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Article paru dans Courrier International n°111

Traduit par les soins de nos camarades de Belgique : lct.cwb@gmail.com

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Quelles perspectives pour la
révolution mondiale ?

Le IX Congrès Mondial de la Ligue Internationale des Travailleurs - Quatrième Internationale (LIT-QI) aura lieu en juillet 2005. C'est un congrès très important parce qu'il se tient dans le cadre de processus très aigus de la lutte de classes dans le monde, comme la guerre de libération du peuple iraquien contre les envahisseurs impérialistes (ce qui remet à l'ordre du jour la possibilité d'une défaite militaire de l'armée yankee) et les révolutions qui ont secoué l'Amérique Latine ces dernières années. En même temps, la gauche vit une profonde crise dans laquelle la plupart de ses organisations abandonnent des concepts et des positions stratégiques, comme la prise du pouvoir, la nécessité de la révolution socialiste, la conception du parti léniniste, etc. La réalité a fait que ce débat n'est pas seulement théorique et programmatique, mais très concret et brûlant.

Nous croyons qu'il s'agit de discussions primordiales, non seulement pour la LIT-QI, mais aussi pour tous les révolutionnaires. Ce sont des sujets qui concernent le présent, l'avenir et les perspectives de la révolution dans le monde. Pour cette même raison, nous voulons inviter d'autres organisations qui se revendiquent comme révolutionnaires à participer à ce débat de préparation de notre Congrès.

Dans cette édition n° 111 de Correo International (la publication internationale de la LIT-QI), un résumé des principaux documents qui seront examinés dans le Congrès est présenté. Il s'agit des Thèses sur la situation mondiale et du Bilan de la LIT-QI. Ces documents sont certainement insuffisants. C'est pourquoi, nous attendons vos critiques et vos apports, afin de les débattre et de les faire connaître à toute notre organisation internationale. Nous espérons que la discussion pourra aider à la compréhension des grands changements qui ont eu lieu dans le monde ces deux dernières décennies, à l'évaluation correcte de la situation mondiale et à la définition des tâches pour les révolutionnaires dans le monde actuel.

Une grande contradiction

La situation mondiale actuelle est marquée par une grande contradiction. D'une part, le mouvement de masse mène des luttes révolutionnaires très importantes. Mais, d'autre part, il existe une profonde crise dans l'ensemble des forces de gauche, y compris de celles qui revendiquent le marxisme révolutionnaire.

Au sein de la majorité absolue des organisations, cette crise a commencé comme un processus d'adaptation, puis de capitulation à la politique impérialiste que nous appelons la politique de la "réaction démocratique". Après la défaite au Vietnam (1975), l'impérialisme a été obligé de changer sa politique du "bâton" et a commencé à utiliser les processus électoraux (et d'autres "pièges" de la démocratie bourgeoise) pour dévier et pour juguler de nouvelles situations révolutionnaires. Il a appliqué cette politique avec assez de succès dans les révolutions portugaise (1975) et nicaraguayenne (1979). Un exemple très important ont été les Accords de Paix de Contadora, qui sont parvenus à stopper la lutte de la guérilla au Salvador. Le FMLN (Front Farabundo Marti de Libération Nationale) a été sur le point de prendre le pouvoir, mais il a déposé les armes et s'est converti en un front électoral, et le processus révolutionnaire au Salvador a échoué.

La gauche a de plus en plus transformé les élections en son activité principale et, à partir de là, s'est adaptée à l'action parlementaire et à la participation dans l'état bourgeois. Cela n'a pas manqué de se refléter dans la théorie et dans le programme : peu à peu, la majorité des courants ont abandonné les concepts de "lutte de classes" et de "révolution", en les remplaçant par d'autres comme la "participation citoyenne", "l'approfondissement de la démocratie", etc.

La restauration capitaliste dans les anciens états ouvriers bureaucratisés

Le processus s'est accéléré avec la chute des régimes staliniens et la restauration du capitalisme dans l'Est européen et dans tous les pays que nous les trotskistes appelions des "états ouvriers bureaucratisés" (et d'autres courants "le socialisme réel"). Tous les anciens états ouvriers bureaucratisés sont aujourd'hui des états capitalistes. La plupart des courants sont d'accord sur ce point quand il s'agit de l'ancienne URSS et de l'Est européen, mais ils ne le conçoivent pas ainsi dans le cas de Cuba, de la Chine, du Vietnam et de la Corée du Nord parce que les partis communistes continuent à être au pouvoir dans ces pays. Toutefois, il y a longtemps que les bureaucraties qui gouvernent ces pays ne défendent plus (ni même de façon bureaucratique, comme dans le passé) les bases sociales qui caractérisent un état ouvrier : le monopole du commerce extérieur, la planification de l'économie et la propriété étatique des moyens de production. Au contraire, ce sont eux qui mettent en ?uvre la liquidation de ces bases sociales, ce sont eux qui privatisent les entreprises étatiques et qui introduisent de manière croissante le capital impérialiste dans leurs pays. Ce processus de restauration du capitalisme dans les pays où la bourgeoisie avait été expropriée signifie une défaite pour les travailleurs et il a été à l'origine d'une grande confusion parmi la majorité de la gauche, qui a vu cette défaite comme la seule conséquence de ce qui est arrivé.

Ce qu'ils n'ont pas vu, ni pris en considération dans leur conclusion, c'est qu'avec cette défaite réelle, il y a eu un autre processus d'une importance égale ou plus grande : la chute de l'appareil stalinien mondial suite à l'intervention des masses. Cet appareil était parvenu à trahir et à dévier de nombreuses révolutions dans le passé, et c'était le principal collaborateur de l'impérialisme dans la tâche de contrôler la révolution mondiale. Il suffit de se rappeler comment, après la Seconde Guerre Mondiale, le triomphe de la révolution ouvrière et socialiste dans des pays capitalistes aussi importants que l'Italie et la France a été évité. Cet appareil mondial a maintenant été renversé par les masses, ce qui a libéré d'immenses forces et de possibilités révolutionnaires. Ce fait a été, en lui-même, très progressif. C'est pour cette raison que le bilan de ce qui s'est passé et les perspectives qui se sont ouvertes dans la situation mondiale sont bien plus contradictoires que la seule conclusion selon laquelle "le socialisme a été mis en échec".

Une première conclusion

A partir de cette analyse, nous croyons qu'il y a une première leçon principale à tirer de la restauration capitaliste : l'impossibilité de la construction du "socialisme dans un seul pays" (comme le défendait le stalinisme).

La réalité a démontré que, comme l'ont affirmé Lénine et Trotski, la théorie du "socialisme dans un seul pays" n'a été qu'une utopie réactionnaire. Les révolutions ouvrières peuvent et vont triompher dans un ou plusieurs pays (en général, d'abord dans les pays les plus arriérés). Mais le socialisme (comme système économique et social) ne sera possible seulement si la révolution se développe de façon internationale, si la classe ouvrière prend le pouvoir dans les pays impérialistes centraux, de développement économique supérieur. Si ce n'est pas le cas, l'impérialisme reprendra son offensive, les pays capitalistes plus développés maintiendront leur supériorité économique et les états ouvriers, tôt ou tard, seront dominés par l'économie mondiale impérialiste et seront poussés à la restauration.

Les anciens états ouvriers bureaucratisés sous la direction directe du stalinisme n'ont pas promu l'extension de la révolution mondiale. Au contraire, ils ont cherché la "coexistence pacifique" avec l'impérialisme. Cela a été le cas aussi avec les révolutions dirigées par des mouvements petit-bourgeois qui ont mené à bien l'expropriation de la bourgeoisie, comme cela a été le cas à Cuba. Tous ont terminé par la restauration capitaliste.

Nous, le courant qui constitue la LIT-QI aujourd'hui, nous avons soutenu et défendu la révolution cubaine et l'instauration du premier état ouvrier latino-américain, ensemble avec des milliers de militants partout dans le monde. Mais il y a lieu de différencier le processus révolutionnaire, des politiques menées par sa direction. Par exemple, quand Fidel Castro a dit que le Nicaragua ne devait pas être "un nouveau Cuba" (c'est-à-dire, ne devait pas réaliser l'expropriation de la bourgeoisie), il a condamné la révolution nicaraguayenne à la défaite. En même temps, il a accentué l'isolement de Cuba socialiste et il a préparé ainsi les bases de la restauration dans son propre pays. Che Guevara, au contraire, avait déjà appelé depuis des années à faire "deux, trois, beaucoup de Vietnam" et avait affirmé que la lutte devait être "pour la révolution socialiste, ou elle était une caricature de révolution". Nous rejoignons pleinement le Che dans ces affirmations.

L'offensive de l'impérialisme et la réaction révolutionnaire des masses

Après la restauration capitaliste, l'impérialisme s'est senti à même de mener à bout une offensive recolonisatrice mondiale qui inclut, entre autres, les plans néo-libéraux, les privatisations, les accords commerciaux (comme la ZLEA et la NAFTA) et les tentatives de contrôler les ressources mondiales d'énergie (qui sont à l'origine des guerres de l'Iraq et de l'Afghanistan, et de la tentative de coup d'État au Venezuela). L'offensive s'est accélérée après les attentats du 11 septembre. A partir de ce moment, l'impérialisme a entamé une intervention beaucoup plus agressive, en promouvant des guerres et des pressions militaires. Autrement dit, d'avantage de "bâton". Toutefois, il a maintenu la réaction démocratique comme arme permanente, de manière combinée et complémentaire avec les tentatives bonapartistes. Selon la vieille fable de l'âne, on combinait "le bâton et la carotte".

Face à cette offensive impérialiste, l'autre visage de la situation mondiale est une grande réaction des masses qui affronte l'impérialisme et qui le mettent souvent en échec. Il y a l'exemple de la résistance iraquienne, du soulèvement de masses qui a mis en échec la tentative de coup d'État au Venezuela, les processus révolutionnaires en Bolivie, en Argentine et en Équateur, l'Intifada palestinienne, et beaucoup de d'autres.

Dans la LIT-QI nous disons qu'il y a une situation révolutionnaire mondiale, un concept qui a donné lieu à des interrogations quant à son sens et son utilité politique. Nous ne voulons pas faire une discussion terminologique et il nous paraît mieux de préciser ce que nous voulons dire, à travers la description de la situation mondiale. Dans le cadre d'une crise économique (qui oblige l'impérialisme à mener des attaques dures contre les travailleurs et les masses), nous voyons une violente offensive recolonisatrice impérialiste, ainsi qu'une réaction des masses, violente aussi, à cette offensive.

L'impérialisme ne parvient pas à contrôler la situation créée dans les points cruciaux de son offensive. Voilà pourquoi il y a la guerre en Iraq, des gouvernements tombent par la mobilisation des masses et il y a des révolutions (la Bolivie, l'Argentine et l'Équateur). Ceci ne veut pas dire qu'il y ait des situations révolutionnaires dans tous les pays du monde ou que la prise immédiate du pouvoir soit à l'ordre du jour partout dans le monde.

Pour comprendre mieux ce que nous voulons dire, il y a lieu de comparer la situation actuelle avec celle du début des années 90, quand l'impérialisme effectuait presque une promenade militaire lors de la première guerre du Golfe, quand les privatisations se passaient sans lutte des travailleurs (ou avec des défaites dures), quand l'offensive idéologique parlait de "la fin du socialisme", de "la fin de la lutte de classes", etc. Il est clair que la réalité actuelle n'a rien à voir avec cette situation.

C'est pourquoi, face aux processus révolutionnaires, ou de manière préventive, l'impérialisme joue la carte des gouvernements de Front Populaire (gouvernements de coalition de partis et secteurs bourgeois avec des partis ouvriers et des centrales syndicales). C'est le cas de Lula, au Brésil, et de Tabaré Vasquéz, en Uruguay. Mais, contrairement aux anciens gouvernements de ce type, qui entraient généralement en collision avec l'impérialisme ou rencontraient d'importantes frictions avec lui, les gouvernements actuels de Front Populaire appliquent directement la politique néo-libérale la plus brute, en agissant comme agents directs de l'impérialisme.

En deux mots, ce que nous appelons "situation révolutionnaire mondiale" est la combinaison de processus de crise économique et politique, de guerres et de révolutions, dans lesquels la perte de contrôle par l'impérialisme et les bourgeoisies nationales ouvre la possibilité de situations révolutionnaires dans différents pays du monde ainsi que la possibilité de la prise du pouvoir par les travailleurs et le peuple.

L'impérialisme peut être vaincu

Beaucoup seront d'accord pour dire que l'impérialisme est le principal ennemi des masses travailleuses et des pauvres du monde. Mais de moins en moins sont ceux qui soutiennent que, pour obtenir toute amélioration durable des conditions de vie, il faut lui faire face et le combattre jusqu'à la fin. L'histoire montre que toute tentative de conciliation a mené à la défaite des masses. En même temps, aussi bien l'histoire que la réalité actuelle montrent qu'il est possible de le vaincre, comme cela a été le cas au Vietnam et comme cela est en train de se passer en Iraq.

Dans ce pays, la résistance fait face aux troupes impérialistes, les armes à la main, dans une véritable guerre de libération nationale. Dans cette guerre, nous, les révolutionnaires, nous nous plaçons sans aucun doute du côté de la résistance pour mettre en échec les troupes occupantes et les jeter hors du pays. C'est pourquoi, nous fêterons la mort de chaque soldat des armées impérialistes ou des collabos iraquiens.

Ce qui est certain, c'est que l'Iraq montre clairement qu'il est possible de vaincre l'impérialisme, en dépit de toute sa capacité militaire. Actuellement, la résistance est déjà en train d'y parvenir, bien qu'évidemment l'issue de la guerre ne soit pas encore connue. Malgré ses 150.000 soldats, son armement moderne et sa technologie, l'impérialisme ne parvient pas à dominer le pays : il contrôle à peine, de manière effective, les zones centrales des principales villes. En outre, tout indique que les élections frauduleuses et truquées de janvier n'ont pas changé cette situation.

Cet embourbement, qui peut le mener à la défaite, l'impérialisme yankee l'a déjà vécu au Vietnam, où le peuple héroïque de ce pays lui a infligé sa première défaite militaire. Les hélicoptères militaires quittant d'urgence l'ambassade américaine de Saigon et le désespoir des collabos de s'y accrocher pour s'enfuir nous a laissé une image vive de cette défaite.

Récemment, l'impérialisme a aussi été mis en échec au Venezuela : la mobilisation ouvrière et populaire a réduit à néant les tentatives de renverser le gouvernement de Chavez, et cela malgré la politique de Chavez lui-même (avec tout le prestige et les illusions qu'il suscite dans beaucoup de secteurs de la gauche), qui a toujours parié sur la conciliation avec l'impérialisme. Mais les masses ont mis en échec le coup d'État pro-yankee.

Ces revers concrets de l'impérialisme sont très importants : si les Etats-Unis perdent la guerre en Iraq, cela changera toute la situation mondiale actuelle. Toutefois, par elles-mêmes, ces victoires des masses ne sont pas suffisantes pour que la classe ouvrière mondiale parvienne à vaincre l'impérialisme de façon définitive. Pour cela, la classe ouvrière doit envisager la prise du pouvoir au moyen d'une révolution.

La révolution socialiste et la prise du pouvoir par la classe ouvrière

Dans tous les pays où il y a eu récemment des processus révolutionnaires, deux alternatives ou issues possibles ont été à l'ordre du jour. La première était que la classe ouvrière prenne le pouvoir et développe une révolution socialiste. La seconde a été la proposition de "défendre et étendre la démocratie" au moyen d'élections générales ou d'une Assemblée Constituante. Par un autre voie, sur la base des conceptions du théoricien britannique Holloway ("changer le monde sans prendre le pouvoir"), d'autres secteurs n'ont pas eu non plus une stratégie révolutionnaire. Lamentablement, la gauche réformiste, maintenant soutenue par des organisations qui se revendiquaient marxistes révolutionnaires, a soutenu la politique "d'adoption de la voie démocratique", et a eu comme conséquence la paralysie ou le recul du processus révolutionnaire en Argentine, en Bolivie et en Équateur.

Contre ces positions, la LIT-QI a soutenu et soutient que la seule issue pour mettre en échec l'impérialisme est que la classe ouvrière prenne le pouvoir dans un ou plusieurs pays, construise un état ouvrier révolutionnaire (c'est-à-dire une dictature révolutionnaire du prolétariat) et développe la révolution socialiste mondiale qui en termine une fois pour toute avec l'impérialisme.

Léon Trotski (dirigeant révolutionnaire russe et fondateur de la Quatrième Internationale) disait que notre programme pourrait être résumé en trois mots : dictature du prolétariat. Cette définition conceptuelle et relative au programme signifie la construction d'un État Ouvrier avec la plus vaste démocratie pour les travailleurs et ses alliés populaires, comme les paysans, et une dictature extrêmement dure contre la bourgeoisie et les exploiteurs. Elle signifie un État basé sur l'expropriation des capitalistes et des grands propriétaires fonciers, c'est-à-dire, sur la collectivisation des moyens de production (qui passent aux mains de l'État), sur la planification de l'économie et le monopole du commerce extérieur, au service de la satisfaction des besoins des travailleurs et du peuple et de la promotion de la révolution mondiale.

C'est une dictature révolutionnaire parce que, contrairement aux dictatures bureaucratiques imposées par le stalinisme, elle défend la plus vaste démocratie ouvrière à l'intérieur du pays et, à la fois, elle développe une lutte permanente pour qu'aucune bureaucratie ne s'approprie le pouvoir. En même temps, comme nous l'avons déjà indiqué, cet état ouvrier fait face à l'impérialisme et cherche à étendre la révolution socialiste internationale à tous les pays, principalement aux pays centraux.

Le parti révolutionnaire bolchevique

Nous continuons à croire que, pour mener à bien ces processus révolutionnaires, il faut un parti ouvrier révolutionnaire construit selon le modèle proposé par Lénine. Aujourd'hui, ce modèle a été laissé de côté par la majorité de la gauche. Pour justifier cet abandon, dans certains cas on considère que le "parti léniniste" est la caricature bureaucratique que défendaient les staliniens. Il s'agit d'une erreur complète : le parti léniniste et le parti stalinien sont des modèles totalement opposés. Le premier essaye d'être l'outil de l'avant-garde révolutionnaire pour diriger la classe ouvrière vers la prise du pouvoir, la construction d'un état ouvrier et la révolution socialiste internationale. Le second est l'outil de la bureaucratie pour lier les mains à la classe ouvrière et promouvoir la contre-révolution.

Dans d'autres cas, on dit que le modèle léniniste a "vieilli" et n'est plus d'actualité. Par exemple, actuellement, les partis que l'on appelle anticapitalistes sont à la mode. Beaucoup de militants les voient comme une issue stratégique ou comme un phénomène progressif, et ils sympathisent avec eux parce qu'ils maintiennent dans leurs programmes l'objectif du socialisme et qu'ils regroupent des courants marxistes dispersés, etc. Nous ne partageons pas cette vision. D'abord, des tendances révolutionnaires, centristes et réformistes y coexistent. Le PSOL du Brésil est un exemple récent et évident de cela. Deuxièmement, en général, leur principale activité est la participation électorale et, fréquemment, ils obtiennent des succès sur ce terrain et obtiennent des parlementaires. Ils peuvent aussi être construits dans les syndicats, dans le mouvement étudiant, parmi les intellectuels et dans le mouvement populaire. Mais il est clair que leur caractéristique distinctive est qu'ils ne se proposent pas de prendre le pouvoir par la voie révolutionnaire : ils ne se construisent pas comme instrument pour cette tâche. C'est logique qu'il en soit ainsi puisque si des réformistes et des révolutionnaires coexistent dans un même parti, le programme, les objectifs et les tâches de ce parti ne peuvent être que réformistes étant donné que, dans le cas contraire, les réformistes s'en iraient.

C'est pourquoi, ce type de partis ne répond pas aux nécessités les plus profondes des masses : ils ne peuvent pas faire face conséquemment à l'impérialisme et, encore moins, à ses agents dans le mouvement ouvrier, aux bureaucraties syndicales, aux gouvernements de Front Populaire, etc. Autrement dit, ce ne sont pas des partis qui entrent en ligne de compte comme alternative valable pour faire triompher les grands soulèvements révolutionnaires.

Pour notre part, nous revendiquons le modèle de parti révolutionnaire construit par Lénine et assumé comme le sien par Trotski : le Parti Bolchevique, qui a été capable de gagner la direction des masses russes, de diriger la révolution vers son triomphe, de diriger la construction du premier État ouvrier de l'histoire et de le mettre au service de la révolution mondiale. De manière très résumée, nous pouvons définir ses caractéristiques centrales comme un parti qui défend (et plus encore, qui a comme stratégie) la voie révolutionnaire de la prise du pouvoir par la classe ouvrière et par ses alliés, qui a comme axe de son programme la dictature révolutionnaire du prolétariat et qui est organisé par le centralisme démocratique (la plus vaste démocratie dans la discussion interne, la centralisation la plus ferme pour l'intervention dans les luttes). Finalement, c'est un parti construit comme partie d'une organisation internationale, un parti de la révolution mondiale. Contre tout le "déluge opportuniste" de la majorité de la gauche, c'est bien ce parti qui continue à être notre modèle de parti.

Bilan de la LIT-QI

Le "déluge opportuniste" et notre crise

Les "partis anticapitalistes" (comme le PSOL brésilien), ceux qui ont abandonné le trotskisme et la stratégie révolutionnaire (comme la Ligue Communiste Révolutionnaire française) ou les partis staliniens "recyclés" (comme Refondation Communiste en Italie) sont représentatifs du virement opportuniste qu'a effectué une grande partie la gauche mondiale (y compris beaucoup d'organisations qui se revendiquaient du marxisme révolutionnaire). D'autres exemples sont l'activité du MAS bolivien d'Evo Morales, des directions de la CONAIE équatorienne ou de la plupart de la gauche argentine, qui n'ont pas proposé la prise du pouvoir par la classe ouvrière comme tâche concrète et possible lors des processus révolutionnaires dans leurs pays. Au contraire, avec différentes variantes, ils ont aidé les bourgeoisies à sauver et à reconstruire leurs régimes et leurs gouvernements. Au Brésil, la plupart de la gauche a soutenu le gouvernement de Lula. En Uruguay, les anciens guérilleros Tupamaros sont une composante essentielle du gouvernement de Tabaré Vázquez, malgré son contenu pro-impérialiste clair.

Les fondements idéologiques de cet abandon sont issus des définitions qui ont été faites après la restauration capitaliste :

  • "L'époque ouverte avec la révolution bolchevique" était terminée.
  • L'impérialisme est très fort et il ne peut pas être vaincu.
  • La prise du pouvoir n'est pas à l'ordre du jour, ni la révolution socialiste nationale (ne parlons pas de la mondiale).
  • Par conséquent, la seule tâche possible pour le mouvement ouvrier et la gauche est "d'approfondir la démocratie" et d'essayer "d'humaniser le capitalisme".
  • Finalement, il faut construire des partis de gauche qui regroupent des réformistes et des révolutionnaires et qui conquièrent un "espace politique" (votes, parlementaires, syndicats) à l'intérieur du régime démocratique bourgeois.

La LIT-QI a été un pôle de résistance à ce déluge opportuniste : nous agissons comme le "facteur conscient" de quelques secteurs qui ont résisté et ont bataillé contre ce déluge.

Toutefois, nous n'avons pas été épargnés par ce processus opportuniste. Au contraire, notre principale section, le MAS argentin, a eu un cours de plus en plus électoraliste et a commis des erreurs opportunistes graves dans sa politique face à la rébellion populaire connue comme le "rosariazo" (1989) et, avant cela, face à l'attaque surprise contre le régiment de la Tablada par un groupe de guérilla (1988). N'étant pas corrigées, ces déviations opportunistes ont mené à la division du MAS en 1992 et par la suite à sa destruction.

Il s'agit d'un processus qui a mené, de fait, à la destruction de la LIT-QI. C'est pourquoi, maintenant, nous sommes en train de la reconstruire. Une partie très importante de ce processus de reconstruction a été la défense de l'héritage théorique et relatif au programme du marxisme, du léninisme et du trotskisme : sans cette défense, nous ne pourrions pas faire face actuellement aux nouvelles batailles que nous nous proposons.

Dans ce cadre, une question clef est de savoir avec quel critère nous sommes en train de reconstruire la LIT-QI dans cette étape de la lutte de classes. Nous voulons construire des partis révolutionnaires bolcheviques avec influence politique de masse pour prendre le pouvoir et implanter la dictature révolutionnaire du prolétariat. Nous réaffirmons les mots de Lénine : "hors du pouvoir tout est illusion". Dans le même sens, nous disons que hors du parti révolutionnaire bolchevique tout est illusoire. Nous pouvons avoir des milliers de militants, des millions de votes, des dizaines de parlementaires et diriger des syndicats mais, si nous avons un parti centriste au lieu d'un parti révolutionnaire, nous n'avons rien.

Le PSTU et tous les partis de la LIT-QI ont été touchés par des pressions politiques opportunistes et des déviations mencheviks sur la conception de parti. Dans un parti menchevik, chacun fait ce que bon lui semble et non ce que résout l'organisme du parti. Nous devons construire des partis de militants basés le fonctionnement des organismes, c'est-à-dire, sur les résolutions de ces derniers. Nous voulons construire des partis disciplinés et aguerris, fortement insérés dans la classe ouvrière pour promouvoir ses luttes. Finalement, et c'est l'autre critère central, nous voulons construire nos partis comme une section d'une organisation internationale.

C'est pourquoi, notre tâche est de reconstruire la LIT-QI comme un outil pour la reconstruction de la Quatrième Internationale. Nous ne nous considérons pas déjà comme "la IV internationale reconstruite" ou "refondée", comme disent d'eux même certains secteurs trotskistes. Nous croyons en la reconstruction de la IV Internationale et nous luttons pour cela, et nous voyons la LIT comme un outil pour cet objectif.

Nous voulons être clairs, nous rejoignons Trotski quand il affirmait que "la construction d'un parti révolutionnaire est impossible en dehors d'une organisation internationale". Toutes les tentatives de le faire ont échoué. Une Internationale, si faible qu'elle soit, sera toujours supérieure à un parti national qui, isolé dans son pays, sera soumis aux pressions de la bourgeoisie, du régime et des bureaucraties nationales. Sur base d'un parti national isolé, il est impossible de faire une analyse correcte de la situation mondiale et de fixer les tâches internationales. Même la discussion sur la situation d'un pays et la politique nationale d'un parti sont énormément enrichies quand elles sont faites par une organisation internationale, étant donné que l'analyse est faite comme faisant partie de l'ensemble de la réalité et de la lutte de classes au niveau mondial.

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