| Après vingt mois
d’interruption des pourparlers
officiels, des négociations sont annoncées
entre le gouvernement de l’État
sioniste et la dite autorité palestinienne,
représentation fantoche dirigée par M. Abbas.
Tout ceci sous l’égide de B. Obama, de
H. Clinton, avec la « garantie » du président
égyptien, H. Moubarak, et du roi Abdallah de
Jordanie.
H. Clinton, la secrétaire d’État des
États-Unis, a même annoncé qu’il
s’agissait d’aller rapidement
vers deux États et donc la création de
l’« État » palestinien. Depuis les
accords d’Oslo et le début du prétendu
processus de paix, la politique des sionistes
avalisée par la direction du Fatah a consisté
en une politique du fait accompli avec, en
contrepartie du démantèlement des colonies de
la bande de Gaza, un mouvement de
colonisation sans précédent depuis la
création de l’État d’Israël.
Dans la dernière période, l’accent a
été mis sur Jérusalem-Est, c’est-à-dire
toute la partie est du district de Jérusalem.
Pendant que tout était fait pour expulser des
familles arabes de Jérusalem et construire
– ou reconstruire – des
synagogues dans la ville, l’État
sioniste a renforcé son emprise sur la terre
et sur les services essentiels, comme
l’approvisionnement en eau. La
Cisjordanie n’est plus qu’une
continuité de blocs d’implantation
coloniale sionistes, alors que la
pseudo-autorité nationale palestinienne règne
sur un petit territoire morcelé, truffé de
points de contrôle de l’armée
israélienne et entouré par un mur…
construit sur son propre sol !
Le Fatah et le
Hamas
La bourgeoisie palestinienne qui est la
base de l’administration de M. Abbas
cherche à profiter de toutes les opportunités
de faire des affaires avec les sionistes et
avec les capitalistes du monde entier alors
que la population s’enfonce dans la
précarité et la misère, pendant que la bande
de Gaza et son million et demi
d’habitants sont maintenus sous un
blocus sévère après une tentative
d’écrasement lors de l’opération
Plomb durci. Ceci dit, la pression de la rue
fait que le Fatah est loin d’être
homogène, même si sa direction est
passablement corrompue de par ses liens
nombreux avec les sionistes et les diverses
puissances impérialistes.
De son côté, le
Hamas, qui gouverne la bande de Gaza,
multiplie les contorsions pour peser dans les
négociations. Peut-on interpréter autrement
l’appel de Khaled Mechaal, chef du
Hamas exilé en Syrie, appel en direction de
H. Moubarak et Abdallah II, insistant sur le
fait que les « négociateurs palestiniens ont
renoncé à leurs exigences », à savoir
l’arrêt de la colonisation comme
préalable à toute reprise des
discussions(1) ?
K. Mechaal, qui appelle les Palestiniens à «
adopter une stratégie qui repose sur le
renforcement de la résistance et
l’attachement aux droits
nationaux(2) »
accepterait-il de reconnaître l’État
d’Israël – et donc la partition
de la Palestine en deux États – si les
sionistes renonçaient à de nouveaux
programmes de colonisation ?
On peut toujours considérer que cet appel
ne « mange pas de pain » car les sionistes
n’ont aucune intention de renoncer à
leur politique expansionniste dans la région.
Cependant, il indique que le Hamas serait
prêt à reconnaître l’État
d’Israël à certaines conditions. Pour
ceux qui en doutaient, le Hamas est bien un
mouvement nationaliste bourgeois qui limite
ses revendications nationales au cadre du
système capitaliste à l’époque
impérialiste.
De 2006 à
2010…
Toutefois, toujours selon l’AFP, K.
Mechaal à martelé que « Le peuple palestinien
n’acceptera pas que l’on brade
ses droits » et il a appelé à « briser
l’embargo » imposé par Israël contre
l’enclave. Il est évident que la
défaite de l’armée sioniste au Liban en
2006 a marqué un tournant en ce sens que le
rapport des forces est apparu modifié. Le
peuple palestinien est sorti renforcé dans sa
détermination et malgré la forte tendance à
la capitulation des différents secteurs qui
prétendent le représenter.
Fin mai dernier, l’arraisonnement,
dans les eaux internationales, de la
flottille humanitaire qui visait à rompre le
blocus de Gaza est apparu à de larges
secteurs à l’échelle internationale
pour ce qu’il était : un acte de
piraterie sanglante, la marque d’un
État barbare qui ne recule devant rien,
disposant du soutien de puissants
protecteurs. Ses conséquences ont été
nombreuses, à commencer par la crise qui
s’est ouverte avec la Turquie, premier
État de la région à avoir reconnu
l’État d’Israël, dès 1949, la
Turquie, avec laquelle Israël a signé un
partenariat stratégique, y compris sur le
plan militaire.
Cet acte de piraterie a donc isolé un peu
plus l’État sioniste et ouvert la voie
à un renforcement qui ouvre de nombreuses
possibilités de mobilisations pour avancer
vers sa destruction. C’est pourquoi
l’impérialisme et les sionistes
cherchent à reprendre l’initiative
avant que l’opinion ne finisse par se
retourner contre l’État
d’Israël.
Ceci est d’autant plus important que
le soutien de l’impérialisme
états-unien à Israël pèse d’un coût
financier difficilement supportable : cette
aide pèse en 2010 pour plus de 20 % du budget
militaire israélien ; elle est en croissance
de 16 % par rapport à 2009. La situation
économique réelle des États-Unis est telle
que l’administration Obama recherche un
appui européen plus franc vis-à-vis de sa
politique israélienne.
Une urgence pour
Obama
Cela est d’autant plus urgent pour
Obama que, sur le plan intérieur des
États-Unis, l’engagement aux côtés des
sionistes est en train de devenir un enjeu
décisif. Ainsi, le général Petraeus, qui a
pris le commandement du corps expéditionnaire
de l’Otan en Afghanistan, aurait
déclaré en mars dernier que la politique de
Benyamin Netanyahou mettait en danger les
soldats états-uniens dans la région.
De leur côté, les
néoconservateurs de l’ancienne équipe
Bush ne restent pas les deux pieds dans le
même sabot et cherchent à imposer leur
politique de soutien inconditionnel au
sionisme et d’agression envers
l’Iran. Il est évident qu’ils
conservent des liens privilégiés avec le
gouvernement Netanyahou, ce dernier qui fut
jadis au centre de l’élaboration
d’un des textes fondateurs de la
politique néoconservatrice(3)
|
Mais
surtout, Israël, dont le premier client est
les États-Unis (pour plus de 40 %) subit
également le contrecoup de la crise
capitaliste. Les initiatives se sont
multipliées pour soutenir économiquement
l’État sioniste, comme son adhésion
récente à l’OCDE, mais la politique
ultralibérale de Netanyahou provoque
également des tensions. En effet, un quart
des israéliens sont sous le seuil de
pauvreté, même si plus de 40 % de ces pauvres
sont des arabes israéliens… Or, 16 %
des pauvres sont des juifs orthodoxes et 3 %
des Éthiopiens(4)…
Outre les mobilisations des Arabes
israéliens, parfois en relation avec la
résistance palestinienne, d’autres
mobilisations se développent comme au début
de l’année dans la fonction publique
et, dernièrement, dans les banques. Une grève
des personnels diplomatiques a même provoqué
un « incident » avec les services secrets du
Mossad lors de la visite de B. Netanyahou en
Grèce en août dernier.
Dans ce contexte de tension sociale, il
n’est pas étonnant que les juifs
orthodoxes du Shas, parti qui participe de la
coalition gouvernementale, cherchent à faire
pression sur Netanyahou pour continuer à
infléchir sa politique vers la droite, comme
le montre la diatribe anti-Arabes de son chef
ou la manifestation de juin dernier de plus
de 100 000 orthodoxes qui refusent la mixité
entre Sépharades et Ashkénazes dans les
écoles du pays !
D’un autre côté, les critiques
envers l’armée – qui n’est
plus invincible désormais – se
développent avec la publication de photos
mettant en scène une soldate avec des
prisonniers palestiniens qui rappelle la
sinistre affaire de la prison d’Abou
Graïb en Irak contrôlée par les tortionnaires
de l’armée et des services spéciaux
états-uniens.
C’est donc une situation de crise
économique, sociale, politique et morale que
traverse l’État sioniste et cette crise
doit être mise à profit pour affaiblir
l’État et avancer dans la voie de sa
destruction.
Lever le blocus de Gaza,
développer un boycott de l’État
d’Israël
L’indignation soulevée par
l’acte de piraterie à l’encontre
de la flottille humanitaire en mai dernier a
fait prendre conscience à de nombreux
travailleurs, militants et jeunes, dans le
monde entier, de l’iniquité de
l’existence de l’État
d’Israël. La lutte pour briser le
blocus de Gaza a franchi désormais un saut
qualitatif et une véritable campagne pour le
boycott d’Israël, semblable à celui qui
a été organisée contre le régime raciste de
l’apartheid en Afrique du Sud dans les
années 1980 et 1990, peut et doit se mettre
en place.
Le boycott doit
frapper les relations militaires,
diplomatiques, économiques, éducatives,
culturelles et sportives. Une initiative
s’est mise ne place avec la campagne
internationale BDS (Boycott, Desinvestment,
Sanctions(5) à
la demande des travailleurs et populations
palestiniens.
Cette exigence doit se développer et
aboutir à l’échelle de l’Union
européenne et dans chaque pays. Ainsi, il est
urgent que l’Union refuse les survols
de l’aviation militaire israélienne, en
Roumanie ou ailleurs, que la Turquie ne lui
permet plus. Il est urgent que le
gouvernement Sarkozy-Fillon annule les
accords de coopération militaires et
policiers avec Israël.
Les accords universitaires, scolaires
doivent être annulés, les transferts de fonds
bloqués. Les compagnies qui opèrent en
Palestine, à l’image d’Alstom
avec la construction du tramway de Jérusalem,
doivent cesser toute activité là-bas.
Déjà, les dockers de Suède et de Norvège
ont engagé des actions de refus de chargement
ou déchargement des navires israéliens. La
University and College Union, un syndicat que
représente environ 120 000 professeurs et
employés d’écoles et
d’universités de la Grande-Bretagne, a
décidé son adhésion au BDS.
Le comité éxécutif central du SAMWU
(Syndicat des travailleurs municipaux
d’Afrique du Sud) a décidé, comme une
partie de la campagne BDS, qu’il
empêchera tout lien académique, culturel,
sportif ou d’autre type avec Israël et
il a déclaré publiquement sa solidarité avec
le peuple palestinien. Dans ce même pays, en
février dernier, les dockers de Durban ont
refusé de décharger les containers d’un
bateau israélien.
Le CFMEU (Syndicat australien des
travailleurs de la construction,
l’industrie minière et l’énergie)
a approuvé, le 11 mai dernier, son adhésion
au BDS. De même, les dockers membres de
l’International Longshore and Warehouse
Union (ILWU, syndicat des dockers) ont
soutenu l’appel et ont participé au
piquet d’Oakland, en Californie, contre
le chargement et le déchargement de navires
en provenance ou à destination
d’Israël.
Nous nous adressons également aux
travailleurs, aux jeunes, aux militants, en
Israël même. Comme les travailleurs et la
jeunesse blanches d’Afrique du Sud
jadis, ils ont un devoir et une
responsabilité non seulement morale mais
surtout, comme travailleurs, une
responsabilité de classe car il n’y a
qu’une seule classe ouvrière. Le
sionisme est une impasse meurtrière, un
processus de guerre sans fin : ce courant
politique, son État, son armée, ses
institutions, son gouvernement doivent être
détruits et remplacés par une seule Palestine
sur la base « Un homme, une femme, une voix !
».
La lutte pour briser le blocus de Gaza est
un élément de la lutte pour briser
l’État sioniste et établir une
Palestine laïque démocratique et non raciste.
Un seul État palestinien dans la perspective
des États-unis socialistes du Proche et du
Moyen-Orient !
J.-Louis
(1) AFP, 24 août 2010.
(2) Idem
(3) A clean break: A New Strategy for
Securing the Realm (« Une rupture nette : une
nouvelle stratégie pour sécuriser le domaine
»), document élaboré par le Groupe
d’étude sur une nouvelle stratégie
israélienne vers l’an 2000 dirigé par
R. Perle.
(4) Rapport 2007 de la Banque
d’Israël.
(5) http://www.bdsfrance.org/.
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