| Le 25 mars, les chefs d'Etat la
zone euro ont annoncé être parvenus à un «
accord préventif » sur la crise grecque. Il
aura fallu des semaines pour que les
représentants des capitalistes d'Europe
parviennent à trouver un terrain d'entente.
Des semaines révélatrices de la réalité de la
« construction européenne » (outre son
caractère anti-ouvrier) et de ses limites
dans le cadre du système capitaliste, système
entré depuis plus d'un siècle dans sa phase
impérialiste.
Les chefs d'Etat de la zone euro sont
tombés d'accord sur le fait que, si
nécessaire, la Grèce pourrait faire
appel à un fond financé par la zone euro
et... au Fond monétaire international (FMI) !
Si nécessaire, c'est-à-dire si les
mesures d'austérité déjà prises par le
gouvernement « socialiste » grec ne
permettent pas un redressement des finances
publiques. Il s'agit donc de la mise en place
d'une sorte de caution, de garantie, sur la
dette publique grecque.
En effet, cet accord constitue la
garantie, pour les capitalistes, que la dette
publique grecque sera solvable et que les
spéculateurs pourront continuer à se
goinfrer. C'est J.-C. Junker, le Premier
ministre du Luxembourg et président de
l'Eurogroupe, qui le dit : cet accord est un
« certificat de solidarité » envers
la Grèce et il ajoute : « Je voudrais que
les marchés financiers lisent bien ce
certificat » (interview à France
24, le 27 mars 2010).
Déjà, les mesures d'austérité prises par
le gouvernement grec frappent brutalement les
travailleurs, les retraités et la jeunesse.
Attaques contre les pensions, baisse des
traitements dans la fonction publique, hausse
de la TVA, des taxes sur le tabac et les
carburants.
Ce plan est mis en œuvre alors que
la Chancelière allemande, A. Merkel, a
ouvertement accusé les gouvernements
successifs de la Grèce d'avoir truqué leur
comptabilité publique et triché sur les
critères de convergence qui encadrent
l'entrée dans la monnaie unique. A. Merkel a
même indiqué qu'elle serait favorable à
l'exclusion de la Grèce de la zone euro ! Ces
déclarations confirment que la phase
actuelle de la crise structurelle du système
capitaliste aiguise les tensions
inter-impérialistes, ce qui se traduit par le
développement de forces centrifuges au sein
de l'Union Européenne.
Certes, à l'approche des élections
sénatoriales, la presse allemande et le
gouvernement fédéral issu des dernières
élections législatives - gouvernement
constitué d'une coalition de la conservatrice
CDU/CSU et de l'ultralibéral FDP - n'ont pas
hésité à utiliser des arguments « populistes
» dans le style : « on a fait des
efforts, et, en plus, on paie pour les
autres, les autres qui ne font pas
d'effort ». On a pu croire, un temps,
avoir à faire à U. Bossi de la Ligue du nord,
en Italie, ou à M. Thatcher s'écriant jadis,
lors d'un sommet européen : « rendez moi
mon argent ! ». Mais venant du
gouvernement fédéral d'Allemagne, cela va
beaucoup plus loin : c'est l'affirmation que
la bourgeoisie allemande exige de retrouver
toute sa place, toute son influence, en
Europe et dans le monde.
De son côté, le 15 mars après avoir
reconnu, en connaisseuse, que «
Indubitablement, l'Allemagne a fait un
très bon travail depuis 10 ans ou presque, en
améliorant sa compétitivité et en mettant une
grosse pression sur ses coûts de main
d'œuvre », C. Lagarde, ministre de
l'économie et des finances du gouvernement
Sarkozy-Fillon, a souligné les problèmes que
pose l'excédent commercial allemand vis-à-vis
des autres pays de l'Union européenne. Elle
s'est même sentie autorisée à donner
publiquement des leçons de morale politique
et de bonne conduite « européenne » aux
dirigeants allemands, tout cela dans le
quotidien britannique Financial
Times ! On aura bien compris, à travers
ces quelques épisodes, que « l'impérialisme
européen » n'existe pas, seules existent des
puissances impérialistes européennes qui
s'affrontent pacifiquement, pour
l'instant.
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D'ailleurs, après ce 25 mars
2010, au total on peut dire que
désormais, en matière économique,
financière et budgétaire, le « couple
franco-allemand » a vécu : l'impérialisme
allemand a revendiqué, et obtenu, d'être
l'unique décideur en Europe. Voilà
qui ramène à sa juste proportion la thèse
selon laquelle la Grèce deviendrait de
facto une sorte de « protectorat
franco-allemand »...
Certes, ici et là, des voix se sont
élevées pour rappeler que si, là-bas aussi,
les caisses sont vides, c'est parce que les
gouvernements successifs ont baissé fortement
l'impôt sur les sociétés, que la TVA n'est
que peu recouvrée, que les taxes sur les
carburants ne sont pas reversés à l'Etat par
les distributeurs, que seulement six (six !)
« contribuables » grecs ont déclaré plus de
100 millions d'Euros de revenus en 2008, que
l'évasion fiscale touche 25% du PIB, bref,
qu’au pays des armateurs
multimilliardaires, les plus riches
bénéficient depuis belle lurette d'un
bouclier fiscal en acier inoxydable.
Ici et là, également, des voix se sont
élevées pour indiquer que l'Etat grec a versé
sa contribution au sauvetage des banquiers,
ce qui a fini de plomber les comptes publics.
Ajoutons que, grâce aux impôts non versés,
certains très riches Grecs peuvent
tranquillement spéculer sur la faillite de
leur pays...
Toutefois, de tout cela, les chefs d'Etat
de la zone euro n'ont cure. Ils savaient que
« la Grèce » avait triché sur ses comptes
publics, lors de son adhésion à l'euro. « La
France » a fait de même et d'autres encore.
Eurostat, l'institut de la statistique de
l'UE le sait, les gouvernements le savent, la
commission de Bruxelles le sait, les «
agences de notation » également. Jusqu'à la
mi-2007, tout le monde a fermé les yeux. La
crise a changé la donne : désormais, l'accord
préventif en Grèce a vocation à devenir la
règle partout en Europe, l'attaque
généralisée contre les retraites le
démontre.
Au demeurant, « l'accord préventif »
révèle toute sa portée
contre-révolutionnaire, en ce sens qu'il fait
peser la charge de la résorption de la dette
publique sur les travailleurs, les retraités,
la jeunesse du continent. Il met en place un
mécanisme de baisse drastique des coûts de
production (les salaires et les cotisations
sociales), qui vise à imposer à l'ensemble
des travailleurs d'Europe ce qui a été imposé
aux travailleurs d'Allemagne ces 15 dernières
années. C'est une relance de la course à la
misère, dans des conditions explosives
socialement et politiquement.
Les manifestations en Grèce, en Espagne,
au Portugal, le développement de grèves et de
manifestations dans la quasi-totalité des
pays d'Europe montrent que les travailleurs
et la jeunesse sont prêts à la riposte. Cette
riposte, cependant, est en retard par rapport
à l'attaque, car la classe ouvrière est
entravée par les directions bureaucratiques
des syndicats qui, en liaison avec la CES,
les institutions européennes et les
gouvernements des pays membres, font tout ce
qu'elles peuvent pour empêcher que les grèves
s'unifient maintenant à l'échelle du
continent.
La riposte des travailleurs est en retard,
car les syndicats demeurent entre les mains
de forces politiques acquises au maintient du
système capitaliste, et qu'une représentation
politique de la classe ouvrière authentique
et indépendante, pour le socialisme, pour la
propriété collective des moyens de production
et d'échange, fait cruellement défaut.
C'est cet outil que la LIT-QI et sa
section française, le GSI, s’efforcent
de construire avec les travailleurs et les
jeunes prêts à s'engager, dès maintenant,
dans ce combat.
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