| Le capitalisme, dans son
actuelle phase impérialiste, n’est prêt
à n’accorder des miettes aux
travailleurs que si elles sont arrachées par
une lutte intense, et que les capitalistes
sont menacés de tout perdre. C’est ce
qu’il s’est passé en France après
la Seconde Guerre mondiale. Les grands acquis
ouvriers comme la sécurité sociale ont été
gagnés au prix des grèves de 1946. Aucune
réforme n’est possible sous le
capitalisme impérialiste, si elle n’est
pas gagnée dans un dur combat contre la
bourgeoisie.
La crise économique, qui est une crise du
système capitaliste, vient renforcer ce
caractère irréformable d’un capitalisme
qui non seulement voue les travailleurs à une
exploitation de plus en plus brutale, mais
impose à l’humanité entière un recul de
civilisation. Jean-Claude Trichet, directeur
de la Banque centrale européenne, a ainsi
annoncé explicitement : « Nous avons vécu et
vivons des temps véritablement dramatiques. »
Dans leur détermination à faire payer la
crise aux travailleurs, les gouvernements
capitalistes de droite comme de gauche
enchainent, sous le nom de « réformes », des
plans de casse des acquis ouvriers et de
baisse des salaires à travers
l’Europe.
Le 24 mai, le nouveau Premier ministre de
Sa Majesté du Royaume-Uni, D. Cameron,
annonçait un plan d’économie de 6,2
milliards de livres (7,5 milliards
d’euros) contre la fonction publique,
qui prépare une nouvelle annonce pour le 20
juin. Le 25 mai, le duce italien S.
Berlusconi exposait son plan : là aussi il
s’agit d’attaquer les retraites,
de geler les salaires de la fonction publique
et d’y cesser les embauches. Là encore,
il s’agit de diminuer les financements
des collectivités locales, ce qui, dans le
cadre de la régionalisation imposée par
l’UE, permet la privatisation générale
des services publics.
Bien que toutes ces attaques soient
concertées pour éviter les heurts avec la
population, les travailleurs ne semblent pas
prêts à accepter d’être saignés au nom
du paiement de la dette et du sauvetage des
banques. À l’image de la classe
ouvrière grecque, les Européens cherchent les
moyens de se battre et imposent aux
bureaucraties syndicales des journées de
grève et de manifestation pour pouvoir
exprimer leur colère.
Les journées d’action se multiplient
: le 16 mai en Espagne, le 19 mai en Roumanie
où 40 000 manifestants sont venus exprimer à
Bucarest leur refus des baisses de salaires
et des pensions de retraite, le 20 mai en
Grèce à la suite de la grève générale du 5
mai qui a montré la volonté des travailleurs
de passer à l’affrontement contre
l’État. À Lisbonne, 300 000
manifestants ont battu le pavé portugais le
29 mai contre les mesures du gouvernement
socialiste dirigé par Socrates.
Dès lors, comment comprendre le
gouvernement français qui déclare par la voix
de Luc Chatel que la « faible mobilisation
valide la méthode du gouvernement », suite
aux manifestations du 27 mai en France, alors
qu’elles ont réuni près d’un
million de personnes dans les rues ?
N’est-ce pas une déclaration de guerre
contre la classe ouvrière qui s’est
saisie de l’appel de
l’intersyndicale pour dire
qu’elle refuse que l’on touche au
départ à la retraite à 60 ans et au modèle
par répartition ?
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Si les médias se sont empressés
de parler d’une mobilisation en
demi-teinte, c’est pour cacher la
réussite d’une journée qui a mobilisé
les travailleurs malgré le peu de travail
fourni par la CGT pour l’organiser. Et
malgré l’accord général entre la CGT,
la FSU, la CFDT, la CFTC, l’UNSA et
Solidaires pour négocier la réforme des
retraites, de nombreux cortèges exprimaient
leur refus catégorique de toute négociation,
revendiquant parfois même le retour aux 37,5
annuités de cotisation et scandaient ici ou
là le mot d’ordre de grève générale.
Car c’est bien la question de la
grève générale qui trotte dans la tête de
milliers de travailleurs à travers
l’Europe, et qui est posée
aujourd’hui pour en finir avec les
plans d’austérité. La classe ouvrière
européenne est prête à une mobilisation unie,
jusqu’au bout pour rompre avec
l’Union européenne capitaliste. Les
travailleurs n’aboutiront à leurs
revendications que par la grève générale, et
ce faisant, poseront les bases d’une
Europe pour et par les travailleurs, un pas
vers les États-Unis socialistes
d’Europe.
De fieffés bureaucrates comme Guglielmo
Epifani de la CGIL italienne sont obligés de
céder aux pressions de leur base : « Nous
avons besoin en ce moment d’initiatives
au niveau européen. » Mais il ne faut pas
attendre de ces bureaucraties qu’elles
impulsent quoi que ce soit, bien au
contraire, la Confédération européenne des
syndicats, en bonne partenaire de l’UE,
se prépare à endiguer un mouvement dont elle
ne veut pas. Ainsi, le ministre du Commerce
irlandais, Bat O’Keeffes, répondant au
journal L’Expansion du 26 mai
qui lui demandait pourquoi, « hormis quelques
manifestations de fonctionnaires, il
n’y a pas eu un mouvement de grogne
sociale dans le pays, contrairement à la
Grèce ? » a répondu fort à propos que « les
syndicats ont fait preuve d’une grande
maturité en acceptant ces mesures de rigueur.
»
Ni le NPA ni LO ni le Front de gauche ni
le POI ne dénoncent l’attitude des
directions syndicales dont la politique de
négociation et d’appels ponctuels à
manifester sert le gouvernement. S’ils
ne dénoncent pas, c’est qu’ils ne
veulent surtout pas de la grève générale,
dont la portée politique dépasse de très loin
le petit jeu institutionnel dans lequel ils
cherchent tous à trouver leur place.
Les travailleurs sont résolument prêts à
se battre. Mais il leur faut encore dépasser
leurs directions syndicales contrôlées par la
social-démocratie et le stalinisme pour aller
vers leur mobilisation permanente et la grève
générale. La classe ouvrière va chercher par
tous les moyens à sauver ses acquis, ce qui
va impliquer de nouvelles mobilisations et
des affrontements de plus en plus durs.
Seule une vraie organisation
révolutionnaire, la Quatrième internationale,
pourrait répondre à l’urgence
d’organiser tout de suite et dans tous
les pays la grève générale tout en portant la
perspective des États-Unis socialistes
d’Europe, le GSI se faisant un devoir
de mettre toutes ses forces au service de sa
construction.
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