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Edito. de l'Internationaliste n°97
Grèce : un « accord préventif » contre-révolutionnaire.
Le 25 mars, les chefs d'Etat la zone euro ont annoncé être parvenus à un « accord préventif » sur la crise grecque. Il aura fallu des semaines pour que les représentants des capitalistes d'Europe parviennent à trouver un terrain d'entente. Des semaines révélatrices de la réalité de la « construction européenne » (outre son caractère anti-ouvrier) et de ses limites dans le cadre du système capitaliste, système entré depuis plus d'un siècle dans sa phase impérialiste.

Les chefs d'Etat de la zone euro sont tombés d'accord sur le fait que, si nécessaire, la Grèce pourrait faire appel à un fond financé par la zone euro et... au Fond monétaire international (FMI) ! Si nécessaire, c'est-à-dire si les mesures d'austérité déjà prises par le gouvernement « socialiste » grec ne permettent pas un redressement des finances publiques. Il s'agit donc de la mise en place d'une sorte de caution, de garantie, sur la dette publique grecque.

En effet, cet accord constitue la garantie, pour les capitalistes, que la dette publique grecque sera solvable et que les spéculateurs pourront continuer à se goinfrer. C'est J.-C. Junker, le Premier ministre du Luxembourg et président de l'Eurogroupe, qui le dit : cet accord est un « certificat de solidarité » envers la Grèce et il ajoute : « Je voudrais que les marchés financiers lisent bien ce certificat » (interview à France 24, le 27 mars 2010).

Déjà, les mesures d'austérité prises par le gouvernement grec frappent brutalement les travailleurs, les retraités et la jeunesse. Attaques contre les pensions, baisse des traitements dans la fonction publique, hausse de la TVA, des taxes sur le tabac et les carburants.

Ce plan est mis en œuvre alors que la Chancelière allemande, A. Merkel, a ouvertement accusé les gouvernements successifs de la Grèce d'avoir truqué leur comptabilité publique et triché sur les critères de convergence qui encadrent l'entrée dans la monnaie unique. A. Merkel a même indiqué qu'elle serait favorable à l'exclusion de la Grèce de la zone euro ! Ces déclarations confirment que la phase actuelle de la crise structurelle du système capitaliste aiguise les tensions inter-impérialistes, ce qui se traduit par le développement de forces centrifuges au sein de l'Union Européenne.

Certes, à l'approche des élections sénatoriales, la presse allemande et le gouvernement fédéral issu des dernières élections législatives - gouvernement constitué d'une coalition de la conservatrice CDU/CSU et de l'ultralibéral FDP - n'ont pas hésité à utiliser des arguments « populistes » dans le style : « on a fait des efforts, et, en plus, on paie pour les autres, les autres qui ne font pas d'effort ». On a pu croire, un temps, avoir à faire à U. Bossi de la Ligue du nord, en Italie, ou à M. Thatcher s'écriant jadis, lors d'un sommet européen : « rendez moi mon argent ! ». Mais venant du gouvernement fédéral d'Allemagne, cela va beaucoup plus loin : c'est l'affirmation que la bourgeoisie allemande exige de retrouver toute sa place, toute son influence, en Europe et dans le monde.

De son côté, le 15 mars après avoir reconnu, en connaisseuse, que « Indubitablement, l'Allemagne a fait un très bon travail depuis 10 ans ou presque, en améliorant sa compétitivité et en mettant une grosse pression sur ses coûts de main d'œuvre », C. Lagarde, ministre de l'économie et des finances du gouvernement Sarkozy-Fillon, a souligné les problèmes que pose l'excédent commercial allemand vis-à-vis des autres pays de l'Union européenne. Elle s'est même sentie autorisée à donner publiquement des leçons de morale politique et de bonne conduite « européenne » aux dirigeants allemands, tout cela dans le quotidien britannique Financial Times ! On aura bien compris, à travers ces quelques épisodes, que « l'impérialisme européen » n'existe pas, seules existent des puissances impérialistes européennes qui s'affrontent pacifiquement, pour l'instant.

D'ailleurs, après ce 25 mars 2010, au total on peut dire que désormais, en matière économique, financière et budgétaire, le « couple franco-allemand » a vécu : l'impérialisme allemand a revendiqué, et obtenu, d'être l'unique décideur en Europe. Voilà qui ramène à sa juste proportion la thèse selon laquelle la Grèce deviendrait de facto une sorte de « protectorat franco-allemand »...

Certes, ici et là, des voix se sont élevées pour rappeler que si, là-bas aussi, les caisses sont vides, c'est parce que les gouvernements successifs ont baissé fortement l'impôt sur les sociétés, que la TVA n'est que peu recouvrée, que les taxes sur les carburants ne sont pas reversés à l'Etat par les distributeurs, que seulement six (six !) « contribuables » grecs ont déclaré plus de 100 millions d'Euros de revenus en 2008, que l'évasion fiscale touche 25% du PIB, bref, qu’au pays des armateurs multimilliardaires, les plus riches bénéficient depuis belle lurette d'un bouclier fiscal en acier inoxydable.

Ici et là, également, des voix se sont élevées pour indiquer que l'Etat grec a versé sa contribution au sauvetage des banquiers, ce qui a fini de plomber les comptes publics. Ajoutons que, grâce aux impôts non versés, certains très riches Grecs peuvent tranquillement spéculer sur la faillite de leur pays...

Toutefois, de tout cela, les chefs d'Etat de la zone euro n'ont cure. Ils savaient que « la Grèce » avait triché sur ses comptes publics, lors de son adhésion à l'euro. « La France » a fait de même et d'autres encore. Eurostat, l'institut de la statistique de l'UE le sait, les gouvernements le savent, la commission de Bruxelles le sait, les « agences de notation » également. Jusqu'à la mi-2007, tout le monde a fermé les yeux. La crise a changé la donne : désormais, l'accord préventif en Grèce a vocation à devenir la règle partout en Europe, l'attaque généralisée contre les retraites le démontre.

Au demeurant, « l'accord préventif » révèle toute sa portée contre-révolutionnaire, en ce sens qu'il fait peser la charge de la résorption de la dette publique sur les travailleurs, les retraités, la jeunesse du continent. Il met en place un mécanisme de baisse drastique des coûts de production (les salaires et les cotisations sociales), qui vise à imposer à l'ensemble des travailleurs d'Europe ce qui a été imposé aux travailleurs d'Allemagne ces 15 dernières années. C'est une relance de la course à la misère, dans des conditions explosives socialement et politiquement.

Les manifestations en Grèce, en Espagne, au Portugal, le développement de grèves et de manifestations dans la quasi-totalité des pays d'Europe montrent que les travailleurs et la jeunesse sont prêts à la riposte. Cette riposte, cependant, est en retard par rapport à l'attaque, car la classe ouvrière est entravée par les directions bureaucratiques des syndicats qui, en liaison avec la CES, les institutions européennes et les gouvernements des pays membres, font tout ce qu'elles peuvent pour empêcher que les grèves s'unifient maintenant à l'échelle du continent.

La riposte des travailleurs est en retard, car les syndicats demeurent entre les mains de forces politiques acquises au maintient du système capitaliste, et qu'une représentation politique de la classe ouvrière authentique et indépendante, pour le socialisme, pour la propriété collective des moyens de production et d'échange, fait cruellement défaut.

C'est cet outil que la LIT-QI et sa section française, le GSI, s’efforcent de construire avec les travailleurs et les jeunes prêts à s'engager, dès maintenant, dans ce combat.

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