Révolution socialiste ou
colonie
L'actuelle situation bolivienne, où la
lutte des masses a renversé encore un
président, tout comme la chute récente de
Lucio Gutiérrez en Equateur, montrent que
l'Amérique Latine est toujours un des centres
de la lutte de classes dans le monde. Nous
pouvons affirmer qu'il ne s'agit pas de
situations isolées dans tel ou tel pays, mais
d'un processus continental qui, au-delà des
différences nationales, présente des éléments
communs clairs.
La crise énergétique et
les projets colonisateurs
impérialistes
La propriété et l'exploitation des
grands gisements d'hydrocarbures du
pays a été la question centrale qui
a menée les masses boliviennes au choc avec
les gouvernements de Sánchez de Lozada et de
Carlos Mesa. Ce n'est pas un sujet de moindre
envergure : la Bolivie possède la plus
grande réserve de gaz de l'Amérique Latine,
après le Venezuela. Dans cette bataille
s'affrontent deux camps principaux. D'une
part, l'impérialisme yankee cherche
assurer le contrôle et l'exploitation sans
restriction des sources énergétiques
latino-américaines. D'autre part, en
lui faisant face avec leur lutte, les
travailleurs et le peuple boliviens
revendiquent la propriété étatique des
hydrocarbures, et que son exploitation et
commercialisation soit effectuées au bénéfice
du pays et du peuple.
Pour l'impérialisme, le contrôle des
hydrocarbures et des sources d'énergie est un
sujet de premier ordre : tous les analystes
considèrent que, si continue le
niveau actuel de consommation, les Etats-Unis
vont vers une crise énergétique et
d'approvisionnement interne d'hydrocarbures
dans peu d'années. C'est pourquoi,
l'impérialisme a promu une série de
politiques et d'outils colonisateurs en
Amérique Latine, tels que la privatisation
des entreprises pétrolières étatiques, en
Argentine par exemple où l'entreprise
espagnole Repsol a acheté YPF. En Bolivie,
des contrats de rapine ont accordé la
propriété aux mains des transnationales. Dans
d'autres pays, les entreprises continuent aux
mains de l'état, mais on a imposé une
privatisation indirecte,
avec des concessions de secteurs
d'exploitation, traitement, transport et
commercialisation. Une partie croissante de
l'affaire passe aux mains d'entreprises
étrangères, comme au Venezuela, en Equateur,
au Mexique et au Brésil.
Avec cela, l'impérialisme promeut des
projets comme PPP (Plan
Puebla - Panama) et IIRSA
(Initiative pour l'Intégration Régionale
Sud-américaine) qui cherchent à garantir
l'infrastructure pour l'extraction, le
traitement et le transport de ces ressources
naturelles depuis Terre du Feu, dans le sud
de l'Argentine, jusqu'à Puebla, dans le nord
du Mexique, un endroit ou, comme par hasard,
cette infrastructure peut être reliée à des
réseaux électriques, des gazoducs et des
oléoducs qui terminent en Californie et au
Texas.
La ZLEA (Zone de libre Echange de
l'Amérique) va dans le même sens, comme un
cadre politique et juridique qui "légalise"
tout le processus colonisateur : son statut
dit que les ressources naturelles sont de
"propriété continentale" (à bon
entendeur, salut). Mais, ayant quelques
difficultés avec la ZLEA, les Etats-Unis ont
mis en oeuvre des accords bilatéraux ou
régionaux : les TLC (Traités de Libre
Commerce), quelque chose comme construire une
ZLEA "par modules". Ce n'est donc pas par
hasard que la lutte pour le contrôle des
hydrocarbures soit le centre de la réalité
bolivienne, ou que la résistance populaire
contre les TLC se manifeste avec force en
Equateur et dans plusieurs pays de l'Amérique
centrale, comme Honduras et Costa Rica.
Le rôle du
Brésil
Dans ce cadre, il est nécessaire
d'analyser le nouveau rôle du Brésil dans la
région, un pays qui a commencé à être une
espèce "de sub-métropole régionale". D'une
part, il est recolonisé par les puissances
impérialistes et souffre le même pillage de
richesses que les autres pays
latino-américains. Mais, en même temps, sa
bourgeoisie agit comme une espèce de
"partenaire secondaire" dans l'exploitation
d'autres pays plus faibles, en recevant, en
échange, quelques miettes plus grandes.
En ce sens, le rôle de la compagnie
pétrolière brésilienne Petrobras en Bolivie
est très clair : à travers des concessions
d'exploitation de pétrole et de gaz,
Petrobras contrôle presque 20% du PBI et 40%
des exportations boliviennes. Tout comme
n'importe quelle entreprise impérialiste,
elle pille des richesses et retourne des
profits fabuleux à sa maison mère. C'est
pourquoi, elle rejette totalement
l'étatisation des hydrocarbures. Récemment,
tout comme les autres entreprises
impérialistes (avec lesquelles dans beaucoup
de cas elle agit en associée), elle a menacé
de quitter la Bolivie si on ne lui
garantissait pas "ses investissements et leur
rentabilité". L'influence économique du
Brésil ne se limite pas au secteur des
hydrocarbures : on calcule que 35% des
terres productrices de soja de Santa Cruz de
la Sierra sont propriété de bourgeois
brésiliens.
Le nouveau rôle du Brésil apparaît aussi
aux niveaux politique et militaire. Par
exemple, Lula agit comme un "pompier
régional" prêt à collaborer pour éteindre
tout incendie causé par la lutte de classes,
comme cela a été le cas au Venezuela en 2002
ou, actuellement, en Bolivie même. En outre,
il a été "un bras armé auxiliaire" de
l'impérialisme américain en envoyant des
soldats à Haïti. De cette manière, Bush a pu
disposer de davantage de troupes pour l'Iraq.
Les soldats brésiliens, déguisés en "troupes
de paix de l'ONU", agissent comme n'importe
quelle armée d'occupation : ils répriment et
violent les droits de l'homme du peuple
haïtien, comme on vient de dénoncer
maintenant publiquement.
Retournant à la Bolivie :
il n'est donc pas par hasard que, tout comme
les entreprises impérialistes yankees,
britanniques et espagnoles, Petrobras reçoit
une haine croissante du peuple bolivien. Les
mobilisations de travailleurs et paysans
contre elle sont de plus en plus fréquentes.
Dans cette confrontation, la LIT-QI
(Ligue Internationale des Travailleurs -
Quatrième Internationale) n'est pas neutre et
soutient pleinement la lutte du peuple
bolivien pour la nationalisation et
l'expropriation sans paiement des biens de
Petrobras en Bolivie. C'est
pourquoi, le PSTU (Parti Socialiste des
Travailleurs Socialistes Unifié) a entamé une
campagne, en ce sens (voir
encadré 1).
Santa Cruz de la Sierra :
une autonomie réactionnaire et
pro-impérialiste
Les problèmes de la bourgeoisie bolivienne
ne se limitent pas à devoir faire face à un
mouvement de masses combatif. La
bourgeoisie de Santa Cruz de la
Sierra (tirant profit d'un sentiment
autonomiste des peuples de l'intérieur contre
le centralisme politique et administratif de
La Paz) exige une autonomie régionale
beaucoup plus grande, une exigence qui
commence à s'étendre aussi à Tarija.
Dans ce cadre, elle a convoqué pour le 12
août à un referendum astreignant, sans accord
avec le gouvernement central, le même jour de
l'élection de maires. Jusqu'à présent, le
Parlement a fait traîner les choses en
longueur.
Cette exigence d'autonomie a son origine
dans des raisons économiques et politiques
profondes. Les deux départements comptent
pour seulement 20% de la population
bolivienne, mais produisent 40% du PIB
national et 60% des exportations. Ils
possèdent les principaux gisements
d'hydrocarbures. En outre, à Santa Cruz se
trouvent les plus grands propriétaires
fonciers et se développe une intense
production de soja. Une partie importante de
cette richesse trouve son chemin vers les
mains de la bourgeoisie de l'Altiplano et du
gouvernement central de La Paz, par
l'intermédiaire des impôts nationaux.
Derrière la lutte pour l'autonomie se cache
donc l'intention de ces bourgeoisies
régionales d'obtenir une "tranche" beaucoup
plus grande, au désavantage de l'Altiplano
"pauvre". En même temps, l'autonomie leur
permettrait d'avoir les "mains libres" pour
s'arranger directement avec l'impérialisme
et, à la fois, protéger leurs grandes
propriétés de la prise de terres par les
paysans pauvres. Au niveau de la lutte de
classes, en Santa Cruz il y a une situation
relativement plus "tranquille" que dans le
reste du pays, puisque la bourgeoisie y
maintient encore un plus grand contrôle des
masses. L'autonomie cherche à "préserver" la
région de l'instabilité bolivienne
permanente, créée essentiellement par les
luttes des masses. Mais la "contagion" se
produit déjà : des mobilisations combatives
d'enseignants, de travailleurs de la santé et
de paysans de Santa Cruz ont commencé à unir
leurs réclamations avec ceux du reste du
peuple bolivien, rejetant la position de la
bourgeoisie régionale. La bourgeoisie de
Santa Cruz cherche à mettre en échec le
processus révolutionnaire en cours dans le
pays et, dans ce cadre, obtenir l'autonomie,
pour livrer les ressources naturelles à
l'impérialisme et à Petrobras.
Cette politique, probablement encouragée
par les Etats-Unis et le Brésil, a
objectivement une dynamique séparatiste et de
division du pays. Mais même sans arriver à
cet extrême, son avancement représenterait un
coup dur pour la bourgeoisie de l'Altiplano
et pour le gouvernement central. C'est
pourquoi, ces derniers s'opposent clairement
à cette politique, de même que le
commandement de l'Armée d'ailleurs. Pour le
moment, le conflit est "pacifique", mais son
développement mène potentiellement à des
confrontations dures, y compris militaires, à
une rupture de la bourgeoisie qui
accentuerait encore plus la situation déjà
explosive du pays.
Mais il ne s'agit pas
seulement d'une confrontation entre des
secteurs bourgeois. L'autonomie qu'exigent
ces bourgeoisies régionales ne reflète pas la
juste exigence d'une nationalité opprimée. Au
contraire, cette autonomie (et plus encore,
la division du pays) est une attaque à
l'ensemble du peuple bolivien parce que son
objectif est la cession totale des
hydrocarbures et un plus grand enrichissement
de la bourgeoisie régionale. C'est pourquoi,
comme révolutionnaires, nous devons
nous y opposer et soutenir la juste lutte de
la majorité du peuple bolivien pour maintenir
l'unité géographique du pays. La
meilleure façon de le faire est d'imposer une
issue ouvrière et paysanne à la situation
actuelle. Ainsi c'est prononcé clairement le
MST, la section bolivienne de la Lit-qi (voir encadré 2).
La lutte des masses et la
trahison des directions
Il est impossible de comprendre
"l'instabilité" permanente de la politique
bourgeoise bolivienne sans considérer un
facteur essentiel : la lutte des masses, qui
ont fait preuve de combativité et d'héroïsme
dans d'innombrables affrontements, depuis la
révolution de 1952 jusqu'à présent. C'est
cette lutte, par exemple, qui a fait face à
la politique du gouvernement de Gonzalo
Sánchez de Lozada de consolider et
d'approfondir la cession des hydrocarbures,
et qui l'a renversé en octobre 2003.
Si cette lutte, qui avait reconstitué à la
COB comme alternative de pouvoir, n'a pas
avancé en ce moment vers la prise du pouvoir
par les travailleurs et le peuple, c'est à
cause de la trahison des directions
majoritaires, expertes dans le jeu de diriger
les processus pour les trahir. Après la chute
de Sánchez de Lozada, ces directions ont
freiné la lutte et ont permis qu'assume
Carlos Mesa, voté par un Parlement sans
aucune représentativité. C'est-à-dire, ils
ont soutenu la "continuité institutionnelle
bourgeoise" dans le pays.
Evo Morales et le MAS (la principale force
politique bolivienne) ont carrément soutenu
Mesa. La direction de Jaime Solares dans la
COB (Centrale Ouvrière Bolivienne) et le
dirigeant paysan Felipe Quispe (du Mouvement
Indigène Pachakutik), se sont déclarés comme
"opposition", mais ils ont défini une longue
trêve qui a permis de passer le referendum
trompeur sur le gaz et de consolider le
gouvernement. Cette année, face au premier
renoncement présenté par Mesa au Congrès, il
y a quelques mois, les députés du MAS et du
Pachakutik ont voté pour la permanence de
Mesa dans son poste.
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Quelque chose de semblable avait eu lieu
en Equateur en janvier 2000. Face à la
politique de dolariser l'économie du
président Noboa, une puissante lutte
révolutionnaire de masses a renversé le
gouvernement, a divisé l'Armée et est même
arrivée à créer des organismes de double
pouvoir, comme le Parlement des Peuples. Mais
les principales directions du mouvement, la
CONAIE (Confédération de Nationalités
Indigènes de l'Equateur) et le PCML (Parti
Communiste Marxiste Léniniste) ont mis le
pouvoir aux mains du colonel Lucio Gutiérrez
(dirigeant du secteur militaire qui avait
soutenu l'insurrection), qui à son tour a
transféré le pouvoir au sommet de l'Armée,
qui, quant à elle, a approuvé que le
vice-président assume le pouvoir. Autrement
dit, à travers des mécanismes plus compliqués
qu'en Bolivie, ces directions ont aussi
soutenu la "continuité institutionnelle
bourgeoise". Les élections postérieures ont
été gagnées par Lucio Gutiérrez, et les
dirigeants de la CONAIE et du PCML lui ont
emboîté le pas en faisant partie de son
gouvernement.
Les gouvernements de front
populaire
Les gouvernements bourgeois de Lucio
Gutiérrez et de Carlos Mesa ont été très
semblables. D'abord, ils sont apparus, de
manière directe ou indirecte, comme le
résultat de processus révolutionnaires et ils
doivent gouverner dans ce cadre, ce qui les
rend très faibles ou kerenskistes
(terme utilisé en Russie en 1917).
Deuxièmement, le gouvernement de Lucio
Gutiérrez a été clairement de front populaire
: un gouvernement bourgeois constitué par des
dirigeants et des organisations ouvrières et
populaires. Celui de Mesa, bien qu'il n'était
pas de front populaire dans la forme, l'était
dans le contenu parce qu'Evo Morales était,
de fait, son principal soutien. Normalement,
l'impérialisme et les bourgeoisies nationales
préfèrent éviter ce mécanisme mais, dans
certaines situations, ils y font appel. C'est
le cas en Bolivie et en Equateur, pour que
les directions mêmes du mouvement de masses
aident à démonter ou à amortir les processus
révolutionnaires existants.
Finalement, les deux gouvernements ont
appliqué des politiques pro-impérialistes
égales ou pires que celles de leurs
prédécesseurs. Gutiérrez a mené à fond la
dolarisation et le paiement de la dette
externe, Mesa a maintenu la privatisation et
la cession des hydrocarbures. Mais cette
politique a ravivé la lutte du mouvement de
masses qui, passée la confusion ou les
espoirs initiaux, a commencé à leur faire
face, en débordant les directions. Dans les
deux cas, cette lutte a obligé les dirigeants
et les organisations ouvrières et populaires
à abandonner le gouvernement ou à cesser de
le soutenir. C'est ce qui c'est passé avec la
CONAIE et le PCML en Equateur, et avec Evo
Morales et le MAS en Bolivie. Sur ce point,
ces gouvernements sont devenus faible à
l'extrême, sans aucun pouvoir politique ni
base sociale propres. Dans une grande mesure,
ils étaient à la dérive au milieu de la
bataille des forces sociales et économiques
principales, et finalement ils sont
tombés.
Une autre similitude entre les deux pays
est que, dans la mesure où la bourgeoisie et
l'impérialisme ne peuvent pas imposer leur
"ordre", et les travailleurs et les masses ne
parviennent pas à avancer vers une issue
propre, les processus révolutionnaires
entrent dans une dynamique
récurrente, de répétition de
situations de lutte contre des politiques et
des gouvernements semblables.
La question de l'Assemblée
Constituante
Après une période de retour en arrière
relatif et de confusion, les masses
boliviennes sont retournées dans la rue et
ont à nouveau combattu pour la
nationalisation sans paiement des
hydrocarbures, comme axe central de leur
lutte. Les paysans pauvres et les
nationalités indigènes réclament aussi la
convocation à une Assemblée Constituante,
parce qu'ils la voient comme une façon
d'examiner les grands problèmes du pays et
d'être protagonistes de ces décisions
nationales. Il s'agit, entre autres, de la
question de la propriété des hydrocarbures,
de la réforme agraire, des droits des nations
indigènes ou de l'unité du pays. De ce point
de vue, il s'agit d'une aspiration
démocratique totalement légitime.
Mais en Bolivie, où le pouvoir se décide
dans la rue, la bourgeoisie et l'impérialisme
essayent et essayeront d'utiliser ces
espoirs, avec la collaboration d'Evo Morales,
pour mener le processus révolutionnaire à la
voie morte des institutions bourgeoises. Il
est indispensable de combattre ce piège sur
le chemin d'une issue de classe, de la classe
ouvrière et du peuple. Pour y arriver, étant
donné que les paysans et les indigènes
boliviens voient l'Assemblée Constituante
comme une issue pour obtenir leurs
revendications, il faut avoir une tactique
face elle. Les révolutionnaires ne doivent
pas laisser ces revendications démocratiques
entre les mains des directions capitulardes
ou de la bourgeoisie. D'abord, la COB doit
prendre cette exigence comme une façon
d'unifier la lutte.
Voyons comment ont agi les bolcheviques
russes face à ce sujet, en 1917. La stratégie
était le renforcement et le développement des
organismes de pouvoir ouvrier (les soviets
russes ou la COB), avec la perspective de la
prise du pouvoir. Dans ce cadre, et
subordonné à lui, on répondait à ceux qui
confiaient dans la constituante, en indiquant
que ces demandes justes ne pourraient pas
être résolues par "la constituante de la
bourgeoisie et du gouvernement" parce qu'elle
serait truquée, antidémocratique et
frauduleuse. Seulement une constituante
convoquée par les travailleurs organisés
pourrait garantir ces demandes. En Bolivie,
la question centrale est donc de se battre
pour un gouvernement ouvrier, paysan et
populaire, dirigé par la COB, qui seul est
capable de garantir une constituante
véritablement démocratique. Mais, si le
gouvernement bourgeois ou le Parlement
convoquent à la Constituante, il faut
intervenir en elle avec une politique
révolutionnaire qui peut mettre en échec le
piège bourgeois.
La "crise
révolutionnaire"
La lutte ouvrière et populaire a imposé le
renoncement de Mesa et mis en échec le
parlement. Dans les faits, les masses sont
arrivées à avoir le contrôle sur la plus
grande partie du pays et sur La Paz: le
parlement bourgeois n'a même pas pu se réunir
dans cette ville et a déménagé à Sucre, loin
de l'insurrection populaire, et même à cet
endroit il n'a pas pu échapper à cette
pression. En même temps, avec leurs actions
comme l'occupation du site pétrolier de El
Alto et les gisements pétroliers et de gaz,
ils montrent le chemin pour nationaliser les
hydrocarbures. De fait, ils ont commencé à
récupérer la propriété de cette richesse pour
la Bolivie et à décider quelle utilisation
elle devait avoir. C'est-à-dire, de nouveau a
été à l'ordre du jour, de fait, le problème
du pouvoir, et cela de manière plus intense
qu'en octobre 2003. Qui doit gouverner en
Bolivie et avec quelle politique ?
Dans ce cadre, la bourgeoisie bolivienne
et l'impérialisme ont examiné différentes
alternatives pour essayer de "régulariser" le
pays. Une d'entre elles, propulsée par
l'Eglise et soutenue par Evo Morales, est
celle qui est en train d'être appliquée
maintenant : le renoncement de Mesa et des
chefs des Chambres parlementaires. De cette
manière, Eduardo Rodriguez, président de la
Cour Suprême, assumerait et convoquerait à
des élections présidentielles anticipées.
Mais le président du Sénat, Hormando Vaca
Diez de Santa Cruz, un des politiciens les
plus discrédités du pays, a essayé un autre
jeu : assumer lui-même la présidence, selon
la "lettre" de la constitution, avec le
soutien des vieux partis patronaux (MNR, MIR,
NFR) et de la bourgeoisie de Santa Cruz.
Cette rupture a finalement créé un vide de
pouvoir bourgeois. Un moment du processus
que, dans le cadre de la mobilisation
révolutionnaire des masses, nous appelons
"crise révolutionnaire" parce que le pouvoir
est "vacant". Conscient de ce danger, la
majorité de la bourgeoisie, l'Eglise et
l'impérialisme ont fait pression sur Vaca
Diez et ont obtenu son renoncement, ainsi que
celui de Mario Cossio, président de la
Chambre de Députés. Finalement, Eduardo
Rodriguez a assumé la présidence et a annoncé
des élections présidentielles dans 6 mois.
L'intention est claire : obtenir que les
élections leur permettent de désactiver la
lutte révolutionnaire des masses, par un
"compromis" avec les dirigeants "des secteurs
sociaux" de mettre fin à la lutte. Ce n'est
qu'un nouveau piège, comme a été en octobre
2003 le renoncement de Sánchez de Lozada.
Pour qu'il n'y aie pas de doute sur cet
objectif, les premières déclarations de
Rodriguez après son investiture ont été :
"Je demanderai une trêve, un espace de
paix qui nous permet de nous donner la main ;
nous devons résoudre le problème de milliers
de mères qui n'ont pas de lait pour leurs
enfants, qui n'ont pas de gaz pour cuisiner,
et aussi les problèmes de milliers de
citoyens sur les routes" (El Diario
10/6). Rodriguez obtiendra-t-il cet
objectif ? Voilà une question qui n'a pas
encore de réponse, surtout en Bolivie.
Les directions, derrière
les masses
Dans la semaine de la "crise
révolutionnaire", les masses, avec leur
lutte, ont franchi tous les obstacles et ont
obligé leurs dirigeants à aller au-delà de
leurs intentions. Par exemple, le 6 juin, des
centaines de milliers de travailleurs, de
paysans et d'étudiants ont occupé La Paz et
ont effectué un gigantesque conseil municipal
ouvrier et populaire, avec la présence de la
COB, les mineurs, les organisations
combatives de El Alto et les fédérations
paysannes. Cette pression gigantesque a
obligé les dirigeants à proposer
l'installation d'une "Grande Assemblée
Nationale et Populaire" et de
"forger un nouveau gouvernement du peuple
qui remplace le vide de pouvoir (...) sous le
mot d'ordre de la nationalisation des
hydrocarbures".
Bien que pour les dirigeants cet appel
était rhétorique, ce n'était pas le cas pour
les masses. Celles-ci ont démontré à nouveau
qu'elles sont capables de contrôler le pays,
et elles ont aussi montré le chemin pour
nationaliser le pétrole et le gaz, avec
l'occupation des installations
d'hydrocarbures. De fait, dans El Alto ce
pouvoir des masses existe de façon organisée.
Avec leurs actions, les masses commençaient à
répondre à la question de qui doit gouverner
la Bolivie et avec quelle politique. Mais
encore une fois, les dirigeants sont parvenus
à les maintenir "aux portes du pouvoir". Nous
répétons la question : Eduardo Rodriguez et
la bourgeoisie bolivienne, vont-ils pouvoir
calmer la situation ? La réponse ne viendra
que dans les prochains jours. Mais même si
eux, ils ont obtenu un peu de répit en
appelant aux élections, les masses
boliviennes sont bien loin d'avoir été mises
en échec. Le problème de qui doit gouverner
le pays ne sera que remis à plus tard et,
probablement, se posera à nouveau dans un
futur proche.
Pour rompre le "cercle récurrent", le
problème clef est encore celui de la
construction d'une direction révolutionnaire
des masses qui soit disposée à pousser à fond
dans cette lutte. Cela commence d'abord par
ne déposer aucune confiance dans le
gouvernement de Rodriguez et de promouvoir la
lutte à fond contre lui. C'est une tâche qui
peut trouver un soutien dans des faits très
positifs, comme l'organisation ouvrière et
populaire qui existe dans El Alto et d'autres
lieux du pays et l'expérience extrêmement
riche des masses dans ce processus. Il faut
exiger des dirigeants de la COB et de El Alto
de ne pas en rester seulement aux belles
paroles, de maintenir l'organisation ouvrière
et populaire et de la propulser vers le
pouvoir ouvrier et populaire.
L'alternative de la Bolivie reste toujours
: des gouvernements (civils ou militaires)
de complaisance coloniale, ou un gouvernement
des travailleurs et du peuple. Comme dit le
MST dans sa proposition : un gouvernement
qui, avec la COB à la tête, "nationalise les
hydrocarbures sans indemnisation (...) cesse
de payer la dette externe, cède la terre aux
paysans, rompt avec le FMI et convoque à une
Constituante démocratique qui approuve ces
mesures". La Lit-qi (Ligue Internationale des
Travailleurs - Quatrième Internationale) et
sa section bolivienne, le MST (Mouvement
Socialiste des Travailleurs) consacrent tout
leur effort à cette tâche.
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