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Article publié dans l'internationaliste n°100
Où va le Bloc de Gauche portugais ?
On peut au moins reconnaître une vertu à la crise économique, c’est qu’elle permet de clarifier les positions des organisations politiques. La chute du Mur de Berlin avait déjà créé une confusion terrible au sein des organisations de la classe ouvrière en faisant l’amalgame entre stalinisme et socialisme. La crise est venue accélérer ce processus de décomposition-recomposition. Dans de nombreux pays européens, l’espace vacant laissé par la disparition des partis staliniens et le ralliement définitif des partis sociaux-démocrates aux intérêts de la bourgeoisie ont permis l’émergence de nouveaux projets politiques. Ces partis qui ne sont pas homogènes et dont la composition est souvent déterminée par la situation historique de chaque pays naissent le plus souvent à partir du rejet de la décomposition ou de l’adaptation des partis traditionnels de la classe ouvrière.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’histoire du Bloc de Gauche (BE) portugais. Ce mouvement est né en 1999 comme un front électoral. Il regroupe trois composantes essentielles : le Partido socialista revolucionário (PSR), alors section portugaise du Secrétariat unifié de la Quatrième Internationale, l’União democrática popular, organisation d’inspiration maoïste, et Política XXI, regroupement de plusieurs mouvements et personnalités en rupture avec le Parti communiste portugais (PCP). Le BE ne s’est jamais battu pour le socialisme. Depuis sa création, il se bat pour un anticapitalisme qu’il ne définit surtout pas.

L’espace laissé libre par le PS et l’érosion du PCP ont permis au BE de connaître un succès électoral grandissant, surtout dans la deuxième moitié des années 2000. Le BE s’est alors transformé en parti à part entière, ses différentes composantes devenant des « associations politiques ». Mais le succès électoral du BE s’est aussi traduit par une adaptation croissante du parti.

En parti institutionnel « responsable », le BE participe, et préside même, certaines commissions parlementaires à l’Assemblée de la République. Son projet politique n’est même plus ouvertement anticapitaliste, il s’agit d’aménager le système capitaliste et l’Union européenne. Le BE développe un projet de plus en plus néoréformiste. Oui, néoréformiste, et non réformiste parce que le parti ne possède pas l’implantation historique dans les syndicats et la classe ouvrière que possède le PCP, encore puissant dans le pays.

Ce mouvement d’adaptation s’est accéléré avec la crise, et surtout au cours de l’année 2009. Dans le cadre des élections législatives de l’année dernière, le BE a montré sa disponibilité pour participer à un gouvernement avec le PS alors que ce parti avait mené une politique clairement dirigée contre la classe ouvrière lors de son mandat précédent. Mais en obtenant seize députés (sur un total de 230, et quinze pour le PCP), le BE n’a pas été une force d’appoint suffisante pour constituer un gouvernement stable avec le PS, qui a préféré gouverner seul et passer des accords ponctuels, « à droite et à gauche », pour faire passer ses projets de loi. Ce n’était que partie remise. Depuis, le BE a annoncé qu’il soutenait un historique de la gauche du PS, M. Alegre, pour les élections présidentielles de 2011, sûrement en vue de participer à un éventuel gouvernement de front populaire.

Mais c’est en 2010 que le BE a définitivement franchi la limite de collaboration de classe et ce par deux fois. Premièrement, il a voté la participation du Portugal au prêt de l’Union européenne pour la Grèce. Or, la contrepartie de ce « prêt » est précisément la mise en place d’un plan d’austérité contre les travailleurs grecs. Comment peut-on dire que l’on se bat pour les droits des travailleurs et contribuer à l’instauration des plans d’austérité ? Deuxièmement, le BE a proposé un plan alternatif aux mesures d’austérité prises par le gouvernement PS. Ce plan alternatif s’inscrivait pleinement dans la logique capitaliste de faire payer la crise aux travailleurs, puisqu’il prévoyait la réduction des dépenses de l’État. Il y aurait donc des « bonnes » coupes budgétaires qui se situent dans l’intérêt de la classe ouvrière ?

À l’image du Parti de Gauche en France et de Die Linke en Allemagne, le BE essaie de créer l’illusion que le capitalisme est aménageable, tout en menant ouvertement une politique de collaboration de classe. Or, cela fait longtemps que l’histoire a montré qu’il n’y avait pas de place pour des réformes ou des aménagements dans le cadre du capitalisme à son stade impérialiste. Le BE apparaît donc pour ce qu’il est, une organisation politique de plus en plus procapitaliste. Il est plus que jamais urgent de dénoncer et de combattre ce type d’organisation et de construire un parti politique qui défende réellement les intérêts des travailleurs, ce qui passera nécessairement pas la révolution socialiste.

Mathieu

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