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Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Edito. de l'Internationaliste n°95
Au nom de la crise...
Quoi qu'il en pense, N. Sarkozy n'est pas le centre du monde. Toutefois, il est le représentant d'une des principales puissances impérialistes, une puissance en crise, tout comme le système capitaliste. C'est la raison pour laquelle, à une semaine d'intervalle, il a donné à deux reprises sa « vision » des institutions internationales. Lors des vœux aux ambassadeurs en poste à Paris, le 22 janvier, au nom de la crise et tirant « ses » leçons de l'échec du sommet de du sommet de Copenhague, Sarkozy, marchant sur les traces de G. W. Bush, se déclare en faveur d'une réforme profonde de l'ONU.

Certes, l'ONU est bien une « taverne de brigands », comme la Société des nations qui l'a précédée, et selon le mot de Lénine, mais la crise du système capitaliste avec les tensions qu'elle engendre à montré les limites d'un tel organisme, du point de vue des capitalistes eux-mêmes. Aussi, Sarkozy prévient-t-il : si l'ONU rechigne à se réformer, le G20 constitué des pays impérialistes et du premier cercle de leurs vassaux prendra les choses en main.

Moins d'une semaine après, le 27 janvier, lors de son discours d'ouverture du forum économique mondial de Davos, Sarkozy fait mine de s'en prendre aux banques et aux paradis fiscaux, etc. Il disserte une fois de plus sur la morale. Il peut bien mettre en garde contre la constitution de nouvelles bulles spéculatives risquant de provoquer la faillite des Etats, alors que toute sa politique est au service exclusif des capitalistes. Aussi, pendant que Sarkozy fait diversion à la tribune, sa ministre de l'économie et des finances, Ch. Lagarde, court les réunions restreintes et rencontres bilatérales discrètes qui sont la réalité de ce forum de gangsters capitalistes de haute volée.

Au nom de la crise, cette volonté réaffirmée par Sarkozy, Obama et les autres de défendre le système capitaliste débouche sur des mesures concrètes, sur les licenciements, la baisse des salaires, la remise en cause de la protection sociale et des services publics. L'Union européenne est à l'offensive sur ce terrain-là, pourtant l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, cette « nouvelle étape de la construction européenne », n'a en aucun cas marqué la fin de la crise institutionnelle de l'Union Européenne.

En réalité, la crise économique est venue tendre encore plus les rapports entre les Etats membres, alors que certains sont en grande difficulté, à l'instar de la Grèce et des pays baltes, sans parler de la Roumanie, de l’Espagne et du Portugal. Comment s'étonner, alors, que les états membres qui détiennent la réalité du pouvoir aient « élu » des personnages du calibre de Herman Van Rompuy, et de la baronne Catherine Ashton respectivement au poste de Président du conseil européen et de celui de « Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères » ?

Crise du système capitaliste, crise de l'Union européenne, crise au sein même de la classe dominante : alors que tous sont d'accord sur le but à atteindre, les désaccords se multiplient quant aux façons d'atteindre ce but. La tentative de mettre en place une nouvelle division internationale du travail, de façon pacifique pour le moment, passe, en France au moins, par la liquidation de pans entiers de ce qu'il reste de l'appareil industriel.

Aussi, les tentatives de rapprochement de l'agro-alimentaire et de la grande distribution, sous l'égide de cette dernière, impulsée par le gouvernement Sarkozy-Fillon avec l'appui du secteur majoritaire du MEDEF provoque des divisions qu'il ne faut pas négliger. Dans ce cadre, les derniers rebondissement de « l'affaire Clearstream », avec l'appel du parquet suite à la relaxe de D. de Villepin, ancien Premier ministre, et les déclarations ce dernier mettant nommément en cause Sarkozy, ne doivent pas être non plus minimisés.

Ils ne sont pas d'accord sur la façon d'atteindre leur but, mais ils savent qui doit payer l'addition de la crise : les travailleurs. Des centaines de milliers de chômeurs vont se retrouver prochainement en fin de droit du fait de la réforme des ASSEDICS organisée par le MEDEF et la CFDT, alors que les licenciements continuent, au nom de la crise. Au nom de cette crise dont les capitalistes portent l'entière responsabilité, ils annoncent leur intention d'en finir avec les retraites. Bien entendu, ils prétendent ne rien vouloir changer, ainsi Sarkozy explique à qui veut l'entendre qu'il ne veut pas remettre en cause le système actuel par répartition qui assure la solidarité entre les générations.

Il explique cela, alors que tout est prêt pour « siphonner » les caisses de retraites au profit des fonds de pension par capitalisation. Martine Aubry, première secrétaire du PS, s'est même « imprudemment » avancée (en période électorale) en se prononçant en réalité pour un recul de l'âge légal de départ à la retraite, rejoignant en cela son « camarade » espagnol, J. Luis Zapatero.

Après le vote de la loi HPST, initiée par R. Bachelot-Narquin, ministre UMP de la santé, on voit le dynamitage de l'hôpital public où 3 à 4 000 suppressions d'emplois sont programmés d'ici 2012 dans la seule AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), dont le conseil d'administration est présidé par B. Delanoë, Maire PS de Paris. Pendant ce temps les cliniques privées prospèrent.

L'UMP et le PS se partagent donc les rôles : le premier, au gouvernement, met en oeuvre les contre-réformes pour le plus grand profit des capitalistes ; le second tente de faire de l'accompagnement social à la tête des établissements publics et de la majorité des régions, département et communes (les collectivités locales). Un accompagnement social qui va se réduire comme peau de chagrin avec la fin programmée de la taxe professionnelle qui pèse jusqu'à 50% du budget de certaines communes... Pour reprendre l'expression populaire, l'UMP pèle les oignons, le PS pleure.

De leur côté, les directions syndicales se préparent aux sempiternelles journées d'actions, sur les retraites maintenant. Pourtant les grèves continuent : par deux fois, en deux semaines, chez Akers, à Fraisse (Loire) et au siège de la chaîne de magasins Pier Import, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), des cadres et patrons ont été retenus. Des grèves défensives encore une fois, pour de meilleures conditions de licenciement.

Toutefois nous voyons bien à l'approche des élections régionales que tout est fait, au niveau des appareils bureaucratiques, y compris de la dite « extrême gauche », pour tenter de limiter le débat à un enjeu électoral et déminer le terrain traditionnel de la lutte des classes. Au nom de la crise, tous ceux qui sont attachés peu ou prou au maintient de l'ordre capitaliste, « social » ou non, semblent se liguer pour empêcher que les tensions accumulées ne trouvent un débouché dans la mobilisation de tous qui pourrait ouvrir une issue politique au manque cruel d'une direction révolutionnaire pour la classe ouvrière, pour la jeunesse.

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