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Article paru dans l'Internationaliste n°101
Soixante-dix ans après la mort de Trotsky,
l’actualité du trotskysme.

Nombreux sont ceux qui, après la chute du mur de Berlin, ont voulu enterrer définitivement Trotsky et son combat pour le socialisme. Non contents de l’avoir calomnié, staliniens et mandélistes se sont empressé de l’enterrer, les uns s’en prenant au légitime héritier de Lénine, au dirigeant victorieux de l’armée Rouge, les autres voulant couper définitivement les liens avec le marxisme contemporain synthétisé dans le programme de transition. Un des premiers pas qui a jalonné le révisionnisme et la capitulation à l’ordre établi fut la remise en cause de la nature des États ouvriers dégénérés « à tendance fortement bureaucratique ». L’objectif était simple, falsifier l’histoire en raisonnant par syllogisme pour expliquer que fascisme et bolchévisme étaient des frères jumeaux.

Que de mensonges et de crimes commis au nom de la démocratie, de la non-violence, de la paix ! Sous couvert de lutter pour un socialisme démocratique du xxie siècle, le SU (« Secrétariat unifié de la IV°Internationale », courant internationale pabliste) et les partis de type NPA (Nouveau parti anticapitaliste), PSOL (Parti socialisme et liberté du Brésil) ou Bloc de gauche (BE, Portugal) nous ont expliqué que le socialisme de Marx était mort, qu’il fallait s’adapter à son temps, s’insérer dans les divers mouvements « progressistes » non définis stratégiquement et relativiser les désaccords du passé avec les staliniens et autres maoïstes convertis à la démocratie et au consensus. Soixante-dix ans après la mort de Trotsky, il ne s’agit pas de refaire une énième fois l’histoire « grandiloquente » des internationales comme le font certains… pour surtout ne pas tirer de conclusion pratique. C’est pourquoi nous voulons revenir sur la question majeure des forces productives : c’est ici que réside, pour nous, l’actualité brûlante du combat des bolchéviks-léninistes et de Léon Trotsky.

La période historique

Construire le parti et son internationale implique beaucoup de souplesse tactique, ce qui ne veut aucunement dire que l’on range son programme dans sa poche… bien au contraire ! Voici ce que dit Trotsky dans l’une de ses conférences en 1921 pour rendre compte du troisième congrès de l’Internationale communiste : « les forces de production ne peuvent plus se développer dans le cadre de la société bourgeoise. En effet, ce que nous voyons au cours de ces dix dernières années, c’est la ruine, la décomposition de la base économique de l’humanité capitaliste et une destruction mécanique des richesses accumulées. Nous sommes actuellement en pleine crise, une crise effrayante, inconnue dans l’histoire du monde, et qui n’est pas une crise simple venant à son heure, « normale » et inévitable dans le processus du développement des forces productrices dans le régime capitaliste ; cette crise marque aujourd’hui la ruine et la décomposition des forces productrices de la société bourgeoise. Il se peut qu’il y ait encore des bas et des hauts, mais en général, comme je l’ai exposé aux camarades dans la même salle il y a un mois et demi, la courbe du développement économique tend, à travers toutes ses oscillations, vers le bas et non vers le haut. Cependant, cela veut-il dire que la fin de la bourgeoisie arrivera automatiquement et mécaniquement ? Nullement. » Trotsky explique ici, comme Marx avant lui, le cadre historique dans lequel se déroule le combat révolutionnaire. C’est de la cessation de croissance des forces productives que naît la nécessité de renverser le capitalisme.

Le parti révolutionnaire

C’est une nécessité quand « un changement des formes sociales devient nécessaire pour l’évolution ultérieure du pouvoir humain, alors, cette évolution se produit non pas d’elle-même, comme un lever ou un coucher de soleil, mais grâce à une action humaine, grâce à une lutte des hommes, réunis en classes », dit-il encore dans cette conférence. Se réunir en classe qui a conscience de ses intérêts, pour nous, est synonyme de construction d’un parti et d’une internationale centralisés démocratiquement, sur les bases d’un programme révolutionnaire. Néanmoins, cet objectif stratégique – la construction du parti et de l’internationale – doit tenir compte de la volonté de la bourgeoisie de « conserver à tout prix son pouvoir ». Car, plus la bourgeoisie se sent et se sait en danger, plus elle fait preuve de « finesses et de cruauté » pour conserver son pouvoir.

La tactique

Trotsky précise le cadre historique dans lequel se mène le combat, c’est-à-dire les implications des oscillations des forces de production : « Le fait est que les côtés différents du processus historique : l’économie, la politique, l’État, la poussée de la classe ouvrière, ne se développent pas simultanément et parallèlement. La classe ouvrière ne se développe pas point par point, parallèlement à la croissance des forces de production, et la bourgeoisie ne dépérit pas au fur et à mesure que le prolétariat croît et se raffermit. Non, la marche de l’histoire est autre. Les forces de production se développent par bonds ; par moment, elles progressent avec rapidité, parfois elles reculent. La bourgeoisie, à son tour, s’est aussi développée par bonds ; la classe ouvrière de même. »

Bien que les forces productives ne puissent plus croître sur une base bourgeoise et que la révolution prolétarienne est devenue une absolue nécessité, Trotsky, après avoir affirmé que l’histoire « nous a fourni une prémice fondamentale » de la réussite de la révolution, précise néanmoins : « l’histoire ne se charge pas, par cela même, de résoudre ce problème à la place de la classe ouvrière, des politiciens de la classe ouvrière, des communistes […], elle dit à la classe ouvrière : “il faut que tu saches que tu périras sous les ruines de la civilisation, si tu ne renverses pas la bourgeoisie. Essaie, résous le problème.” »

Essayer de résoudre le problème : c’est par une périphrase que Trotsky définit les problèmes de la tactique révolutionnaire. Essayer implique le droit de se tromper, de corriger mais sans remettre en cause la courbe des forces productives qui tend vers le bas, autrement dit, la période historique. Ceci implique aussi de ne jamais subordonner la stratégie à la tactique. De ce point de vue, les sympathisants de partis se réclamant de l’anticapitalisme large non défini stratégiquement mais se réclamant encore du trotskysme ne se situent plus dans la continuité historique du combat du bolchévisme-léninisme.

Raoul.

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