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Kanaky, juillet 2010 : entre provocation et mascarade !
Depuis le 17 juillet, les drapeaux français et kanak flottent côte à côte à Nouméa. Lors d’une visite prétendument officieuse pour conforter le processus de décolonisation par étapes mais en vérité très officielle, F. Fillon a assisté à la levée du drapeau français et du drapeau kanak au Haut-commissariat de la République à Nouméa. Le lendemain, le Premier ministre a suivi les traces de ses prédécesseurs socialistes, M. Rocard et L. Jospin(1), en se rendant dans la tribu Tiendanite (Nord-Est) dont était membre l’ancien leader du front indépendantiste, J.-M. Tjibaou(2). Retour sur ce week-end qui aura de lourdes conséquences.

Rappelons l’importance de cette levée de drapeaux : les accords de Nouméa(3) stipulent que la Nouvelle-Calédonie doit se doter de signes identitaires (drapeau, hymne, devise et nom) « reflétant la culture kanak et le futur partagé entre tous(4)», et c’est ainsi que le Premier ministre souhaiterait que soit interprétée la cérémonie du 17 juillet. Or, la levée du drapeau français à coté du drapeau kanak n’est pas le signe d’un pas vers l’indépendance mais bien la preuve d’une domination pérenne de l’État français sur la Kanaky.

Paul Néaoutyine (Palika(5)), président de la province nord, fustige : « Quand est-ce qu’on parle d’un drapeau commun ? » En face, Philippe Gomez (Calédonie ensemble(6)), président du gouvernement, se lamente : « Moi je veux un drapeau calédonien qui rassemble, pas deux drapeaux qui divisent. »

L’absence de réaction des indépendantistes devant cette provocation de l’État français et les propos de Philippe Gomez, ancien membre du RPCR(7), nous montrent le marasme politique dans lequel baigne la Kanaky. Aujourd’hui, le seul drapeau à brandir existe déjà : le drapeau kanak, celui créé pendant les luttes historiques du mouvement. Depuis de nombreuses années, les indépendantistes (FLNKS(8), Palika…) ont pris l’habitude se concéder systématiquement à l’État colonial français. Préférant aller sur le terrain du « destin commun », d’une « indépendance ensemble », reléguant aux oubliettes les mots d’ordre historiques du Palika, vers l’unité de classe contre l’exploitation et donc la colonisation sous toutes ses formes.

Mais la mascarade continue avec l’hommage rendu par F. Fillon à J.-M. Tjibaou. Accueillir le Premier ministre de Nicolas Sarkozy avec des fleurs, des chansons et des danses à l’aéroport de la Tontouta était déjà inattendu. Mais un accueil fait de danses et d’échanges d’offrandes dans la tribu Tiendanite par la veuve et le fils de J.-M. Tjibaou relève sans nul doute du surréalisme ! Après avoir planté un pin à côté de la tombe du leader assassiné, F. Fillon a prononcé ces mots : « Je sais les souffrances qui ont marqué ce territoire. ».

Le caractère folklorique du séjour ne suffit à en cacher son côté ubuesque ! Voilà où conduit aujourd’hui le culte de la personnalité qui est alimenté autour de J.-M. Tjibaou depuis son assassinat. Est-il utile de rappeler que la droite républicaine a les mains tâchées du sang des indépendantistes qu’elle a liquidés lors de l’assaut de la grotte d’Ouvéa ? Et même si F. Fillon a revêtu le costume de Bougainville, il n’en reste pas moins le valet d’un petit Napoléon.

Cette visite est une provocation du gouvernement Sarkozy envers le peuple kanak, et la légitimité du combat pour l’indépendance est aussi la preuve que sur le terrain institutionnel et électoral le gouvernement et ses alliés en Kanaky considèrent que les dés sont déjà jetés. Le Premier ministre peut donc affirmer en toute sérénité que le choix reviendra « aux Calédoniens et à eux seuls », tout en partageant l’espoir de M. Rocard qui affirmait en 1988 lors de sa visite en Nouvelle-Calédonie : « mon souhait le plus cher est qu’en 1998(9) la Nouvelle-Calédonie choisisse de rester dans l’ensemble français ».

En vérité, la mascarade avait commencé vingt-deux ans plus tôt, et F. Fillon marche dans les traces de deux autres Bougainville déguisés en socialistes.

Griselda


(1) En 1988, M. Rocard et L. Jospin se sont rendus en Nouvelle-Calédonie une semaine après la signature des accords de Matignon.

(2) Ancien leader du FLNKS assassiné en 1989 après la signature des accords de Matignon.

(3) Texte constitutionnalisé signé en 1998 entre l’État français, la droite calédonienne et le front indépendantiste qui organise le processus de décolonisation de la Kanaky débouchant sur un référendum d’autodétermination prévu entre 2014 et 2018.

(4) Extrait des accords de Nouméa.

(5) Parti de libération kanak, parti historique pour l’indépendance de la Kanaky et composante essentielle du FLNKS.

(6) Calédonie ensemble : parti anti-indépendantiste non majoritaire dans la droite calédonienne.

(7) RPR calédonien.

(8) Front de libération kanak et socialiste.

(9) Date initialement prévue pour le référendum d’autodétermination.

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