| La révolution bolivienne
récente, qui a renversé le gouvernement de
l'ex-président Carlos Mesa, a mis en avant le
conflit pour la propriété et le contrôle des
ressources énergétiques de ce pays et de
toute l'Amérique Latine.
Il ne s'agit pas d'une question
accessoire. D'une part, l'Amérique Latine
possède les plus grandes réserves
d'hydrocarbures de la planète après le
Moyen-Orient, non seulement de pétrole mais
aussi de gaz. D'autre part, l'impérialisme
veut utiliser et consommer ces réserves à son
profit (à très bas prix), moyennant un
nouveau pillage des richesses du continent
latino-américain. Dans le cas de
l'impérialisme yankee, ce thème est d'une
importance vitale. En effet tous les
analystes considèrent que, si le niveau
actuel de consommation continue, les
Etats-Unis vont vers une crise énergétique et
d'approvisionnement interne d'hydrocarbures à
court terme.
Dans cette bataille, il y a donc deux
camps principaux. D'une part, l'impérialisme
yankee, associé à la Repsol européenne et la
Petrobras brésilienne, qui cherche à
s'assurer le contrôle et l'exploitation sans
restriction des sources énergétiques
latino-américaines. D'autre part, en lui
faisant face avec leur lutte, les
travailleurs et le peuple boliviens et de
tout le continent qui revendiquent la
propriété étatique des hydrocarbures, et que
leur exploitation et commercialisation soit
effectuées au bénéfice du pays et des
travailleurs et des peuples
latino-américains.
Les gouvernements
latino-américains sont des agents de
l'impérialisme
Dans cette bataille, la majorité écrasante
des bourgeoisies et des gouvernements des
pays latino-américains optent pour brader les
richesses de leurs pays en échange de miettes
qu'ils reçoivent du pillage impérialiste.
Cela a été très évident en Bolivie avec les
gouvernements successifs de Gonzalo Sánchez
de Lozada, Carlos Mesa et actuellement
Eduardo Rodriguez, mais cela se confirme si
nous jetons un coup d'œil aux autres
pays. En Argentine, Menem a privatisé la
compagnie pétrolière YPF à prix bradé et
Kirchner respecte à fond cette privatisation.
En Équateur, les compagnies étrangères
exploitent les meilleures zones du pays et le
président Alfredo Palacio réprime durement la
grève des populations de l'Amazonie
équatorienne qui réclament l'annulation du
contrat avec l'Occidental Petroleum. Au
Pérou, Fujimori d'abord et Toledo par la
suite ont pratiquement détruit Petroperú et
bradent maintenant le gaz de Camisea aux
multinationales. Au Brésil de Lula, d'une
part, Petrobras a déjà ouvert une partie
importante de ses actions à des investisseurs
japonais et américains. Cette compagnie est
d'ailleurs associée, selon la politique du
gouvernement, aux grandes multinationales
pétrolières pour piller les hydrocarbures
d'autres pays plus faibles (comme c'est le
cas en Bolivie, au Pérou et en Équateur).
D'autre part, au Brésil même, Petrobras livre
de plus en plus de zones à l'exploitation
d'entreprises étrangères. Même au Venezuela,
malgré le discours anti-impérialiste de
Chavez, 50% de la production pétrolière du
pays est déjà entre les mains d'entreprises
impérialistes.
Une lutte des travailleurs
et des peuples
Voilà pourquoi, nous pouvons tirer deux
conclusions. La première est que la bataille
pour la nationalisation sans indemnisation
des hydrocarbures est aujourd'hui un des
centres de lutte contre l'impérialisme dans
le continent latino-américain. Le contrôle de
cette richesse est une lutte stratégique
parce qu'il définit qui profite de son
utilisation, étant donné qu'il s'agit de
ressources non renouvelables qu'on ne peut
pas gaspiller. D'autre part, les dommages
écologiques provoqués par son exploitation
non-discriminée, en détruisant la faune et la
flore ou les cours d'eau que la nature a
créés pendant des milliers d'années, sont
énormes, avec un bilan profondément
négatif.
La seconde conclusion est que la lutte
pour atteindre cet objectif est entre les
mains des travailleurs et des peuples parce
que, comme nous avons vu, la bourgeoisie et
les gouvernements bourgeois se trouvent "de
l'autre côté", en défendant les intérêts de
l'impérialisme et en s'opposant aux
travailleurs et au peuple avec la
répression.
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Cette lutte a son épicentre et
sa plus grande expression en Bolivie. Elle
commence toutefois à s'étendre de plus en
plus sur tout le continent : en Équateur
(voir ci-après), avec la mobilisation des
peuples Huaorani contre l'exploitation d'une
zone du Parc National Yasuní, leur habitat
naturel, et avec les grèves dans les
provinces Sucumbíos et d'Orellana contre
l'Occidental Petroleum ; au Pérou, avec la
lutte du Front de Défense de Chilca (un
peuple qui vit de la pêche et du tourisme)
contre l'installation d'une centrale
thermique qui détruira l'environnement et les
actuels moyens de vie de la population ; en
Argentine, où les sans-emploi occupent les
installations pétrolières et gazières dans
les provinces de Salta et Santa Cruz, en
réclamant des emplois valables et la
nationalisation des hydrocarbures ; au
Brésil, où prend forme le rejet du bradage de
nouvelles zones pétrolières.
Pour une grande campagne
latino-américaine
C'est dans ce cadre qu'a eu lieu à La Paz
(Bolivie), du 12 au 14 août 2005, la
"Rencontre Continentale pour la
nationalisation des hydrocarbures en Bolivie,
contre les privatisations et en défense de la
souveraineté nationale de nos peuples" (voir
ci-dessous). C'est un pas positif dans cette
lutte. La Rencontre a toutefois laissé en
suspens une tâche très importante :
promouvoir et coordonner une grande campagne
latino-américaine pour la nationalisation
sans indemnisation des hydrocarbures. Nous
avons déjà expliqué que la révolution
bolivienne a placé cette revendication au
centre de la lutte, et comment cette bataille
met les travailleurs et les peuples dans un
combat frontal contre l'impérialisme et les
bourgeoisies nationales. Cette demande est
toujours en vigueur, non seulement en Bolivie
mais dans l'ensemble du continent. Il s'agit
de re-nationaliser YPF en Argentine et
d'annuler toutes les privatisations
partielles ou indirectes faites dans les
autres pays, ainsi que d'annuler le bradage
de zones à l'exploitation directe des
transnationales. Il s'agit de se battre
contre ce qu'on appelle "l'anneau
énergétique", un projet dans le Cône Sud dont
l'objectif final est, d'une part, fournir de
l'énergie bon marché aux Etats-Unis et,
d'autre part, tirer le profit le plus grand
possible du pillage.
C'est une lutte qui est liée, en outre, à
la bataille contre d'autres outils de
domination et de pillage impérialistes, comme
le paiement de la dette externe (l'Équateur y
destine 70% de ses recettes pétrolières), la
ZLEA ou les Traités de Libre Commerce qui
édifient, ensemble, la structure de la
colonisation de l'Amérique Latine. Au Brésil,
en particulier, la lutte contre le pillage du
pétrole dans le pays doit s'unir à la lutte
contre le rôle d'exploiteur que Petrobras
joue à l'étranger, ce qui rend nécessaire,
par exemple, de gagner les travailleurs
brésiliens au soutien à la juste lutte et aux
revendications du peuple bolivien ou
équatorien.
La lutte est continentale contre
l'impérialisme. Il s'agit de mettre ces
richesses au service du développement de nos
peuples. Pour cela, il faut un projet
d'intégration régionale, élaboré et contrôlé
par les travailleurs et les secteurs
populaires, qui défend l'utilisation
souveraine de nos ressources naturelles et
qui englobe aussi les pays latino-américains
dépourvus de gaz et de pétrole.
Nous croyons que cette campagne est une
nécessité urgente. D'une part, il faut unir
et soutenir les luttes qui ont lieu
aujourd'hui dans différents pays. D'autre
part, il s'agit de profiter de divers
événements déjà programmés pour développer et
propulser cette lutte (voir encadré pour
quelques dates importantes). Pour cela, la
LIT-QI fait appel aux organisations
syndicales, sociales et politiques
anti-impérialistes, nationalistes et de
gauche de tout le continent, et s'implique de
toutes ses forces dans cette campagne.
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