| En voyage à Pékin le 29 avril,
N. Sarkozy a cherché à rassurer les marchés
financiers sur le plan d'aide à la Grèce,
pais fortement déstabilisé par la notation de
l'agence Standard & Poors (S&P) : «
Nous ne laisserons pas la spéculation
agir à son gré pour déstabiliser tel ou tel
pays ». S&P est une agence d'analyse
des marchés boursiers, son activité
consistant à noter la solvabilité de la dette
des entreprises et des Etats. Selon les
critères de cette agence, la dette de la
Grèce est passée d'une « qualité inférieure
moyenne » à une « qualité spéculative ».
Traduction : les capitalistes voulant
investir dans la dette de la Grèce feront
désormais un pari plus risqué pour empocher
leur magot.
A l'annonce de la notation, la panique a
gagné les marchés boursiers et le taux
d'intérêt des Etats endettés est monté en
flèche. Obama, Sarkozy et tous les autres
dirigeants impérialistes continuent à nous
parler de moralisation du capitalisme, mais
force est de constater que ce sont quelques
rois de la finance internationale qui
décident du sort des Etats, et donc du sort
des travailleurs de tous les pays.
Le taux d'intérêt de la dette Grecque est
grimpé à 9,4%. Et le premier ministre G.
Papandréou, social-démocrate, compte bien en
rembourser l'intégralité en faisant payer les
travailleurs : augmentation de la TVA, gel
des salaires dans la fonction publique,
suppression des 13e et 14e mois de salaires,
toutes facilités de licencier pour le
patronat.
Le Portugal, rétrogradé également par
l'agence, a annoncé par la voix de son 1er
ministre J. Socrates, social-démocrate
également (PS), que le plan d'austérité
allait s'appliquer plus rapidement que prévu.
Même son de cloche du côté du gouvernement
social-démocrate d'Espagne, dont la notation
a également été révisée : « nous sommes
en train de prendre toutes les mesures pour
remplir nos engagements », selon la
ministre M.T. de la Vega.
Le plan du FMI, concerté avec l'Allemagne
et la France pour soutenir la Grèce, est
d'ores et déjà caduque. Les gouvernements de
ces Etats, appelés PIGS (avec l'Irlande) sur
les marchés financiers, ne pourront pas
rembourser leurs dettes pharamineuses aux
banques (celles-là mêmes qu'ils ont tous
contribué à sauver de la crise !) sans faire
payer violemment leurs travailleurs. Le mythe
de l'UE s'effondre face à un système
capitaliste fondé sur la concurrence et la
propriété privée des moyens de production.
L'ancien président Français, V.G.
d'Estaing, aujourd'hui pontife de l'UE et
rédacteur du traité constitutionnel rejeté en
2005 par les travailleurs français, s'est
alarmé de la « désintégration » de
l'UE : « La solidité de l’ensemble
ne tient plus qu’à un fil, celui qui
unit la France et l’Allemagne ».
L'essence de l'UE est effectivement d'être un
outil conjoint des impérialistes français et
allemands : la survie de l'UE ne dépend que
de leurs intérêts capitalistes.
Les premiers défenseurs de ces intérêts
capitalistes sont les partis
socio-démocrates, qui pour la plupart portent
encore le nom trompeur de socialistes et qui,
à la tête de régions ou bien d'Etats,
appliquent des politiques anti-ouvrières de
casse des acquis sociaux et d'austérité
budgétaire pour contenter les capitalistes
dont, en premier lieu, ceux des pays
impérialistes.
La social-démocratie, issue d'une
tradition ouvrière centenaire, est
aujourd'hui totalement inféodée à la
bourgeoisie. Cherchant à se définir comme le
visage humain d’un capitalisme capable
de concilier des réformes à la fois sociales
et libérales, elle s’est avérée être un
vain fard de « gauche » sur le vrai visage du
capitalisme, celui-ci n’étant
qu'exploitation et misère.
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D. Strauss Kahn,
social-démocrate, se trouve à la tête du FMI,
principal instrument des impérialistes pour
asphyxier les autres pays par le biais de la
dette. A lui seul, Strauss Kahn symbolise la
volonté des capitalistes à utiliser des «
socialistes » pour appliquer des mesures
contre la classe ouvrière internationale.
Les travailleurs de toute l'Europe
subissent aujourd'hui des attaques
coordonnées, comme la contre-réforme
européenne sur les retraites, avec l'aval de
la Confédération Européenne des Syndicats (à
laquelle appartiennent, entre autres, la CGT
et la CFDT). Partout en Europe, les
travailleurs et les jeunes cherchent à
répondre aux plans imposés par les
impérialistes, alors que le manque d'unité
organisationnelle ne permet pas de percer les
fronts ouverts par les capitalistes.
Quel parti aujourd'hui revendique
l'annulation de la dette des Etats aux
banques ? Aucun ! Pourquoi les partis « de
gauche » n'appellent-ils pas à s'appuyer sur
le 1er mai, la journée internationale de
mobilisation des travailleurs, et à en faire
une journée de manifestation européenne pour
sauver les retraites, engageant ainsi un
combat unifié et planifié pour empêcher cette
contre-réforme dans tous les pays ?
Comment s'étonner alors de ce que les
directions syndicales, liées à ces partis,
aient organisé un tel fiasco, en France, ce
Premier mai ? Près de 300 cortèges dans
l'ensemble du pays n'ont rassemblé que 300
000 personnes, trois fois moins qu'en 2009 !
Pourtant, les grèves et les occupations se
sont multipliées depuis la fin de 2008...
Mais, au lieu de centraliser ces
mobilisations, les dirigeants syndicaux
préfèrent se ranger au calendrier de
concertation de Sarkozy-Fillon et mettre en
œuvre une politique de dispersion et de
division permettant au gouvernement et au
MEDEF d'avancer rapidement dans leur
contre-réforme des retraites.
En Grèce comme en France, toutes ces
organisations politiques font front commun
pour protéger les capitalistes face à leur
propre crise. La social-démocratie et les
résidus du stalinisme travaillent dans les
gouvernements, comme dans les syndicats, à
isoler et démoraliser la classe ouvrière. Et
si notre classe parvenait à surmonter cet
obstacle bureaucratique, en imposant son
unité et sa démocratie à la base, elle
verrait ces mêmes sociaux-démocrates et
staliniens, flanqués de leurs nouveaux alliés
électoraux anticapitalistes, prendre la tête
de la lutte dans le cadre d'un front
populaire de combat.
Les partis issus du trotskisme, comme le
NPA, LO ou le POI en France, ont une grande
part de responsabilité dans le manque de
perspective organisationnelle des
travailleurs. Ces organisations héritières de
la lutte contre le parlementarisme et le
stalinisme, lutte qui posa les bases de la 4e
internationale en 1938, se sont adaptées,
chacune à leur manière, à la Ve république
bourgeoise et à ses institutions. Plus aucune
ne défend la perspective de prise du pouvoir
par les travailleurs pour aller vers le
socialisme, un système totalement débarrassé
de la concurrence et de la propriété privée
des moyens de production et d'échange.
Pourtant, si l'on ne veut plus que la
spéculation agisse « à son gré pour
déstabiliser tel ou tel pays », il faut
abattre la cause de la spéculation, une cause
qui ne réside pas dans l'amoralité des
actionnaires, mais dans le système
capitaliste lui-même. Face à la crise, il n'y
a que deux issues possibles : soit les
travailleurs acceptent les plans
impérialistes appliqués par des soi-disant «
socialistes », soit ils répondent de toutes
leurs forces par l'unité de classe et se
mettent en mouvement vers la prise du
pouvoir.
La classe ouvrière n'est pas prête à
accepter les plans impérialistes. Mais il lui
manque un parti pour les surmonter, un
programme communiste et internationaliste
pour organiser sa riposte : nous devons
reconstruire la quatrième internationale.
C'est le projet de la LIT-QI et du GSI, sa
section française. C'est ce parti qui fait
cruellement défaut à nos mobilisations, à nos
grèves ; un parti que nous construisons et
que nous appelons à construire.
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