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Edito. de l'Internationaliste n°96
L'Europe à la croisée des chemins.
Avec une dette de plus 300 milliards d'euros (123% de son PIB, l'ensemble de la richesse créée dans une année), la Grèce n'est pas le pays le plus endetté, comparativement au Japon qui culmine à près de deux fois son PIB. Pourtant, désignée par les « agences de notations » comme au bord de la faillite, la Grèce à été la cible -de la part des « hedges funds »- d'une attaque spéculative en règle sur les titres de sa dette publique. Cette offensive qui a ébranlé l'euro en préfigure d'autres, contre des pays comme le Portugal, l'Irlande et l'Espagne (eux aussi membres de la zone euro) accusés, par les fauteurs de la crise économique que traverse le monde, d'être « laxistes » en matière de dépenses publiques.

Pourtant, l'explosion des déficits publics, ces dernières années, est essentiellement due à l'intervention des gouvernements, de « gauche » comme de droite et dans le monde entier, pour sauver les « marchés financiers », c'est-à-dire les spéculateurs, les capitalistes qui ont fait de l'endettement généralisé le moteur de leurs activités parasitaires.

Face à cette attaque spéculative sans précédent contre l'euro, un Conseil européen extraordinaire a été réuni le 11 février 2010. Il a abouti à la quasi-mise sous tutelle de la Grèce. Le gouvernement « socialiste » de ce pays a présenté un « plan de redressement » de ses finances publiques digne de ce que le Fond Monétaire International (FMI) peut faire de pire. Ainsi, se pliant aux injonctions des spéculateurs, le gouvernement grec s'est lancé dans une remise en cause de l'emploi public, avec la baisse du traitement des fonctionnaires, un blocage des pensions, une hausse de la fiscalité des ménages et... une contre-réforme des retraites !

Les ministres des finances de la zone euro, « l'eurogroupe » examineront, chaque mois, l'application de ce plan d'austérité drastique ; désormais, il faut s'attendre à ce que d'autres pays se voient contraints à une « thérapie de choc », selon l'expression des dirigeants du FMI et de la Banque mondiale. Une thérapie de choc contre les travailleurs, sous prétexte de crise du système capitaliste et sous la menace des secteurs les plus éminemment parasitaires de la haute finance mondiale.

Alors que, dans les faits, le « pacte de stabilité » ayant encadré la mise en place de la monnaie unique est caduque, la démolition des systèmes de retraites est à l'ordre du jour, partout. Jusqu'ici, les gouvernements de l'UE évitaient soigneusement de s’attaquer simultanément au même secteur, craignant de provoquer une riposte des travailleurs à l'échelle de plusieurs pays. Preuves de l'urgence de la situation du point de vue des capitalistes, la généralisation de fonds de pension par capitalisation et le recul de l'âge de départ à la retraite deviennent le dénominateur commun de l'offensive des gouvernements de l'UE, tous au service des capitalistes, conformément aux traités de Maastricht ou de Lisbonne.

L'Europe est aujourd'hui à la croisée des chemins. La bourgeoisie est déterminée à généraliser, sur tout le continent, ce qu'elle veut mettre en place en Grèce. Mais pour elle ce n'est pas sans risques, car ce qui se passe en Grèce provoque, à l'échelle du continent, un aiguisement rapide de la lutte des classes.

Ainsi, dès l'annonce du plan d'austérité, les travailleurs et la jeunesse se sont mis en marche en Grèce et en Espagne. Dans ces deux pays, le 24 février a été une journée de grève et de manifestation, malgré les tentatives des directions syndicales cherchant, en relation avec la CES, à empêcher le déferlement de la grève générale et à s'intégrer à la solution pro-capitaliste, au côté des gouvernements. Le 23 mars, en France, les confédérations syndicales prévoient une « journée d'actions » à propos « des salaires, de l'emploi et des retraites ».

Malgré la pression que le chômage massif fait peser sur les travailleurs, les grèves se multiplient, défensives mais aussi de plus en plus offensives. Les revendications sur les salaires reviennent au premier plan des luttes. Les occupations d'entreprises commencent à se multiplier, de grands groupes industriels et commerciaux, comme Total, Ikea, Opel, Fiat ou Carrefour, sont même défiés par la mobilisation.

Dans toute l'Europe, les travailleurs cherchent la voie de la riposte unifiée, pour défendre les retraites contre l'offensive de liquidation. Aussi, dans plusieurs pays, le secteur du transport aérien est au bord de l'explosion sociale avec les plans de licenciements à Air France, British Airways, Lufthansa…, et avec la directive « Ciel unique » qui mobilise les contrôleurs.

Dans toute l'Europe, également, les travailleurs immigrés sont de plus en plus nombreux à se mobiliser, au grand jour, contre les agressions racistes et pour la régularisation de tous, sous le mot d'ordre : « on bosse ici, on vit ici, on reste ici ! ».

Aussi, les travailleurs ont besoin d'un outil qui les aide à s'organiser, pour résister, pour riposter et s'ouvrir un chemin vers la prise du pouvoir, car le combat contre le capitalisme ne peut se mener qu'avec des objectifs clairs et une perspective en terme de choix de société. La moralisation du capitalisme est un leurre agité devant les yeux des travailleurs, pour qu'ils se résignent à accepter les « solutions » des capitalistes : les licenciements, la misère…

Formulons une hypothèse d'école : imaginons un instant que les gouvernements capitalistes aient une once de sincérité… Même si les paradis fiscaux étaient éradiqués, même si les « agences de notations », les « chambres de compensation » et les « groupes d'audit » étaient démantelés, même si les banques se voyaient interdire les activités spéculatives, les capitalistes, comme ils l'on fait après 1929 et après 1945, trouveraient le moyen de contourner toutes lois promulguées « contre eux ». Tant que la propriété des moyens de production restera entre les mains des capitalistes, toute mesure sera limitée dans son ampleur, sa portée, sa durée. Il n’est pas possible de « moraliser » un tel système. Il faut le renverser.

Le socialisme, un mode de production basé sur le socialisation des moyens de production et d'échange, sous le contrôle des travailleurs, via des organes de pouvoir créés par eux -les conseils ouvriers- est une nécessité vitale. Se saisir du pouvoir, se saisir des leviers de l'économie impose de se doter de l'outil pour y parvenir, dans toute l'Europe et dans chaque pays. C'est à ce but que travaillent les sections de la LIT-QI en Europe, c'est à ce but que travaille le GSI, Pour la reconstruction de la LIT-QI.

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