Site de la LIT 4ème Inter.
Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Article paru dans l'Internationaliste n°94
Le NPA au bord de l'implosion ?
« Seul un mouvement d’ensemble est susceptible d’imposer nos revendications. » Cet appel abstrait à une grève générale sans perspective politique est le seul argument qu’il reste au NPA pour tenter d’attirer les voix de milliers de travailleurs et de jeunes en lutte, dans les urnes des élections régionales. Mais dans un contexte d’aiguisement des luttes pour contrer les conséquences de la crise, le NPA n’aide en rien à l’unification nationale des travailleurs. Entièrement mouillé dans une logique électoraliste sur la base d’un programme d’adaptation à l’Europe capitaliste, le NPA souffre déjà d’une crise interne qui augure mal de son avenir.

Le bourbier électoral

Le grand débat national qui a animé le NPA ces derniers mois a porté sur la tactique à adopter aux élections régionales. Nouvelle épreuve du feu pour un NPA qui a subi, malgré ses déclarations, un échec aux élections européennes de juin dernier. Le parti entier s’était engagé déjà dans une grande campagne qui mettait ouvertement les luttes au service de son programme pour une « Europe sociale ». Avec 4,8 % des voix, aucun siège ni remboursement de campagne, le parti s’est empressé d’accuser l’abstention d’avoir nui au résultat(1). Prise de peur à neuf mois des régionales, la direction du NPA s’est tournée immédiatement vers le Parti de gauche, le Parti communiste français et le Parti socialiste afin de négocier des accords qui sauveraient les meubles aux prochaines élections. Ces accords « techniques » formulés au début du mois de juillet ont scellé l’appui du NPA au PS pour le second tour des élections régionales.

Le NPA soutiendra le PS pour « battre la droite ». Mais n’est-ce pas le PS qui est à la tête de 22 régions sur 25 depuis cinq ans ? La décentralisation et la régionalisation est une politique impulsée par l'Union Européenne afin de diviser et de mettre en concurrence les différentes régions à l'échelle de l'Europe. C'est notamment la clef de voûte de la privatisation de nombreux services publics(2). Le PS siège dans les institutions régionales pour défendre des contre-réformes capitalistes. On ne peut plus le considérer comme un parti ouvrier. Son programme d’adaptation à une « économie sociale de marché » fait du PS un parti bourgeois, un parti procapitaliste. Le NPA donnera ses voix à un parti procapitaliste pour battre la droite capitaliste ? Quelle alternative sérieuse ! La stratégie de soutien au PS étant ainsi fixée pour le NPA, les trois motions proposées à ses adhérents pour décider de la tactique au premier tour sont de fait trois impasses :

- La motion A, soutenue par la direction majoritaire du NPA, dont son porte-parole O. Besancenot, appelait à faire des listes pour construire l’« unité en recherchant sincèrement un rassemblement autour de mesures d’urgence et pas sur l’intégralité [du] programme ». Suite à l’échec des négociations avec le Parti de gauche, la direction du NPA demande donc un maximum de concessions à ses adhérents afin de négocier de nouveaux accords électoraux. Pour l’ancienne direction LCR le programme et le projet ne sont pas essentiels au parti. Elle prône aujourd’hui le pire opportunisme, elle s’appuie sur des militants et associations de terrain, souvent très sincères dans leur dévouement, mais sans accords politiques sérieux et clairs, pour soutenir l’élection d’un candidat NPA.

- La motion B, soutenue par la fraction l’Étincelle (ancienne fraction de Lutte ouvrière) et appuyée par les tendances de gauche du NPA, veut se montrer un poil plus audacieuse. Tenant compte des manœuvres du PC et du PG pour exclure le NPA du Front de gauche, la motion B appelle à mener une campagne solo sur le mot d’ordre « Face à la crise sociale et écologique imposons des mesures d’urgence anticapitalistes. » Autrement dit, le NPA devrait se battre de manière conséquente sur la base du programme adopté en congrès. Quelle audace ! « Notre rôle est de préparer les conditions pour une grève générale qui déboucherait sur un affrontement global avec le pouvoir », nous rappelle la motion de gauche. D’accord pour l’affrontement global, mais pour aller où et comment ? Le programme du NPA ne répond pas à cette question. Et la gauche du parti fait finalement le choix de ne pas y répondre non plus en appuyant le plan d’urgence réformiste de la direction.

- La motion C, quant à elle, demandait à continuer les vaines négociations avec le PG et le PCF afin de pouvoir s’assurer des sièges dans les conseils régionaux. Ouvertement pour un compromis sur une base antilibérale, la motion C se prononce pour une fusion des listes NPA dans celles du PS au second tour des élections.

Sur les 8 000 adhérents revendiqués par le NPA, seuls 4 500 se seraient prononcés. Le Conseil politique national (conseil dirigeant du NPA) se garde bien d’en tirer les leçons politiques : pour lui le débat « témoigne de la vitalité démocratique du NPA » ! Aucune des motions ne fait la majorité. La direction n’obtenant que 36,3 % sur sa motion A (environ 20 % du total des adhérents) est de fait délégitimée dans son propre parti. La synthèse finale(3), adoptée par 70 % du CPN, est un compromis entre la motion A et la motion C qui a recueilli 31,5 % des voix. Avec moins de 4 % d’intentions de vote pour le NPA dans les sondages, la stratégie électorale du NPA est d’emblée un échec. Une telle division interne sur la question électorale alors que la campagne est assurée d’être un échec amène le NPA dans une crise dont il ne pourra se relever à moins d’accepter toutes les conditions du Front de gauche. Et vu le mal que le parti s’est donné pour récolter les 200 000 euros pour financer sa campagne, c’est qu’il craint un gouffre financier qui annoncerait son implosion finale.

Entre l’adaptation à l’UE et un avenir politique bouché

Vu il y a encore un an par de nombreux militants issus de traditions très hétérogènes comme une réelle alternative « à gauche de la gauche », le Nouveau parti anticapitaliste a déjà déçu dans ses rangs des milliers de militants qui ont rompu, à droite comme à gauche. Le projet du parti est en effet trop confus et contradictoire pour pouvoir garder une assise militante stable. Le NPA prône une politique anticapitaliste au sein des institutions capitalistes ! Ainsi peut-on lire dans la motion de synthèse : « Une politique qui s’établit dans la transparence s’appuie sur les mobilisations sociales et sur la mise en place de procédures démocratiques permettant d’associer la population aux principales décisions. ». Le NPA y appelle à appuyer une supposée démocratie dans les institutions régionales en s’appuyant sur les mobilisations, alors même que la crise économique pousse naturellement les luttes à remettre en cause ces institutions. De même, la synthèse propose que « la poursuite des discussions unitaires relève dorénavant de la compétence des structures du NPA dans chaque région. » Le NPA se soumet donc entièrement au cadre des régions, cadre lui-même imposé par l’UE. Dans la continuité de l’« Europe sociale » défendue pendant les élections européennes, le NPA se place entièrement sous l’égide de l’Europe capitaliste, en promouvant l’utopie selon laquelle on peut réformer ses institutions par la mobilisation et la démocratie participative !

Le NPA se sert des luttes comme d’une tribune électorale, c’est pourquoi il multiplie les appels à manifester sans jamais travailler à unifier ces luttes. Mais les ambitions électorales du NPA n’ont aucune issue face à un Parti de gauche bien plus conséquent sur le terrain de l’anticapitalisme. Le parti de Mélenchon, issu du PS et rassemblant beaucoup de militants proches du PCF, ouvertement réformiste, possède des réseaux dans la classe ouvrière et dans les associations que n’aura jamais le NPA. Le PG et le PCF tiennent le terrain électoral du néoréformisme d’une main de fer. Il n’y a pas de place électorale pour un NPA.

Cette politique d’adaptation à l’UE, sans issue dans les scrutins, est totalement acceptée par la gauche du NPA qui obtient 28,5 % des votes sur sa motion B, et qui s’est contentée de s’abstenir sur la résolution de synthèse finale. Quel travail de construction partisane peuvent donc sérieusement accomplir des révolutionnaires qui s’accordent sur un programme minimal, un simple plan d’urgence qui ne répond pas à l’exigence d’en finir avec le capitalisme ? S’ils ne sortent pas immédiatement du NPA pour construire un vrai parti au service des luttes, un parti qui porte fièrement le combat pour le renversement du capitalisme par la destruction des institutions capitalistes et l’instauration d’un État ouvrier pour édifier le socialisme, ces « révolutionnaires » sont voués à s’intégrer définitivement à l’appareil réformiste du NPA.

On pourrait nous opposer qu’il y a un travail tout particulier à faire pour s’adresser à la jeunesse qui lutte dans le NPA. La jeunesse est en effet très combative, et il est dans notre rôle de lui donner les perspectives politiques qui guideront ses luttes. Mais dans quelle mesure peut-on l’organiser alors que la direction du NPA lui refuse toute indépendance et se permet de désapprouver le secrétariat élu par le Conseil national de la jeunesse du parti ? Faire croire aux jeunes qu’il est non seulement possible mais encore nécessaire de se battre à l’intérieur revient à les entrainer dans la chute inéluctable du parti. Nous nous adressons à tous les jeunes, qu’ils soient ou non au NPA, qui veulent réellement se battre et qui commencent à s’apercevoir que le NPA n’ouvre aucune issue, à rejoindre les rangs du GSI afin de construire un parti révolutionnaire qui laisse à la jeunesse la liberté d’apprendre dans la lutte, sur les bases d’un programme clairement révolutionnaire et socialiste.

L’opportunisme contre le marxisme

La dérive à droite du NPA n’est pas seulement liée aux circonstances politiques de notre époque. Nous pourrions éventuellement penser, comme le fait Lutte ouvrière depuis des décennies, que notre période est totalement réactionnaire, que non seulement les gouvernements bourgeois se durcissent, mais qu’ils ont l’appui des masses, auquel cas toute nouvelle formation subirait des pressions politiques très fortes sur sa droite. Mais nous pensons au contraire que les travailleurs et les jeunes sont de plus en plus nombreux à contester la politique de l’État et à se méfier des partis institutionnels. La crise amène une multiplication des luttes qui ouvre objectivement l’espace pour une alternative révolutionnaire. Si le NPA subit de telles pressions sur sa droite, c’est que la direction de l’ex-LCR l’a voulu ainsi : en créant le NPA, elle a ouvertement rallié à elle des secteurs à sa droite.

Les résultats de la consultation sur les régionales prouvent que les militants du NPA sont totalement désorientés. Le fonctionnement antidémocratique (ou faussement démocratique : tout le monde peut dire tout ce qu’il a à dire, mais dans le vent) empêche le parti de s’unifier autour d’un programme vraiment socialiste et le voue donc à se couper de la lutte des classes. Le centralisme démocratique d’une organisation révolutionnaire permet aux militants de s’intégrer totalement à la vie du parti, de s’y sentir pleinement partisans et permet au parti de résister aux nombreuses pressions politiques. De plus, en abandonnant le marxisme, la LCR s’est rangée dans le camp des réformistes, allant de gauche à droite en fonction de ses besoins électoraux, elle est devenue définitivement opportuniste.

Cet opportunisme est confirmé à l’échelle internationale. F. Sabado, membre du secrétariat exécutif du Secrétariat unifié (SU, secteur international issu de la IVe Internationale, aujourd’hui dissout et auquel était rattachée la LCR), a déclaré au nom de tous les militants de l’ex-SU qu’il était intéressé par le projet d’Hugo Chavez de construire une Ve Internationale anticapitaliste et anti-impérialiste(4). Il se trouve que cette Ve Internationale intéresse aussi le Parti communiste chinois (celui qui a restauré le capitalisme en Chine et qui permet une exploitation sauvage de ses travailleurs par les impérialistes), le parti péroniste argentin (parti populiste bourgeois), Die Linke en Allemagne, le Bloc de gauche au Portugal (partis réformistes issus de la décomposition de l’extrême-gauche) et le Parti de gauche français ! Conséquent avec son abandon de la IVe Internationale et de son programme marxiste et révolutionnaire, le NPA se dirige vers une internationale ouvertement réformiste, opportuniste et contre-révolutionnaire. Tous ceux qui se réclament de la gauche du NPA, certains même encore du trotskisme, vont-ils accepter d’être les fossoyeurs de la IVe Internationale ?

L’implosion actuelle du NPA vient clore le débat sur la validité de partis anticapitalistes de masse. Étant donné la profondeur de la crise internationale de direction révolutionnaire, ces projets ont pu amener énormément d’illusions, y compris dans nos propres rangs, dans la LIT-QI. Les exemples du Bloc de gauche portugais, du PRC italien ou du PSOL brésilien ont déjà démontré que sans un vrai programme pour la transformation révolutionnaire de la société et un fonctionnement de parti démocratiquement centralisé, les partis anticapitalistes sont voués à s’intégrer aux institutions bourgeoises. À peine fondé, le NPA, qui est le projet de parti anticapitaliste le plus abouti, s’effondre déjà électoralement. C’est pourquoi nous continuons d’assumer pleinement notre choix de rester dans la voie du marxisme et de l’indépendance de classe pour continuer notre tâche de construction d’une organisation révolutionnaire en France, section de la Ligue Internationale des Travailleurs, pour reconstruire la IVe Internationale.

Greg


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