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Article publié dans l'Internationaliste n°112
Nouvelle Calédonie / Kanaky

Conflit de l'aérodrome de Maré :
retour sur les enjeux.

Le samedi 6 août 2011, 4 hommes ont été tués et 23 personnes blessées à l’aéroport de Maré, en Nouvelle-Calédonie. Le conflit avait commencé par un blocage des usagers de la compagnie aérienne Air Calédonie, appelée communément Aircal. En effet, contre la nouvelle politique tarifaire qui préconisait une augmentation des billets des vols intérieurs, les usagers bloquaient les différents aéroports de la Grande Terre mais également ceux des îles Loyauté. Le jeudi 18 août, un protocole de suspension du conflit a été signé entre le collectif des usagers et le gouvernement calédonien, garantissant une non-augmentation des tarifs et surtout l’arrêt des actions du collectif envers la colonie.

À l’heure où paraît ce journal, Nicolas Sarkozy a effectué sa première visite les 26 et 27 août sur le Caillou pour ouvrir les Jeux du Pacifique. Il a clairement rappelé les intérêts de l’impérialisme français, à savoir le « maintien de la Calédonie dans la France ». En investissant 5 milliards d’euros dans la nouvelle usine de Koniambo située au nord de la Grande Terre, la Nouvelle-Calédonie sera projetée dans quelques années au 2e rang de producteur mondial de nickel. Contrairement à ce que prétendent la bourgeoisie coloniale, chefs coutumiers ou encore les leaders indépendantistes, la Nouvelle-Calédonie n’est pas sur la voie d’une quelconque indépendance. Bien au contraire, l’impérialisme français resserre son appareil colonial pour défendre son poids économique dans la région du Pacifique Sud et dans le monde.

Retour sur les origines du conflit

Les tarifs de la compagnie s’élèvent à 11 000 francs CFP (84 euros) pour les résidents et 25 000 francs CFP (211 euros) pour les non-résidents sur la base d’un aller-retour dans les îles Loyauté. Ces tarifs ont été fixés lors d’une mobilisation en 1994 des habitants des îles Loyauté situées à l’est de la Grande Terre (Maré, Lifou et Ouvéa) et ceux de l’île des Pins, située au sud de la Grande Terre.

Le collectif des usagers et des consommateurs de la compagnie aérienne est fondé le 6 mai dernier à Kirinata, tribu proche de l’aérodrome de Lifou. Lors d’une rencontre avec Gilbert Tyuienon, en charge du transport aérien domestique sur le territoire, le comité a alors rappelé la dépendance des familles que ce soit pour les enfants scolarisés à Nouméa ou les nombreux travailleurs obligés de quitter les îles pour avoir un emploi sur la Grande Terre. Le 22 juillet, le collectif commence par bloquer les différents aérodromes de la Grande Terre mais également ceux des îles (îles Loyauté et île des Pins). Leurs revendications sont claires : un tarif unique d’un montant de 10 000 francs CFP pour tous, dans le but de désenclaver les îles qui connaissent actuellement chômage et précarité.

Une guerre de clans ? Non, un combat de classe !

La situation s’est rapidement dégradée dans la commune de Ghuama, à Maré. Sur cette île de 6 000 habitants, ce sont 100 gendarmes et militaires français stationnant en Kanaky qui ont été déployés pour « empêcher les débordements », mais surtout pour rétablir les vols intérieurs. À la télévision, mais également dans la presse écrite, les déclarations de la compagnie se sont succédé sur les pertes provoquées par les blocages. Pertes estimées selon les dires du conseil d’administration à 1 million de francs CFP par jour (soit environ 8 500 euros). Mais la situation a complètement explosé quand Aircal a envoyé ses propres milices, via des véhicules et des personnels municipaux de la commune de Ghuama, commune dont est originaire le grand chef Nidoïsh Naisseline, également président d’Aircal. Les expéditions punitives ont commencé le 4 août, par des agents municipaux, des sujets du chef et des membres proches du maire de la commune. Le matin du 6 août, 4 personnes sont mortes et une trentaine ont été blessées.

Aujourd’hui, l’impérialisme français, main dans la main avec certains chefs coutumiers, utilisent la tragédie de Maré pour calmer la situation et stopper les actions du collectif. Non seulement, le conflit social est travesti par la presse bourgeoise coloniale en guerre clanique opposant deux tribus de Maré, mais encore le gouvernement « calédonien » contrôlé par l’UMP et le PS lance un appel solennel à l’État colonial français pour arbitrer cette guerre de clans. Gaël Yanno, député calédonien (UMP), en réclamant une issue « par la discussion, avec l’appui des forces de l’ordre » réclame une répression plus violente par la police, par la gendarmerie, et par les réservistes de l’État colonial français ! Il a souligné : « cette montée de violence aussi subite était aussi due à des divergences coutumières entre les clans kanaks de Maré, et à l’alcool du week-end ». Harold Martin, président du gouvernement calédonien va dans le même sens, se disant « choqué » par la violence du conflit et pointant aussi le rôle de l’alcool. Mais la mascarade continue. Marie-Luce Penchard, Ministre de l'Outre mer du gouvernement Sarkozy-Fillon, a proposé une médiation du conflit pour « renouer le dialogue entre les chefferies », médiation par l’intermédiaire des… autorités religieuses.

Leurs vœux ont été exaucés : dans son discours à Païta (banlieue de Nouméa), Nicolas Sarkozy a joué à fond sur « l’apaisement entre clans ». Sous prétexte d’« apaiser » le climat de tensions survenues pendant le conflit d’Aircal, il a annoncé l’envoi de 35 policiers, 35 réservistes, de nouveaux véhicules de police, la création d’un groupe d’intervention régional (GIR) pour prétendument lutter contre les problèmes d’alcool et pour la création d’un nouveau centre pénitencier pour la fin de l’année.

L’impérialisme français et les chefs coutumiers

Quand cessera enfin la complicité entre les chefs coutumiers, la bourgeoisie coloniale et l’impérialisme français ? Encore une fois les prises de positions cyniques et racistes de la bourgeoisie coloniale sont un scandale ! Mais la complicité des chefs coutumiers avec l’État français l’est davantage. Elle montre encore une fois qu’ils ont choisi de défendre les intérêts de l’impérialisme français et non ceux du peuple kanak. Non seulement ils soutiennent la répression des manifestants par l’appareil répressif colonial français, que ce soit les gendarmes ou les militaires, mais ils utilisent leurs propres milices coutumières corrompues dans les sphères de l’administration française coloniale. Il ne s’agit pas d’une guerre de clan. Le président de la compagnie Aircal et le maire de Ghuama ont utilisé leur position coutumière pour réprimer, pour tirer, pour tuer des manifestants. Ce sont les méthodes historiques du patronat pour arrêter les grèves des travailleurs et des opprimés. Aujourd’hui, les déclarations du maire de la commune de Ghuama pour soutenir les familles en deuil ont pour but de nous faire oublier sa propre responsabilité dans la mort de 4 personnes. Le protocole de suspension signé par le collectif et le gouvernement calédonien n’est pas une victoire. Le gouvernement calédonien est de plus en plus clairement le relais institutionnel de l’État colonial français en Kanaky. Issu des accords de Nouméa vers le référendum pour l’autonomie, il est l’instrument de l’impérialisme français pour corrompre et intégrer les différents leaders indépendantistes dans l’appareil d’État colonial. Le fait que les chefs coutumiers français en appellent à l’arbitrage de l’État colonial français est une preuve de plus dans leur institutionnalisation et leur intégration dans les institutions de la Ve République. Institutions racistes et réactionnaires dont les représentants n’ont pas hésité à justifier la tragédie de Maré comme la conséquence d’un week-end trop arrosé ! Ils s’en remettent au bon vouloir de l’impérialisme français, et ont accepté la médiation par les autorités religieuses proposée par Marie-Luce Penchard !

Vive la lutte pour l’indépendance et le socialisme en Kanaky !

Alors que l’impérialisme français se dispute les parts de marché sur l’oléoduc reliant le Tchad au Cameroun, ou encore sur l’industrie de la reconstruction en Libye, comment peut-on envisager qu’il se détachera d’un territoire bientôt deuxième producteur mondial de nickel ? Dans l’usine de Koniambo, usine de 5 000 travailleurs, les indépendantistes qui détiennent 51 % des actions se félicitent de ces nouveaux investissements sous prétexte qu’ils permettront à la future Kanaky indépendante de défendre ses parts de marché à échelle mondiale et dans la région du Pacifique Sud où dominent actuellement l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Quelle hypocrisie quand on sait que les mines sont actuellement détenues par trois grands groupes suisse, brésilien et français, et que loin d’être un des outils de l’indépendance, les usines contribuent à une exploitation encore plus grande du prolétariat kanak ! Il n’y aura pas d’indépendance dans le cadre des institutions de l’État colonial français ! Seule l’indépendance complète dans le cadre de la lutte pour le socialisme peut libérer les travailleurs kanaks de l’exploitation du système capitaliste et des mensonges des représentants coutumiers. Aucune autonomie institutionnelle, orchestrée par l’État colonial français et les chefs coutumiers, ne rendra la Kanaky aux Kanaks ! Comme en Amérique du Sud, seul le mot d’ordre de nationalisation des mines de nickel sans indemnisation et sans rachat et sous contrôle des travailleurs kanaks pourra fédérer tous les peuples du Pacifique Sud vers leur totale indépendance dans une fédération des États Unis Socialistes du Pacifique Sud.

Nous condamnons la répression des mobilisations des travailleurs sous toutes ses formes.

Nous soutenons leur lutte dans leurs revendications contre l’augmentation des tarifs des vols domestiques qui visent à enclaver davantage les travailleurs et les familles des îles.

Nous appelons le peuple kanak à ne pas se laisser diviser par l’État colonial français et par ses laquais.

La Kanaky aux Kanaks ! Impérialisme français hors de Kanaky !

Griselda

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