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Quatrième Internationale
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Article paru dans Courrier International n°114, publié dans l'Internationaliste n°56

Traduit par les soins de nos camarades de Belgique

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Pour une grande campagne latino-américaine

Pour la nationalisation sans indemnisation des hydrocarbures

La révolution bolivienne récente, qui a renversé le gouvernement de l'ex-président Carlos Mesa, a mis en avant le conflit pour la propriété et le contrôle des ressources énergétiques de ce pays et de toute l'Amérique Latine.

Il ne s'agit pas d'une question accessoire. D'une part, l'Amérique Latine possède les plus grandes réserves d'hydrocarbures de la planète après le Moyen-Orient, non seulement de pétrole mais aussi de gaz. D'autre part, l'impérialisme veut utiliser et consommer ces réserves à son profit (à très bas prix), moyennant un nouveau pillage des richesses du continent latino-américain. Dans le cas de l'impérialisme yankee, ce thème est d'une importance vitale. En effet tous les analystes considèrent que, si le niveau actuel de consommation continue, les Etats-Unis vont vers une crise énergétique et d'approvisionnement interne d'hydrocarbures à court terme.

Dans cette bataille, il y a donc deux camps principaux. D'une part, l'impérialisme yankee, associé à la Repsol européenne et la Petrobras brésilienne, qui cherche à s'assurer le contrôle et l'exploitation sans restriction des sources énergétiques latino-américaines. D'autre part, en lui faisant face avec leur lutte, les travailleurs et le peuple boliviens et de tout le continent qui revendiquent la propriété étatique des hydrocarbures, et que leur exploitation et commercialisation soit effectuées au bénéfice du pays et des travailleurs et des peuples latino-américains.

Les gouvernements latino-américains sont des agents de l'impérialisme

Dans cette bataille, la majorité écrasante des bourgeoisies et des gouvernements des pays latino-américains optent pour brader les richesses de leurs pays en échange de miettes qu'ils reçoivent du pillage impérialiste. Cela a été très évident en Bolivie avec les gouvernements successifs de Gonzalo Sánchez de Lozada, Carlos Mesa et actuellement Eduardo Rodriguez, mais cela se confirme si nous jetons un coup d'œil aux autres pays. En Argentine, Menem a privatisé la compagnie pétrolière YPF à prix bradé et Kirchner respecte à fond cette privatisation. En Équateur, les compagnies étrangères exploitent les meilleures zones du pays et le président Alfredo Palacio réprime durement la grève des populations de l'Amazonie équatorienne qui réclament l'annulation du contrat avec l'Occidental Petroleum. Au Pérou, Fujimori d'abord et Toledo par la suite ont pratiquement détruit Petroperú et bradent maintenant le gaz de Camisea aux multinationales. Au Brésil de Lula, d'une part, Petrobras a déjà ouvert une partie importante de ses actions à des investisseurs japonais et américains. Cette compagnie est d'ailleurs associée, selon la politique du gouvernement, aux grandes multinationales pétrolières pour piller les hydrocarbures d'autres pays plus faibles (comme c'est le cas en Bolivie, au Pérou et en Équateur). D'autre part, au Brésil même, Petrobras livre de plus en plus de zones à l'exploitation d'entreprises étrangères. Même au Venezuela, malgré le discours anti-impérialiste de Chavez, 50% de la production pétrolière du pays est déjà entre les mains d'entreprises impérialistes.

Une lutte des travailleurs et des peuples

Voilà pourquoi, nous pouvons tirer deux conclusions. La première est que la bataille pour la nationalisation sans indemnisation des hydrocarbures est aujourd'hui un des centres de lutte contre l'impérialisme dans le continent latino-américain. Le contrôle de cette richesse est une lutte stratégique parce qu'il définit qui profite de son utilisation, étant donné qu'il s'agit de ressources non renouvelables qu'on ne peut pas gaspiller. D'autre part, les dommages écologiques provoqués par son exploitation non-discriminée, en détruisant la faune et la flore ou les cours d'eau que la nature a créés pendant des milliers d'années, sont énormes, avec un bilan profondément négatif.

La seconde conclusion est que la lutte pour atteindre cet objectif est entre les mains des travailleurs et des peuples parce que, comme nous avons vu, la bourgeoisie et les gouvernements bourgeois se trouvent "de l'autre côté", en défendant les intérêts de l'impérialisme et en s'opposant aux travailleurs et au peuple avec la répression.

Cette lutte a son épicentre et sa plus grande expression en Bolivie. Elle commence toutefois à s'étendre de plus en plus sur tout le continent : en Équateur (voir ci-après), avec la mobilisation des peuples Huaorani contre l'exploitation d'une zone du Parc National Yasuní, leur habitat naturel, et avec les grèves dans les provinces Sucumbíos et d'Orellana contre l'Occidental Petroleum ; au Pérou, avec la lutte du Front de Défense de Chilca (un peuple qui vit de la pêche et du tourisme) contre l'installation d'une centrale thermique qui détruira l'environnement et les actuels moyens de vie de la population ; en Argentine, où les sans-emploi occupent les installations pétrolières et gazières dans les provinces de Salta et Santa Cruz, en réclamant des emplois valables et la nationalisation des hydrocarbures ; au Brésil, où prend forme le rejet du bradage de nouvelles zones pétrolières.

Pour une grande campagne latino-américaine

C'est dans ce cadre qu'a eu lieu à La Paz (Bolivie), du 12 au 14 août 2005, la "Rencontre Continentale pour la nationalisation des hydrocarbures en Bolivie, contre les privatisations et en défense de la souveraineté nationale de nos peuples" (voir ci-dessous). C'est un pas positif dans cette lutte. La Rencontre a toutefois laissé en suspens une tâche très importante : promouvoir et coordonner une grande campagne latino-américaine pour la nationalisation sans indemnisation des hydrocarbures. Nous avons déjà expliqué que la révolution bolivienne a placé cette revendication au centre de la lutte, et comment cette bataille met les travailleurs et les peuples dans un combat frontal contre l'impérialisme et les bourgeoisies nationales. Cette demande est toujours en vigueur, non seulement en Bolivie mais dans l'ensemble du continent. Il s'agit de re-nationaliser YPF en Argentine et d'annuler toutes les privatisations partielles ou indirectes faites dans les autres pays, ainsi que d'annuler le bradage de zones à l'exploitation directe des transnationales. Il s'agit de se battre contre ce qu'on appelle "l'anneau énergétique", un projet dans le Cône Sud dont l'objectif final est, d'une part, fournir de l'énergie bon marché aux Etats-Unis et, d'autre part, tirer le profit le plus grand possible du pillage.

C'est une lutte qui est liée, en outre, à la bataille contre d'autres outils de domination et de pillage impérialistes, comme le paiement de la dette externe (l'Équateur y destine 70% de ses recettes pétrolières), la ZLEA ou les Traités de Libre Commerce qui édifient, ensemble, la structure de la colonisation de l'Amérique Latine. Au Brésil, en particulier, la lutte contre le pillage du pétrole dans le pays doit s'unir à la lutte contre le rôle d'exploiteur que Petrobras joue à l'étranger, ce qui rend nécessaire, par exemple, de gagner les travailleurs brésiliens au soutien à la juste lutte et aux revendications du peuple bolivien ou équatorien.

La lutte est continentale contre l'impérialisme. Il s'agit de mettre ces richesses au service du développement de nos peuples. Pour cela, il faut un projet d'intégration régionale, élaboré et contrôlé par les travailleurs et les secteurs populaires, qui défend l'utilisation souveraine de nos ressources naturelles et qui englobe aussi les pays latino-américains dépourvus de gaz et de pétrole.

Nous croyons que cette campagne est une nécessité urgente. D'une part, il faut unir et soutenir les luttes qui ont lieu aujourd'hui dans différents pays. D'autre part, il s'agit de profiter de divers événements déjà programmés pour développer et propulser cette lutte (voir encadré pour quelques dates importantes). Pour cela, la LIT-QI fait appel aux organisations syndicales, sociales et politiques anti-impérialistes, nationalistes et de gauche de tout le continent, et s'implique de toutes ses forces dans cette campagne.

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