Le IX
Congrès Mondial de la Ligue Internationale
des Travailleurs - Quatrième
Internationale (LIT-QI) aura lieu en
juillet 2005. C'est un congrès très important
parce qu'il se tient dans le cadre de
processus très aigus de la lutte de classes
dans le monde, comme la guerre de libération
du peuple iraquien contre les envahisseurs
impérialistes (ce qui remet à l'ordre du jour
la possibilité d'une défaite militaire de
l'armée yankee) et les révolutions qui ont
secoué l'Amérique Latine ces dernières
années. En même temps, la gauche vit une
profonde crise dans laquelle la plupart de
ses organisations abandonnent des concepts et
des positions stratégiques, comme la prise du
pouvoir, la nécessité de la révolution
socialiste, la conception du parti léniniste,
etc. La réalité a fait que ce débat n'est pas
seulement théorique et programmatique, mais
très concret et brûlant.
Nous croyons qu'il s'agit de discussions
primordiales, non seulement pour la LIT-QI,
mais aussi pour tous les révolutionnaires. Ce
sont des sujets qui concernent le présent,
l'avenir et les perspectives de la révolution
dans le monde. Pour cette même raison, nous
voulons inviter d'autres organisations qui se
revendiquent comme révolutionnaires à
participer à ce débat de préparation de notre
Congrès.
Dans cette édition n° 111 de Correo
International (la publication internationale
de la LIT-QI), un résumé des principaux
documents qui seront examinés dans le Congrès
est présenté. Il s'agit des Thèses sur la
situation mondiale et du Bilan de la LIT-QI.
Ces documents sont certainement insuffisants.
C'est pourquoi, nous attendons vos critiques
et vos apports, afin de les débattre et de
les faire connaître à toute notre
organisation internationale. Nous espérons
que la discussion pourra aider à la
compréhension des grands changements qui ont
eu lieu dans le monde ces deux dernières
décennies, à l'évaluation correcte de la
situation mondiale et à la définition des
tâches pour les révolutionnaires dans le
monde actuel.
Une grande
contradiction
La situation mondiale actuelle est marquée
par une grande contradiction. D'une part, le
mouvement de masse mène des luttes
révolutionnaires très importantes. Mais,
d'autre part, il existe une profonde crise
dans l'ensemble des forces de gauche, y
compris de celles qui revendiquent le
marxisme révolutionnaire.
Au sein de la majorité absolue des
organisations, cette crise a commencé comme
un processus d'adaptation, puis de
capitulation à la politique impérialiste que
nous appelons la politique de la "réaction
démocratique". Après la défaite au Vietnam
(1975), l'impérialisme a été obligé de
changer sa politique du "bâton" et a commencé
à utiliser les processus électoraux (et
d'autres "pièges" de la démocratie
bourgeoise) pour dévier et pour juguler de
nouvelles situations révolutionnaires. Il a
appliqué cette politique avec assez de succès
dans les révolutions portugaise (1975) et
nicaraguayenne (1979). Un exemple très
important ont été les Accords de Paix de
Contadora, qui sont parvenus à stopper la
lutte de la guérilla au Salvador. Le FMLN
(Front Farabundo Marti de Libération
Nationale) a été sur le point de prendre le
pouvoir, mais il a déposé les armes et s'est
converti en un front électoral, et le
processus révolutionnaire au Salvador a
échoué.
La gauche a de plus en plus transformé les
élections en son activité principale et, à
partir de là, s'est adaptée à l'action
parlementaire et à la participation dans
l'état bourgeois. Cela n'a pas manqué de se
refléter dans la théorie et dans le programme
: peu à peu, la majorité des courants ont
abandonné les concepts de "lutte de classes"
et de "révolution", en les remplaçant par
d'autres comme la "participation citoyenne",
"l'approfondissement de la démocratie",
etc.
La restauration
capitaliste dans les anciens états ouvriers
bureaucratisés
Le processus s'est accéléré avec la chute
des régimes staliniens et la restauration du
capitalisme dans l'Est européen et dans tous
les pays que nous les trotskistes appelions
des "états ouvriers bureaucratisés" (et
d'autres courants "le socialisme réel"). Tous
les anciens états ouvriers bureaucratisés
sont aujourd'hui des états capitalistes. La
plupart des courants sont d'accord sur ce
point quand il s'agit de l'ancienne URSS et
de l'Est européen, mais ils ne le conçoivent
pas ainsi dans le cas de Cuba, de la Chine,
du Vietnam et de la Corée du Nord parce que
les partis communistes continuent à être au
pouvoir dans ces pays. Toutefois, il y a
longtemps que les bureaucraties qui
gouvernent ces pays ne défendent plus (ni
même de façon bureaucratique, comme dans le
passé) les bases sociales qui caractérisent
un état ouvrier : le monopole du commerce
extérieur, la planification de l'économie et
la propriété étatique des moyens de
production. Au contraire, ce sont eux qui
mettent en ?uvre la liquidation de ces bases
sociales, ce sont eux qui privatisent les
entreprises étatiques et qui introduisent de
manière croissante le capital impérialiste
dans leurs pays. Ce processus de restauration
du capitalisme dans les pays où la
bourgeoisie avait été expropriée signifie une
défaite pour les travailleurs et il a été à
l'origine d'une grande confusion parmi la
majorité de la gauche, qui a vu cette défaite
comme la seule conséquence de ce qui est
arrivé.
Ce qu'ils n'ont pas vu, ni pris en
considération dans leur conclusion, c'est
qu'avec cette défaite réelle, il y a eu un
autre processus d'une importance égale ou
plus grande : la chute de l'appareil
stalinien mondial suite à l'intervention des
masses. Cet appareil était parvenu à trahir
et à dévier de nombreuses révolutions dans le
passé, et c'était le principal collaborateur
de l'impérialisme dans la tâche de contrôler
la révolution mondiale. Il suffit de se
rappeler comment, après la Seconde Guerre
Mondiale, le triomphe de la révolution
ouvrière et socialiste dans des pays
capitalistes aussi importants que l'Italie et
la France a été évité. Cet appareil mondial a
maintenant été renversé par les masses, ce
qui a libéré d'immenses forces et de
possibilités révolutionnaires. Ce fait a été,
en lui-même, très progressif. C'est pour
cette raison que le bilan de ce qui s'est
passé et les perspectives qui se sont
ouvertes dans la situation mondiale sont bien
plus contradictoires que la seule conclusion
selon laquelle "le socialisme a été mis en
échec".
Une première
conclusion
A partir de cette analyse, nous croyons
qu'il y a une première leçon principale à
tirer de la restauration capitaliste :
l'impossibilité de la construction du
"socialisme dans un seul pays" (comme le
défendait le stalinisme).
La réalité a démontré que, comme l'ont
affirmé Lénine et Trotski, la théorie du
"socialisme dans un seul pays" n'a été qu'une
utopie réactionnaire. Les révolutions
ouvrières peuvent et vont triompher dans un
ou plusieurs pays (en général, d'abord dans
les pays les plus arriérés). Mais le
socialisme (comme système économique et
social) ne sera possible seulement si la
révolution se développe de façon
internationale, si la classe ouvrière prend
le pouvoir dans les pays impérialistes
centraux, de développement économique
supérieur. Si ce n'est pas le cas,
l'impérialisme reprendra son offensive, les
pays capitalistes plus développés
maintiendront leur supériorité économique et
les états ouvriers, tôt ou tard, seront
dominés par l'économie mondiale impérialiste
et seront poussés à la restauration.
Les anciens états ouvriers bureaucratisés
sous la direction directe du stalinisme n'ont
pas promu l'extension de la révolution
mondiale. Au contraire, ils ont cherché la
"coexistence pacifique" avec l'impérialisme.
Cela a été le cas aussi avec les révolutions
dirigées par des mouvements petit-bourgeois
qui ont mené à bien l'expropriation de la
bourgeoisie, comme cela a été le cas à Cuba.
Tous ont terminé par la restauration
capitaliste.
Nous, le courant qui constitue la LIT-QI
aujourd'hui, nous avons soutenu et défendu la
révolution cubaine et l'instauration du
premier état ouvrier latino-américain,
ensemble avec des milliers de militants
partout dans le monde. Mais il y a lieu de
différencier le processus révolutionnaire,
des politiques menées par sa direction. Par
exemple, quand Fidel Castro a dit que le
Nicaragua ne devait pas être "un nouveau
Cuba" (c'est-à-dire, ne devait pas réaliser
l'expropriation de la bourgeoisie), il a
condamné la révolution nicaraguayenne à la
défaite. En même temps, il a accentué
l'isolement de Cuba socialiste et il a
préparé ainsi les bases de la restauration
dans son propre pays. Che Guevara, au
contraire, avait déjà appelé depuis des
années à faire "deux, trois, beaucoup de
Vietnam" et avait affirmé que la lutte devait
être "pour la révolution socialiste, ou elle
était une caricature de révolution". Nous
rejoignons pleinement le Che dans ces
affirmations.
L'offensive de
l'impérialisme et la réaction révolutionnaire
des masses
Après la restauration capitaliste,
l'impérialisme s'est senti à même de mener à
bout une offensive recolonisatrice mondiale
qui inclut, entre autres, les plans
néo-libéraux, les privatisations, les accords
commerciaux (comme la ZLEA et la NAFTA) et
les tentatives de contrôler les ressources
mondiales d'énergie (qui sont à l'origine des
guerres de l'Iraq et de l'Afghanistan, et de
la tentative de coup d'État au Venezuela).
L'offensive s'est accélérée après les
attentats du 11 septembre. A partir de ce
moment, l'impérialisme a entamé une
intervention beaucoup plus agressive, en
promouvant des guerres et des pressions
militaires. Autrement dit, d'avantage de
"bâton". Toutefois, il a maintenu la réaction
démocratique comme arme permanente, de
manière combinée et complémentaire avec les
tentatives bonapartistes. Selon la vieille
fable de l'âne, on combinait "le bâton et la
carotte".
Face à cette offensive impérialiste,
l'autre visage de la situation mondiale est
une grande réaction des masses qui affronte
l'impérialisme et qui le mettent souvent en
échec. Il y a l'exemple de la résistance
iraquienne, du soulèvement de masses qui a
mis en échec la tentative de coup d'État au
Venezuela, les processus révolutionnaires en
Bolivie, en Argentine et en Équateur,
l'Intifada palestinienne, et beaucoup de
d'autres.
Dans la LIT-QI nous disons qu'il y a une
situation révolutionnaire mondiale, un
concept qui a donné lieu à des interrogations
quant à son sens et son utilité politique.
Nous ne voulons pas faire une discussion
terminologique et il nous paraît mieux de
préciser ce que nous voulons dire, à travers
la description de la situation mondiale. Dans
le cadre d'une crise économique (qui oblige
l'impérialisme à mener des attaques dures
contre les travailleurs et les masses), nous
voyons une violente offensive recolonisatrice
impérialiste, ainsi qu'une réaction des
masses, violente aussi, à cette offensive.
L'impérialisme ne parvient pas à contrôler
la situation créée dans les points cruciaux
de son offensive. Voilà pourquoi il y a la
guerre en Iraq, des gouvernements tombent par
la mobilisation des masses et il y a des
révolutions (la Bolivie, l'Argentine et
l'Équateur). Ceci ne veut pas dire qu'il y
ait des situations révolutionnaires dans tous
les pays du monde ou que la prise immédiate
du pouvoir soit à l'ordre du jour partout
dans le monde.
Pour comprendre mieux ce que nous voulons
dire, il y a lieu de comparer la situation
actuelle avec celle du début des années 90,
quand l'impérialisme effectuait presque une
promenade militaire lors de la première
guerre du Golfe, quand les privatisations se
passaient sans lutte des travailleurs (ou
avec des défaites dures), quand l'offensive
idéologique parlait de "la fin du
socialisme", de "la fin de la lutte de
classes", etc. Il est clair que la réalité
actuelle n'a rien à voir avec cette
situation.
C'est pourquoi, face aux processus
révolutionnaires, ou de manière préventive,
l'impérialisme joue la carte des
gouvernements de Front Populaire
(gouvernements de coalition de partis et
secteurs bourgeois avec des partis ouvriers
et des centrales syndicales). C'est le cas de
Lula, au Brésil, et de Tabaré Vasquéz, en
Uruguay. Mais, contrairement aux anciens
gouvernements de ce type, qui entraient
généralement en collision avec l'impérialisme
ou rencontraient d'importantes frictions avec
lui, les gouvernements actuels de Front
Populaire appliquent directement la politique
néo-libérale la plus brute, en agissant comme
agents directs de l'impérialisme.
En deux mots, ce que nous appelons
"situation révolutionnaire mondiale" est la
combinaison de processus de crise économique
et politique, de guerres et de révolutions,
dans lesquels la perte de contrôle par
l'impérialisme et les bourgeoisies nationales
ouvre la possibilité de situations
révolutionnaires dans différents pays du
monde ainsi que la possibilité de la prise du
pouvoir par les travailleurs et le peuple.
L'impérialisme peut être
vaincu
Beaucoup seront d'accord pour dire que
l'impérialisme est le principal ennemi des
masses travailleuses et des pauvres du monde.
Mais de moins en moins sont ceux qui
soutiennent que, pour obtenir toute
amélioration durable des conditions de vie,
il faut lui faire face et le combattre
jusqu'à la fin. L'histoire montre que toute
tentative de conciliation a mené à la défaite
des masses. En même temps, aussi bien
l'histoire que la réalité actuelle montrent
qu'il est possible de le vaincre, comme cela
a été le cas au Vietnam et comme cela est en
train de se passer en Iraq.
Dans ce pays, la résistance fait face aux
troupes impérialistes, les armes à la main,
dans une véritable guerre de libération
nationale. Dans cette guerre, nous, les
révolutionnaires, nous nous plaçons sans
aucun doute du côté de la résistance pour
mettre en échec les troupes occupantes et les
jeter hors du pays. C'est pourquoi, nous
fêterons la mort de chaque soldat des armées
impérialistes ou des collabos iraquiens.
Ce qui est certain, c'est que l'Iraq
montre clairement qu'il est possible de
vaincre l'impérialisme, en dépit de toute sa
capacité militaire. Actuellement, la
résistance est déjà en train d'y parvenir,
bien qu'évidemment l'issue de la guerre ne
soit pas encore connue. Malgré ses 150.000
soldats, son armement moderne et sa
technologie, l'impérialisme ne parvient pas à
dominer le pays : il contrôle à peine, de
manière effective, les zones centrales des
principales villes. En outre, tout indique
que les élections frauduleuses et truquées de
janvier n'ont pas changé cette situation.
Cet embourbement, qui peut le mener à la
défaite, l'impérialisme yankee l'a déjà vécu
au Vietnam, où le peuple héroïque de ce pays
lui a infligé sa première défaite militaire.
Les hélicoptères militaires quittant
d'urgence l'ambassade américaine de Saigon et
le désespoir des collabos de s'y accrocher
pour s'enfuir nous a laissé une image vive de
cette défaite.
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Récemment, l'impérialisme a aussi été
mis en échec au Venezuela : la mobilisation
ouvrière et populaire a réduit à néant les
tentatives de renverser le gouvernement de
Chavez, et cela malgré la politique de Chavez
lui-même (avec tout le prestige et les
illusions qu'il suscite dans beaucoup de
secteurs de la gauche), qui a toujours parié
sur la conciliation avec l'impérialisme. Mais
les masses ont mis en échec le coup d'État
pro-yankee.
Ces revers concrets de l'impérialisme sont
très importants : si les Etats-Unis perdent
la guerre en Iraq, cela changera toute la
situation mondiale actuelle. Toutefois, par
elles-mêmes, ces victoires des masses ne sont
pas suffisantes pour que la classe ouvrière
mondiale parvienne à vaincre l'impérialisme
de façon définitive. Pour cela, la classe
ouvrière doit envisager la prise du pouvoir
au moyen d'une révolution.
La révolution socialiste
et la prise du pouvoir par la classe
ouvrière
Dans tous les pays où il y a eu récemment
des processus révolutionnaires, deux
alternatives ou issues possibles ont été à
l'ordre du jour. La première était que la
classe ouvrière prenne le pouvoir et
développe une révolution socialiste. La
seconde a été la proposition de "défendre et
étendre la démocratie" au moyen d'élections
générales ou d'une Assemblée Constituante.
Par un autre voie, sur la base des
conceptions du théoricien britannique
Holloway ("changer le monde sans prendre le
pouvoir"), d'autres secteurs n'ont pas eu non
plus une stratégie révolutionnaire.
Lamentablement, la gauche réformiste,
maintenant soutenue par des organisations qui
se revendiquaient marxistes révolutionnaires,
a soutenu la politique "d'adoption de la voie
démocratique", et a eu comme conséquence la
paralysie ou le recul du processus
révolutionnaire en Argentine, en Bolivie et
en Équateur.
Contre ces positions, la LIT-QI a soutenu
et soutient que la seule issue pour mettre en
échec l'impérialisme est que la classe
ouvrière prenne le pouvoir dans un ou
plusieurs pays, construise un état ouvrier
révolutionnaire (c'est-à-dire une dictature
révolutionnaire du prolétariat) et développe
la révolution socialiste mondiale qui en
termine une fois pour toute avec
l'impérialisme.
Léon Trotski (dirigeant révolutionnaire
russe et fondateur de la Quatrième
Internationale) disait que notre programme
pourrait être résumé en trois mots :
dictature du prolétariat. Cette définition
conceptuelle et relative au programme
signifie la construction d'un État Ouvrier
avec la plus vaste démocratie pour les
travailleurs et ses alliés populaires, comme
les paysans, et une dictature extrêmement
dure contre la bourgeoisie et les
exploiteurs. Elle signifie un État basé sur
l'expropriation des capitalistes et des
grands propriétaires fonciers, c'est-à-dire,
sur la collectivisation des moyens de
production (qui passent aux mains de l'État),
sur la planification de l'économie et le
monopole du commerce extérieur, au service de
la satisfaction des besoins des travailleurs
et du peuple et de la promotion de la
révolution mondiale.
C'est une dictature révolutionnaire parce
que, contrairement aux dictatures
bureaucratiques imposées par le stalinisme,
elle défend la plus vaste démocratie ouvrière
à l'intérieur du pays et, à la fois, elle
développe une lutte permanente pour qu'aucune
bureaucratie ne s'approprie le pouvoir. En
même temps, comme nous l'avons déjà indiqué,
cet état ouvrier fait face à l'impérialisme
et cherche à étendre la révolution socialiste
internationale à tous les pays,
principalement aux pays centraux.
Le parti révolutionnaire
bolchevique
Nous continuons à croire que, pour mener à
bien ces processus révolutionnaires, il faut
un parti ouvrier révolutionnaire construit
selon le modèle proposé par Lénine.
Aujourd'hui, ce modèle a été laissé de côté
par la majorité de la gauche. Pour justifier
cet abandon, dans certains cas on considère
que le "parti léniniste" est la caricature
bureaucratique que défendaient les
staliniens. Il s'agit d'une erreur complète :
le parti léniniste et le parti stalinien sont
des modèles totalement opposés. Le premier
essaye d'être l'outil de l'avant-garde
révolutionnaire pour diriger la classe
ouvrière vers la prise du pouvoir, la
construction d'un état ouvrier et la
révolution socialiste internationale. Le
second est l'outil de la bureaucratie pour
lier les mains à la classe ouvrière et
promouvoir la contre-révolution.
Dans d'autres cas, on dit que le modèle
léniniste a "vieilli" et n'est plus
d'actualité. Par exemple, actuellement, les
partis que l'on appelle anticapitalistes sont
à la mode. Beaucoup de militants les voient
comme une issue stratégique ou comme un
phénomène progressif, et ils sympathisent
avec eux parce qu'ils maintiennent dans leurs
programmes l'objectif du socialisme et qu'ils
regroupent des courants marxistes dispersés,
etc. Nous ne partageons pas cette vision.
D'abord, des tendances révolutionnaires,
centristes et réformistes y coexistent. Le
PSOL du Brésil est un exemple récent et
évident de cela. Deuxièmement, en général,
leur principale activité est la participation
électorale et, fréquemment, ils obtiennent
des succès sur ce terrain et obtiennent des
parlementaires. Ils peuvent aussi être
construits dans les syndicats, dans le
mouvement étudiant, parmi les intellectuels
et dans le mouvement populaire. Mais il est
clair que leur caractéristique distinctive
est qu'ils ne se proposent pas de prendre le
pouvoir par la voie révolutionnaire : ils ne
se construisent pas comme instrument pour
cette tâche. C'est logique qu'il en soit
ainsi puisque si des réformistes et des
révolutionnaires coexistent dans un même
parti, le programme, les objectifs et les
tâches de ce parti ne peuvent être que
réformistes étant donné que, dans le cas
contraire, les réformistes s'en iraient.
C'est pourquoi, ce type de partis ne
répond pas aux nécessités les plus profondes
des masses : ils ne peuvent pas faire face
conséquemment à l'impérialisme et, encore
moins, à ses agents dans le mouvement
ouvrier, aux bureaucraties syndicales, aux
gouvernements de Front Populaire, etc.
Autrement dit, ce ne sont pas des partis qui
entrent en ligne de compte comme alternative
valable pour faire triompher les grands
soulèvements révolutionnaires.
Pour notre part, nous revendiquons le
modèle de parti révolutionnaire construit par
Lénine et assumé comme le sien par Trotski :
le Parti Bolchevique, qui a été capable de
gagner la direction des masses russes, de
diriger la révolution vers son triomphe, de
diriger la construction du premier État
ouvrier de l'histoire et de le mettre au
service de la révolution mondiale. De manière
très résumée, nous pouvons définir ses
caractéristiques centrales comme un parti qui
défend (et plus encore, qui a comme
stratégie) la voie révolutionnaire de la
prise du pouvoir par la classe ouvrière et
par ses alliés, qui a comme axe de son
programme la dictature révolutionnaire du
prolétariat et qui est organisé par le
centralisme démocratique (la plus vaste
démocratie dans la discussion interne, la
centralisation la plus ferme pour
l'intervention dans les luttes). Finalement,
c'est un parti construit comme partie d'une
organisation internationale, un parti de la
révolution mondiale. Contre tout le "déluge
opportuniste" de la majorité de la gauche,
c'est bien ce parti qui continue à être notre
modèle de parti.
Bilan de la
LIT-QI
Le "déluge opportuniste"
et notre crise
Les "partis anticapitalistes" (comme le
PSOL brésilien), ceux qui ont abandonné le
trotskisme et la stratégie révolutionnaire
(comme la Ligue Communiste Révolutionnaire
française) ou les partis staliniens
"recyclés" (comme Refondation Communiste en
Italie) sont représentatifs du virement
opportuniste qu'a effectué une grande partie
la gauche mondiale (y compris beaucoup
d'organisations qui se revendiquaient du
marxisme révolutionnaire). D'autres exemples
sont l'activité du MAS bolivien d'Evo
Morales, des directions de la CONAIE
équatorienne ou de la plupart de la gauche
argentine, qui n'ont pas proposé la prise du
pouvoir par la classe ouvrière comme tâche
concrète et possible lors des processus
révolutionnaires dans leurs pays. Au
contraire, avec différentes variantes, ils
ont aidé les bourgeoisies à sauver et à
reconstruire leurs régimes et leurs
gouvernements. Au Brésil, la plupart de la
gauche a soutenu le gouvernement de Lula. En
Uruguay, les anciens guérilleros Tupamaros
sont une composante essentielle du
gouvernement de Tabaré Vázquez, malgré son
contenu pro-impérialiste clair.
Les fondements idéologiques de cet abandon
sont issus des définitions qui ont été faites
après la restauration capitaliste :
- "L'époque ouverte avec la
révolution bolchevique" était
terminée.
- L'impérialisme est très fort et
il ne peut pas être vaincu.
- La prise du pouvoir n'est pas à
l'ordre du jour, ni la révolution
socialiste nationale (ne parlons pas de
la mondiale).
- Par conséquent, la seule tâche
possible pour le mouvement ouvrier et la
gauche est "d'approfondir la démocratie"
et d'essayer "d'humaniser le
capitalisme".
- Finalement, il faut construire
des partis de gauche qui regroupent des
réformistes et des révolutionnaires et
qui conquièrent un "espace politique"
(votes, parlementaires, syndicats) à
l'intérieur du régime démocratique
bourgeois.
La LIT-QI a été un pôle de
résistance à ce déluge opportuniste : nous
agissons comme le "facteur conscient" de
quelques secteurs qui ont résisté et ont
bataillé contre ce déluge.
Toutefois, nous n'avons pas été
épargnés par ce processus
opportuniste. Au contraire, notre
principale section, le MAS argentin, a eu un
cours de plus en plus électoraliste et a
commis des erreurs opportunistes graves dans
sa politique face à la rébellion populaire
connue comme le "rosariazo" (1989) et, avant
cela, face à l'attaque surprise contre le
régiment de la Tablada par un groupe de
guérilla (1988). N'étant pas corrigées, ces
déviations opportunistes ont mené à la
division du MAS en 1992 et par la suite à sa
destruction.
Il s'agit d'un processus qui a mené, de
fait, à la destruction de la LIT-QI. C'est
pourquoi, maintenant, nous sommes en train de
la reconstruire. Une partie très importante
de ce processus de reconstruction a été la
défense de l'héritage théorique et relatif au
programme du marxisme, du léninisme et du
trotskisme : sans cette défense, nous ne
pourrions pas faire face actuellement aux
nouvelles batailles que nous nous
proposons.
Dans ce cadre, une question clef est de
savoir avec quel critère
nous sommes en train de reconstruire la
LIT-QI dans cette étape de la lutte de
classes. Nous voulons construire des
partis révolutionnaires bolcheviques avec
influence politique de masse pour prendre le
pouvoir et implanter la dictature
révolutionnaire du prolétariat. Nous
réaffirmons les mots de Lénine : "hors du
pouvoir tout est illusion". Dans le même
sens, nous disons que hors du parti
révolutionnaire bolchevique tout est
illusoire. Nous pouvons avoir des
milliers de militants, des millions de votes,
des dizaines de parlementaires et diriger des
syndicats mais, si nous avons un parti
centriste au lieu d'un parti révolutionnaire,
nous n'avons rien.
Le PSTU et tous les partis de la LIT-QI
ont été touchés par des pressions politiques
opportunistes et des déviations mencheviks
sur la conception de parti. Dans un parti
menchevik, chacun fait ce que bon lui semble
et non ce que résout l'organisme du parti.
Nous devons construire des partis de
militants basés le fonctionnement des
organismes, c'est-à-dire, sur les résolutions
de ces derniers. Nous voulons construire des
partis disciplinés et aguerris, fortement
insérés dans la classe ouvrière pour
promouvoir ses luttes. Finalement, et c'est
l'autre critère central, nous voulons
construire nos partis comme une section d'une
organisation internationale.
C'est pourquoi, notre tâche est de
reconstruire la LIT-QI comme un outil pour la
reconstruction de la Quatrième
Internationale. Nous ne nous considérons pas
déjà comme "la IV internationale
reconstruite" ou "refondée", comme disent
d'eux même certains secteurs trotskistes.
Nous croyons en la reconstruction de la IV
Internationale et nous luttons pour cela, et
nous voyons la LIT comme un outil pour cet
objectif.
Nous voulons être clairs, nous rejoignons
Trotski quand il affirmait que "la
construction d'un parti révolutionnaire est
impossible en dehors d'une organisation
internationale". Toutes les tentatives de le
faire ont échoué. Une Internationale, si
faible qu'elle soit, sera toujours supérieure
à un parti national qui, isolé dans son pays,
sera soumis aux pressions de la bourgeoisie,
du régime et des bureaucraties nationales.
Sur base d'un parti national isolé, il est
impossible de faire une analyse correcte de
la situation mondiale et de fixer les tâches
internationales. Même la discussion sur la
situation d'un pays et la politique nationale
d'un parti sont énormément enrichies quand
elles sont faites par une organisation
internationale, étant donné que l'analyse est
faite comme faisant partie de l'ensemble de
la réalité et de la lutte de classes au
niveau mondial.
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