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Article paru dans Courrier International n°106 et publié dans l'Internationaliste n°52

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Torture impérialiste en Iraq :
Le véritable visage de cette guerre

Le monde a été bouleversé par les images des tortures appliquées par des soldats américains contre des prisonniers irakiens, dans la prison d'Abu Ghraib. La publicité donnée à ces méthodes, qui ont même été dénoncées par le général yankee Antonio Taguba, a déjà eu deux conséquences immédiates. D'une part, elle a fini par mettre à nu, si c'était encore nécessaire, le véritable objectif de domination coloniale de l'invasion impérialiste en Iraq. D'autre part, elle a accentué la crise politique dans les pays et les gouvernements qui prennent part à l'invasion, spécialement aux Etats-Unis.

Ce qu'il faut signaler en premier lieu, c'est qu'il ne s'agit pas de faits isolés, "d'erreurs et d'excès", pour employer la phrase cynique inventée par la dictature militaire argentine en 1982, mais d'une méthode absolument généralisée et planifiée par les envahisseurs. Barry Romo, un ancien lieutenant d'infanterie qui a combattu au Vietnam, aujourd'hui membre de l'organisation "Vétérans du Vietnam contre la guerre", explique que les troupes américaines "sont formées pour tuer et faire toute action nécessaire pour obtenir les buts politiques" (Socialist Worker, N° 499). Ces méthodes ne sont pas laissées au hasard : les tortures suivent le modèle d'un manuel la CIA, écrit en 1983 et employé pour la première fois en Honduras contre des forces de gauche, dont les instructions indiquent comment torturer et humilier sexuellement les prisonniers pour "casser leur volonté" (Clarín - Argentine, 13/5/04). Ces méthodes sont employées depuis les tout premiers jours de la guerre : EL Mundo de Madrid informe que les tortures "avaient déjà commencé en 2003 dans le campement de prisonniers de Camp Bucca sous le contrôle de médecins espagnols" (13/5/04). Ajoutons que ce qui est publié jusqu'à présent ne constitue qu'une petite partie des actions aberrantes effectuées par les troupes impérialistes. Le sénateur républicain Bill Frist, après avoir vu tout le matériel de photos et de vidéos, a dit à la presse: "Il y a des images beaucoup plus dures, le pire cas vu jusqu'à présent mais multiplié par 1000".

Les spécialistes

Pour que ces méthodes soient plus effectives et efficaces, le gouvernement de Bush envoie en Iraq de véritables spécialistes. Quand on a employé pour la première fois en Honduras le manuel de la CIA, l'ambassadeur américain était John Negroponte qui, par hasard, vient d'être désigné ambassadeur en Iraq... A charge de la prison d'Abu Grahib, il y a le général Geoffrey Miller, ancien commandant de la base de Guantánamo à Cuba, où il y a des centaines de prisonniers afghans. Miller a sous ses ordres 70 "agents spécialisés dans des interrogatoires", c'est-à-dire, professionnels de la torture. Mais pour créer un véritable "esprit de corps", il fait de sorte que toutes les gardiens de la prison prennent part au processus de frapper et d'humilier les prisonniers.

En outre, comme si les 140.000 soldats des envahisseurs et les spécialistes de la torture ne suffisaient pas, l'Iraq a été transformé en haut lieu des mercenaires (les "chiens de la guerre") : d'anciens soldats et anciens agents spéciaux de divers pays, engagés par des entreprises privées avec des salaires qui atteignent jusqu'à 25 000 dollars par mois. Ils sont environ 20 000 et l'entreprise la plus importante a le nom suggestif de Blackwater (eau noire). La plupart de ces mercenaires sont américains, mais il y a aussi des britanniques, des agents de la répression du régime de l'apartheid sud-africaine, des gurkas du Népal et même des paramilitaires colombiens. Leur tâche principale est de défendre les bâtiments, les installations et les directeurs des entreprises yankees qui ont obtenu des contrats pétroliers et d'autres concessions de la "reconstruction" de l'Iraq. A la fois, ils collaborent pleinement avec les troupes des envahisseurs et leur tâche répressive, et ils ont même participé aux interrogatoires à des prisonniers en Abu Grahib.

Une logique impitoyable

Cette application planifiée de tortures massives n'est pas un hasard ni le résultat de la "folie" de Bush ou de ses généraux. C'est le résultat de la logique impitoyable de toute occupation militaire impérialiste. La majorité de la population du pays est unie dans la haine aux envahisseurs. Les actions militaires de résistance et les attentats ont ainsi un soutien de masses, puisqu'elles ont la sympathie et la couverture de la majorité de la population. Pour l'armée d'occupation, tout habitant du pays occupé (homme, femme, personne âgée ou enfant) est un ennemi potentiel qu'il faut vaincre parce qu'il ne comprend pas que "nous venons les libérer". Il n'y a donc pas moyen de vaincre ce peuple, sans effectuer deux types d'actions. D'une part, les massacres massifs dans des villes et des quartiers entiers, comme celles qui ont eu lieu récemment à Fallujah et dans la Cité el-Sadr. D'autre part, la torture généralisée des prisonniers pour casser leur volonté politique. C'est ce qu'ont fait, dans le passé, les yankees au Vietnam, les français en Algérie, les Japonais en Chine, etc.

Arme à double tranchant

Toutefois, au-delà d'un certain succès initial, souvent ces méthodes terminent, tôt ou tard, par se retourner contre l'armée occupante elle-même. D'une part, elles augmentent la haine populaire contre l'envahisseur et aident à fortifier la résistance, ce qui se passe déjà en Iraq, avec une résistance militaire chaque fois plus étendue et audacieuse dans ses objectifs et opérations. D'autre part, ils sont un facteur de division et de rupture dans l'armée occupante, entre un secteur qui assume comme propres ces méthodes, comme la seule façon de gagner la guerre, et un autre plus professionnel (ou qui ne croit déjà plus en l'objectif hypothétique de "défendre la démocratie et la liberté") qui entre en contradiction avec eux et commence à refuser d'appliquer ces méthodes. C'est aussi une situation qu'a déjà vécue l'armée yankee au Vietnam et que le cinéma a reflétée dans beaucoup de films comme Platoon ou Né un 4 juillet. On commence déjà à voir les premiers symptômes de cette division en Iraq.

Un autre élément qui aide à casser le morale des troupes yankee sont les organisations de parents de soldats envoyés en Iraq qui, aux Etats-Unis, combattent contre la guerre et réclament le retour de leurs "boys". Dans des éditions précédentes, nous avons déjà informé sur l'initiative Bring them home ("Ramenez-les à la maison"). Une autre organisation est celle de Militaries families speak out ("les familles des soldats parlent clair"), intégrée par quelque 2.000 membres. Fernando Suárez del Solar, le père d'un soldat mort au combat et un de ses militants les plus actifs, a déclaré : "si nous nous unissons tous les parents de soldats, nous pouvons changer les choses et terminer avec la guerre" (Obrero Socialista, 20/01/04).

Le ricochet

Le gouvernement yankee a essayé d'utiliser la vidéo de la décapitation du jeune américain Nick Berg (hypothétiquement effectuée par un commando de la résistance irakienne) pour atténuer l'impact qu'a eu la publicité des tortures. Autrement dit, il veut montrer que dans les "deux côtés" il y a des "mauvais". Mais ce fait, extrêmement confus, se retourne lui aussi en contre. Aucune autorité américaine n'a encore expliqué pourquoi le jeune homme était en Iraq, bien qu'il ait été arrêté dans ce pays par la police locale (subalterne de l'autorité yankee), qu'il ait été maintenu isolé pendant 13 jours, étant interrogé par des agents du FBI, et qu'il ait été libéré un jour avant son décès. Au-delà du véritable caractère du fait, ce qui est certain c'est que le père du jeune homme mort a responsabilisé le gouvernement de Bush pour son décès et a critiqué sa politique concernant la guerre : "Je ne crois pas que ce gouvernement soit soucieux de la démocratie".

Crise dans les gouvernements envahisseurs

Quand les tortures sont apparues à la lumière du jour, a commencé une comédie d'embrouillements, de mensonges et d'hypocrisie des gouvernements de la coalition impérialiste occupante. Le premier ministre anglais, Tony Blair, a essayé de prendre ses distances en alléguant que les photos du Daily Mirror étaient fausses, mais sans répondre aux dénonciations publiées et communiquées bien avant par la Croix Rouge et Amnistie Internationale sur les tortures d'irakiens par des troupes britanniques. L'italien Silvio Berlusconi, a dit "qu'il n'était pas au courant" de ce qui se passait. Bush l'a imité, et sans broncher il a demandé "pardon" aux torturés et leurs familles et il a libéré quelques prisonniers. Le comble de l'hypocrisie a été celle de l'ONU, qui a réclamé des "explications" à Washington et à Londres. Seul le secrétaire à la Défense yankee, Donald Rumsfeld, a eu l'audace d'assumer la responsabilité pour les tortures et les a défendues publiquement. Le candidat présidentiel démocrate, John Kerry, a publiquement réclamé son renoncement et a promu une pétition qui, bien qu'avec des intentions électoralistes claires, a obtenu en quelques jours 275.000 signatures. Suite à la pression de la résistance irakienne et de l'indignation généralisée à la suite de la révélation des tortures, le commandement militaire des Etats-Unis a déjà libéré plus de 300 prisonniers d'Abu Ghraib (beaucoup sont sortis en faisant la V de victoire) et a promis d'en libérer encore 3 à 5 000 dans les prochains jours. Pour le moment, Bush soutient Rumsfeld mais il est évident que celui-ci est le fusible choisi face à une possible aggravation de la crise.

Aucun de ces bandits impérialistes n'est capable d'assumer honnêtement ces méthodes de guerre, parce que tous se regardent dans le miroir de l'Espagne et la défaite électorale d'Aznar, motivée clairement par l'opposition du peuple espagnol à cette guerre. Cette défaite a déjà mené à deux conséquences. D'une part, ces assassins se rendent compte comment l'opinion publique de leurs pays se retourne chaque jour davantage contre eux. Bush en particulier, en pleine année électorale, voit que la moitié des Américains ne le soutiennent déjà plus et que sa popularité tombe de jour en jour. Dans le désespoir d'enrayer cette chute, il promet qu'il s'en ira bientôt de l'Iraq, mais Paul Bremer, la plus haute autorité yankee dans ce pays, désigné par Bush lui-même, le réfute publiquement et déclare qu'au contraire, ils auront besoin d'encore plus de soldats et d'encore plus d'argent pour soutenir l'occupation. Voilà bien un gouvernement de "grande cohérence".

D'autre part, le retrait des troupes espagnoles de l'Iraq a ouvert une phase de fissure dans la coalition militaire : d'autres petits contingents de pays latino-americains se retirent aussi, et la Pologne et l'Ukraine sont sous une pression interne énorme et la dynamique fait qu'il ne restera que le "noyau dur" anglo-yankee. Du point de vue strictement militaire, cela ne signifie pas grand-chose, mais c'est très important du point de vue politique, étant donné que Bush-Blair-Berlusconi deviennent chaque jour plus isolés dans cette guerre. Il ne faut donc pas s'étonner si bientôt l'ONU commence à sortir des résolutions et des mandats pour couvrir ces assassins.

Vers un nouveau Vietnam

C'est déjà un lieu commun, à l'intérieur et en dehors des Etats-Unis, de comparer la situation en Iraq avec celle de la guerre du Vietnam qui s'est terminée, en 1975, avec la première défaite militaire dans l'histoire de l'impérialisme yankee. Même des dirigeants impérialistes de première ligne, comme le sénateur démocrate Edward Kennedy, le soulignent. Tous les éléments présents au Vietnam (forte résistance dans le pays envahi, crise et division de l'armée impérialiste, réprobation internationale, crise politique interne, etc..) sont en place aujourd'hui, dans une plus grande ou plus petite mesure.

Nous, la LIT-QI, nous disons : "nous allons vers un nouveau Vietnam", c'est-à-dire, nous allons vers une nouvelle défaite militaire de l'impérialisme yankee, un résultat qui favorisera la lutte de tous les travailleurs et de tous les peuples du monde.

C'est pourquoi nous croyons qu'il est indispensable de reprendre immédiatement, et avec une force croissante, les mobilisations internationales de réprobation contre l'occupation impérialiste et à ses méthodes, et de solidarité avec la résistance du peuple irakien. C'est un appel à la coordination internationale qui a convoqué les journées antérieures massives, à toutes les organisations qui se revendiquent démocratiques et anti-impérialistes, aux centrales syndicales, aux organisations de droits humains. Aujourd'hui plus que jamais :

Hors les troupes impérialistes de l'Iraq !

Tout le soutien à la résistance
du peuple irakien !

L'Iraq pour les irakiens !

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