En outre la
région est de plus en plus militarisée ce qui
accentue les tensions déjà existantes. Il
faut savoir que sur les dix premiers soldats
« français » morts en Afghanistan, 3 étaient
réunionnais ( dont un jeune homme âgé à peine
de 19 ans) et un maorais, c’est-à-dire
originaire de Mayotte.
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Ce qui pèse aujourd’hui,
c’est la répression et la corruption.
En effet, il faut regagner le droit de
s’organiser à la Réunion, parce que
là-bas c’est encore la violence, la
répression à coups de bâtons, des jeunes
femmes enfermées. Par exemple lors des
dernières élections, les voisins se font la «
guerre » entre eux. C’est un vrai
gâchis, cette violence pourrait être utilisée
dans un but révolutionnaire, au lieu de ça,
les colères explosent pendant les élections.
Du coup, il existe peu de personnes qui
s’engagent.
Quelle alternative
s’offre aujourd’hui à la classe
ouvrière ?
Aujourd’hui c’est le désert
politique ! il y avait avant un front
anti-colonial : MARON. Cette
organisation présentait des défauts
(l’anticolonialisme était souvent remis
en cause en interne, alors que c’était
la base de fondation de
l’organisation), mais c’était
sans doute la seule organisation qui aurait
pu constituait un pôle pour qu’il y ait
un positionnement politique sur la Réunion.
Depuis la dissolution de ce front, il
n’existe aucune alternative à la
Réunion. Il existe un COSPAR (une version
bâtarde du LKP) mais les axes centraux sont
contre la vie chère, et refusent de mettre en
avant la question de
l’anti-colonialisme. Dans les tracts,
le COSPAR, parle d’un « département ».
Pendant ce temps, la LCR, devenu depuis NPAR
(nouveau parti anticapitaliste réunionnais)
ne construit rien dans les luttes. Dans une
des résolutions DOM-TOM des camps d’été
du NPA, « par respect de
l’autodétermination des peuples, il
n’y aura pas de structure dans les DOM
TOM. » En fait, il existe des contradictions
chez les militants blancs NPA expatriés, ils
veulent plus faire de la récupération pour le
NPA français, que de construire les luttes à
la Réunion. L’hiver dernier, nous
sommes allés les voir pour aider les luttes,
mais ils ne voulaient pas élargir les
revendications et ne proposaient pas de plan
pour créer l’unité. Ils ont refusé
qu’il y ait une banderole contre le
colonialisme lors des manifestations du 5
mars. Nous nous sommes rendus compte que nous
ne pouvons pas travailler avec eux. Nous ne
pensons pas qu’il s’agit
d’obstacle, ils sont juste absents des
luttes.
Griselda
JERF : http://jerf-libre.blogspot.com/
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