| « Seul un mouvement
d’ensemble est susceptible
d’imposer nos revendications. »
Cet appel abstrait à une grève générale sans
perspective politique est le seul argument
qu’il reste au NPA pour tenter
d’attirer les voix de milliers de
travailleurs et de jeunes en lutte, dans les
urnes des élections régionales. Mais dans un
contexte d’aiguisement des luttes pour
contrer les conséquences de la crise, le NPA
n’aide en rien à l’unification
nationale des travailleurs. Entièrement
mouillé dans une logique électoraliste sur la
base d’un programme d’adaptation
à l’Europe capitaliste, le NPA souffre
déjà d’une crise interne qui augure mal
de son avenir.
Le bourbier
électoral
Le grand débat
national qui a animé le NPA ces derniers mois
a porté sur la tactique à adopter aux
élections régionales. Nouvelle
épreuve du feu pour un NPA qui a subi, malgré
ses déclarations, un échec aux élections
européennes de juin dernier. Le parti entier
s’était engagé déjà dans une
grande campagne qui mettait ouvertement les
luttes au service de son programme pour une «
Europe sociale ». Avec 4,8 % des
voix, aucun siège ni remboursement de
campagne, le parti s’est empressé
d’accuser l’abstention
d’avoir nui au résultat(1). Prise de peur à neuf
mois des régionales, la direction du NPA
s’est tournée immédiatement vers le
Parti de gauche, le Parti communiste français
et le Parti socialiste afin de négocier des
accords qui sauveraient les meubles aux
prochaines élections. Ces accords «
techniques » formulés au début du mois de
juillet ont scellé l’appui du NPA au
PS pour le second tour des élections
régionales.
Le NPA soutiendra
le PS pour « battre la droite ». Mais
n’est-ce pas le PS qui est à la tête de
22 régions sur 25 depuis cinq ans ?
La décentralisation et la régionalisation est
une politique impulsée par l'Union Européenne
afin de diviser et de mettre en concurrence
les différentes régions à l'échelle de
l'Europe. C'est notamment la clef de voûte de
la privatisation de nombreux services
publics(2). Le
PS siège dans les institutions régionales
pour défendre des contre-réformes
capitalistes. On ne peut plus le considérer
comme un parti ouvrier. Son programme
d’adaptation à une « économie sociale
de marché » fait du PS un parti bourgeois,
un parti procapitaliste. Le
NPA donnera ses voix à un parti
procapitaliste pour battre la droite
capitaliste ? Quelle alternative sérieuse !
La stratégie de soutien au PS étant ainsi
fixée pour le NPA, les trois
motions proposées à ses adhérents
pour décider de la tactique au premier tour
sont de fait trois impasses :
- La motion A, soutenue par la
direction majoritaire du NPA, dont
son porte-parole O. Besancenot, appelait à
faire des listes pour construire
l’« unité en recherchant
sincèrement un rassemblement autour de
mesures d’urgence et pas sur
l’intégralité [du] programme
». Suite à l’échec des
négociations avec le Parti de gauche, la
direction du NPA demande donc un
maximum de concessions à ses
adhérents afin de négocier de nouveaux
accords électoraux. Pour
l’ancienne direction LCR le programme
et le projet ne sont pas essentiels au parti.
Elle prône aujourd’hui le pire
opportunisme, elle s’appuie
sur des militants et associations de terrain,
souvent très sincères dans leur dévouement,
mais sans accords politiques sérieux et
clairs, pour soutenir l’élection
d’un candidat NPA.
- La motion B, soutenue par la
fraction l’Étincelle (ancienne fraction
de Lutte ouvrière) et appuyée par les
tendances de gauche du NPA, veut se
montrer un poil plus audacieuse. Tenant
compte des manœuvres du PC et du PG
pour exclure le NPA du Front de gauche, la
motion B appelle à mener une campagne solo
sur le mot d’ordre « Face à
la crise sociale et écologique imposons des
mesures d’urgence
anticapitalistes. » Autrement
dit, le NPA devrait se battre de
manière conséquente sur la base du programme
adopté en congrès. Quelle audace ! «
Notre rôle est de préparer les conditions
pour une grève générale qui déboucherait sur
un affrontement global avec le pouvoir
», nous rappelle la motion de gauche.
D’accord pour l’affrontement
global, mais pour aller où et comment
? Le programme du NPA ne répond pas
à cette question. Et la gauche du parti fait
finalement le choix de ne pas y répondre non
plus en appuyant le plan d’urgence
réformiste de la direction.
- La motion C, quant à
elle, demandait à continuer les
vaines négociations avec le PG et le
PCF afin de pouvoir s’assurer des
sièges dans les conseils régionaux.
Ouvertement pour un compromis sur une base
antilibérale, la motion C se prononce
pour une fusion des listes NPA dans
celles du PS au second tour des
élections.
Sur les 8 000
adhérents revendiqués par le NPA,
seuls 4 500 se seraient
prononcés. Le Conseil politique
national (conseil dirigeant du NPA) se garde
bien d’en tirer les leçons politiques :
pour lui le débat « témoigne de la
vitalité démocratique du NPA » ! Aucune
des motions ne fait la majorité. La direction
n’obtenant que 36,3 % sur sa motion A
(environ 20 % du total des adhérents) est de
fait délégitimée dans son propre parti. La
synthèse finale(3), adoptée par 70 % du
CPN, est un compromis entre la motion A et la
motion C qui a recueilli 31,5 % des voix.
Avec moins de 4 % d’intentions de vote
pour le NPA dans les sondages, la stratégie
électorale du NPA est d’emblée un
échec. Une telle division interne sur
la question électorale alors que la campagne
est assurée d’être un échec amène le
NPA dans une crise dont il ne pourra
se relever à moins d’accepter toutes
les conditions du Front de gauche. Et vu le
mal que le parti s’est donné pour
récolter les 200 000 euros pour financer sa
campagne, c’est qu’il craint un
gouffre financier qui annoncerait son
implosion finale.
Entre l’adaptation à
l’UE et un avenir politique
bouché
Vu il y a encore un an par de nombreux
militants issus de traditions très
hétérogènes comme une réelle alternative « à
gauche de la gauche », le Nouveau
parti anticapitaliste a déjà déçu dans ses
rangs des milliers de militants qui
ont rompu, à droite comme à gauche. Le projet
du parti est en effet trop confus et
contradictoire pour pouvoir garder une assise
militante stable. Le NPA prône une politique
anticapitaliste au sein des institutions
capitalistes ! Ainsi peut-on lire dans la
motion de synthèse : « Une politique qui
s’établit dans la transparence
s’appuie sur les mobilisations sociales
et sur la mise en place de procédures
démocratiques permettant d’associer la
population aux principales décisions. ».
Le NPA y appelle à appuyer une
supposée démocratie dans les institutions
régionales en s’appuyant sur les
mobilisations, alors même que la crise
économique pousse naturellement les luttes à
remettre en cause ces institutions.
De même, la synthèse propose que « la
poursuite des discussions unitaires relève
dorénavant de la compétence des structures du
NPA dans chaque région. » Le NPA se
soumet donc entièrement au cadre des régions,
cadre lui-même imposé par l’UE. Dans la
continuité de l’« Europe sociale »
défendue pendant les élections européennes,
le NPA se place entièrement sous
l’égide de l’Europe capitaliste,
en promouvant l’utopie selon laquelle
on peut réformer ses institutions par la
mobilisation et la démocratie participative
!
|
Le NPA se sert des
luttes comme d’une tribune électorale,
c’est pourquoi il multiplie les appels
à manifester sans jamais travailler à unifier
ces luttes. Mais les ambitions
électorales du NPA n’ont aucune issue
face à un Parti de gauche bien plus
conséquent sur le terrain de
l’anticapitalisme. Le parti de
Mélenchon, issu du PS et rassemblant beaucoup
de militants proches du PCF, ouvertement
réformiste, possède des réseaux dans
la classe ouvrière et dans les associations
que n’aura jamais le NPA. Le
PG et le PCF tiennent le terrain électoral du
néoréformisme d’une main de fer.
Il n’y a pas de place
électorale pour un NPA.
Cette politique d’adaptation à
l’UE, sans issue dans les scrutins, est
totalement acceptée par la gauche du NPA qui
obtient 28,5 % des votes sur
sa motion B, et qui s’est
contentée de s’abstenir sur la
résolution de synthèse finale. Quel travail
de construction partisane peuvent donc
sérieusement accomplir des révolutionnaires
qui s’accordent sur un programme
minimal, un simple plan
d’urgence qui ne répond pas à
l’exigence d’en finir avec le
capitalisme ? S’ils ne sortent pas
immédiatement du NPA pour construire un vrai
parti au service des luttes, un parti qui
porte fièrement le combat pour le
renversement du capitalisme par la
destruction des institutions capitalistes et
l’instauration d’un État ouvrier
pour édifier le socialisme, ces «
révolutionnaires » sont voués à
s’intégrer définitivement à
l’appareil réformiste du NPA.
On pourrait nous opposer qu’il y a
un travail tout particulier à faire pour
s’adresser à la jeunesse qui lutte dans
le NPA. La jeunesse est en effet très
combative, et il est dans notre rôle de lui
donner les perspectives politiques qui
guideront ses luttes. Mais dans quelle mesure
peut-on l’organiser alors que
la direction du NPA lui refuse toute
indépendance et se permet de
désapprouver le secrétariat élu par
le Conseil national de la jeunesse
du parti ? Faire croire aux jeunes
qu’il est non seulement possible mais
encore nécessaire de se battre à
l’intérieur revient à les entrainer
dans la chute inéluctable du parti. Nous nous
adressons à tous les jeunes, qu’ils
soient ou non au NPA, qui veulent réellement
se battre et qui commencent à
s’apercevoir que le NPA n’ouvre
aucune issue, à rejoindre les rangs du GSI
afin de construire un parti
révolutionnaire qui laisse à la
jeunesse la liberté d’apprendre dans la
lutte, sur les bases d’un programme
clairement révolutionnaire et socialiste.
L’opportunisme
contre le marxisme
La dérive à droite du NPA n’est pas
seulement liée aux circonstances politiques
de notre époque. Nous pourrions
éventuellement penser, comme le fait Lutte
ouvrière depuis des décennies, que notre
période est totalement réactionnaire, que non
seulement les gouvernements bourgeois se
durcissent, mais qu’ils ont
l’appui des masses, auquel cas toute
nouvelle formation subirait des pressions
politiques très fortes sur sa droite. Mais
nous pensons au contraire que les
travailleurs et les jeunes sont de plus en
plus nombreux à contester la politique de
l’État et à se méfier des partis
institutionnels. La crise amène une
multiplication des luttes qui ouvre
objectivement l’espace pour une
alternative révolutionnaire. Si le NPA subit
de telles pressions sur sa droite,
c’est que la direction de
l’ex-LCR l’a voulu ainsi : en
créant le NPA, elle a ouvertement rallié à
elle des secteurs à sa droite.
Les résultats de la consultation sur les
régionales prouvent que les militants du NPA
sont totalement désorientés. Le
fonctionnement antidémocratique (ou
faussement démocratique : tout le monde peut
dire tout ce qu’il a à dire, mais dans
le vent) empêche le parti de s’unifier
autour d’un programme vraiment
socialiste et le voue donc à se couper de la
lutte des classes. Le centralisme
démocratique d’une organisation
révolutionnaire permet aux militants de
s’intégrer totalement à la vie du
parti, de s’y sentir pleinement
partisans et permet au parti de résister aux
nombreuses pressions politiques. De
plus, en abandonnant le marxisme, la LCR
s’est rangée dans le camp des
réformistes, allant de gauche à droite en
fonction de ses besoins électoraux,
elle est devenue définitivement
opportuniste.
Cet opportunisme
est confirmé à l’échelle
internationale. F. Sabado, membre du
secrétariat exécutif du Secrétariat unifié
(SU, secteur international issu de la IVe
Internationale, aujourd’hui dissout et
auquel était rattachée la LCR), a déclaré au
nom de tous les militants de l’ex-SU
qu’il était intéressé par le projet
d’Hugo Chavez de construire une
Ve Internationale anticapitaliste et
anti-impérialiste(4). Il se trouve que
cette Ve Internationale intéresse aussi le
Parti communiste chinois (celui qui a
restauré le capitalisme en Chine et qui
permet une exploitation sauvage de ses
travailleurs par les impérialistes), le parti
péroniste argentin (parti populiste
bourgeois), Die Linke en Allemagne, le Bloc
de gauche au Portugal (partis réformistes
issus de la décomposition de
l’extrême-gauche) et le Parti de gauche
français ! Conséquent avec son abandon de la
IVe Internationale et de son programme
marxiste et révolutionnaire, le NPA
se dirige vers une internationale ouvertement
réformiste, opportuniste et
contre-révolutionnaire. Tous ceux
qui se réclament de la gauche du NPA,
certains même encore du trotskisme, vont-ils
accepter d’être les fossoyeurs de la
IVe Internationale ?
L’implosion actuelle du NPA vient
clore le débat sur la validité de partis
anticapitalistes de masse. Étant donné la
profondeur de la crise internationale de
direction révolutionnaire, ces projets ont pu
amener énormément d’illusions, y
compris dans nos propres rangs, dans la
LIT-QI. Les exemples du Bloc de gauche
portugais, du PRC italien ou du PSOL
brésilien ont déjà démontré que sans
un vrai programme pour la transformation
révolutionnaire de la société et un
fonctionnement de parti démocratiquement
centralisé, les partis anticapitalistes sont
voués à s’intégrer aux institutions
bourgeoises. À peine fondé, le NPA,
qui est le projet de parti anticapitaliste le
plus abouti, s’effondre déjà
électoralement. C’est pourquoi nous
continuons d’assumer pleinement notre
choix de rester dans la voie du marxisme et
de l’indépendance de classe pour
continuer notre tâche de construction
d’une organisation révolutionnaire en
France, section de la Ligue Internationale
des Travailleurs, pour reconstruire la IVe
Internationale.
Greg
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