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Article paru dans l'Internationaliste N°95
Référendum dans les DOM : l’autonomie contre l’indépendance

Un vote piégé

La Guyane et la Martinique ont « rejeté » une autonomie élargie lors du référendum organisé le 10 janvier dans ces deux départements d’Outre-Mer. 78,9 % des votants en Martinique et 68,9 % des votants en Guyane ont répondu négativement à la question « Approuvez-vous la transformation de la Martinique (ou de la Guyane) en une collectivité d'Outre-Mer régie par l'article 74 de la Constitution, dotée d'une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres au sein de la République ? ».

D’une part, l’état français retire toute visée indépendantiste des perspectives politiques de la Martinique et de la Guyane. « Quel que soit le choix qu'ils feront à l'issue de la consultation, ces territoires resteront dans la République, a indiqué l’Elysée. La question qui est posée aux électeurs de Guyane et de Martinique est bien celle du juste degré d'autonomie et de responsabilités, et en aucun cas celle de l'indépendance »".(1) Or la question de fond qui habite les esprits de l’ensemble des travailleurs des DOM depuis les dernières mobilisations est bien celle de l’indépendance, de leur droit en tant que peuple à disposer d’eux-mêmes.

D’autre part, la question posée dans le référendum par l’état français est très explicite sur le projet politique qu’il défend, à savoir celui d’« une collectivité d’outre-Mer régie par l’article 74 ». Même si pour Nicolas Sarkozy « Il est évident que l'on ne peut pas gérer la Martinique et la Guyane de la même manière que la Lozère ou les Hauts-de-Seine. », il réaffirme que son seul souci est « d'avoir le meilleur statut qui correspond à ces territoires pour leur permettre un développement économique »".(2) L’objectif est bien celui de mettre les colonies – Département d’outre Mer - sur le terrain de la compétitivité départementale métropolitaine, et ce malgré les milliers de kilomètres qui les séparent. Malgré l’appel des partis de « gauche » pour accepter l’article 74 de la constitution, le NON de la bourgeoisie coloniale a remporté la victoire.

Large propagande pour le NON

Tous les arguments étaient bons pour démontrer les dangers d’une adoption « prématurée » de l’article 74 de la constitution, imitant ainsi Wallis, Futuna, la Polynésie Française ou encore Saint-Pierre et Miquelon. La plus grande partie de la campagne s’est faite sur la peur de perdre les acquis sociaux.

Aujourd’hui, l’Elysée investit environ 2 milliards d’euros par an pour la Martinique contre 1 milliard pour la Nouvelle-Calédonie. L’Elysée finance tous les emplois du secteur public, les allocations chômage alors que celui-ci atteint les 30 % à la Martinique. D’autres éléments ont pesé dans le vote telles que les inquiétudes sur le financement des retraites alors que ces deux DOM connaissent un vieillissement de la population, les financements en provenance de l’UE au titre de « région ultra périphérique », l’augmentation des mesures fiscales pour pallier le désengagement de l’état français avec un coût de la vie 30 % plus élevé qu’en Métropole.

Pour conclure, si les électeurs ne sont pas convaincus qu’il faut conserver à tout prix des liens avec « la République française », il reste toujours à la bourgeoisie l’épouvantail d’Haïti. Première colonie à gagner son indépendance, Haïti la paye depuis plus de 150 ans en étant l’un des pays les plus pauvres au monde. Le spectre d’Haïti fait également peur pour ne plus envisager la voie de l’indépendance en rupture complète avec l’état bourgeois colonial. Mais en vérité un autre élément a pesé contre le OUI dans cette campagne, c’est le bilan désastreux que tirent les travailleurs de leurs élus locaux (PS ou UMP), utilisant ce référendum comme une sanction et espérant de la France qu’elle joue l’arbitre.

Par conséquent, même les indépendantistes les plus radicaux, tels que Garcin Malsa ne défendent plus « l’indépendance » impliquant l’émancipation totale de l’appareil colonial. Maire de la commune de Sainte-Anne, Garcin Malsa réclame l’indemnisation des Noirs martiniquais, en raison de l’esclavage subi par leurs ancêtres. Il n’a que mépris pour les békés, ces descendants de l’élite esclavagiste française, qui représentent 1 % de la population, mais détiennent l’essentiel des terres et de l’appareil de production. Et pourtant il a inventé la troisième voie, celle de l’« interdépendance » entre la métropole et les colonies.

Il s’agit de ce que l’état français appelle « autonomie », une plus grande liberté dans la vie citoyenne des îles mais des liens de dépendance envers la République française. La bourgeoisie a donc profité de cette victoire et a présenté sans tarder un second référendum dont la question était la suivante : « Approuvez-vous la création en Martinique [ou en Guyane] d'une collectivité unique exerçant les compétences dévolues au département et à la région tout en demeurant régie par l'article 73 de la Constitution ? ». Il s’agit en fait de fusionner le conseil régional et le conseil général pour obtenir une seule instance, et supprimer le statut de régions « monodépartementales », mais cela signifiera en fait que, dans la mise en place de l’Europe des Régions, Guyane et Martinique vont devoir apprendre à « ne plus être des assistés », en espérant qu’eux aussi sauront se montrer compétitifs et remplir les objectifs de l’UE.

Vers l’indépendance et le socialisme...

L’état français ne donnera pas sa liberté aux colonies. Le terrain institutionnel qu’il a choisi - et le refus d’une autonomie « élargie » - lui permettent maintenant d’asseoir, sur le terrain de la démocratie bourgeoise, une mainmise sur les leviers sociaux, économiques et politiques des DOM. Les partis politiques locaux, eux, n’offrent pas d’alternative à la classe ouvrière guyanaise. Ils brandissent la peur de la pauvreté et prônent… le renoncement à tous les acquis dont elle dispose ! Le financement des services publics n’est pas un effet de la « bonté d’âme » de l’impérialisme français. Si ce dernier envoie de plus en plus des fonctionnaires métropolitains, avec des avantages particuliers liés à leur statut d’expatrié, c’est pour poursuivre la colonisation. Aujourd’hui avec la crise et les différentes directives européennes, l’état français ne pourrait même pas envisager une fédération dans le style du Commonwealth, car cela représente trop de perte en termes de marchés. Il lui faut conserver le contrôle économique des DOM.

Pour régler l’actuelle crise sociale que traversent les DOM (chômage, baisse de salaires, …), il faut lutter pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, en étant conscient que la solution ne viendra pas de la bourgeoisie coloniale ou « locale » mais de leur renversement. La lutte pour l’indépendance des peuples opprimés est dialectiquement liée à la lutte pour le socialisme.

Griselda


(1) Actualité du jour en direct www.jdd.fr, mercredi 7 octobre 2009

(2) Idem.

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