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Article paru dans l'Internationaliste n°96

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Congrès de la FSU, un premier bilan
Les 18 et 19 janvier s’est tenu le congrès départemental de la FSU de la Seine-Saint-Denis, à la Bourse du travail de Bobigny. Du 1er au 5 février s’est tenu le congrès national à Lille, réunissant les « délégués » départementaux.

Le goût amer des dernières trahisons

Rappelons que, le 27 mai dernier, la FSU et le SNES s’étaient abstenus lors du CTPM(1). Ce comité réunit ministres bourgeois et bureaucrates syndicaux pour voter les décrets ministériels modifiant les conditions de recrutement des certifiés et des agrégés, des conseillers principaux d’éducation et des professeurs d’EPS. Ces décrets stipulaient de manière explicite que les concours externes seraient ouverts aux « candidats justifiant, à la date de clôture des registres d’inscription, d’un master ou d’un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l’Éducation(2) ». Les lycées et les universités étaient bloqués, les enseignants-chercheurs étaient en grève. Le LKP venait de faire reculer le gouvernement et le Medef. Le SNUIPP vote contre ces décrets. Le SNES-SUP vote contre ces décrets.

Pourquoi la FSU et son syndicat majoritaire se sont-ils abstenus ? Dans le processus de décomposition-recomposition des organisations syndicales, la FSU aspire à adhérer à la CES(3) et élabore son orientation en conséquence. Elle veut se montrer bonne candidate pour les instances européennes, c’est-à-dire le bras droit des capitalistes dans leur politique de casse des acquis ouvriers et de destruction des services publics.

Accompagner les réformes plutôt qu’exiger leur retrait…

La FSU défend historiquement un recrutement à bac + 5, ce qu’elle nomme une élévation du niveau de recrutement, mais elle n’est pas d’accord avec la réforme telle qu’elle existe aujourd’hui. C’est sous couvert de «fidélité » à ce mandat que le congrès départemental a refusé de demander l’abrogation des décrets qui modifient le statut des personnels enseignants. C’est un mensonge ! En vérité, les bureaucrates vont à l’encontre de leur mandat historique, à savoir valider l’année de préparation au concours comme une année d’étude, et revaloriser les salaires en conséquence.

En ce sens, le congrès départemental a voté une motion présentée par le SNUIPP 93 qui demandait « un recrutement par concours des étudiants possédant un niveau licence et inscrits en master 1 ». Cette motion illustre la nouvelle orientation de la Fédération, qui se pose en force de proposition : un syndicalisme qui aménagerait les contre-réformes, guidant la bourgeoisie pour qu’elle applique au mieux toutes ses mesures de privatisation des services publics, de précarisation des personnels et de dégradation des conditions d’études.

Un autre argument a été avancé tout au long du congrès, pour ne pas élaborer une position syndicale claire au sujet de l’abrogation des décrets de masterisation, de l’abrogation de la LRU et de la réforme Chatel dans les lycées : « La FSU est une fédération qui regroupe d’autres personnels que les personnels enseignants, et nous ne voulons pas défendre des revendications qui pourraient sembler corporatistes. » Cette position n’est pas seulement erronée, elle est également ridicule dans la mesure où les textes préparatoires se sont enlisés dans des considérations secondaires au sujet de la taxe carbone ou encore au sujet du système fiscal des collectivités territoriales.

Ces textes ne contenaient aucune analyse claire sur les dernières mesures du gouvernement dans les services publics. Les rédacteurs ont préféré gloser la gravité de la crise et des attaques du gouvernement Sarkozy-Fillon, sans expliquer que toutes ces contre-réformes incarnent à l’échelle nationale les mesures européennes dont l’objectif est, à terme, le remplacement des services publics par des SIEG(4).

Exclure les syndiqués des débats sur les revendications…

La tenue « démocratique » de ce congrès n’a rien à envier à celle du congrès de la CGT. Les mandats des délégués n’ont pas été vérifiés. Aucune disposition n’a été mise en place par les secrétariats départementaux des différents syndicats nationaux pour permettre la tenue de réunions de section dans lesquelles seraient élus les délégués au congrès départemental. En vérité, n’importe quel syndiqué pouvait se rendre au congrès en spécifiant l’établissement ou la section d’où il venait, et ainsi s’automandater. En ce qui concerne le SNES 93, un e-mail a été envoyé à tous les syndiqués pour les « inviter » à assister au congrès, sans évoquer les mandats des établissements ni l’élection du délégué par sa section.

R5 thèmes d’orientation(5) ont été votés, mais aucun n’a été discuté en commission pendant le congrès. Les thèmes avaient tous été discutés lors de réunions obscures de la FSU 93 « en soirée », du jeudi 7 janvier à la semaine précédant le congrès. Ces réunions dites « préparatoires » se sont tenues quatre soirs sans que les syndiqués n’en soient informés. Les présents étaient presque tous des militants occupant des responsabilités syndicales. Aucun courrier, aucun e-mail, aucun appel téléphonique n’ont été émis pour inviter tous les syndiqués à participer pour discuter les thèmes et proposer les amendements de leur établissement ou de leur section. C’est donc très logiquement que ces mêmes commissions ont désigné les présidents de séance pour l’assemblée plénière lors des débats et des votes sur les thèmes. Les rapporteurs siégeaient également à la tribune sans avoir été élus, intégrant selon leur bon plaisir les amendements proposés et refusant de faire passer au vote certaines motions.

Finalement seules les tendances ont proposé leurs amendements, car on attendait de la part des autres délégués qu’ils fassent parvenir les amendements de leurs sections par e-mail, laissant le soin aux fausses commissions préparatoires de les présenter ou non en plénière les jours du congrès. La cerise sur le gâteau, réside sans doute dans la clôture du congrès, puisque aucune élection n’a eu lieu pour élire les délégués du congrès national de Lille.

Et à Lille, quelles perspectives ? Les discussions au congrès national n’ont pas été plus proches de la lutte des classes, que ne l’ont été les congrès départementaux. Les dates de mobilisation des 16 et 18 février, dans l’académie de Créteil, et qui ont mobilisé les 1er et 2nd degrés, ne sont pas impulsées par le congrès fédéral. Les dés étaient pipés bien avant Bobigny, bien avant Lille.

Les tendances et la démocratie

Pendant ce congrès, les tendances et le rôle qu’elles jouent au sein de l’appareil sont apparus de manière exacerbée. Dans son fonctionnement et dans son orientation, la tendance École émancipée se distingue de moins en moins de la tendance majoritaire Unité et action. Même si la plupart étaient mandatés par leurs établissements, ils ont défendu les mandats de la tendance prioritairement sur ceux de leurs sections.

Ils ont voté la motion du SNUIPP qui réclame un recrutement à bac + 3 avec inscription obligatoire en master 1 car ils avaient passé un accord avec Unité et Action pour obtenir un vote à 75 %(6). Ils n’ont défendu aucun axe central qui permettrait de lancer des mobilisations de masse, de construire la grève générale et de conserver les services publics tels qu’ils existent actuellement. Aucune motion n’a été proposée sur l’abrogation de la masterisation, de la LRU ou de la réforme Chatel.

En coulisses, certains n’ont aucun complexe à démontrer qu’il ne faut plus perdre de temps à se mobiliser contre des lois qui sont « déjà passées ». Il vaut mieux se concentrer sur ce qui touche « directement » les collègues, notamment la mise en place, dans le cadre de la masterisation, d’un stage en responsabilité de 108 heures pour les candidats aux concours de professeurs du premier et second degré et de CPE. Ils sont aussi responsables qu’Unité et action dans la dépolitisation des débats syndicaux : ils préfèrent se mobiliser sur les symptômes et les dommages collatéraux plutôt que d’exiger le retrait des contre-réformes qui les génèrent.

Aucun militant du NPA n’a donné de perspectives pour sauver le système de retraites actuel. Leur mouvementisme, leur électoralisme les empêche de voir que ce sont elles qui cristallisent toutes les inquiétudes de l’ensemble de la classe ouvrière et qu’elles représentent un enjeu central pour les capitalistes d’Europe. La tendance École émancipée s’est fourvoyée dans le comité national contre la privatisation de la poste, elle se fourvoie encore aujourd’hui dans le Comité national pour des états généraux du service public. C’est main dans la main avec le PS et le PCF qu’elle détourne la classe ouvrière du chemin de la grève générale et de sa victoire.

Pour les militants révolutionnaires, que faire ?

La lutte des classes se poursuit avec ou sans les directions syndicales. Le 21 janvier, on comptait 40 % de grévistes dans l’éducation nationale. Mais les mobilisations sont inégales selon les départements : 50 % dans le premier degré en Seine-Saint-Denis et dans l’académie de Marseille, et selon les filières : 72 % de grévistes chez les enseignants de sciences économiques et sociales dans un tiers des lycées. Ce n’est pas un échec. Les bureaucrates espéraient moins de mobilisation : arrivage tardif des tracts, parcours de manifestation ridicule, la place de la République à Paris n’était pas bloquée pour le cortège !

Et pourtant, rien n’est encore joué. Il n’est pas écrit que la classe ouvrière ne résistera pas, qu’elle ne fera pas plier les directions syndicales. Lors du congrès départemental, toutes les motions de soutien au peuple haïtien ont été exclues des débats et des votes. Pourtant aujourd’hui, la FSU 93 lance, avec la CGT-Educ 93 et la FCPE(7) 93, une grande campagne de « soutien au peuple haïtien ». Ce n’est pas une campagne pour le retrait des troupes impérialistes hors d’Haïti, mais la campagne a lieu malgré tout.

Les syndicats sont nôtres, il appartient à tous les militants ouvriers révolutionnaires d’aider les travailleurs de se les réapproprier. Il faut redonner aux instances syndicales leur légitimité en élisant tous nos représentants et en rendant compte de nos mandats. Le congrès est souverain mais il doit être l’aboutissement d’une élaboration collective au service des syndiqués. Il nous faut retourner auprès de nos collègues et réinvestir les sections d’établissement pour construire un courant intersyndical de lutte de classes dans la base.

La bataille pour la direction des organisations ouvrières se fera sur le terrain de la lutte des classes, en expliquant constamment la gravité des attaques, le projet de société qu’elles défendent et la nécessité de s’organiser. La victoire de la classe ouvrière pour la sauvegarde des services publics ne pourra se faire que par la construction d’un mouvement massif et déterminé vers la grève générale !

Garlone et Griselda


(1) Comité technique paritaire ministériel.

(2) Article 2 des décrets du 28 juillet 2009.

(3) Confédération européenne des syndicats

(4) Les services d’intérêt économique général (SIEG) sont définis comme des « activités de service marchand remplissant des missions d’intérêt général et soumises de ce fait par les États membres à des obligations spécifiques de service public » (Livre vert de la Commission européenne sur les services d’intérêt général), par exemple les services de réseaux de transports, d’énergie ou de communication.

(5) Textes préparatoires, 6e congrès de la FSU, supplément au POUR n° 140

1. éducation, formation, recherche enjeux d’avenir

2. le service public et la fonction publique sont une richesse

3. pour des alternatives économiques, sociales

et environnementales

4. quelle FSU pour quel syndicalisme ?

(6) Dans les statuts de la FSU, pour qu’un amendement soit adopté, il faut qu’il soit voté à plus de 75 %. Dans le cas contraire, il ne peut être adopté par le congrès.

(7) Fédération des conseils des parents d’élèves

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