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Article publié dans l'Internationaliste n°100
Pour une unité ouvrière
de la France à la Réunion
Pendant qu’en métropole le gouvernement fait passer les attaques, la lutte des classes s’aiguise dans les colonies. La réunion, un enjeu stratégique pour l’Impérialisme dans l’Océan indien. Bilan d’une discussion avec trois militantes du JERF, qui se battent pour de nouvelles perspectives d’organisation pour les travailleurs réunionnais.
Qu’est-ce que le JERF ?

JERF signifie « Jeunes Emigrés Réunionnais de France ». Nous avons préféré le terme « émigré » à celui d’expatrié ou celui d’exilé. Nous savons que ce terme ne plaît pas de manière générale, y compris dans le milieu militant. Pourtant quand nous arrivons en France, nous connaissons les mêmes problèmes que tous les autres immigrés, voire que les sans-papiers. En vérité, nous ne nous sentons pas assimilés à quelque métropole. Quand nous arrivons en France, il n’y a personne pour nous aider ou nous accueillir. La composition du JERF est variée : étudiants, chômeurs, travailleurs… Parfois même des femmes battues qui fuient leurs maris en France. Mais le JERF n’est pas une association, notre but est bien d’organiser politiquement les gens.

Il faut savoir, qu’il existe une très forte propagande menée par le MEDEF local pour inciter les réunionnais à s’installer en « métropole ».

Quels ont vos objectifs ?

Nous luttons pour l’autodétermination des peuples et la mise en place d’un état socialiste, pour que les gens puissent réellement savoir ce que c’est que le socialisme. Même si aujourd’hui, les gens croient que c’est « dégueulasse », nous nous battons pour que les richesses soient mieux redistribuées, et que ce ne soit pas seulement des « gros blancs » qui en profitent. Finalement les principes du JERF, ce sont l’auto-organisation, l’internationalisme, l’anti-colonialisme et l’unité des luttes. Il faudrait ouvrir une sorte de front internationaliste, car la force de l’Impérialisme, c’est qu’il n’existe pas d’unité dans l’ensemble des colonies. Il faudrait faire cela à partir d’ici. Un des objectifs du JERF, est également de « radicaliser » les réunionnais qui vivent ici, c’est-à-dire de les conscientiser sur la question anticoloniale.

La précarité et la « mobilité » fait qu’il nous est difficile de nous organiser. Par ailleurs aujourd’hui, beaucoup des étudiants qui sont venus pour faire des études « ont les moyens ». Tous ces éléments constituent des problèmes pour les réunionnais à s’organiser. Du fait de notre isolement, nous avons déterminé clairement les mots d’ordre et les revendications de notre organisation, tout en restant très flou sur sa nature.

Où en est la lutte des classes actuellement à la Réunion ?

Ces dernières années, la Réunion suit les conseils de l’OCDE et envoie de plus en plus d’étudiants pour former les futurs cadres et développer la Réunion. Marie-Luce Penchard a déjà préparé les axes de « développement » : bâtiments / restauration / tourisme. Les conditions de travail, et de vie se sont dégradées. Le taux de chômage atteint les 37,6 %, on estime entre 100 et 120 000 adultes illettrés et 400 000 personnes bénéficiant de la CMU. En outre la région est de plus en plus militarisée ce qui accentue les tensions déjà existantes. Il faut savoir que sur les dix premiers soldats « français » morts en Afghanistan, 3 étaient réunionnais ( dont un jeune homme âgé à peine de 19 ans) et un maorais, c’est-à-dire originaire de Mayotte.

Ce qui pèse aujourd’hui, c’est la répression et la corruption. En effet, il faut regagner le droit de s’organiser à la Réunion, parce que là-bas c’est encore la violence, la répression à coups de bâtons, des jeunes femmes enfermées. Par exemple lors des dernières élections, les voisins se font la « guerre » entre eux. C’est un vrai gâchis, cette violence pourrait être utilisée dans un but révolutionnaire, au lieu de ça, les colères explosent pendant les élections. Du coup, il existe peu de personnes qui s’engagent.

Quelle alternative s’offre aujourd’hui à la classe ouvrière ?

Aujourd’hui c’est le désert politique ! il y avait avant un front anti-colonial : MARON. Cette organisation présentait des défauts (l’anticolonialisme était souvent remis en cause en interne, alors que c’était la base de fondation de l’organisation), mais c’était sans doute la seule organisation qui aurait pu constituait un pôle pour qu’il y ait un positionnement politique sur la Réunion. Depuis la dissolution de ce front, il n’existe aucune alternative à la Réunion. Il existe un COSPAR (une version bâtarde du LKP) mais les axes centraux sont contre la vie chère, et refusent de mettre en avant la question de l’anti-colonialisme. Dans les tracts, le COSPAR, parle d’un « département ». Pendant ce temps, la LCR, devenu depuis NPAR (nouveau parti anticapitaliste réunionnais) ne construit rien dans les luttes. Dans une des résolutions DOM-TOM des camps d’été du NPA, « par respect de l’autodétermination des peuples, il n’y aura pas de structure dans les DOM TOM. » En fait, il existe des contradictions chez les militants blancs NPA expatriés, ils veulent plus faire de la récupération pour le NPA français, que de construire les luttes à la Réunion. L’hiver dernier, nous sommes allés les voir pour aider les luttes, mais ils ne voulaient pas élargir les revendications et ne proposaient pas de plan pour créer l’unité. Ils ont refusé qu’il y ait une banderole contre le colonialisme lors des manifestations du 5 mars. Nous nous sommes rendus compte que nous ne pouvons pas travailler avec eux. Nous ne pensons pas qu’il s’agit d’obstacle, ils sont juste absents des luttes.

Griselda


JERF : http://jerf-libre.blogspot.com/

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