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Edito. L'Internationaliste n°104
Pour la grève générale en Europe !
L’éclatement de la bulle de l’immobilier aux Etats-Unis a provoqué immédiatement une série de dévaluations qui, comme il fallait s’y attendre, a dégénéré en une guerre monétaire. Les belles déclarations sur la nécessité d’une « réponse coordonnée » ont vécu. Aujourd’hui, plus personne n’ose contester la réalité de cette guerre qui va, à son tour aggraver la crise du capitalisme. C’est d’ailleurs ce qu’a montré le G20 de Séoul : les tensions inter-impérialistes sont de plus en plus vives et l’Union européenne est une union de plus en plus « virtuelle ».

La crise politique va encore s’approfondir, c’est inéluctable, alors que la classe ouvrière et la jeunesse sont de plus en plus présentes et de plus en plus déterminées à combattre contre les gouvernements au service du capital. Le « sauvetage » de l’Irlande c'est-à-dire, pour la seconde fois, le sauvetage des banques irlandaises, provoque chez les travailleurs d’Irlande et de toute l’Europe une profonde colère alimentée par le sentiment que rien n’a changé pour les spéculateurs et les capitalistes.

Ces derniers continuent « comme avant » et les travailleurs continuent à payer, c’est le sentiment qui domine. La hausse du chômage comme l’accroissement des inégalités de revenus et de patrimoine viennent renforcer ce sentiment. Aussi, les contradictions au sein l’UE s’aiguisent au fur et à mesure que les travailleurs ripostent aux plans de rigueur.

Le 6 novembre 100 000 fonctionnaires parcouraient Lisbonne contre le plan d’austérité, le 24, plus de 3 millions de travailleurs participaient à la grève nationale appelée par la CGTP et l’UGT. Le 27 novembre, 150 000 travailleurs défilaient à Dublin, forçant les organisations syndicales à appeler à une « journée de grève générale avant noël ». En Grande-Bretagne, ce sont des milliers d'étudiants qui sont sortis manifester contre la hausse des frais universitaires à trois reprises dans plusieurs villes du pays.

Loin d'être isolées en Grèce ou en France, la classe ouvrière et la jeunesse luttent aussi en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Belgique, etc. Le mouvement ouvrier européen riposte de façon « inégale et combinée », c'est-à-dire que les travailleurs cherchent partout la voie de la riposte mais, confortés ou freinés par le poids des traditions et de l’histoire de chaque pays, ils ne le font pas au même rythme. Cependant, toutes les conditions sont réunies pour unifier et porter la lutte à l’échelle du continent, vers la grève générale.

Alors que la perspective d'une grève générale européenne germe dans la conscience de larges couches de travailleurs et de jeunes, les syndicats affiliés à la Confédération Européenne des Syndicats (CES), comme bien d’autres, dispersent leurs appels afin d'empêcher toute contestation unifiée à l’échelle de l’UE. Cette politique d'adaptation à l'UE est l'application par la voie syndicale du programme de ceux qui défendent une Europe « sociale » au sein de l'UE.

Nous le répétons et le réaffirmons, l'UE, comme toute union commerciale capitaliste, ne peut être ni réformée, ni même « moralisée ». L'abrogation de tous ses traités, qui ne peut-être imposée que par la mobilisation de la classe ouvrière, est un préalable à la construction d'une autre Europe faite par les travailleurs au service des travailleurs.

Pour preuve de l'étroite collaboration entre la CES et la bourgeoisie, rappelons que, lors de son interview du 16 novembre, Sarkozy a vivement remercié les directions syndicales pour leur gestion du conflit sur les retraites. Voilà donc un représentant de la bourgeoisie qui reconnaît ouvertement et publiquement B. Thibaut et consort à leur juste valeur : des ennemis des travailleurs au sein de leurs organisations syndicales.

Aussi, la journée d’action convoquée le mardi 23 novembre fut sans surprise : les directions syndicales ont organisé une misérable messe d’enterrement. Les 153 actions, pique-niques et chaînes humaines, ont rassemblé 52 000 personnes, chiffres du Ministère de l’intérieur que ne conteste pas B. Thibaut.

La classe ouvrière qui a démontré sa volonté d’en découdre avec le gouvernement ne s’est pas livrée à cette mascarade. Elle montre ainsi qu’elle n’a pas accepté la contre-réforme des retraites, cependant que l’application de celle-ci résonne comme une défaite partielle. La classe ouvrière manifeste par son état d’esprit qu’elle demeure prête à reprendre le combat sur ce sujet, ou sur un autre, dès que l’occasion se présentera.

Ceci est considéré comme une véritable menace et un risque politique majeur au sommet de l’Etat. Le vote du projet Sarkozy-Fillon-Woerth est en effet considéré par beaucoup comme une victoire « à la Pyrrhus » car une des conséquences essentielle de la mobilisation c’est qu’elle provoque maintenant un approfondissement de la crise institutionnelle. La Ve république est gravement secouée par des scandales qui remettent en cause des figures de premier plan de la bourgeoisie et de l’appareil d'Etat et, du PS au FN, la bourgeoisie est en proie à de dures luttes intestines.

La situation française est illustrative du mouvement qui se développe à l’échelle du continent. Les partis « de gauche », dans l’acception la plus large du terme, cherchent, sans exception, à enfermer la mobilisation dans le calendrier électoral et à empêcher qu’elle déborde le terrain institutionnel.

C’est ainsi que, partisans de « l’économie sociale de marché » ou de « l’humanisation du capitalisme » - tous étant favorables à « l’Europe sociale » - du PS au NPA en passant par le PCF et la PG, chacun fait de l’élection présidentielle de 2012 son objectif central. Ils cherchent ainsi directement ou indirectement à canaliser les mobilisations sur le terrain électoral. Ceci revient à juguler les mobilisations sur le terrain de la lutte des classes, de façon à protéger les institutions bourgeoises, l’Etat capitaliste.

Sans parti ouvrier révolutionnaire pour éclairer la situation et l’aider, la classe ouvrière reste sans perspective. Le rôle de tout marxiste révolutionnaire dans la situation actuelle doit être de développer un programme politique qui offre une issue socialiste à la classe ouvrière européenne. Les réactions défensives, grèves et manifestations contre les plans d'austérité doivent céder la place à la mobilisation permanente des travailleurs et des jeunes, vers la grève générale illimitée jusqu'à satisfaction de toutes les revendications.

La mobilisation permanente signifie que les travailleurs devront nécessairement renouer avec les formes de luttes traditionnelles que sont les occupations d'usines et la constitution de comités de grèves. La construction de la grève générale à l’échelle nationale et européenne doit passer nécessairement par constitution de comités de grève qui mettent tous à l'ordre du jour dans toutes les entreprises en lutte le mot d'ordre de contrôle ouvrier sur la production. La nécessité d'unifier les luttes rend la formation d'un comité central de grève incontournable pour surmonter les obstacles bureaucratiques syndicaux et politiques.

Ce n'est qu'ainsi que, à l’opposé des « journées d’actions » à répétition, la grève générale peut poser la question du gouvernement, de l'alternative politique. Pour le GSI, le contrôle ouvrier de la grève doit aller jusqu'au bout et porter la classe ouvrière au pouvoir. La seule issue possible face à l'UE capitaliste en crise, est le socialisme et la constitution de gouvernements ouvriers fédérés en États-Unis Socialistes d'Europe.

Pour unifier nos luttes, il faudra défaire les bureaucraties de nos syndicats. C'est pourquoi nous devons nous organiser en courants lutte de classe dans chaque syndicat, verticalement pour regagner leur direction, aussi bien qu’horizontalement avec les mêmes courants dans d’autres syndicats. Nous pourrons créer ainsi les conditions d'un rassemblement du mouvement ouvrier dans la perspective de ce que nous appelons une « centrale unique des travailleurs ».

C'est pour résoudre ces brulants problèmes politiques que le GSI construit les fondations d’un parti ouvrier révolutionnaire et propose son programme à tous les travailleurs et les jeunes conscients qu'il faudra se battre pour renverser le capitalisme.

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