Une abstention
record
Les élections régionales des 14 et 21 mars
ont été marquées par plusieurs éléments
politiques majeurs, qui confirment la
situation de crise institutionnelle dans
laquelle se situe le pays. Le fait le plus
marquant est l'abstention très massive. Sous
la Ve république, jamais une élection n'avait
connu une participation aussi faible. Au
premier tour, 53,5 % des électeurs ne sont
pas allés voter. Il y a eu moins de 19,5
millions de votes exprimés sur 43,6 millions
d'inscrits et 64,7 millions d'habitants
(population de la France métropolitaine et
des Départements d'Outre-Mer, concernés par
ce scrutin). Au deuxième tour, la
participation a légèrement augmenté, mais
l'abstention reste à 49%. Lors des régionales
de 2004, l'abstention avait été de 37,9% au
premier tour et de 34,2 au deuxième.
L'abstention est particulièrement forte
chez les travailleurs. Au premier tour, 69%
des ouvriers et 64% des employés ne se sont
pas déplacés. Dans les zones à forte
concentration ouvrière l'abstention a été
particulièrement importante : 62,2% en Seine
Saint Denis, 62% en Moselle, 59,2% dans le
Val de Marne, 57,1% dans le Val de Marne, 57%
dans le Nord, dans le Rhône et en Isère. Dans
certaines communes, plus de 70% des électeurs
ne sont pas allés voter : 73% à
Vaulx-en-Velin 71,9% à Sarcelles, 71,7% à
Roubaix, 71,5% à Clichy-sous-Bois, 71,4% à
Stains, 70,7% à Bobigny, 68,7% à
Villiers-le-Bel. Dans de nombreux bureaux de
vote des quartiers populaires, l'abstention a
atteint les 90%. De même, au premier tour, à
peine 28% des 18-34 ans se sont déplacés pour
voter.
La signification de cette
abstention massive a une portée hautement
politique. De cette manière, les travailleurs
et les jeunes ont montré qu'ils rejetaient
radicalement les institutions bourgeoises et
les partis politiques
institutionnels.
La politique du
gouvernement massivement rejetée
Un des autres enseignements majeurs de ce
scrutin est le rejet massif de la politique
du gouvernement. Cet élément s'est vérifié en
particulier là ou des ministres du
gouvernement étaient aux premières lignes,
comme par exemple en Aquitaine (Darcos), en
Ile-de-France (Pécresse) ou en Auvergne
(Hortefeux). Au deuxième tour, seuls 17% des
inscrits ont voté pour les listes de
l'UMP.
Entre les régionales de 2004 et celles de
2010, l'UMP a perdu près de 3 millions de
voix passant de 8 à 5 millions de suffrages.
Bien que dans le cadre d'un scrutin
différent, N. Sarkozy avait obtenu 11,5
millions de voix au premier tour et 19
millions au second des élections
présidentielles de 2007 ! Ce résultat
constitue un revers sans précédent pour
l'UMP. Jamais la droite parlementaire n'avait
obtenu si peu de voix sous la Ve république
!
C’est un révélateur de ce que
Sarkozy a échoué à réaliser la difficile
synthèse des multiples secteurs de la droite
qui devait conduire, selon ses visées, à un
parti conservateur « à la française ». Ceci,
sur fond de malaise des agriculteurs, des
commerçants et de certaines professions
libérales qui constituent une part non
négligeable de la base électorale
traditionnelle de l’UMP qui, ont cette
fois-ci, boudé les urnes. Ce résultat va
maintenant aggraver la crise politique et
institutionnelle.
L'ensemble des partis
politiques perdent des voix
Mais qu'on ne s'y trompe pas. L'énorme
défaite électorale de l'UMP ne signifie pas
la victoire de ces adversaires de
circonstance. Quasiment l'ensemble des forces
politiques en présence perd des voix, en
termes absolus. Pour une partie de
l'électorat qui s'est déplacée aux bureaux de
votes, le bulletin PS était avant tout une
manière de sanctionner le gouvernement sur le
terrain déformé de la lutte des classes que
sont les élections. La victoire du PS
n'est pas une victoire d'adhésion à un
programme, mais bien une victoire par
défaut.
D'ailleurs comment pourrait-il en être
autrement puisqu'en dirigeant les régions, le
PS applique les plans de
destructions/privatisations des services
publics, de l'éducation et des hôpitaux.
L'ensemble des listes de « gauche »
institutionnelle perd 1,3 millions de voix
entre le deuxième tour des régionales 2010 et
2004. En 2010 ces listes ne représentent que
25% du corps électoral, au deuxième tour !
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De même, le FN a été montré,
à tort, comme un des grands gagnants de ce
scrutin. En réalité, à l'image des autres
partis institutionnels, il perd un très grand
nombre de voix et d'élus. En 2004, ce parti
avait des représentants dans 17 conseils
régionaux. En 2010, il n'est plus représenté
que dans 12 régions. Entre 2004 et 2010,
cette organisation politique perd 1,25
millions de voix passant de 3,2 à 1,95
millions de voix.
La stratégie électoraliste
de la « gauche de la gauche » fortement
sanctionnée par les travailleurs
Alors que la crise du système capitaliste
s'approfondit, les partis de la « gauche
radicale » ont connu un de leur plus faible
score de ces dernières années. Est-ce que
cette situation est contradictoire ? En
réalité, l'effondrement électoral de LO et du
NPA (qui passent de 1,2 millions de voix à
660 000) correspond au fait que ces partis
aient adopté une posture totalement
électoraliste et institutionnelle.
LO paie encore ses accords d'appareils
avec le PS en 2007 et 2008. Le NPA, quant à
lui, paie les conséquences d'une stratégie
dispersée selon les régions, qui piétine ses
propres décisions de congrès. Pour le NPA, ce
revers électoral remet en cause toute sa
stratégie politique qui repose exclusivement
sur les échéances électorales. Les piètres
résultats de l'organisation correspondent à
un saut qualitatif dans la crise de ce parti,
qui a déjà perdu de nombreux militants depuis
son congrès de fondation en 2009. Cette
situation de crise risque d'ailleurs d'être
renforcée par ceux, plus ouvertement
électoralistes et droitiers, qui sont
partisans d'une alliance avec le Front de
Gauche, puisque là ou ces deux mouvements se
sont présentés ensemble ils ont obtenu des
conseillers régionaux.
Si les partis dits d'extrême gauche n'ont
pas réussi à attirer les voix les
travailleurs, c'est parce ces derniers ne
voient pas dans ces formations des outils
capables de combattre la politique du
gouvernement et d'ouvrir une alternative
politique.
Dans ce contexte, le Front de Gauche
semble, à première vue, tirer son épingle du
jeu. Toutefois, ces résultats doivent être
nuancés. Par rapport aux listes PC de 2004,
le Front de Gauche perd beaucoup de voix et
d'élus. La crise du PC n'est pas résolue, au
contraire, elle s'approfondit. Juste après le
deuxième tour, le 25 mars, 90 élus du courant
« rénovateur » du PC, emmenés par P.
Braouezec (député de Seine-Saint-Denis) ont
quitté ce parti en considérant qu'il n'y
avait plus rien « à rénover ». Il ressort
donc que le PC et le Parti de Gauche de J.-L.
Mélenchon ont leur avenir de plus en plus lié
s'ils veulent survivre. Mais en dernier
recours, s'ils veulent garantir leurs élus
respectifs, ils devront « passer des accords
» avec le PS.
La lutte des classes a
encadré ces élections
Au regard du nombre de grèves qui se sont
déroulées ces dernières semaines, en
particulier des grèves offensives pour
obtenir des augmentations de salaire, on peut
affirmer que ces élections ne sont pas
arrivées à limiter l'activité de la lutte des
classes.
Comme un symbole, une grève des personnels
de France Télévisions a fortement perturbé la
retransmission de la soirée électorale. Les
manifestations du 23 mars (programmées depuis
plusieurs mois par les bureaucraties
syndicales à cette date pour ne pas «
interférer » sur les élections) ont montré
que les travailleurs cherchent les voies de
l'offensive. On ne peut pas comprendre
l'abstention massive, le rejet du
gouvernement et de l'ensemble des partis
institutionnels si on ne tient pas compte de
cette situation d'aiguisement de la lutte des
classes.
Aujourd'hui ce que veulent travailleurs ce
ne sont pas des processus électoraux pour «
amortir » les effets de la crise économique.
Les travailleurs veulent en découdre avec le
gouvernement et les patrons. C'est pour cette
raison qu'il y a urgence à construire un
parti qui se batte pour la seule alternative
crédible au capitalisme, c'est-à-dire le
socialisme.
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