Les salaires n’ont
pas été augmentés…
En janvier
2009, le peuple guadeloupéen se lançait dans
une grève massive et déterminée pour lutter «
contre la vie chère ». Après une grève
générale de 44 jours, le 5 mars, Elie Domota
représentant le LKP, Nicolas Desforges,
représentant l’État français, et
Victorin Lurel, représentant le conseil
régional, ont finalement signé les accords
dits Bino(1).
Parmi les 137 mesures présentes dans
l’accord, une des grandes victoires de
ces accords est sans conteste
l’augmentation de 200 euros pour de
nombreux salariés, mais on peut aussi
retrouver un gel du prix des carburants et
des loyers, un plan de formation pour lutter
contre le chômage qui atteint près de 25 %
dans la population, et 45 % chez les jeunes.
Mais, dès le 15 mars, rappelons-nous que
Laurence Parisot refuse d’appliquer
l’augmentation de 200 euros sur tous
les salaires. En effet, le Medef français
avait mandaté le Medef local pour que toutes
les entreprises de l’île appliquent des
« bonus spécifiques » ou des « primes de
pouvoir d’achat proches ou équivalentes
à 200 euros(2)
». Pour Laurence Parisot, « l’État
n’a pas joué son rôle d’arbitre »
car « l’engagement financier rend cet
accord mortel pour la plupart des entreprises
de Guadeloupe(3)
». Et les entreprises de jouer sur cet
argument, utilisant le prétexte d’un
manque de visibilité pour appliquer
l’augmentation des salaires : un manque
de visibilité au-delà des douze mois
(collectivités territoriales) et de trois ans
(aides de l’État). C’est
finalement l’État qui a modifié les
bases de l’accord, en modifiant les
bases de calcul(4) : il a exclu 10 000
personnes du nombre des bénéficiaires. Au
lieu d’une augmentation de 200 euros
pour 50 000 travailleurs, ce n’en
seront que 30 000 qui bénéficieront de cette
augmentation.
Ne pas faire confiance à
l’État
En effet, le
protocole d’accord reposait sur trois
acteurs : les petites et grandes entreprises
de Guadeloupe, membres de
l’UDE-MEDEF(5), l’État
français et les collectivités territoriales.
Cette petite danse à trois a malheureusement
très vite joué contre les travailleurs
guadeloupéens, permettant au Medef et à
l’État français de se renvoyer la balle
pour ne pas appliquer les mesures d’un
protocole d’accord qu’ils ont
eux-mêmes signé. En appelant à
l’arbitrage de l’État français,
le LKP n’avait pas tenu compte du lien
qui unit le Medef et l’État français.
Sur le terrain de la lutte des classes, il
n’existe aucun arbitre ! L’État
n’est ni un arbitre ni un troisième
joueur, il est au service de la classe
dominante, c’est-à-dire de la
bourgeoisie. Quand il s’assoit à la
table des négociations, des commissions
paritaires ou des protocoles d’accord,
ce n’est pas comme garant de la bonne
application des accords. C’est le rôle
qu’il a joué en se portant garant de
l’augmentation des salaires, pour
compléter les engagements financiers des
entreprises. En acceptant de rentrer dans le
débat du « qui financera les augmentations
des salaires ? », le LKP a lui-même accepté
que les entreprises se déchargent sur
l’État, le LKP a lui-même intégré
l’idée que les entreprises ne font pas
suffisamment de profit pour financer seules
ces augmentations. Aujourd’hui, ce sont
les travailleurs qui paient, car leur grève a
été victorieuse, mais le protocole
n’est pas appliqué.
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Le carburant ne mettra pas
le feu aux poudres…
Le mercredi 30 décembre se tient
l’Observatoire des prix. C’est la
première rencontre entre Elie Domota et le
nouveau préfet de Guadeloupe, Jean-Luc Fabre.
Cette rencontre ne se passe pas sous les
meilleurs auspices. En septembre, le
sans-plomb 95 avait déjà augmenté de 6
centimes, alors que le LKP avait obtenu un
gel à plus de 10 % sous les prix de la
métropole. Le nouveau préfet augmente à
nouveau le prix de l’essence de 4
centimes, nouveau tarif applicable au 1er
janvier 2010. C’est la goutte
d’eau qui fait déborder le vase. Elie
Domota a donc appelé le 8 janvier à une
journée de grève générale pour le 20 janvier.
L’État français anticipe
l’aiguisement de la lutte des classes
en envoyant quelque 450 gendarmes en renfort.
Mais la mobilisation n’est pas
repartie. Environ 7 500 personnes selon la
préfecture, 20 à 25 000 selon Elie Domota.
Les grèves se sont multipliées, à la Poste,
sur les chaînes de télévision ou encore dans
les CHU. La situation de la lutte des classes
connaît aujourd’hui un nouveau
caractère, elle a l’odeur de la Grèce.
Dans l’hôtel Fort-Royal, deux
syndicalistes, Charly Lendo et José Naëjus,
ont été arrêtés pour avoir défendu le code du
Travail et les conventions collectives.
Aujourd’hui, seule une mobilisation de
l’ensemble de la classe ouvrière pourra
faire libérer les deux syndicalistes mais
aussi pour faire aboutir les revendications
des différentes luttes qui existent.
(1) Du nom de Jacques Bino,
représentant syndical tué en marge de la
grève dans des circonstances troubles.
(2) Extrait des déclarations de
Laurence Parisot dans le quotidien Le
Parisien le 15 mars 2009.
(3) Idem.
(4) Selon le nombre de salariés dans
les entreprises, l’État et les
collectivités territoriales prenaient à leur
charge une partie de l’augmentation des
salaires, entre 50 et 100 euros.
(5) Union des entreprises du Medef de
Guadeloupe.
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