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Article paru dans l'Internationaliste n°94
Transfert des compétences et indépendance en Kanaky
Le 1er décembre, le congrès de Nouvelle-Calédonie a voté le transfert de compétences de trois domaines : dans l’enseignement primaire et secondaire, dans la circulation maritime et dans la circulation aérienne intérieure.

Ces transferts de compétences ne sont que les premiers pas parmi ceux prévus par les accords de Nouméa en 1998 pour « guider » progressivement la Kanaky vers son autonomie : « Au terme d’une période de vingt années, le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité seront proposées au vote des populations intéressées. Leur approbation équivaudrait à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie. (1)».

Tous les politiciens se congratulent mutuellement pour avoir enfin lancé le processus de transfert de compétences : « pour les non indépendantistes les transferts sont aujourd’hui possibles sans risque pour la qualité du service public. Pour les indépendantistes, ils sont profitables parce qu’ils font avancer le pays sur la voie de l’émancipation, prélude à une éventuelle souveraineté. »(2). Or ce transfert de compétences n’est pas un pas vers l’indépendance bien au contraire.

En ce qui concerne l’Education, pour « garantir la qualité du système », l’État garde la main sur les diplômes, la définition des programmes et la qualification des enseignants. Ce qui reviendra à la Nouvelle-Calédonie portera sur l’adaptation locale de certains programmes et, surtout, sur le pilotage du système éducatif. C’est elle qui répartira les moyens humains et financiers mis à sa disposition, elle encore qui organisera les structures de concertation et d’expertise nécessaires. C’est donc elle qui définira l’offre de formation, les orientations pédagogiques, les conditions de scolarisation, la carte scolaire, l’orientation et l’affectation des élèves, l’accompagnement pédagogique des maîtres du 1er degré, la construction, la rénovation et l’entretien des lycées, l’organisation de la santé scolaire.

En ce qui concerne le transport aérien, l’état restera compétent pour la police et la sécurité de la circulation aérienne extérieure, pour la desserte entre la Nouvelle-Calédonie et la République, et pour l’immatriculation des aéronefs. L’objectif de l’état français est clair, comme l’exprime Nathalie Brizard, RPC(3) : « c’est la preuve que l’État nous fait confiance pour construire notre avenir, sans pour autant nous éloigner de la France et de ses valeurs. » Pour Eric Gay, rassemblement-UMP, ce transfert de compétences a permis « d’ancrer l’école calédonienne dans la république ».

Ce vote est une mascarade. Les réjouissances des indépendantistes sont une tragédie. L’état français a tout simplement enfermé la Kanaky sur le terrain institutionnel colonial. Le plus inquiétant reste bien évidemment les positions des indépendantistes, telles que Valentine Eurisouké, UNI : « L’échéancier nous convient. L’Accord de Nouméa nous permet de nous acheminer en toute responsabilité vers la pleine souveraineté, avec l’accompagnement ferme de l’État. Il prévoit un retour progressif des attributs de souveraineté détenus par l’État vers la Nouvelle-Calédonie, sur la base du principe d’auto-organisation ».

Dans la mesure où même les indépendantistes ont besoin d’un « soutien ferme de l’état » pour construire l’indépendance de la Kanaky, il n’est plus étonnant que les kanaks ne se rendent pas comptent du jeu que mènent bourgeoisie coloniale et politiciens kanaks.

Le Parti Travailliste, a quant à lui émis de sérieux reproches sur le retard qu’avait pris le congrès à appliquer ce transfert, mais il a tout de même voté POUR.

Pour en finir du système colonial, il faut en finir de la propriété privée, prendre le pouvoir et instaurer le socialisme. Le reste n’est que victoire volée ou illusion. Mais il n’est pas dit que le destin du peuple kanak est gravé dans le marbre des institutions françaises bourgeoises. La lutte des classes trouvera sa voie à l’écart des jeux de manches des politiciens, encore faudra-t-il un parti révolutionnaire pour impulser et guider le peuple kanak à la victoire.

Ce parti ne tolèrera pas que l’on se contente de l’aumône faite par l’état bourgeois. Ce parti montrera la voie pour se réapproprier les terres et les mines spoliées. C’est le combat que mène le GSI en reconstruisant la IVème Internationale, pour lutter jusqu’au bout aux côtés des travailleurs du monde entier en cherchant une issue à la barbarie capitaliste pour construire le socialisme.

Griselda


(1) Accord sur la Nouvelle-Calédonie signé à Nouméa le 5 mai 1998, Préambule

(2) Les nouvelles calédoniennes, « Les transferts votés à l’unanimité au congrès » 1er décembre 2009.

(3) Rassemblement pour la Calédonie, fondé par Jacques Lafleur après avoir perdu la direction du RPCR.

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