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Brésil - Publié dans l'Internationaliste Hors-série n°2
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La victoire de Lula vue par la gauche française.
François Hollande, Premier secrétaire du PS

"Il a su imposer le thème de la justice sociale"

"Lula a gagné, pas nous. Il a gagné parce qu'il y avait au Brésil un besoin de renouvellement après les années centre droit de Cardoso. Il a gagné parce qu'il a su créer une forme d'union nationale, y compris avec le patronat, pour incarner le changement. C'est la victoire de l'obstination, de la persévérance. Cela prouve qu'il faut parfois se présenter, trois, voire quatre fois à la présidentielle pour l'emporter. Mitterrand ou Chirac sont aussi passés par là... Lula a gagné aussi parce qu'à la différence de nous, il était frais, il n'était pas le parti sortant et n'a pas souffert de l'usure du pouvoir. Il était dans une politique de recentrage singulier, car, à l'inverse de Jospin, il n'avait pas de concurrence à gauche... Nous, c'est plutôt un manque de différenciation par rapport à la droite qui nous a coûté cher. Surtout, il a su imposer le thème de la justice sociale et ne s'est pas fait embarquer dans la surenchère de l'insécurité. Enfin, il a su faire passer ses thèmes de maîtrise de la mondialisation et d'une certaine forme de capitalisme.".

Henri Emmanuelli, Leader de Nouveau Monde, gauche du PS

"Il a rassemblé la confiance de toute la gauche"

"Une fois, en 1989, je l'avais rencontré quand, au PS, personne ne voulait le recevoir. Je l'avais revu encore avant 1994, quand le PS soutenait Henrique Cardoso, dont le parti était membre de l'Internationale socialiste. Lula était furieux. Il m'avait invité au premier Forum social mondial de Porto Alegre en 2001. Je n'y étais pas allé, j'avais sous-estimé son importance. Par la suite, Lula est venu à Bordeaux, à notre demande, pour soutenir Jospin dans la campagne présidentielle. A l'époque, tout le monde pensait que l'un serait président (Jospin) et pas l'autre (Lula)... La victoire de Lula ne fera de miracles. Mais il pourra amorcer des choses, sur le problème des terres notamment. Il ne pourra pas être radical. Cela ne prouve pas pour autant que le PS doive se recentrer. Elle me conforte, au contraire, dans ma position au sein du PS. Lula a pu se permettre de modérer ses positions dans la dernière ligne droite parce qu'il a rassemblé, dans un premier temps, la confiance de toute la gauche. Ce que n'a pas compris Jospin.".

Olivier Besancenot, Porte-parole de la LCR

"Batailler pour que l'illusion ne s'effondre pas"

"L'aile gauche du Parti des travailleurs (PT), c'est là où sans surprise je me reconnais. Le PT embrasse un spectre qui, en France, irait du PS à la LCR. Or, Lula, pour l'emporter, a fait la campagne de la droite du PT. Et, si on le laisse seul, il mènera une politique sociale-libérale. En même temps, à l'inverse de Jospin, Lula a tenu des meetings dans des entreprises, auprès des ouvriers. Je suis donc à la fois déçu par sa campagne mais plein d'espoir. Pour pousser Lula à mener une politique plus radicale et ne pas le laisser conduire le pays avec une politique "possibiliste", il va falloir que les mouvements sociaux ne désarment pas. Les syndicats, qui ont créé le PT, le mouvement des sans-terre vont devoir batailler pour que l'illusion ne s'effondre pas. Ils vont devoir créer des rapports de force. En même temps, le cas Lula est intransposable en France. Le Brésil en 2002, ce n'est ni la France en 1981, ni le Chili en 1973. C'est un modèle à part, qui est sorti de la dictature il y a quinze ans. Un modèle inédit, où tout est possible.".

Bernard Cassen, Président d'Attac

"Tenter un contre-pouvoir face aux Etats-Unis"

"Actuellement, je suis au Brésil, j'étais dans la rue dimanche soir, et je suis frappé par cette vague irrésistible mais contrôlée qui a mené Lula au pouvoir. La transition est en train de s'effectuer de manière paisible, façon force tranquille, sans agressivité. L'arrivée de Lula au pouvoir, c'est un fait sans précédent dans l'histoire de l'Amérique latine, un séisme. C'est la victoire d'un ouvrier, d'un parti qui brasse très large, et d'un pays qui va tenter de bâtir des alternatives dans la région et de se poser en contre-pouvoir vis-à-vis des Etats-Unis. Les mouvements "altermondialistes" risquent-ils d'être déçus par l'arrivée au pouvoir d'un ex-contre-pouvoir ? Non : personne n'attend de miracle. Le budget 2002 a déjà été voté. Lula tentera, par quelques mesures exceptionnelles (comme les bons de nourritures pour les plus pauvres) de porter un vrai projet de justice sociale et de lutte contre la pauvreté. Il gouvernera aussi par les symboles. Et les symboles, c'est aussi de la politique.".

Lu dans Libération.fr du 29 octobre 2002.

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