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Article paru dans Courrier International n°109 et publié dans l'Internationaliste n°53

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Élections aux Etats-Unis :
L'Iraq divise l'impérialisme yankee

En novembre prochain, il y aura des élections présidentielles aux Etats-Unis. Les principaux candidats sont l'actuel président républicain George Bush (qui va se présenter à nouveau) et le sénateur démocrate John Kerry. Le vote aura lieu en pleine crise profonde de l'occupation militaire de l'Iraq, suite à une résistance civile et militaire massive. Cette crise, de fait, touche l'ensemble de la politique extérieure de l'impérialisme yankee et s'étend aussi aux USA mêmes. Ce n'est pas par hasard que ce sujet est au centre du débat électoral.

La question est qu'après une victoire militaire initiale rapide, et de manière inattendue pour les analystes militaires et politiques de l'impérialisme, les troupes d'invasion ont fait face à une résistance civile et militaire dure et croissante qui a unifié les deux secteurs principaux du peuple iraquien (chiites et sunnites). Selon les informations journalistiques, la résistance militaire mène déjà une moyenne de 60 attaques quotidiennes qui ont déjà provoqué la mort de plus de mille soldats yankee, un chiffre que soulignent avec effroi tous les quotidiens et journaux télévisés des Etats-Unis.

Et la situation n'a pas changé après l'arrivée du nouveau gouvernement en Iraq qui a eu lieu en juin dernier, arrivée présentée comme une avancée vers l'"autonomie" iraquienne. Le nouveau gouvernement n'a pas plus de soutien populaire que le précédent et continue à être une "marionnette" soutenue par les troupes d'occupation. Pour la majorité du peuple iraquien, aussi bien le nouveau gouvernement que les occupants militaires sont des ennemis. C'est pourquoi, selon les rapports, le nombre d'attaques militaires a augmenté de 20% depuis juin. Jusqu'aux joueurs de l'équipe iraquienne de football (très performante lors des olympiades d'Athènes) ont fait échouer la tentative de Bush de les utiliser politiquement (comme "les représentants d'un nouveau pays libre") et ils ont réclamé le retrait des troupes américaines de leur pays.

Un succès éphémère

Face à cette réalité, les yankees ont répondu en essayant de renforcer leur offensive militaire sur les bastions de la résistance, avec une répression massive qui inclut la détention de milliers de "suspects", dont beaucoup sont torturés et même assassinés dans les prisons, dans une tentative de "casser" la résistance. Mais ces faits parviennent seulement à augmenter la haine du peuple iraquien, ainsi que la réprobation internationale et à l'intérieur même des Etats-Unis.

Dans ce cadre, à l'occasion d'une offensive sanglante, les troupes d'occupation ont repris la ville chiite de Najaf, sous contrôle des milices du chef religieux Al Sadr qui a ouvert des négociations pour désarmer son organisation militaire (promesse qu'il avait déjà faite avant mais qu'il n'avait pas respecté). La reddition de la ville et les négociations ont eu le soutien de l'autorité religieuse chiite suprême, l'ayatollah Ali Sistani, qui s'est rendu personnellement à Najaf. Il y a là un indice du caractère bourgeois et des profondes hésitations de la direction religieuse chiite dans l'affrontement avec l'impérialisme. C'est pourquoi le danger existe toujours que cette direction, ainsi que la direction - également bourgeoise - du secteur sunnite, essayent de désarmer la résistance, pactisent avec les yankees et leur permettent de reprendre un contrôle plus strict du pays. Il s'agirait évidemment d'une nouvelle situation.

Mais tout indique que ce n'est pas la situation actuelle. Il semble qu'il reste de véritables "zones libérées" dans les régions sunnites, spécialement dans le triangle formé par les villes de Fallujah, Bakuba et la zone nord de Bagdad, la capitale du pays. Des média journalistiques informent que le pouvoir effectif du président marionnette Yiad Alawi ne s'exerce que sur "la moitié de Bagdad". Les troupes d'occupation ne sont pas non plus parvenues à assurer une protection effective de la production pétrolière et des oléoducs qui la transportent. Cela tant dans le sud du pays, une zone qui est principalement chiite, que dans le nord, dans la région de Mossoul et de Kirkuk où se trouve l'oléoduc qui passe par la Turquie.

Le monde contre Bush

D'autre part, le rejet de la politique de Bush et de l'occupation militaire de l'Iraq est très massif au niveau de l'opinion publique mondiale. C'est ce qui ressort de l'enquête réalisée dans plusieurs pays pour savoir comment les gens voteraient s'ils avaient la possibilité de participer aux élections présidentielles aux Etats-Unis : Bush perdrait par knock-out.

La dernière grande mobilisations a eu lieu en Grèce, pendant les Jeux Olympiques d'Athènes, contre la visite de Collin Powell, le Ministre des Affaires Etrangères du gouvernement de George Bush. Cette manifestation l'a contraint à annuler cette visite. Pendant la marche, des banderolles ont été accrochées à l'Acropole et au Parthénon (centre de l'ancienne ville), banderoles qui disaient : "Powell assassin, go home !".

Les "explications" de Bush

La réalité a été bien différente de ce que Bush avait prévu et promis au monde et au peuple américain. Ses "justifications" seraient risibles, si sa politique ne signifiait pas la mort de milliers de personnes : "Il résulte que, suite à une victoire rapide et décisive, nous faisons face à des conditions sur le terrain qui ont été différentes de celles que nous avions assumé au début (...). Quand tout indiquait que Saddam allait tomber, les gens ont déposé les armes. En réalité ils ne l'ont pas fait. Ce qu'ils ont déposé a été leur volonté de combattre et ils se sont simplement dispersés vers l'intérieur du pays. Maintenant ils ressurgissent ." (New York Times, 30/8/04). Autrement dit, "nous avons des problèmes parce que nous avons gagné trop vite".

Ensuite, interviewé au cours de l'émission de télévision Today de la chaîne NBC, il a été un peu plus sérieux : "Je ne crois pas qu'on puisse gagner la guerre contre le terrorisme. Il s'agit de créer des conditions pour obtenir un monde plus sûr pour nos enfants ". Ainsi, il a essayé de justifier les problèmes rencontrés en Iraq, et anticipé le fait que la "guerre contre le terrorisme" devrait continuer pendant des décennies.

Problèmes intérieurs

Les choses se sont compliquées pour Bush, non seulement en Iraq mais aussi à l'intérieur des Etats-Unis. Après un important soutien initial à l'invasion, actuellement moins de la moitié de la population américaine soutient la politique de Bush et 54% croit que "la guerre en Iraq ne vaut pas la peine", selon une enquête de Gallup. Cela se voit dans la manifestation récente, de centaines de milliers de personnes, à New York. Bien qu'elle ait aussi été appuyée par les démocrates à des fins électorales, elle a été beaucoup plus une marche anti-Bush et anti-guerre qu'une marche de soutien à Kerry. La marche a été très combative (il y a eu des centaines de détenus) et beaucoup de manifestants ont brandi des affiches qui disaient : "Soutenez nos troupes ! Ramenez les à la maison !".

Une autre expression de cette opposition s'est formé à travers le groupe IVAW (Iraq Veterans Against the War - Vétérans de l'Iraq contre la guerre) qui s'ajoute aux organisations déjà existantes d'anciens combattants et parents de soldats qui s'opposent à l'invasion. Ce groupe, constitué de vétérans de l'Iraq et de l'Afghanistan et de soldats d'active, a déclaré "qu'il s'engage à sauver des vies et à en finir avec la violence en Iraq, en combattant pour un retrait immédiat de toutes les troupes d'occupation".

De graves problèmes militaires dans un pays envahi, le rejet international, l'opposition aux Etats-Unis même, avec une polarisation croissante du peuple américain à cause de la politique de Bush en Iraq La combinaison de ces éléments fait que c'est désormais un lieu commun de comparer la situation actuelle de l'Iraq à celle du Vietnam.

En 1975, la guerre du Vietnam, pays du sud-est asiatique, a été la première défaite militaire subie par l'impérialisme yankee. La situation en Iraq est devenue le principal facteur d'usure de l'administration Bush. Sous cet aspect, la position du président américain peut se comparer à celle de ses principaux alliés européens : la défaite électorale de l'Espagnol Aznar, et l'affaiblissement dont sont victimes le Britannique Blair et l'Italien Berlusconi.

Deux hommes de l'impérialisme

L'actuel gouvernement américain et la direction des républicains sont dominés par des groupes influencés idéologiquement par l'extrême droite politique et religieuse, qui présentent la situation mondiale comme "une lutte entre le bien et le mal". Evidemment, les Etats-Unis et le capitalisme incarnent le "bien".

Le parti démocrate ne se nourrit pas de ces sources idéologiques. Il compte même, historiquement, avec une importante participation des minorités noire et hispanique, des homosexuels et des syndicats. Mais ce serait une erreur complète d'espérer qu'un triomphe de Kerry change les choses, en Iraq et dans d'autres domaines. Lamentablement, cet espoir est entretenu par plusieurs organisations de gauche et "progressistes" aux Etats-Unis comme dans le monde. Toutes ces organisations appellent à voter pour le candidat démocrate.

Les démocrates sont un parti impérialiste comme les républicains. C'est pourquoi, ils défendent et défendront le système impérialiste des toutes leurs forces. Rappelons que c'est le président démocrate Lyndon Jonhson qui initia l'intervention américaine au Vietnam et que d'autres présidents de ce parti appuyèrent et impulsèrent de nombreux et sanglants coups d'Etat militaires en Amérique Latine et dans le monde.

Mais arrêtons nous sur les positions de Kerry lui-même, approuvées par le comité directeur démocrate. Avant l'invasion en Iraq, il a critiqué Bush pour ne pas avoir agi assez rapidement et aussi pour "ne pas avoir envoyé les forces suffisantes pour accomplir la mission". Il se présente maintenant comme quelqu'un de "capable de sauver l'occupation manquée de l'Iraq", et sa proposition est "d'augmenter l'effort militaire et l'envoi de troupes".

De plus, en disant : "Avec Kerry comme commandant en chef, nous ne devrons jamais attendre pour agir à l'étranger quand notre sécurité est en jeu", les démocrates ont critiqué Bush pour ne pas avoir répondu militairement à la fabrication d'armes nucléaires par la Corée du Nord ou à la menace de l'Iran de sa lancer dans la fabrication de telles armes. Il est clair que c'est une illusion de croire que, s'il gagnait les élections, Kerry en finirait avec l'invasion de l'Iraq ou qu'il ne se lancerait pas dans de nouvelles agressions contre d'autres pays.

En même temps, comme l'ex-président démocrate Bill Clinton, Kerry a été un grand défenseur des nouveaux outils de pillage impérialiste en Amérique latine, comme l'ALENA et la ZLEA.

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