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Edito. de l'Internationaliste n°98
Contre les plans impérialistes : Unité ouvrière !
En voyage à Pékin le 29 avril, N. Sarkozy a cherché à rassurer les marchés financiers sur le plan d'aide à la Grèce, pais fortement déstabilisé par la notation de l'agence Standard & Poors (S&P) : « Nous ne laisserons pas la spéculation agir à son gré pour déstabiliser tel ou tel pays ». S&P est une agence d'analyse des marchés boursiers, son activité consistant à noter la solvabilité de la dette des entreprises et des Etats. Selon les critères de cette agence, la dette de la Grèce est passée d'une « qualité inférieure moyenne » à une « qualité spéculative ». Traduction : les capitalistes voulant investir dans la dette de la Grèce feront désormais un pari plus risqué pour empocher leur magot.

A l'annonce de la notation, la panique a gagné les marchés boursiers et le taux d'intérêt des Etats endettés est monté en flèche. Obama, Sarkozy et tous les autres dirigeants impérialistes continuent à nous parler de moralisation du capitalisme, mais force est de constater que ce sont quelques rois de la finance internationale qui décident du sort des Etats, et donc du sort des travailleurs de tous les pays.

Le taux d'intérêt de la dette Grecque est grimpé à 9,4%. Et le premier ministre G. Papandréou, social-démocrate, compte bien en rembourser l'intégralité en faisant payer les travailleurs : augmentation de la TVA, gel des salaires dans la fonction publique, suppression des 13e et 14e mois de salaires, toutes facilités de licencier pour le patronat.

Le Portugal, rétrogradé également par l'agence, a annoncé par la voix de son 1er ministre J. Socrates, social-démocrate également (PS), que le plan d'austérité allait s'appliquer plus rapidement que prévu. Même son de cloche du côté du gouvernement social-démocrate d'Espagne, dont la notation a également été révisée : « nous sommes en train de prendre toutes les mesures pour remplir nos engagements », selon la ministre M.T. de la Vega.

Le plan du FMI, concerté avec l'Allemagne et la France pour soutenir la Grèce, est d'ores et déjà caduque. Les gouvernements de ces Etats, appelés PIGS (avec l'Irlande) sur les marchés financiers, ne pourront pas rembourser leurs dettes pharamineuses aux banques (celles-là mêmes qu'ils ont tous contribué à sauver de la crise !) sans faire payer violemment leurs travailleurs. Le mythe de l'UE s'effondre face à un système capitaliste fondé sur la concurrence et la propriété privée des moyens de production.

L'ancien président Français, V.G. d'Estaing, aujourd'hui pontife de l'UE et rédacteur du traité constitutionnel rejeté en 2005 par les travailleurs français, s'est alarmé de la « désintégration » de l'UE : « La solidité de l’ensemble ne tient plus qu’à un fil, celui qui unit la France et l’Allemagne ». L'essence de l'UE est effectivement d'être un outil conjoint des impérialistes français et allemands : la survie de l'UE ne dépend que de leurs intérêts capitalistes.

Les premiers défenseurs de ces intérêts capitalistes sont les partis socio-démocrates, qui pour la plupart portent encore le nom trompeur de socialistes et qui, à la tête de régions ou bien d'Etats, appliquent des politiques anti-ouvrières de casse des acquis sociaux et d'austérité budgétaire pour contenter les capitalistes dont, en premier lieu, ceux des pays impérialistes.

La social-démocratie, issue d'une tradition ouvrière centenaire, est aujourd'hui totalement inféodée à la bourgeoisie. Cherchant à se définir comme le visage humain d’un capitalisme capable de concilier des réformes à la fois sociales et libérales, elle s’est avérée être un vain fard de « gauche » sur le vrai visage du capitalisme, celui-ci n’étant qu'exploitation et misère.

D. Strauss Kahn, social-démocrate, se trouve à la tête du FMI, principal instrument des impérialistes pour asphyxier les autres pays par le biais de la dette. A lui seul, Strauss Kahn symbolise la volonté des capitalistes à utiliser des « socialistes » pour appliquer des mesures contre la classe ouvrière internationale.

Les travailleurs de toute l'Europe subissent aujourd'hui des attaques coordonnées, comme la contre-réforme européenne sur les retraites, avec l'aval de la Confédération Européenne des Syndicats (à laquelle appartiennent, entre autres, la CGT et la CFDT). Partout en Europe, les travailleurs et les jeunes cherchent à répondre aux plans imposés par les impérialistes, alors que le manque d'unité organisationnelle ne permet pas de percer les fronts ouverts par les capitalistes.

Quel parti aujourd'hui revendique l'annulation de la dette des Etats aux banques ? Aucun ! Pourquoi les partis « de gauche » n'appellent-ils pas à s'appuyer sur le 1er mai, la journée internationale de mobilisation des travailleurs, et à en faire une journée de manifestation européenne pour sauver les retraites, engageant ainsi un combat unifié et planifié pour empêcher cette contre-réforme dans tous les pays ?

Comment s'étonner alors de ce que les directions syndicales, liées à ces partis, aient organisé un tel fiasco, en France, ce Premier mai ? Près de 300 cortèges dans l'ensemble du pays n'ont rassemblé que 300 000 personnes, trois fois moins qu'en 2009 ! Pourtant, les grèves et les occupations se sont multipliées depuis la fin de 2008... Mais, au lieu de centraliser ces mobilisations, les dirigeants syndicaux préfèrent se ranger au calendrier de concertation de Sarkozy-Fillon et mettre en œuvre une politique de dispersion et de division permettant au gouvernement et au MEDEF d'avancer rapidement dans leur contre-réforme des retraites.

En Grèce comme en France, toutes ces organisations politiques font front commun pour protéger les capitalistes face à leur propre crise. La social-démocratie et les résidus du stalinisme travaillent dans les gouvernements, comme dans les syndicats, à isoler et démoraliser la classe ouvrière. Et si notre classe parvenait à surmonter cet obstacle bureaucratique, en imposant son unité et sa démocratie à la base, elle verrait ces mêmes sociaux-démocrates et staliniens, flanqués de leurs nouveaux alliés électoraux anticapitalistes, prendre la tête de la lutte dans le cadre d'un front populaire de combat.

Les partis issus du trotskisme, comme le NPA, LO ou le POI en France, ont une grande part de responsabilité dans le manque de perspective organisationnelle des travailleurs. Ces organisations héritières de la lutte contre le parlementarisme et le stalinisme, lutte qui posa les bases de la 4e internationale en 1938, se sont adaptées, chacune à leur manière, à la Ve république bourgeoise et à ses institutions. Plus aucune ne défend la perspective de prise du pouvoir par les travailleurs pour aller vers le socialisme, un système totalement débarrassé de la concurrence et de la propriété privée des moyens de production et d'échange.

Pourtant, si l'on ne veut plus que la spéculation agisse « à son gré pour déstabiliser tel ou tel pays », il faut abattre la cause de la spéculation, une cause qui ne réside pas dans l'amoralité des actionnaires, mais dans le système capitaliste lui-même. Face à la crise, il n'y a que deux issues possibles : soit les travailleurs acceptent les plans impérialistes appliqués par des soi-disant « socialistes », soit ils répondent de toutes leurs forces par l'unité de classe et se mettent en mouvement vers la prise du pouvoir.

La classe ouvrière n'est pas prête à accepter les plans impérialistes. Mais il lui manque un parti pour les surmonter, un programme communiste et internationaliste pour organiser sa riposte : nous devons reconstruire la quatrième internationale. C'est le projet de la LIT-QI et du GSI, sa section française. C'est ce parti qui fait cruellement défaut à nos mobilisations, à nos grèves ; un parti que nous construisons et que nous appelons à construire.

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