Notre camarade Zé Maria a
obtenu plus de 400 000 voix lors de ces
élections, contre 200 000 en 1998. Dans
l'état de Sao Paulo, le nombre de voix qui
s'est porté sur Zé Maria à été multiplié par
quatre. Ceux qui ont voté pour le PSTU lors
du premier tour voulaient dénoncer sans
ambiguïté la faim, la misère et le chômage,
conséquences de la politique néolibérale
menée par le gouvernement pendant huit
ans.
Mais le vote en faveur du PSTU fut plus
que cela : ce fut aussi un vote en faveur
d'une politique et d'un programme qui a eu le
courage de dire la vérité aux travailleurs.
Surtout, au-delà des résultats électoraux, le
PSTU sut faire de sa campagne et de ses
candidats un point d'appui pour
l'organisation indépendante des travailleurs
et du peuple.
Ainsi, notre camarade Didi, candidat du
PSTU au poste de gouverneur dans l'état de
São Paulo, peut dire : "Zé Maria a obtenu
quatre fois plus de voix dans ces élections
que lors des élections de 1998. Ce qui est dû
au fait que le PSTU mit sa campagne
électorale au service des luttes des
mouvements sociaux, comme le démontre le
plébiscite contre la ZLEA (Zone de Libre
Echange des Amériques). Et même des
camarades qui n'ont pas voté pour le parti
nous déclaraient qu'ils étaient d'accords
avec tout ce que nous défendions et, y
compris, avec les critiques que nous faisions
au P.T. L'autre aspect important de cette
campagne, c'est la croissance du PSTU. Quand
le processus électoral a commencé, le parti
avait des militants organisés dans 25 villes
de l'état (de São Paulo). Aujourd'hui, nous
sommes dans plus de 50 villes et ce ne sont
pas seulement des adhérents isolés, mais des
cellules de militants qui sont disposés à
construire le parti." ( Opinião
socialista n°139 p.5).
Le PSTU a gagné un millier de nouveaux
militants dans tout le pays. Dans des villes
importantes, le nombre de militants a doublé.
La campagne du PSTU fut une campagne contre
l'impérialisme, pour rompre avec le FMI et la
ZLEA (Zone de Libre Echange des Amériques ;
ALCA, en espagnol). Ainsi, alors que le PT se
retirait officiellement de la campagne contre
la ZLEA, et décidait de ne pas participer au
plébiscite organisé sur ce dernier (ce qui,
au demeurant, n'a pas empêché 10 millions de
voix de s'exprimer contre l'impérialisme lors
de ce dernier plébiscite alors que, lors du
premier auquel a participé le PT, 6 millions
de personnes s'étaient exprimées), le PSTU
mettait ses spots télé et ses forces au
service de cette campagne.
Nos camarades ont dénoncé ouvertement
l'alliance du PT avec le Parti Libéral du
chef d'entreprise José Alencar et avec
l'Eglise Universelle de Medeiros, accords qui
signifient dans les faits un enterrement de
première classe des derniers restes
d'indépendance de classe du PT. Aussi, Lula
se déclarait ouvert à des discussions "avec
le camarade Bush" (Libération.com du mardi
29.11.02) et le PT s'engageait dans sa
"Lettre au peuple brésilien ", publiée en
pleine crise financière, à dégager un
excédent budgétaire pour honorer la dette du
pays et le nouvel accord avec le FMI, gage de
"stabilité".
Lula, après sa victoire du deuxième tour,
déclarait : "Notre gouvernement, va
honorer les contrats établis par le
gouvernement sortant, ne va pas relâcher son
attention sur le contrôle de l'inflation, et
maintiendra - comme c'est la règle dans les
administrations du PT - une politique de
responsabilité fiscale. C'est pour cela que
je dis avec clarté à tous les Brésiliens : la
dure traversée que le pays affronte exigera
l'austérité dans l'usage des fonds publics et
un combat implacable contre la
corruption." (Le monde.fr du 29.10.01).
Et d'ajouter : "Le Brésil fera ce qui lui
incombe pour surmonter la crise, mais il est
essentiel que, outre l'appui des organismes
multilatéraux comme le FMI, la Banque
Interaméricaine de Développement (BID) et la
Banque Mondiale, soient rétablies les lignes
de crédit aux entreprises nationales et au
commerce extérieur." (Le monde.fr du
29.10.01).
Le PSTU a appelé à voter
Lula au deuxième tour.
Tout d'abord, les résultats du premier
tour signifiaient une défaite pour le
gouvernement et un rejet de sa politique
néolibérale. Le peuple brésilien dans son
immense majorité, opposé à la politique de
FHC, voulait un changement. Lors du premier
tour de l'élection présidentielle, c'est 76%
de la population qui a voté contre le
candidat du gouvernement. Les couches
populaires ont ainsi exprimé leur profond
mécontentement. Ce profond mécontentement à
été capitalisé, sur le terrain déformé de la
lutte de classe que sont les élections, par
le PT.
A travers la voie électorale du régime
démocratique bourgeois et de l'ordre, le P.T.
a canalisé et détourné ce profond désir de
changement. Cependant, la réelle corrélation
de force entre les deux classes ne s'est pas
encore exprimée dans toute sa vigueur au
Brésil, car une telle expression ne peut
survenir qu'avec l'irruption, sur la scène
politique, de la classe ouvrière et ses
méthodes de luttes. Le résultat électoral
annonce ce moment qui ne tardera pas à venir.
Le Brésil s'inscrit dans le cadre de la
montée de la lutte des classes dans toute
l'Amérique Latine.
En appelant à voter
Lula, le PSTU s'est rangé derrière la classe
ouvrière afin d'infliger une défaite
électorale à Serra, le candidat du
gouvernement. Le PSTU s'est en effet
opposé ouvertement à Serra mais, comme lors
du premier tour, il a continué de dire haut
et fort la vérité au peuple, à savoir : que
sans une rupture avec la ZLEA (ALCA, en
espagnol), le FMI et la bourgeoisie, Lula
gouvernerait contre les travailleurs, tout en
garantissant la paix sociale. Le PSTU s'est
ainsi adressé à tous les travailleurs qui ont
l'illusion que, lors de sa campagne, Lula a
menti au FMI et à la bourgeoisie pour
s'assurer une victoire aux élections mais
que, une fois au pouvoir, il ferait un virage
à gauche et gouvernerait pour le peuple
Tout en appelant à voter Lula lors du
deuxième tour, nos camarades du PSTU ont dit
aux travailleurs : "nous pensons que la
crise qui va se produire est grave et que les
exigences du FMI signifient de dures attaques
contre les travailleurs. Il est nécessaire
d'organiser la lutte des travailleurs contre
ces attaques, indépendamment de qui gagnera
les élections. Si Lula gagne les élections,
les travailleurs se sentiront sûrement
victorieux et plus forts. Ce sentiment devra
se traduire par une hausse du nombre des
luttes et par l'organisation des travailleurs
afin de battre le FMI, la bourgeoisie et
satisfaire ainsi leurs revendications."
(Opinião socialista n°139 p.7).
Et Zé Maria d'ajouter : " Quel que
soit le futur gouvernement, s'il ne rompt pas
avec la ZLEA et le FMI, ce sera encore pire
(pour les travailleurs) qu'avec le
gouvernement FHC. Mais Lula, malheureusement,
a décidé de se soumettre au nouvel accord
avec le FMI et a accepté les négociations sur
la ZLEA. Il s'est allié avec la bourgeoisie
et défend un programme presque similaire à
celui de Serra. C'est pourquoi nous,
militants du PSTU, ne pensons pas qu'un
gouvernement Lula améliorera les conditions
de vie du peuple. Les travailleurs qui
croient que Lula gouvernera en faveur de la
classe travailleuse doivent exiger de Lula
qu'il rompe avec le FMI et la ZLEA, qu'il ne
paye pas la dette externe et interne et qu'il
investisse l'argent dans l'emploi, la santé,
l'éducation et l'habitat." (Opinão
socialista n°139 p.3).
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Zé Maria et la
Commission du plébiscite
n'ont pas été reçu par la gouvernement à
Brazilia.
Quelle sera la nature du
gouvernement Lula ?
Les gouvernements classiques de
collaboration de classe ont toujours gouverné
avec l'ombre de la bourgeoisie. Dans les pays
semi-coloniaux et coloniaux, certains de ces
gouvernements ont été anti-impérialistes et
même, parfois, ils se sont affrontés à
l'impérialisme, et ce parce qu'ils s'étaient
alliés à des secteurs nationalistes de la
bourgeoisie. Au Chili, par exemple, Allende a
nationalisé les mines de cuivre -principal
produit du pays- qui appartenaient aux
multinationales.
Le gouvernement de Lula, par ses alliances
et son programme, sera un gouvernement de
front populaire bien particulier : Lula ne
gouvernera pas avec des secteurs marginaux de
la bourgeoisie, bien au contraire, il
gouvernera avec des secteurs fondamentaux de
la bourgeoisie. A en
juger par ses déclarations et ses accords
récents, son gouvernement pourrait être un
gouvernement de front populaire avec des
caractéristiques de gouvernement d'unité
nationale : c'est-à-dire, un
gouvernement dans lequel participent et avec
lequel collaborent les principaux secteurs de
la bourgeoisie.
Le gouvernement de Lula sera particulier
car - à la différence du gouvernement
d'Allende au Chili, de 1970 à 1973 - il ne sera pas
anti-impérialiste, mais pro-impérialiste. Ce
sera un gouvernement de front populaire qui
portera en lui, dès sa naissance, la
soumission au FMI et à la ZLEA. Le
gouvernement Lula sera donc complètement
différent de celui d'Allende, il sera
beaucoup plus proche du gouvernement Lagos
d'aujourd'hui au Chili - ou même de celui de
De La Rua en Argentine- dans un moment de
convulsion de toute l'Amérique Latine.
"Dans le cas d'un éventuel
gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva, il
y aura un processus de mobilisation sociale
pour le pousser à des changements. Si Lula
entend le "message du peuple", ce sera un
mouvement de soutien. Mais si Lula tente de
tromper le peuple en lui demandant d'être
"patient", il finira comme (l'ex - président
argentin Fernando) De La Rua". C'est là
l'opinion de João Stedile, dirigeant et
principal idéologue du MST (Mouvement des
Travailleurs ruraux Sans Terre), dans un
entretien donné au journal espagnol "El
Pais", sur la position de son mouvement en
cas de victoire du P.T. (Folha de São Paulo
du 24.10.02). Et d'ajouter dans le même
entretien : "Dans le cas d'un éventuel
gouvernement Lula, le plus grand mal de tête
auquel il devra faire face ne s'appelle pas
"MST", mais s'appelle "capital
américain" avec toutes ses représentations,
comme les banques, le Fond Monétaire
International, la Banque Mondiale et
l'Organisation Mondiale du
Commerce.".
Construire une alternative
révolutionnaire en ayant comme principe
l'indépendance de classe.
Le gouvernement Lula produira parmi les
masses d'énormes attentes et illusions en ce qui
concerne une amélioration de leurs conditions
de vie. Les masses ont l'illusion que Lula va
satisfaire toutes leurs revendications, alors
qu'en vérité ce gouvernement sera lié par ses
accords avec le FMI et la bourgeoisie
brésilienne, sera le gestionnaire responsable
des intérêts impérialistes et le garant des
affaires de la bourgeoisie. Par conséquent,
Lula gouvernera contre les travailleurs et
sera synonyme de violentes attaques contre
leurs intérêts.
Leurs attentes
peuvent amener les masses à se mobiliser.
Mais leurs illusions peuvent les
mener à la paralysie, à la désorganisation et
à la défaite.
Le rôle des révolutionnaire est de s'appuyer sur les
attentes des masses pour combattre les illusions
envers le gouvernement Lula, afin d'impulser
la mobilisation. Ce gouvernement peut défaire
les masses, mais c'est aussi sous ce type de
régime que la construction d'une alternative
révolutionnaire de masse devient possible.
Pour cela, toutefois, les révolutionnaires
doivent avoir une stratégie révolutionnaire
et ne pas nourrir eux-mêmes des illusions
envers le PT et son gouvernement.
Malheureusement, la
gauche révolutionnaire capitule et a comme
seule perspective d'être l'appendice ou
l'aile gauche du PT, du gouvernement Lula et
de la bourgeoisie. Aussi, elle alimente parmi
les masses - et dans ses propres rangs -
l'illusion qu'il serait possible de pousser à
gauche un tel gouvernement, qu'il serait
possible de changer sa nature ou son
caractère.
Etre dans le PT avant
ces élections était une compromission bien
difficile à assumer. Comment pourront-ils
s'en sortir maintenant ? Car les masses ne
tarderont pas à s'exprimer sur le terrain qui
est le leur : celui de la lutte de classe. En
réalité, la gauche révolutionnaire nourrit la
vaine illusion qu'il sera possible de pousser
ce gouvernement à devenir "un gouvernement
bourgeois antibourgeois".
Oui, le sort de la
révolution brésilienne dépendra de la
capacité des travailleurs et des
révolutionnaires à construire une alternative
révolutionnaire de masse au PT. C'est la voie
qu'ont choisie nos camarades du PSTU au
Brésil et de la LIT-QI en Amérique
Latine.
Article inspiré par Opinião
socialista n°139, publication du Parti
Socialiste des Travailleurs Unifié.
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