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Article paru dans l'Internationaliste n°98

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Le PSOL divisé définit une candidature

Par Eduardo Almeida-PSTU

La Conférence électorale du PSOL a approuvé la candidature de Plinio de Arruda Sampaio à la Présidence de la République. Cela pourrait satisfaire ses partisans, mais les conditions dans lesquelles cette décision a été prise montrent la crise grave que traverse ce parti.

Des accusations de vol du web, de fraudes dans les assemblées plénières de base et d'agressions physiques ont été rendues publiques lors de la préparation de la Conférence Nationale de ce parti. Finalement, ce sont deux conférences qui ont eu lieu séparément, chacune avec un bloc significatif du parti et des accusations de part et d'autre.

Dans l'une des conférences Plinio de Arruda Sampaio, pré-candidat à la présidence, a indiqué que "Martiniano et ses partisans ne se sont pas présentés", et ainsi "Plinio a été élu à l'unanimité". Ils ont aussi indiqué que les partisans de Martiniano ont fraudé les assemblées plénières de base. L'autre bloc, qui se nomme "majorité des délégués élus" accuse les partisans de Plinio de vaincre par le "tapetão" (1) : la direction nationale aurait contesté des délégués d’Acre et de Roraima qui soutenaient la candidature de Martiniano pour transformer la minorité (les partisans de Plinio) en majorité. La présidente et l'une des plus grandes figures publiques du PSOL, Heloísa Helena, fait partie de ceux qui remettent fortement en question la désignation de Plinio. l'une des conférences Plinio de Arruda Sampaio, pré-candidat à la présidence, a indiqué que "Martiniano et ses partisans ne se sont pas présentés", et ainsi "Plinio a été élu à l'unanimité". Ils ont aussi indiqué que les partisans de Martiniano ont fraudé les assemblées plénières de base. L'autre bloc, qui se nomme "majorité des délégués élus" accuse les partisans de Plinio de vaincre par le "tapetão" (#

Entre ces deux blocs s'est mis en place un "accord tactique" pour se présenter aux élections, sans unité dans la candidature à la présidence. Le bloc MES-MTL-Heloísa ne remettra pas en cause le résultat devant la Justice, mais ne fera pas campagne pour Plinio. La confrontation a été ajournée après les élections, à partir du rapport de forces qui dépendra des parlementaires élus en octobre. Une partie des militants du PSOL doit être plus tranquille, parce que "Plinio a finalement été désigné". Mais quel est ce parti, où le candidat va passer une large part de la campagne à expliquer pourquoi l'autre moitié du parti (y compris sa présidente) est contre lui? Quel est ce parti où la simple élection d'un candidat menace d'une rupture par la moitié?

Quelques uns croient que cette crise s'explique par le conflit entre Martiniano et Plinio. Mais cela n'est que la forme sous laquelle se manifeste la crise. On ne peut comprendre une confrontation aussi violente pour l'élection d'un candidat qui, comme chacun le sait, n'obtiendra pas beaucoup de voix. N'y aurait-il pas quelque explication plus profonde, dans la conception selon laquelle le PSOL a été créé et construit?

Nous ne pensons pas, quant à nous, que la crise s'explique par la lutte d'un bon et d'un mauvais camp. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas d'erreurs grossières et inadmissibles. Mais c'est la conception électoraliste du parti, pour laquelle la majorité des deux côtés est en accord, qui est erronée et constitue l'origine de cette crise. Ces événements ne peuvent être un motif de joie pour personne. Ce type de crise a des conséquences néfastes pour toute la gauche. On ne débat pas des différents programmes, mais de qui a volé le Web, de qui a fraudé et où. Cela renforce le scepticisme et le sentiment anti-parti dans l'avant-garde.

C'est pourquoi il est nécessaire de clarifier l'origine de cette crise, pour qu'il n'en reste pas que la désillusion et le manque de perspectives. Nous voulons ici faire part d'une réflexion qui sera nécessairement limitée puisque venant de quelqu'un qui a suivi la crise de l'extérieur.

Les conséquences de la conception de parti dans la crise

Quand le PSOL a été créé, on a dit que son fonctionnement dans lequel "chacun fait ce qu'il veut" était l'expression d'un parti "démocratique". En vérité, c'est un parti électoraliste qui tourne autour des députés qui, en effet, peuvent faire ce qu'ils veulent, indépendamment de la volonté des militants de base du PSOL.

Un des exemples majeur de ce fonctionnement, et le départ de cette crise, a été le refus de Heloísa Helena de disputer la présidence du pays. Sa candidature était soutenue par une très large majorité des militants, mais elle a privilégié son élection au sénat d'Alagoas, ouvrant ainsi une crise dans le parti. Mais si elle a pu faire cela, c'est parce que le PSOL est un parti électoraliste, où les députés et les figures publiques font ce qu'ils veulent.

Avec le refus de Heloísa s'est ouvert le conflit autour de la candidature à la présidence. La lutte a dégénéré en confrontation fratricide parce que, pour les députés du parti, c'est une la lutte par le contrôle de l'appareil national du PSOL. En outre, la désignation d'un candidat à la présidence peut faciliter ou compliquer la réélection d'un des députés de son état.

Ce qui explique cette crise violente est le poids décisif des élus dans un parti électoraliste.

Un parti où les militants ne décident pas

Les accusations de fraude dans les plénières sont généralisées. Nous n'allons pas juger de cela, ce n'est pas notre prétention. Mais aucun des deux blocs ne remet en question la méthodologie selon laquelle se sont tenues ces assemblées plénières. Le PSOL fonctionne exactement comme le PT, avec les décisions qui sont prises par les affiliés. Les militants du PSOL, qui sont dans les mouvements sociaux, qui construisent le parti à la base, ne sont pas ceux qui décident. Ce sont les affiliés qui décident, et encore sans tenir aucun engagement auprès des militants.

C'est là l'une des caractéristiques des partis électoralistes, défendue comme le signe d'un "parti ouvert", "large". En vérité, cela privilégie les appareils (les élus, le plus souvent), qui peuvent amener en voiture les affiliés qui votent dans des plénières faussées. Les moments les plus vivants de cette pré-Conférence ont été les assemblées de débats des candidats, qui en général ont réuni les militants du PSOL. Mais les militants réunis là ne votent pas, car ceux qui décident sont les affiliés, amenés par ceux qui en ont les moyens de l’appareil.

Cette méthodologie, outre qu'elle est absolument antidémocratique, rend possible de manière beaucoup plus vaste les fraudes. Des fraudes aussi bien dans les assemblées plénières de base que dans les débats, pour changer le rapport de forces. C'est n'est pas la base qui a décidé la Conférence, mais une lutte violente des chefs de file parlementaires du parti.

Le "tout se vaut" généralisé

Il existe une morale bourgeoise, approfondie par le néo-libéralisme, qui peut être résumée par "tout se vaut" pour atteindre un objectif. Cette morale est installée dans les partis électoraux comme le PT, où l'on pratique toute sorte de manœuvre pour devenir élu ou dirigeant. Mensonges, calomnies, fraudes, agressions physiques, tout se vaut pour obtenir une charge et ses avantages matériels.

Il n'est pas vrai que le mouvement ouvrier ne possède pas de morale. L'accusation que la bourgeoisie nous lance, à savoir, que pour la gauche "la fin justifie les moyens", n'est qu'une auto-justification de sa propre morale du tout-se-vaut.

Dans le mouvement ouvrier une morale distinguée naît de la lutte elle-même. Dans une grève, par exemple, la solidarité de classe, la fraternité parmi ceux qui sont mobilisés sont des faits naturels. Toute personne qui a déjà pris part à une grève a vécu cette expérience. Pour le mouvement ouvrier, toutes choses ne sont pas égales, est valable ce qui fortifie le mouvement. Les calomnies, les fraudes affaiblissent le mouvement et ne sont pas justifiables. La fraternité, la solidarité, le débat d'idées respectueux fortifient le mouvement.

C'est pourquoi cette crise du PSOL est démoralisante et se répercute sur toute l'opposition de gauche. On n'a pas débattu de programmes et de stratégies, mais plutôt de qui a volé qui. Le tout-se-vaut qui existait dans le PT s'est généralisé au PSOL.

La conjoncture et la crise

Il existe une conjoncture politique qui aide à expliquer la crise du PSOL. Le poids du gouvernement Lula parmi les travailleurs et la jeunesse limite beaucoup l'espace électoral pour une opposition de gauche. Cela explique pourquoi Heloísa Helena n'a pas voulu être candidate à la présidence. Cela explique aussi pourquoi au moins une partie des actuels députés de ce parti voient leur réélection menacée. C'est pourquoi la scission s'est faite avec tant de virulence dans le conflit d'appareil du PSOL. Cette même conjoncture, toutefois, si elle était analysée sous un autre angle, en dehors de l'électoralisme, peut permettre d'importantes avancées. Il existe des mobilisations salariales significatives en cours dans le pays. Le Congrès de la Classe Ouvrière en juin vise à une unification qu'il peut être la principale conquête du mouvement contre le gouvernement Lula. Et même en termes électoraux, il est possible de faire une importante campagne, avec un programme de classe et socialiste, qui montre une perspective différente pour les travailleurs.

Centralisme démocratique contre centralisme bureaucratique parlementaire

Le PSTU défend une autre conception du parti, avec un fonctionnement organique basé dans centralisme démocratique. La bourgeoisie tout comme les partis électoraux accusent cette forme de fonctionnement léniniste d'être "antidémocratique", parce qu'elle exige que tous appliquent la même politique après qu'elle a été votée.

En vérité, c'est le fonctionnement le plus démocratique. Ce sont les militants qui décident lors des congrès et conférences du parti quelle politique sera appliquée par tous. Après un débat vaste et démocratique, on vote la politique et tous l'appliquent. Il n'existe aucun privilège pour les figures publiques et les dirigeants du parti.

Lors des élections de 2006, le PSTU a tenu une conférence électorale pour débattre de la tactique à mettre en oeuvre. Trois positions ont été défendues (front de gauche, candidature propre ou abstention) dans un débat libre, large et démocratique. La tactique du front de gauche a reçu la majorité des voix de la conférence, et a été appliqué par tous. Il s'agit d'un fonctionnement beaucoup plus démocratique que celui des partis électoralistes. Dans ces partis, comme le PT et le PSOL, en apparence la liberté est complète, mais en réalité il s'agit d'un centralisme bureaucratique des parlementaires. Ils ont accès à la presse et les positions du parti qui apparaissent sont les leurs, indépendamment de l'avis des militants. Et ils peuvent donner la dynamique du parti, qui tourne autour d'eux, comme les parlementaires du PSOL ont donné la regrettable dynamique de la crise actuelle.

(1) - vaincre au moyen d'arguties ou de pièges bureaucratiques

Source: Opinião Socialista n° 402, Avril 2010

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