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Article paru dans l'Internationaliste n°94

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Un congrès de la CGT qui fera date

Les trois quarts des délégués assistaient à leur premier congrès. Les structures syndicales avaient suscité des candidatures calibrées, que les délégués aient quelque chose à dire ou pas ; à tout le moins, ils feraient d’excellents figurants. Des participants pas forcément mandatés par leur syndicat, des invités de marque, des documents disponibles souvent uniquement « sur Internet », des exposants de prestige. Voilà ce que fut le 49e congrès de la CGT. L’orientation change, mais les vieilles méthodes bureaucratiques perdurent… Tout avait été méticuleusement préparé. Pourtant, ce congrès fut mouvementé - il ne pouvait en être autrement. L’aiguisement de la lutte des classes au cours de ces dernières années, surtout en 2009, a eu ses répercutions sur la CGT dans son ensemble. Ce congrès fera date.

En effet, l’orientation confédérale impulsée depuis le 45e congrès de 1995 est faite d’un accompagnement de plus en plus patent des contre-réformes voulues par le gouvernement et le patronat. Elle est axée autour de la démarche du « syndicalisme rassemblé », du « statut du travailleur salarié », de la « sécurité sociale professionnelle » et de la « maison commune des retraites ». L’adoption de cette orientation a déclenché une dynamique qui a poussé la direction de la CGT sur la voie d’une intégration aux institutions de l’État bourgeois. C’est la contradiction entre cette orientation et les nécessités objectives du combat de la classe ouvrière qui a poussé des milliers de militants de la CGT dans la voie de la contestation de la direction confédérale symbolisée par B. Thibault.

Au-delà du « délégué Delannoy »

Ces adhérents et militants se sont saisis de la candidature de J.-Pierre Delannoy au poste de secrétaire général, candidature alors rejetée avec mépris : « hors statuts ». Le candidat Delannoy est donc devenu « simplement » le « délégué Delannoy ». Il ne faut pourtant pas minimiser l’initiative autour de ce métallurgiste du Nord. Elle a rassemblé plusieurs milliers de syndiqués qui voulaient dire ce qu’ils pensaient de B. Thibault et de la direction confédérale de la CGT.

Cependant, autant cette « candidature » a été un élément important pour des secteurs d’opposition, autant l’opposition dans son ensemble a largement dépassé ce qu’a pu représenter cette candidature alternative à B. Thibault, secrétaire général sortant, candidat à un quatrième mandat. Lors de son discours de clôture, B. Thibault, si prompt à additionner les votes « pour » et les abstentions, refuse d’additionner les votes « contre » et les abstentions. Cherchant ainsi à minimiser le poids de cette opposition, il sera, dans les faits, obligé de le reconnaître : le rapport d’activité a recueilli 71 %, 22 % ont voté contre, 7 % se sont abstenus, et il s’agit d’un rapport essentiel.

Tout, également, avait été fait pour éviter que le débat se mène sur l’orientation : des invités fort opportunément appelés à la tribune sous les applaudissements du congrès ont servi à couper court à certains affrontements. Les vedettes comme G. Rieder de la CSI ou J. Monk de la CES ont dû supporter de voir de nombreux délégués quitter ostensiblement la salle lors de leur discours. Pour éviter une manifestation plus forte, B. Thibault a dû décommander la visite de… F. Chérèque, le secrétaire général de la CFDT. Quand à J.-M. Ayrault, maire de Nantes, député et président du groupe PS à l’Assemblée nationale, après une envolée lyrique à la tribune à propos de l’héritage anarcho-syndicaliste de la Loire-Atlantique, il n’a pas pu éviter une confrontation, hors congrès, avec le syndicat des communaux de la ville…

Il faut aussi saisir que le piège tendu par la direction confédérale résidait dans un affrontement « personnel » entre les pro-Delannoy et les pro-Thibault. B. Thibault a bien été porté à la tête de la direction confédérale en 1995 car il semblait à cette dernière le mieux à même d’incarner la « nouvelle » orientation ; il a concentré les attaques dans la dernière période. Alors, certes, pour paraphraser un ancien membre de la CE confédérale, pour le bien de la CGT, B. Thibault aurait dû renoncer et partir. Mais celui-ci n’est, cependant, que le « symptôme », si l’on peut dire, d’un mal plus profond : l’orientation qui remet en cause l’indépendance de la CGT par rapport à l’État, l’orientation faite d’accompagnement des contre-réformes. En personnalisant l’affrontement, la direction confédérale comptait éviter le débat sur le fond, sur le bilan, sur les choix, sur l’orientation. Elle a en partie échoué.

Et maintenant ?

Parmi les contre-réformes en cours, il en est une qui sera au cœur de la lutte des classes en 2010 : les retraites. De 1994 à 2008, tous les travailleurs, quel que soit leur statut, ont été attaqués sur leur régime de retraite et se retrouvent désormais dans la « maison commune des retraites » à devoir cotiser 41 ans d’ici à 2012… Medef et gouvernement reviennent maintenant à la charge avec des projets pour mettre fin à l’âge légal de départ à 60 ans, allonger la durée de cotisation et imposer la capitalisation.

L’exigence de la revendication d’une cotisation à 37,5 ans pour tous, comme avant 1993, a donc été l’axe d’intervention d’un secteur important des opposants à la direction confédérale. Pourtant, celle-ci réitère que cette revendication n’est plus celle ce la CGT depuis deux congrès… C’est donc très probablement un des thèmes sur lesquels le clivage va se faire à l’issue de ce congrès. Sur ce sujet, comme sur la mise en place des nouvelles structures de la CGT que la « nouvelle » direction va chercher à imposer avec une réduction du nombre des fédérations, la généralisation des « syndicats interprofessionnels de site » et une régionalisation.

B. Thibault a été réélu secrétaire général, bien qu’il soit arrivé en 53e position sur 55 élus à la nouvelle CE confédérale : le plus mauvais résultat de l’histoire de la CGT ! Mais peu importe, la direction confédérale issue de ce 49e congrès va maintenant chercher à tirer tout le parti qu’elle pourra de cette légitimité pour rendre l’évolution de la CGT vers le syndicalisme d’État irréversible.

Au sortir du congrès, la grève de la ligne A du RER parisien (1 million de passagers par jour) sonne comme un avertissement : après 18 jours de grève, les cheminots ont dû reprendre le travail avec très peu de résultats. N. Sarkozy est intervenu en personne auprès de la RATP pour bloquer toute possibilité de donner satisfaction aux revendications. Cela aurait pu créer un précédent dans un contexte hautement explosif. Les cheminots de la ligne A sont ainsi restés isolés pendant 18 jours, la plus longue grève depuis 1995. Pire, alors que la revendication d’une prime était secondaire – l’essentiel portant sur les conditions de travail et la sécurité –, les appareils syndicaux, à commencer par celui de la CGT, ont systématiquement mis en avant la prime, ce qui a ouvert un boulevard à l’UMP pour tenter d’opposer les usagers des transports aux grévistes.

Au demeurant, le bras de fer de ce 49e congrès qui a opposé la direction confédérale de la CGT à un courant de contestation grandissant, plus homogène et mieux structuré, sera tranché dans la période à venir par la lutte des classes. La bataille pour l’indépendance et la démocratie continue, comme la bataille pour l’emploi et les retraites, pour les sans-papiers, pour la protection sociale et contre les privatisations, pour l’éducation et la santé, pour les salaires et les conditions de travail.

La FSU réunira son prochain congrès début février 2010 à Lille. Celui-ci marquera une étape dans le combat que doivent mener ceux qui, comme les militants du GSI, cherchent à ouvrir une perspective en rupture avec la CES et la CSI, en rupture avec les institutions de l’État bourgeois, cette perspective que nous appelons la Centrale unique des travailleurs, la CUT. Désormais, quoi que dise B. Thibault à la CGT et ses semblables à la FSU à propos du « droit de tendance », etc., le rassemblement des militants dans des tendances « lutte des classes » au sein de chaque organisation syndicale est la proposition que font les militants du GSI.

J.-Louis

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