| « Je pense que la crise,
qui fait beaucoup de souffrance, qui crée du
chômage, ce peut être pour notre pays une
opportunité de prendre des mesures
qu’il n’aurait jamais accepté en
dehors de la période de crise. » N.
Sarkozy, université de Strasbourg, le 8
novembre 2011. Le style, c’est
l’homme, dit-on… En tout cas,
cette phrase a le mérite de la clarté !
Pourtant, ce qu’elle exprime
n’est pas une nouveauté dans la
politique mise en œuvre par le
gouvernement depuis 2007. Seule la
présentation a changé au gré des
circonstances. Dès son arrivée à Matignon, F.
Fillon, le Premier ministre, n’avait eu
de cesse d’appeler à l’union
nationale, autour de sa politique, cela va de
soi. Aujourd’hui, il faut constater
qu’il a été entendu, bien que ceux qui
se prétendent des partis d’opposition
se refusent à l’admettre. C’est
pourquoi N. Sarkozy affirme si ouvertement
ses objectifs.
Ainsi, l’application de
l’agenda de la bourgeoisie est le
programme des partis de droite et
d’extrême droite, mais aussi de
beaucoup de ceux qui se prétendent de gauche.
« Se prétendent » car, s’il y a bien
une opposition droite/gauche – le
slogan « ni droite ni gauche » n’est
pas le nôtre –, force est de constater
que l’accord entre la droite,
l’extrême droite et une certaine gauche
est profond quant à la nécessité de défendre
le système capitaliste.
À gauche, passons sur le PS devenu une
formation bourgeoise dont le programme se
rapproche de plus en plus de celui du parti
démocrate des États-Unis, lequel ressemble
comme un jumeau à l’UMP. Ce qui nous
importe aujourd’hui est de constater
que, peu ou prou, les formations politiques
qui prétendent se situer à gauche du PS et
qui sont encore, elles, des représentantes de
la classe ouvrière, se rallient sur la pointe
des pieds à une politique qui tend à empêcher
tout déferlement des travailleurs et de la
jeunesse sur le terrain de la lutte des
classes.
Entendons-nous bien : il ne s’agit
pas seulement de l’opération classique
qui vise, une élection après l’autre, à
faire que le « débat » ne déborde pas le
cadre des urnes pour se trancher dans la rue
et par la grève. Au-delà de cette opération,
un large consensus semble émerger pour
empêcher qu’une sourde colère qui monte
n’ouvre la voie à la grève générale
jusqu’au bout qui menacerait
directement, non seulement le gouvernement,
mais aussi le régime semi-bonapartiste de la
Ve République.
Ce consensus vise également à empêcher
coûte que coûte l’émergence d’une
force politique indépendante représentant les
intérêts historiques de la classe ouvrière.
Une force qui pose comme une exigence
incontournable la rupture avec le
capitalisme, la marche en avant vers le
socialisme, c’est-à-dire une société
basée sur la propriété collective des moyens
de production et d’échange et sur des
conseils ouvriers et paysans.
Les critiques adressées par cette « gauche
» aux capitalistes débouchent au mieux sur
des propositions de « réformes » en vue
d’une meilleure « régulation » pour
mettre fin aux abus et aux dérapages, en
faveur de plus de social. C’est ce que
font le Front de Gauche (PCF, PG et alliés)
ou le NPA avec leur campagne à propos de
l’audit citoyen de la dette
publique.
Un audit ? La Banque centrale européenne
vient de lancer un crédit illimité aux
banques au taux de 1 %. Celles-ci ont
emprunté 500 milliards d’euros. Elles
prêtent au minimum à 2 % aux États de la zone
euro (30 % à la Grèce). À combien les banques
prêtent-elles aux ménages en difficulté qui
survivent avec des crédits « revolving » ? À
15, 20, 25 %… ! Voilà. L’audit
est terminé. Reste l’exigence de l’annulation
de la dette publique ; l’annulation des
dettes des travailleurs, des petits paysans,
commerçants et artisans broyés par les
monopoles capitalistes s’impose
également !
Pour sa part, Lutte ouvrière aussi adresse
des critiques aux capitalistes, avec un
verbiage souvent plus radical que le NPA et
compagnie. LO qui s’est tiré une balle
dans le pied en se précipitant pour appeler à
voter pour la « socialiste » S. Royal au soir
du premier tour de la présidentielle de
2007… pour s’assurer des postes
de conseillers municipaux en 2008. Au mieux,
tous ces partis « à gauche » du PS se bornent
à exiger l’interdiction des
licenciements dans les entreprises qui font
des profits.
De son côté, le POI (Parti ouvrier
indépendant), comme à son habitude, dissèque
avec précision les contre-réformes et projets
du gouvernement, mais il prétend que la seule
voie pour s’y opposer serait la défense
de « la République une et indivisible » face
à l’Europe de Maastricht.
Certes, plus de 80 % des lois votées au
Parlement et des décrets signés par le
gouvernement ne sont que des transcriptions
du droit européen, cependant la question qui
se pose, en France comme dans toute
l’Europe est l’abrogation des
traités européens mais comme un des éléments
pour en finir avec une politique tout entière
vouée au sauvetage d’un mode de
production discrédité : le capitalisme.
En effet – et c’est essentiel
dans cette période de grande confusion
–, au-delà des considérations
droite/gauche, il y a surtout des
considérations de classes : pour la
bourgeoisie ou pour la classe ouvrière, pour
le capitalisme ou pour le socialisme.
C’est sous cet angle que nous, GSI,
posons comme une exigence l’abrogation
de tous les traités européens comme une
question de classe et non comme une question
d’« indépendance nationale » ou, pire,
de « souveraineté nationale » qui devient le
nouveau credo politique, l’alpha et
l’oméga de tous les secteurs, de
l’extrême droite à « la gauche ». Ainsi aujourd’hui, dans
tous les pays d’Europe et surtout dans
ceux de la « zone euro », les gouvernements
en place et leurs « oppositions » prennent
l’ensemble des questions politiques,
économiques et sociales de cette dernière
façon. C’est le cas des secteurs
bourgeois et petits bourgeois qui prétendent
représenter les nations opprimées dans le
cadre des impérialismes européens,
c’est aussi le cas des puissances de
second ou troisième ordre du continent (à
l’exemple du gouvernement Orbán en
Hongrie) et y compris – et surtout
– les gouvernements impérialistes
eux-mêmes !
Sinon, comment interpréter cette campagne
autour du « made in France » (sic), autour de
la réindustrialisation d’un pays dont
la bourgeoisie a fait depuis quarante ans le
choix de la liquidation du textile, des
mines, de la sidérurgie, de
l’informatique au profit des activités
spéculatives et parasitaires ? C’est
une campagne qui ratisse très large, du FN au
Front de gauche, chacun n’y voyant que
ce qu’il veut bien y voir. C’est
une campagne aux relents nauséabonds de
nationalisme, de chauvinisme de sinistre
mémoire, qui voudrait convaincre les
travailleurs et la jeunesse qu’en
acceptant de perdre leurs acquis sociaux et
en mettant entre parenthèses quelques
libertés démocratiques, « pour le bien de la
patrie », les lendemains seraient meilleurs
!
Meilleurs, car une fois que les salaires
auraient baissé et la durée du travail aurait
augmenté, les exportations auraient repris et
les importations seraient stoppées aux
frontières de l’Europe, le chômage
reculerait ! Quel mensonge ! Cette voie,
c’est celle de la concurrence entre les
travailleurs pour le plus grand profit des
capitalistes, c’est celle qu’a
empruntée l’Allemagne de G. Schröder et
que « Merkozy » veut imposer à toute
l’Europe, celle des emplois à un euro
de l’heure qui a enfoncé nombre de
travailleurs allemands dans la pauvreté !
Voilà ce qui se cache derrière le projet
annoncé de « TVA sociale » : moins
d’impôts pour les capitalistes qui
empocheraient également une grande partie de
notre salaire différé, plus d’impôts
pour les travailleurs et les jeunes,
sauf… sauf à démanteler la sécurité
sociale, à la livrer à la concurrence entre
assurances et « mutuelles » ! Dans la
proportion de ce que travailleurs et jeunes
pourront payer de leur poche pour leur santé
et leur retraite…
Alors, N. Sarkozy convoque un « sommet
social » pour le 18 janvier. Les
représentants du patronat applaudissent,
MEDEF et CGPME (Confédération générale des
petites et moyennes entreprises) en tête, car
ce sont leurs exigences qui sont
intégralement reprises par Sarkozy. Celui-ci
peut bien prétendre en 2011 vouloir « sauver
notre modèle social », la bourgeoisie
n’a pas oublié qu’en 2007 il
s’était engagé à y mettre fin :
c’était, souvenons-nous, le centre du
discours sur la « rupture ».
Les dirigeants des confédérations
syndicales se plaignent quand à eux, surtout
sur la forme : trop tard pour F. Chérèque de
la CFDT, sans intérêt avec un président en
fin de mandat pour B. Thibault de la CGT.
Mais sur le fond, que disent-ils d’une
rencontre où le « big-bang » est à
l’ordre du jour ? Tous rechignent à
approuver ouvertement, car ils savent que la
classe ouvrière est au bord de
l’explosion et que toute la politique
d’union nationale mise en œuvre
par le gouvernement Sarkozy-Fillon pèse
maintenant sur leurs seules épaules.
Ils n’approuvent pas ouvertement
mais ils ont décidé d’y aller car ils
sont d’accord sur le fond. Ils ont
décidé d’aller au rendez-vous du 18
janvier alors que les travailleurs exigent
qu’ils cessent, au nom de la
concertation sociale, d’accompagner, de
prendre en charge l’application des
contre-réformes. Ils ont
décidé de rencontrer Sarkozy et Fillon, le
gouvernement et les patrons alors que les
travailleurs et la jeunesse exigent : «
n’y allez pas ! ».
Alors que la CES (Confédération européenne
des syndicats) a approuvé la politique de «
réduction de la dette publique » au sein de
l’Union européenne (UE), il est
inévitable que, dans toute l’UE et dans
chaque pays, les directions syndicales
s’engagent dans une politique qui
accompagne les gouvernements dans leur
politique d’union nationale. Inévitable
? Oui, sauf à rompre avec la CES,
c’est-à-dire avec le capitalisme.
Inévitable, sauf à s’engager dans la
seule voie possible pour défendre les
intérêts des travailleurs et des jeunes de
chaque pays et du continent : l’unité
de la classe ouvrière pour en finir avec
cette politique.
Aujourd’hui, pour les capitalistes
de toute l’Europe, l’exigence est
l’union nationale pour faire avaler de
gré ou de force aux travailleurs les
contre-réformes par lesquelles ils prétendent
différer un peu encore l’affrontement
qui vient. En effet, pour l’instant,
les tensions inter-impérialistes croissantes
se gèrent dans un cadre « civilisé » mais la
brutalité de la crise fait que les
capitalistes savent qu’ils
n’auront un jour pas d’autre
choix que de détruire massivement des forces
productives et de se repartager le monde, à
moins que cette fois ils n’entraînent
toute l’humanité dans l’abîme.
Aujourd’hui, l’alternative
demeure : socialisme ou barbarie ? Tout
dépend des travailleurs, tout dépend de la
classe ouvrière ! Pour les travailleurs de
toute l’Europe, l’exigence est
l’unité de la classe ouvrière par-delà
les frontières pour la grève générale
jusqu’au bout pour en finir avec cette
politique, pour un gouvernement des
travailleurs et des paysans, pour une autre
Europe, pour les États-Unis socialistes
d’Europe.
Le rôle des militants qui se réclament du
marxisme est d’aider les travailleurs à
s’organiser sur une base
d’indépendance de classe sur les
terrains syndical et politique, dans chaque
pays, à l’échelle de toute
l’Europe et dans le monde. C’est
le programme de la IVe Internationale
qu’ensemble il nous faut
reconstruire.
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